Les échanges internationaux et les acteurs de la mondialisation

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En bref

• La mondialisation est un phénomène déjà ancien, mais qui tend à s'intensifier depuis 20 ans.
La mondialisation, phénomène contemporain majeur, suscite de nombreux débats, effraie, offre de nombreuses perspectives et bouleverse à coup sûr durablement notre manière de vivre.
Définie comme l'émergence et le renforcement d'acteurs de marché et de régulation à l'échelle mondiale, elle s'appuie sur la liberté de circulation des biens, des services, des capitaux et dans une moindre mesure, des hommes. Cette mondialisation met en avant le rôle majeur des firmes multinationales, accentue la concurrence entre les territoires, redistribue les zones géographiques de production et favorise une certaine homogénéisation culturelle. Elle s'appuie sur la circulation accélérée de l'information par Internet et sur la mise en place d'institutions internationales. On détaillera successivement ces différents points.
• Le total des exportations mondiales représente en 2005 plus de 10 000 milliards de dollars. L'Allemagne reste le 1er exportateur mondial devant les États-Unis, mais on assiste à une montée en puissance de la Chine, qui, avec Hong-Kong, devient potentiellement le 1er exportateur mondial en 2006.
On compte 70 000 firmes multinationales aujourd'hui. Elles vendent à elles seules deux fois plus de biens ou services que le total des exportations mondiales. En France, les entreprises étrangères représentaient 15 % de l'emploi total en 2000, 22 % dans l'industrie et 29 % dans les services aux entreprises. Les investissements directs à l'étranger (IDE) cumulés représentent aujourd'hui le quart du PIB mondial, soit près de 9 000 milliards de dollars. Les entreprises françaises sont largement internationalisées et investissent beaucoup à l'étranger.
• La France reste 1er exportateur net de capitaux dans le monde sur la période 1996-2005, avec un solde de 380 milliards de dollars (solde IDE sortant moins IDE entrant). Parmi les grands pays européens, la France reste, avec le Royaume-Uni, le pays qui accueille le plus d'IDE en Europe (IDE entrants : 40 milliards d'euros en 2005). Près de la moitié des entreprises cotées au CAC 40 (45 %) sont détenues par des capitaux étrangers.

Les échanges internationaux et leur répartition

Les biens et services
• La révolution agricole et industrielle qui se met en place en Europe à la fin du xviie siècle et au cours du xixe siècle, favorise un essor de la production agricole et industrielle et une progression de la population. L'urbanisation progresse également. Les populations migrent massivement vers le reste du monde et les colonies.
Au xixe siècle, le Royaume-Uni constitue le plus grand pays pratiquant le commerce au monde. Son économie repose sur le charbon et les produits bruts représentant les deux tiers du commerce mondial. Dès le début du xxe siècle, les flux économiques de biens, services et capitaux s'intensifient entre les États.
• Les États-Unis produisent déjà autant que les principales puissances européennes réunies (Grande-Bretagne, France, Allemagne). Les exportations de marchandises sont multipliées par 4 en volume dans le dernier quart du xixe siècle. Les taux d'ouverture progressent, et une part de plus en plus grande de la production nationale est exportée, essentiellement entre pays riches.
L'Europe représente 42 % du PNB mondial en 1910 et les pays neufs, dont les États-Unis, 25 % alors que leur population réunie ne représente que le tiers de la population mondiale.
• L'intensification des échanges s'est appuyée sur les relations coloniales dans une division internationale du travail (DIT) dite classique (les colonies fournissant les matières premières, les métropoles transformant celles-ci en produits industriels finis). Les flux d'échanges augmentent ainsi plus vite que la production, renforcés par une amélioration des moyens de transport (chemin de fer, voie maritime). Les inégalités demeurent importantes entre les pays et se creusent avec cette intensification des échanges.
• Le reste du monde (hors Europe et pays neufs) qui représentait 58 % du PIB mondial en 1860 n'en représente plus 33 % 50 ans après. Au niveau des mouvements de capitaux, l'Europe représente 90 % des capitaux investis dans le monde dont 42 % pour le Royaume-Uni, 20 % pour la France et 13 % pour l'Allemagne.
