Les dynamiques territoriales aux États-Unis

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Les définitions clés

Mégalopolis atlantique : au centre de la côte atlantique des États-Unis se trouve la plus grande concentration urbaine du globe. Sur plus de 1 000 km du nord-est au sud-ouest vivent plus de 60 millions de personnes, soit 20 % de la population des États-Unis, dans un espace qui occupe seulement 1,8 % du territoire. À ce vaste ensemble, le géographe français Jean Gottmann a proposé de donner le nom de « mégalopolis » (« très grande ville »). Ce terme peut toutefois sembler abusif, car parmi les villes et leurs banlieues se glissent des champs, des fermes, des lambeaux de forêts, surtout au nord, entre Boston et New York. Aussi pourrait-on suggérer la dénomination de « polymégapole », c'est-à-dire une agglomération urbaine d'un nouveau type, formée de plusieurs grandes conurbations associées, mais non contiguës.
Sun Belt : région dynamique des États-Unis, qui va des Carolines sur la côte atlantique à l'État de Washington au nord-ouest. Cet espace accueille les créations d'emplois les plus nombreuses, ainsi que la majorité des nouvelles entreprises de haute technologie. La Sun Belt est polarisée par de grandes agglomérations comme Los Angeles, San francisco, Seattle, sur le Pacifique ; Miami, Dallas, Atlanta, dans les États du Sud.
Diagonale intérieure : c'est l'espace « de réserve » des États-Unis, composé d'États continentaux dont l'activité dominante est l'agriculture et l'élevage. Quelques grandes villes comme Denver ou Salt Lake City regroupent les populations.
Alaska : vaste péninsule (1,5 million de km2) située à l'extrémité nord-ouest du continent nord-américain, l'Alaska surprend par sa diversité. Ce n'est pas entièrement la terre arctique que l'on imagine souvent. Dans son extension sud-nord maximale, du 51e au 71e degré de latitude nord, les contrastes sont grands entre les régions méridionales maritimes, toujours fraîches et très humides, le centre continental qui connaît de grands écarts de température et la zone polaire froide et aride. Porte d'entrée la plus ancienne du Nouveau Monde, l'Alaska a été le lieu de passage de migrations venues d'Asie pendant plusieurs dizaines de millénaires. Les peuples autochtones font partie de deux grands groupes : Eskimos-Aléoutes et Indiens. Plus d'un siècle après l'avoir découvert et colonisé, les Russes ont vendu l'Alaska aux États-Unis en 1867. Il est devenu le quarante-neuvième État de l'Union en 1959. L'expansion socio-économique s'est réalisée par à-coups : au commerce de la fourrure, puis aux ruées vers l'or, ont succédé une période d'investissements militaires et enfin l'exploitation de gisements pétrolifères. L'enjeu le plus important demeure celui d'un équilibre à trouver entre le développement des ressources et la préservation des modes de vie et de l'environnement.

La fiche

L'immense territoire américain connaît des mutations : le Nord-Est est concurrencé par d'autres ensembles régionaux dynamiques. Les États du Sud et de l'Ouest ensoleillés (Sun Belt) attirent de plus en plus population et capitaux. La mondialisation entraîne des transformations rapides.
Le Nord-Est reste le cœur des États-Unis
Un espace densément peuplé
• Cette région est située entre l'océan Atlantique à l'est, le Mississippi à l'ouest et le Canada au nord. À l'est s'étend une plaine littorale étroite, ouverte sur l'océan et ponctuée de baies ou d'estuaires profonds qui accueillent de nombreux ports. La plaine côtière est bordée par la chaîne des Appalaches à l'ouest, dont l'altitude ne dépasse pas 2 000 mètres. Les vallées fluviales permettent de relier facilement la côte à l'arrière-pays. Enfin, les plaines et les collines occupent le sud des Grands Lacs, jusqu'au fleuve Mississippi.
• Le climat du Nord-Est a les caractéristiques d'une façade orientale tempérée avec des hivers plutôt froids et des étés chauds. Les densités sont supérieures à la moyenne nationale. La population se concentre dans la mégalopole et au sud des Grands Lacs. Les montagnes et le Maine sont davantage marqués par la ruralité. La région accueille des migrants européens depuis le xixe siècle. Aujourd'hui, l'immigration est diverse et provient principalement d'Amérique centrale ou du Sud. Une partie de la population s'est installée dans la Sun Belt.
• Le Nord-Est est la région la plus urbanisée du pays : le réseau des villes est dense, en particulier dans la mégalopolis atlantique. Les espaces périurbains sont fortement polarisés par les grands centres urbains. Ils constituent un lieu d'extension des banlieues, offrent des possibilités de loisirs et fournissent des productions agricoles (lait, légumes, fruits) aux citadins. La crise a fait perdre des habitants à certaines métropoles (Philadelphie, Pittsburgh, Cleveland, Detroit, Milwaukee). Néanmoins, on observe depuis quelques années une renaissance des centres-villes (réhabilitation, rénovation, nouveaux gratte-ciel, etc.).
Un dynamisme économique retrouvé
• Le Nord-Est est en quelque sorte le berceau historique du pays : dès le xixe siècle, la région des Grands Lacs et de la côte nord de l'Atlantique a connu une formidable concentration d'hommes, de capitaux et d'industries. Les liens avec l'Europe étaient alors prépondérants : les États-Unis exportaient des matières premières et des produits manufacturés ; ils accueillaient les immigrants par centaines de milliers. La métallurgie, la sidérurgie et le textile se sont alors développés rapidement, permettant de hisser le pays au rang des puissances mondiales. Après la Seconde Guerre mondiale, le Nord-Est a dû faire face à la concurrence des États du Sud et de l'Ouest, en particulier de la Californie. Dans les années 1960-1970, la Manufacturing Belt a connu une crise de ses activités traditionnelles (sidérurgie, textile) et fut surnommée Rust Belt (« ceinture de la rouille »). Les entreprises ont fermé et les sites de production les moins rentables ont été délocalisés.
• Face à la concurrence internationale, la sidérurgie s'est modernisée et a réalisé d'importants gains de productivité. Le secteur automobile garde aussi une grande importance dans le Nord-Est : les centres de production et les sièges sociaux se concentrent autour des Grands Lacs. La revitalisation industrielle passe aujourd'hui par l'implantation d'industries de haute technologie. Les technopôles développent les industries de pointe (électronique, informatique, biotechnologie), en relation avec les PME et les universités locales.
• Malgré la crise industrielle, le Nord-Est reste le cœur économique des États-Unis : la plus grande agglomération (New York), la capitale fédérale (Washington D.C.) et de nombreux sièges sociaux s'y trouvent. La population, les industries et les activités tertiaires s'y concentrent comme nulle part ailleurs. La proximité du Canada en fait un espace transfrontalier actif de l'ALENA grâce à un réseau de transports dense et diversifié (chemins de fer, autoroutes, fleuves, canaux). La façade océanique accueille les trafics transatlantiques et dispose de nombreux ports de commerce très actifs. Le Nord-Est enfin reste une zone d'investissements étrangers et accueille de nombreux touristes.
Le croissant périphérique (Sun Belt)
Les facteurs du dynamisme
• Le dynamisme de cette périphérie est lié d'abord à l'essor démographique : le Nevada, par exemple, a vu sa population augmenter de 66 % en quinze ans. Les grandes villes du Sud et de l'Ouest ont profité des flux migratoires en provenance du nord-est des États-Unis. L'accroissement du pouvoir décisionnel politique est également à noter avec une augmentation du nombre des représentants des États concernés au Congrès.