• Après la Première Guerre mondiale puis la crise des années 1930, le processus d'internationalisation des échanges va brusquement s'arrêter. On assiste au contraire à une intensification des politiques protectionnistes dans les années 1930 qui renforceront l'atonie de l'économie et qui accentueront les divergences entre États. L'après-guerre et les 60 années qui suivront verront au contraire une intensification du processus de mondialisation de l'économie, sous l'impulsion des théories libres échangistes (GATT puis OMC, FMI, Banque mondiale, Commission Européenne).
On assiste à une accélération de ce phénomène à partir des années 1980 et 1990 avec la montée en puissance des nouvelles techniques de communication (Internet) qui permet une généralisation de la diffusion d'idées, des technologies et des services. Il y a également une montée en puissance des acteurs étatiques internationaux ou privées (multinationales) mais aussi non gouvernementaux (associations et collectifs, etc.). La circulation des biens, des services et des capitaux se généralisent avec la disparition progressive du contrôle étatique aux frontières et avec la baisse des droits de douane. Les économies nationales sont ainsi de plus en plus imbriquées les unes aux autres.
• On mesure cette dépendance par des ratios comme le taux d'ouverture (la somme des exportations et importations est divisée par deux par rapport au PIB), le taux de couverture (exportations/importations en %) ou la balance des transactions courantes (qui retrace le solde entre les exportations et les importations de biens et services). On peut retenir aussi l'effort à l'exportation (exportations ramenées au PIB) ou le taux de pénétration (importations ramenées au marché intérieur).
La production et les échanges sont donc pensés à l'échelon global, avec un souci de compétitivité et de gains de parts de marché, qui met en concurrence les territoires et les entreprises. Les contraintes de la mondialisation sont de plus en plus vives sur des secteurs d'industrialisation ancienne des pays développés (textile, sidérurgie, chantiers navals, automobile, électroménager, jouets, etc.), mais aussi nouveaux (électronique grand public, services, ingénierie, etc.).
• La croissance de l'économie reste forte et tirée par la vigueur du commerce international. Le produit intérieur brut (PIB) mondial, en valeur et en dollars courants, a été multiplié par près de 30 et le commerce international par près de 60 depuis 50 ans. L'Europe s'est imposée comme un acteur de premier plan grâce à son processus d'intégration, initié à la fin des années 1960, comptant dans ses rangs le premier exportateur mondial avec l'Allemagne.
• Les trois dernières décennies ont été marquées par un bouleversement majeur : la montée en puissance des pays asiatiques avec le Japon d'abord puis les pays du sud-est de la zone (les Dragons comme Taïwan, Hongkong, Singapour et la Corée du Sud), et enfin aujourd'hui la Chine, devenant le troisième exportateur mondial en 2004 et l'Inde.
La progression de ces pays semble loin d'être achevée même si le positionnement des pays d'industrialisation ancienne reste encore fort dans le domaine des produits manufacturés. Le volume des produits manufacturés a connu la progression la plus remarquable depuis les années 1960. Ces produits représentent aujourd'hui près des 2/3 de l'ensemble du commerce mondial, alors que la part des produits agricoles décline régulièrement avec moins de 10 % du commerce actuel. La hausse du revenu mondial se dirige alors plus massivement vers la consommation de biens industriels et moins vers les biens primaires (loi d'Engel au niveau international).
Les pays en développement qui ont réussi leur essor économique sont ceux qui se sont insérés dans le commerce des produits industriels alors que ceux qui sont restés bloqués dans l'ancienne DIT produits agricoles, minerais) se marginalisent progressivement.
• Enfin la part des services représente aujourd'hui 20 % de l'ensemble des flux du commerce mondial, en augmentation régulière depuis vingt ans. Les pays du Nord jouent un rôle prépondérant, puisque les 5 pays les plus industrialisés (États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, France et Japon) représentent les 2/5 des exportations mondiales de services.
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Source : OMC.
Part des combustibles et des autres produits miniers dans les exportations mondiales de marchandises, 1970-2005
Part des combustibles et des autres produits miniers dans les exportations mondiales de marchandises, 1970-2005
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Source : OMC.
Part des produits agricoles dans les exportations mondiales de marchandises, 1950-2005
Part des produits agricoles dans les exportations mondiales de marchandises, 1950-2005
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Source : OMC.
Part dans le commerce mondial des marchandises et des services commerciaux, par région, 2005
Part dans le commerce mondial des marchandises et des services commerciaux, par région, 2005
• Cette généralisation des échanges a favorisé un rapprochement des niveaux de rémunération entre les salariés de continents économiques proches, comme l'Europe et les États-Unis.
Les échanges augmentent plus vite que la croissance accélérant ainsi le rythme de la création de richesses et la distribution du revenu.
Par ailleurs, les consommateurs accèdent à des produits moins onéreux, ce qui libère du pouvoir d'achat dans l'économie et génère un déversement de consommation et d'emplois vers le secteur créateur d'emplois que constituent les services.
Pour les pays riches, l'ouverture favorise aussi la mise en relation de pays similaires dans le cadre de l'échange intrabranche, ce qui accroît l'étendue des marchés. Cela permet alors, par un effet d'apprentissage et d'économies d'échelle, une baisse des prix et une hausse des ventes. Il y a un amortissement plus rapide des coûts et une incitation nouvelle à l'innovation, source de compétitivité hors prix.
• Le libre-échange favorise également l'essor économique et le développement des pays non insérés initialement dans la révolution industrielle. Ces nouveaux pays industrialisés (NPI), particulièrement en Asie, accèdent à la demande solvable internationale en mettant en avant leur dotation factorielle avantageuse en travail peu qualifié et peu rémunéré.
Par la suite, pour les plus anciens, ceux-ci peuvent progressivement se doter de production plus capitalistique et incorporant plus de technologie, d'où une remontée de filière générant plus de valeur ajoutée locale.
La libre circulation des capitaux
• La libre circulation des capitaux figurait déjà parmi les libertés fondamentales consacrées par le traité instituant la Communauté économique européenne (traité de Rome, 1957) au même titre que la libre circulation des personnes et des services.
Ces dispositions ont été profondément modifiées par le traité sur l'Union européenne, signé à Maastricht le 7 février 1992 et entré en vigueur le 1er novembre 1993, qui établit un nouveau régime en matière de libre circulation des capitaux et des paiements. La première de ces phases a commencé le 1er juillet 1990, avec la liberté de circulation des capitaux en Europe. La libre circulation des capitaux implique la totale latitude laissée à leurs détenteurs de les placer ou de les investir dans les pays de leur choix.
• Libre circulation des capitaux et libre-échange intégral sont les deux aspects indissociables du processus de marchandisation qui affecte progressivement toutes les activités humaines.
Cette libéralisation a été présentée comme un progrès selon le point de vue libéral puisqu'elle permettrait une allocation optimale des ressources. Autrement dit, elle favoriserait la prise de décision rationnelle des agents économiques qui investiraient leurs capitaux dans des zones de production, permettant ainsi de créer plus de richesses et à moindre coût, ce qui a pour effet de dynamiser la croissance mondiale.
De même, en laissant circuler librement les capitaux, l'épargne devrait se diriger vers des zones où il existe des besoins de financement, ce qui serait de nature à favoriser une détente sur les taux d'intérêt, en limitant le financement monétaire (sur création monétaire) de nature inflationniste. Cet assainissement du financement de l'économie devrait permettre de développer une croissance plus durable.
• On a ainsi assisté depuis la fin des années 1970 à une explosion de la finance internationale sous l'impulsion des pays anglo-saxons et des institutions internationales mais aussi des choix politiques notamment européens. Ce mouvement est lié à un recul du rôle des État-nations dans le pilotage de l'économie et à une organisation de la production au niveau mondial, régulée de plus en plus par les entreprises multinationales.
• Les statistiques permettant de mesurer ces flux sont très imparfaites et il y a un décalage croissant entre le montant des actifs internationaux (les sommes consacrées à l'achat de titres publics ou privés ou les prêts octroyés) et le montant des passifs (le montant des prêts reçus, des actions achetées, etc.). Cet écart représente aujourd'hui 5 à 7 % du PIB mondial.