• Dans le domaine économique, on peut citer l'installation de nombreux sièges sociaux industriels, en particulier en Californie. Le développement économique est lié aussi au dynamisme agricole, grâce à l'irrigation, à la forte intégration agroalimentaire et aux vastes exploitations ultramodernes qui commercialisent une grande quantité de productions variées (la Californie est ainsi le premier producteur de produits agricoles). Le dynamisme touristique, lié notamment au climat agréable, a favorisé les États de Floride et de Californie (tourisme balnéaire, parc d'attractions). La vitalité industrielle est le résultat des délocalisations d'entreprises venues du Nord-Est, mais également de l'innovation locale (aéronautique – Boeing à Seattle –  et électronique).
• Le dynamisme de la Sun Belt répose sur des conditions très favorables (outre le climat, l'exploitation d'hydrocarbures au Texas et en Californie) et, surtout, sur une volonté de l'État fédéral. Celui-ci a en effet décidé de donner une importance stratégique à la façade pacifique (depuis 1941) et a choisi de privilégier certains partenaires commerciaux (ALENA et APEC). Les entreprises, enfin, trouvent dans cette région une main-d'œuvre bon marché, issue parfois de l'immigration latino-américaine.
La Californie en tête
• La Sun Belt est composée de noyaux isolés, séparés par des zones moins intégrées. Ces pôles dynamiques sont ceux de la façade pacifique (Californie et région de Seattle, dans le Nord-Ouest), la Mexamérique (région frontalière), le Nouveau Sud (Texas et Floride) et le Vieux Sud en profonde reconversion agricole et industrielle (+ 40 % d'habitants pour Atlanta entre 1990 et 2005).
• Les contrastes sociaux y sont cependant plus sensibles que dans le reste des États-Unis. La ceinture périphérique est en effet aussi celle de la pauvreté (Poverty Belt), en particulier pour les minorités noires et hispaniques.
La Californie semble s'essouffler au profit de nouveaux pôles (+ 12 % pour la population de San Francisco ou de Los Angeles en 15 ans, mais + 45 % pour Phoenix et + 21 % pour Miami entre 1990 et 2005). Sans parler de crise, la Sun Belt est à son tour touchée par les délocalisations vers des pays étrangers (aux coûts salariaux moindres), par le ralentissement des investissements asiatiques et la relocalisation des activités de recherche dans le Nord-Est.
La diagonale intérieure
Des régions moins dynamiques
• Les États de l'intérieur se trouvent loin des mers et des influences océaniques. Les densités humaines y sont plus faibles. Pourtant, l'intérieur des États-Unis n'est pas complètement isolé, grâce à des réseaux de transport : des voies ferrées (Great Northern Pacific, Great Northern, Union Pacific, Santa Fe Pacific, Southern Pacific) relient les côtes atlantique et pacifique. Les grandes autoroutes (Interstates highways) complètent le réseau. Enfin, les grandes métropoles de l'intérieur (Denver, Salt Lake City, Phoenix, etc.) ont toutes des aéroports importants.
• La population est composée majoritairement de Blancs ; les minorités ethniques sont peu représentées. Les réserves d'Indiens, cependant, sont nombreuses.
• Ces régions sont exploitées pour leurs ressources naturelles : gisements d'hydrocarbures dans le Colorado, minerais du Nevada et de l'Idaho, houille du nord des Rocheuses. Les grands espaces permettent l'élevage extensif (ranching) et la céréaliculture.
• Les mythes de la frontière, du Far West et du cow-boy font partie de la culture des États de l'intérieur. De nombreux parcs naturels ont été créés pour protéger la nature et accueillir les touristes (Yellowstone National Park, Grand Canyon, etc.).
Une réserve de puissance
• Ces espaces en marge forment une véritable « périphérie » faiblement peuplée, éloignée des centres décisionnels et de production, et dont les conditions naturelles sont souvent rudes (climat continental, relief élévé). Pourtant, ils représentent des enjeux stratégiques importants.
• L'Ouest montagneux est non seulement doté de ressources énergétiques et minérales, mais profite aussi de l'expansion du tourisme hivernal (stations de ski des Rocheuses). Les Grandes Plaines intérieures sont consacrées à la production agricole. Le développement de l'Alaska s'appuie sur les réserves pétrolières et sur une position stratégique, car peu éloignée de la Russie. Enfin, Hawaï met à profit son climat tropical pour la production agricole et le tourisme.