Les premiers bénéficiaires de cette mondialisation sont donc ceux qui cherchent à dissimuler leurs capitaux, d'autant que les statistiques ne tiennent pas compte des centres financiers offshore (des paradis fiscaux dont la politique est d'avoir un très faible contrôle public sur le niveau et sur l'origine des transactions). Le fonctionnement de la finance international montre aujourd'hui que l'économie américaine et les grands acteurs financiers privés (multinationales, fonds de pensions, assurances, banques) restent les grands bénéficiaires du système.
• Les marchés servent d'abord à financer les institutions financières : 60 % des 21 000 milliards de dollars de prêts internationaux consentis par les banques l'ont été à d'autres banques et les 3/4 des 15 000 milliards de dollars d'obligations internationales en cours ont été émis par des établissements financiers.
Enfin les grands acteurs privés (entreprises financières et non financières) représentent les 3/4 du stock d'emprunts obligataires.
La libéralisation de la finance depuis 20 ans s'appuie :
  • sur une déréglementation qui favorise les procédures de marché ;
  • sur une désintermédiation qui réduit le rôle des banques commerciales dans le financement de l'économie par le crédit et la création monétaire ;
  • sur un décloisonnement qui ouvre les marchés à tous les agents économiques, sans entrave réglementaire.
La libéralisation favorise le financement direct, non monétaire (sans création monétaire) qui privilégie l'épargne préalable des agents à capacité de financement, ce qui renforce une logique de financement non inflationniste. Cela contribue à renforcer le rôle de l'émission de titres publics (bons du Trésor ou obligations d'État) ou privés (actions et obligations, certificats de dépôt et billets de trésorerie) sur les marchés monétaires et financiers ; on parle alors de titrisation de l'économie. Ces transformations illustrent la domination de la pensée libérale contemporaine.
• Le surplus d'épargne de l'économie mondiale (aujourd'hui détenu à 30 % par le Japon et la Chine et près du même montant pour les pays exportateurs de pétrole) des pays en capacité de financement (épargne supérieure à l'investissement) est très largement aspiré par les États-Unis qui en prélève les 2/3. Cela leur permet de financer leur déficit courant et budgétaire par une entrée nette de capitaux.
• Les pays du Sud sont aujourd'hui exportateurs nets de capitaux. Ainsi les pays dits émergents (il s'agit des pays en développement qui connaissent une croissance économique très rapide, insérés dans le commerce mondial par une forte promotion de leurs exportations, bénéficiant de forts investissements directs étrangers et ayant accès aux marchés internationaux de capitaux) ont des excédents extérieurs croissants depuis le début des années 2000, avec un volume d'exportation exponentiel (exemple évident de la Chine).
Leurs réserves de change représentent 3 000 milliards de dollars fin 2005 (soit 5 fois plus qu'au milieu des années 1990). Ils placent ces excédents dans les bons du Trésor américain (pour financer notamment le déficit issu de la guerre en Irak). Mais ils commencent aussi à racheter des entreprises du Nord (exemple de l'achat d'IBM par le Chinois Lenovo, d'Arcelor par l'Indien Mittal Steel, etc.).
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* Pays représentant moins de 2,8 % des exportations de capitaux.
Source : FMI.
Principaux pays exportateurs de capitaux en 2005, en % du total
Principaux pays exportateurs de capitaux en 2005, en % du total
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* Pays représentant individuellement moins de 1,9 % des importations de capitaux.
Source : FMI.
Principaux pays importateurs de capitaux en 2005, en % du total
Principaux pays importateurs de capitaux en 2005, en % du total
• Le dollar reste dominant dans le système monétaire international. Ni l'éclatement du système de Bretton Woods, ni les phases de dépréciation du billet vert n'ont entamé cette suprématie. Il reste dominant dans les transactions économiques et dans les transactions quotidiennes de change.
En revanche, l'utilisation de l'euro est plus forte aujourd'hui en ce qui concerne les prêts aux banques ou sur le marché obligataire (toutefois, la moitié de ces opérations est réalisée par les Britanniques, les Suédois ou les Danois qui n'ont pas adopté l'euro, ce qui nuance cette analyse). Le dollar reste bien la monnaie de référence au niveau mondial. Londres reste pour le moment la première place financière mondiale pour les transactions de change et la répartition des actifs financiers internationaux.
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Source : FMI.
Poids des différentes devises dans les réserves de change mondiales, en %
Poids des différentes devises dans les réserves de change mondiales, en %
• La mondialisation financière passe aussi par une explosion des IDE (investissements directs à l'étranger). Développés par les firmes multinationales, ils proviennent essentiellement des pays du Nord (92 % de l'ensemble du financement des IDE dans le monde). L'Union européenne représente les 3/4 (78 %) de ces IDE et l'Amérique du Nord 17 %. Le poids des PED est de 7,5 % dont les 4/5 proviennent de l'Asie.
En outre la part des IDE qui entrent dans les pays développés est de 73 % (dont 66 % vers l'Union européenne et 30 % vers l'Amérique du Nord). Les flux d'IDE suivent donc majoritairement un trajet nord-nord. La part des pays du Sud est de 16 %, dont 56 % pour l'Asie ; le poids de la Chine et de l'Inde est croissant aujourd'hui.
Les IDE suivent deux modalités :
  • d'une part, les fusions-acquisitions, c'est-à-dire l'association ou le rachat d'entreprises déjà existantes ;
  • d'autre part, les délocalisations c'est-à-dire la création d'entreprises à l'étranger, la délocalisation étant définie comme le transfert d'activités nationales à l'étranger, avec pour conséquence la destruction à court terme de l'emploi national.
Ce phénomène reste donc essentiellement le fait des FMN des pays riches.
La répartition géographique et les inégalités mondiales
• Le commerce reste essentiellement dominé par les pays du Nord. Depuis 1945, le commerce international a augmenté plus vite que la croissance mondiale.
Tous les pays n'ont pas pris part de la même manière à cette dynamique, et seuls les pays en développement asiatiques ont réussi à concilier l'ouverture économique par la promotion d'exportations de produits manufacturés, qui constituent le cœur de la mondialisation du commerce.
• L'Asie est le continent qui profite le plus de cette mondialisation depuis 15 ans.
Cet essor a permis un développement des pays concernés, mais il existe aussi des rapports de force entre pays et groupes sociaux, comme l'illustrent les négociations de Doha, entamées en 2001 dans le cadre de l'OMC.
L'entrée en force de la Chine dans le secteur industriel, de l'Inde dans les services et du Brésil dans les produits agricoles menacent la suprématie du Nord, l'emploi et des secteurs jusque-là protégés. Les négociations sont donc bloquées et les accords bilatéraux se multiplient.
• Le commerce mondial oppose donc les trois blocs de la Triade (Europe, Amérique du Nord, Asie) avec une part importante de commerce intrazone (à l'intérieur de la zone), puisqu'à lui seul le commerce intraeuropéen représente le tiers du commerce mondial ou près de 14 % pour le commerce intrazone en Asie. En revanche, les flux partant de l'Asie vers l'Amérique du Nord et l'Europe dominent désormais le commerce mondial. La période actuelle favorise aussi l'enrichissement des pays exportateurs de matières premières mais l'étude des effets sur le long terme montre que ce type de développement est incertain et dégage peu de valeur ajoutée locale.
• On mesure la possibilité pour un pays de s'enrichir dans l'échange avec les termes de l'échange (le rapport entre le prix unitaire des exportations et le prix unitaire des importations en pourcentage).
Ainsi, un pays qui voit le prix de ses exportations progresser plus vite que les prix de ses importations voit les termes de l'échange s'améliorer : en effet, il peut importer plus de biens avec la même quantité de biens exportés.
La détérioration des termes de l'échange décrit le phénomène contraire. Pour les pays d'Afrique dans les années 1980-1990, les termes de l'échange se sont déterioriés ; ils s'améliorent de nouveau depuis cinq ans. La détérioration peut aussi être compensée par une augmentation du volume des exportations, mais l'échange peut alors s'avérer appauvrissant.