Zoom sur…

La Californie, premier État des États-Unis
Les Espagnols et les Britanniques ont découvert la Californie au xvie siècle ; la pénétration espagnole n'y commence qu'au milieu du xviiie siècle. Les Franciscains installent alors une série de missions, défendues par des forts (presidios) et accompagnées de villages (pueblos). Les Russes, les Anglais et les Français manifestent, à des degrés divers, leur intérêt pour cette lointaine région, domaine de l'élevage extensif. En 1822, la Californie passe aux mains des Mexicains puis, en 1846-1848, à celles des Américains. Elle devient, en 1850, le 31e État de la Fédération.
La Californie est un État en forte expansion : elle est passée de 9 millions d'habitants en 1945 à 50 millions selon les estimations de 2005. Cette population est irrégulièrement répartie suivant les régions ; 91 % des Californiens vivent dans les villes. Le littoral est séparé de la vallée centrale, où se trouvent les vergers, par une chaîne côtière. La vallée est bordée vers l'intérieur des terres par la région montagneuse de la Sierra Nevada.
La Californie occupe une place très importante dans l'activité économique du pays. Son PNB est le premier du pays. Elle vient aussi en tête de tous les États pour la valeur des produits agricoles (farm products). L'agriculture industrielle de l'agribusiness (cultures et conserveries), dominée par des monopoles puissants, représente une valeur de 20 millions de dollars par an. Elle est concentrée dans la Central Valley, plus précisément dans les vallées de Sacramento et de San Joaquin. 90 % du vin produit aux États-Unis proviennent de Californie.
L'activité industrielle de l'État repose en grande partie sur le pétrole, particulièrement abondant au sud de la baie de Monterrey, dans la région de Los Angeles et de Santa Barbara. Mais, depuis la Seconde Guerre mondiale, l'industrie aérospatiale a pris un essor considérable. Les usines sont concentrées dans la région de Los Angeles et dans celle de San Diego (Californie du Sud), dans la baie de San Francisco et aux alentours de Pasadena.
Les autres activités économiques de l'État sont la construction, l'informatique, le tourisme et l'industrie du cinéma ; cette dernière est en nette diminution, comme en témoigne le déclin de Hollywood.
La technologie au service des militaires a attiré en Californie une main-d'œuvre spécialisée et des milliers de chercheurs, d'ingénieurs, de techniciens. L'État est réputé pour ses nombreux instituts de recherche avancée, telle la Rand Corporation, ainsi que pour l'organisation de son système d'éducation. Les universités de Californie abritent 103 000 étudiants et 6 600 enseignants répartis entre universités prestigieuses, tels les campus de Berkeley (fondé en 1855), Los Angeles, Santa Barbara, San Francisco, Santa Cruz et San Diego, et les collèges d'État de tous niveaux.
La Californie est enfin l'État où toutes les contradictions sociales et politiques du système américain apparaissent au grand jour, celui qui éclaire plus qu'aucun autre les observateurs de la société américaine sur son évolution récente et sur ses orientations.

Repères bibliographiques

  • Y. Bocquet, Les États-Unis, Belin, 2003.
  • M. Goussot, Espaces et territoires aux États-Unis, Belin, 2004.
  • A. Gauthier, G. Raffaeli, L'Espace nord-américain, Bréal, 2004.
  • C. Jeannot, J.-P. Regad-Pellagru, Les États-Unis en fiches, 2003.
  • G. Dorel, Atlas des États-Unis, Autrement, 2006.
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