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Source : CNUCED.
Termes de l'échange et pouvoir d'achat des exportations, base 100 = 1980
Termes de l'échange et pouvoir d'achat des exportations, base 100 = 1980

Les acteurs de la mondialisation

Les institutions internationales
• Les accords de Bretton Woods sont nés d'une conférence monétaire et financière réunissant en juillet 1944 un millier de délégués de 44 pays.
La création des deux institutions financières internationales, le FMI (Fonds monétaire international) et la Banque mondiale, résulte d'une double préoccupation :
  • se protéger des crises monétaires de l'ampleur de celles des années 1930 et de la chute des échanges mondiaux qui en a découlé ; ce rôle étant confié au FMI ;
  • reconstruire l'Europe ; ce rôle étant dévolu à la Banque mondiale.
Les thèses favorables aux intérêts américains s'imposent et s'appuient sur quatre points :
  • un système de changes de parités fixes ;
  • un système d'étalon de change-or ;
  • liberté des changes et convertibilité des monnaies ;
  • un mécanisme de crédit mutuel (les DTS).
Ce système s'est progressivement dilué avec, en 1971, la fin de la convertibilité du dollar en or, en 1973 avec le flottement généralisé des monnaies et avec les accords de la Jamaïque qui démonétise l'or en 1976.
• Le Fonds monétaire international a été fondé officiellement le 27 décembre 1945, suite à la ratification par 29 pays des statuts adoptés à Bretton Woods. Il a été créé en vue de réguler le système monétaire international de changes fixes et de mettre fin aux fréquentes dévaluations, en mettant temporairement, moyennant des garanties adéquates, ses ressources à la disposition des États membres ayant des difficultés de balance des paiements.
À partir de 1973, avec la flexibilité officielle des taux de change, il redéfinit ses missions et devient un instrument de régulation financière et d'aide aux pays en développement.
Il est ainsi chargé de permettre à ces pays de surmonter des crises temporaires de financement de leur déficit de la balance des paiements. Son action consiste à prêter de l'argent aux pays concernés en contrepartie de la mise en œuvre des politiques nécessaires au rétablissement de l'équilibre de leur balance des paiements. Aujourd'hui, il est devenu le principal acteur de la dette des pays du Sud.
Le FMI est considéré comme un « gendarme » des finances internationales lorsqu'il impose ses programmes d'ajustement structurels, ou comme un « pompier » lorsqu'il intervient financièrement pour renflouer des États touchés par une crise financière – par exemple au moment de la crise asiatique de la fin des années 1990. Il compte aujourd'hui près de 184 pays et l'encours de prêts est de 107 milliards de dollars auprès de 56 pays.
• La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), communément appelée Banque mondiale, est, avec le FMI, le second pilier des institutions financières internationales.
Initialement composée de 44 pays membres, la Banque mondiale en compte désormais 184. Ses interventions, à l'origine conduites en Europe, sont aujourd'hui tournées vers l'ensemble des pays en développement et la lutte contre la pauvreté est devenue son principal objectif.
Elle s'est engagée dans des missions nouvelles : projets de développement ruraux, d'éducation, d'eau, de santé, de développement urbain, qui sont venus compléter une palette d'interventions auparavant limitées au soutien économique apporté aux États et à la construction d'infrastructures de base (routes, ports, aéroports, barrages, etc.).
Au début de l'année 2003, la direction de la Banque mondiale a précisé les sept grands domaines d'action qui devaient être privilégiés :
  • l'accès à l'éducation pour tous ;
  • la lutte contre le VIH ;
  • la santé maternelle et infantile ;
  • l'approvisionnement en eau et l'assainissement ;
  • le climat de l'investissement et le financement ;
  • le commerce ;
  • la viabilité écologique
Elle réserve toutefois plus de la moitié de ses prêts aux pays dits émergents, privilégiant l'Asie et l'Amérique latine sur l'Afrique.
• Dès 1946, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, alors que la coopération économique internationale est considérée comme le meilleur garant du maintien de la paix, deux négociations sont lancées : l'une pour créer une institution des Nations unies consacrée au commerce, l'autre pour amorcer la réduction des barrières douanières.
La charte de La Havane, signée en mars 1948, qui prévoyait la création d'une Organisation internationale du commerce (OIC), n'entrera jamais en vigueur, faute de ratification par plusieurs pays, notamment par les États-Unis, inquiet d'une perte de souveraineté au détriment de l'OIC. Les négociations pour la réduction des tarifs douaniers déboucheront, elles, sur un simple accord, l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce ou GATT (General Agreement on Tariffs and Trade), signé en octobre 1947 par 23 pays, qui n'aura jamais le statut d'organisation internationale. À la veille de son remplacement par l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en janvier 1995, l'accord regroupe cependant 123 pays. Le règlement des différends ne prévoit pas de mesures de sanctions, le GATT émettant de simples recommandations. Pendant cinquante ans, le GATT s'est évertué à promouvoir une réduction des tarifs douaniers entre pays (les 6 fameux rounds de négociations jusqu'à l'Uruguay Round en 1994) et une libéralisation du commerce, qui a connu une accélération dans les années 1990.
• L'OMC prend le relais en 1995. Elle reprend les objectifs du GATT :
  • élever le niveau de vie ;
  • favoriser emploi et croissance ;
  • promouvoir le commerce selon le principe de non-discrimination entre les pays et de négociations multilatérales (faisant intervenir tous les pays).
L'OMC est chargée d'organiser la négociation des accords commerciaux internationaux et de veiller à leur application. Elle dispose pour ce faire de l'Organe de règlement des différends (ORD) qui gère les litiges commerciaux entre les pays et qui peut prendre des sanctions contre ceux qui ne respecterait pas le droit international.
Les accords régionaux et bilatéraux
• Le commerce mondial est pour une part très importante, un commerce intrazone. Cela représente les 3/5 du commerce mondial (55 % en 2004).
Ces zones de commerce, qui tendent à encourager une proximité géographique, se caractérisent aussi par la proximité de plus en plus marquée de leurs pouvoirs d'achat, de leurs modes de vie et de leurs cultures. Elles visent l'amortissement rapide des frais de recherche et de développement à travers des économies d'échelle que le grand nombre de consommateurs permet de réaliser. Elles s'appuient essentiellement sur un commerce de type intrabranche reposant sur des produits semblables (échange de voitures Renault contre des voitures Wolkswagen par exemple).
Le commerce extrazone, c'est-à-dire effectué entre les régions de la Triade, s'appuie davantage sur des produits complémentaires et différenciés et sur un commerce interbranche répondant à l'approche de la spécialisation du commerce mondial.
Concernant le commerce intrazone, on peut citer la constitution de la CEE en 1957, avec le passage progressif de 6 à 27 pays au 1er janvier 2007. L'intégration européenne a permis à cette zone de développer un vaste marché à travers l'Union économique et monétaire (UEM) comprenant les 12 pays qui ont adopté l'euro en 2002. La Slovénie a adopté officiellement l'euro le 1er janvier 2007 et les Pays Baltes le 1er janvier 2008. La zone européenne compte 487 millions d'habitants.
• On peut citer également trois autres associations importantes :
  • l'ALENA ;
  • l'ASEAN ;
  • et le Mercosur.
L'ALENA, l'Accord de libre-échange nord américain, a été conclu en 1992 entre le Canada, les États-Unis et le Mexique. Il favorise une libre circulation des biens, services et capitaux, sans politique commune commerciale.
L'ANSEA, l'Association des nations du Sud-Est asiatique, est une zone de préférence douanière fondée en 1967 et qui regroupait au départ l'Indonésie, Singapour, la Thaïlande, la Malaisie, les Philippines. Elle s'est ensuite étendue au Brunei (1984), au Vietnam (1995), à la Birmanie, au Laos (1997) et au Cambodge (1999), soit dix pays au total pour 500 millions d'habitants.
Le Mercosur est un marché commun du cône Sud qui regroupe, depuis 1991, le Brésil, l'Argentine, l'Uruguay et le Paraguay. Le Mercosur compte 320 millions d'habitants, soit 43 % de la population d'Amérique du Sud et représente 50 % de son PIB.
Le rôle des firmes multinationales
• Les firmes multinationales (FMN) sont des entreprises qui possèdent ou contrôlent des entreprises implantées dans plusieurs pays, selon une stratégie qui s'appuie sur les différences socio-économiques de ces pays.
Cette internationalisation ancienne date de la création des empires coloniaux et s'est accélérée dans la seconde moitié du xxe siècle. On compte aujourd'hui 70 000 firmes multinationales contrôlant 700 000 filiales dans le monde. Leur nombre a doublé en 15 ans et le nombre de filiales que ces multinationales contrôlent a quadruplé. Elles vendent pour 20 000 milliards de dollars de marchandises soit le double des exportations mondiales. Elles conservent néanmoins un ancrage national (les 55 premières FMN européennes réalisent 37 % de leur chiffre d'affaires en Europe).
Néanmoins, la dynamique actuelle montre une orientation de plus en plus internationale de leurs activités puisque le tiers des activités des FMN européennes ou américaines a lieu dans un cadre extraterritorial. On peut recenser plusieurs objectifs dans cette multinationalisation.
• Dans un premier temps, il s'agit pour les FMN d'avoir accès aux matières premières directement sur place, en vue de leur exploitation ou de leur transformation. C'est la logique suivie par les firmes européennes puis américaines au xixe siècle et au début xxe siècle : on parle de FMN primaires.
• On peut ensuite évoquer la logique de recherche des débouchés. Les entreprises s'implantent directement sur un nouveau marché sans avoir à exporter : on parle de filiale relais. Cela concerne des marchés suffisamment attractifs par le niveau de la population et par le pouvoir d'achat local. L'établissement de filiale relais passe souvent par des fusions ou des absoptions dans les pays concernés ou encore par la création d'entreprises nouvelles dans le cadre des IDE.
• Enfin, l'entreprise peut choisir de privilégier la réduction des coûts de production et des coûts salariaux directs ou indirects, en profitant d'une fiscalité douce, de contraintes environnementales moindres, d'un droit du travail accommodant, etc.). C'est la logique de la décomposition internationale du processus productif (DIPP) selon laquelle les entreprises choisissent les pays en fonction des avantages qu'elles peuvent en retirer : on parle de filiales ateliers.
Dans ce cas, à l'intérieur des filiales de la multinationale, on constate une circulation des produits dans le monde en fonction de leur avancement de production. Ce commerce intrafirme représente 45 % du commerce des FMN et un tiers du commerce international.
• Les multinationales sont présentes dans le domaine industriel mais aussi de plus en plus dans les services. Elles sont majoritairement controlées par les pays riches mais on constate toutefois une montée en puissance des pays émergents.

Pour aller plus loin

Repères bibliographiques
  • Quand le capitalisme perd la tête, Joseph-Eugène Stiglitz, Fayard, 2003 ;
  • La Grande Désillusion, Joseph-Eugene Stiglitz, LGF, 2003 ;
  • Le Nouvel Âge du capitalisme, Elie Cohen, Fayard, 2005 ;
  • « Sortir de la jungle : pour une gouvernance des marchés mondiaux » , Frédéric Jenny, En temps réels, cahier 10, 2003 ;
  • Quand la Chine change le monde, Erik Izraëlewicz, LGF, 2005 ;
  • Délocalisation. Aurons-nous encore des emplois demain ? Philippe Villemus, Le Seuil, 2005 ;
  • La Mondialisation n'est pas coupable : vertus et limites du libre-échange, Paul-R. Krugma, La Découverte, 2000 ;
  • L'Économie mondiale 2007, Centre d'études prospectives et d'infomations internationales (CEPII), coll. « Repères », La Découverte, pour faire un point complet sur la conjoncture et les enjeux économiques de l'année ;
  • L'État du monde 2007, sous la direction de Bertrand Badier et de Béatrice Didiot, La Découverte, annuaire économique et géopolitique mondial.
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