Les espaces productifs français

-----------------------------------------------

Les définitions clés

Remembrement : aménagement qui consiste à corriger le morcellement des terres pour créer des parcelles moins nombreuses, plus grandes et d'accès plus facile, adaptées aux contraintes d'une agriculture modernisée et mécanisée (ex. : suppression des haies et des fossés dans le bocage).
Élevage hors-sol : élevage intensif utilisant les aliments achetés aux entreprises agro-industrielles et exerçant une faible emprise au sol grâce au confinement des animaux, souvent en grand nombre, dans des bâtiments spécialisés.
Filière agroalimentaire : ensemble des procédés allant de l'élaboration à la transformation et au conditionnement des produits d'origine essentiellement agricole destinés à la consommation humaine et animale.
Reconversion industrielle : réorientation des investissements, des structures et des activités d'une entreprise ou d'un espace industriel vers des activités à plus haute valeur ajoutée.
Technopole et technopôle : une technopole est une ville dont les activités sont essentiellement tournées vers la recherche et les hautes technologies. Un technopôle est un parc technologique situé le plus souvent dans un cadre agréable (ex. : Sophia-Antipolis)
Touriste : personne qui pratique le tourisme. À l'origine, au xixe siècle, le mot est anglais (tourist) et désigne les aristocrates anglais qui pratiquent le grand « tour » en visitant les grands lieux culturels de l'Europe continentale.
Tourisme de masse : dans les années 1960, les progrès des modes de transport et l'augmentation du temps libre ont permis à un nombre très élevé de personnes de partir en vacances.

La fiche

La France est la 4e puissance économique du monde. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'effet des mutations imposées par l'intégration européenne et la mondialisation se traduit par une mutation importante des espaces productifs. L'agriculture emploie 4 % des actifs contre 34 % en 1946. La SAU (surface agricole utile) s'étend sur près de la moitié du territoire. L'agriculture intensive, très mécanisée, a permis à la France de devenir le 2e exportateur mondial. Les grandes exploitations dominent (42 ha en moyenne) dans les cultures végétales. L'élevage hors-sol, le vignoble (Bordeaux, Champagne) et les cultures maraîchères et fruitières sont des secteurs performants. Pourtant, cela n'est pas sans conséquence sur l'environnement (pollution des nappes souterraines en Bretagne).
La France est également la 4e puissance industrielle du monde. Mais les facteurs de localisation ont fortement évolué : les industriels s'implantent dans des régions où ils trouvent une bonne qualité de services aux entreprises, des réseaux de transport performants et parfois des lieux de vie agréables pour leurs salariés. Les technopoles (Toulouse, Montpellier) rassemblent des entreprises de haute technologie, alors que les technopôles (Sophia-Antipolis, Rennes Atalante) regroupent haute technologie, grandes écoles et centres de recherche.
La France est enfin la 1re puissance touristique du monde (80 millions de touristes par an). Ce secteur représente 7 % du PIB et occupe plus d'1 million de personnes. Enfin, 80 % des Français choisissent l'Hexagone pour partir en vacances et 8 touristes étrangers sur 10 viennent de l'espace européen.
Un espace agricole en recomposition
Un puissant secteur économique
• La France est le 1er producteur agricole de l'Union européenne. En quantité, c'est la première pour les céréales, les volailles et la viande bovine. La production agricole française a augmenté de 40 % en volume depuis 1973. En 1950, le niveau technique de l'agriculture française était médiocre. Les techniques agricoles se sont fortement modernisées, grâce à la mécanisation, l'informatisation et le remembrement des terres.
• Cela s'est accompagné d'une baisse sensible du nombre des actifs agricoles (guère plus d'1 million en 2005 contre 4 millions dans les années 1950). Par ailleurs, le nombre des exploitations diminue (environ 600 000 en 2005 contre 1 million en 1988). Parallèlement, la taille des exploitations s'est accrue (42 ha en 2005 contre 14 en 1955). Les productions sont aussi plus spécialisées. La France est ainsi devenue un grand pays exportateur de produits agroalimentaires. Cette filière est dominée par de grandes coopératives ou des firmes multinationales.
La mutation des espaces
• Depuis le traité de Rome (1957) et la mise en œuvre de la politique agricole commune (PAC) en 1962, l'agriculture française a largement bénéficié de la mise en place d'un marché communautaire. Or, victime de son succès, elle a dû s'adapter à la réforme de la PAC en 1992, qui a imposé la mise en jachère de certaines terres agricoles. Aujourd'hui, l'agriculture productiviste est remise en cause car elle est jugée responsable de nombreuses dérives : surproduction, pollution des sols, vache folle, etc.
• Parallèlement, la SAU se réduit constamment : 62 % de la superficie du territoire étaient consacrés à l'agriculture en 1950 ; le chiffre est passé à 50 % en 2005. Ce recul provient des abandons de parcelles difficilement mécanisables, donc peu rentables, mais il s'explique aussi par la concurrence d'autres activités (construction de zones commerciales ou artisanales) et par la périurbanisation. De moins en moins nombreux, les agriculteurs français vivent une crise d'identité forte qui se manifeste parfois de manière violente. L'alternative d'une « agriculture raisonnée » ou du tourisme à la ferme est encouragée par les autorités nationales et par l'Union européenne.
Des espaces de la grande culture aux espaces de cultures spécialisées
L'espace agricole français se répartit en trois catégories :
  • les espaces de grandes cultures qui mêlent les céréales (blé, maïs, etc.) et les cultures industrielles (colza, tournesol, etc.) ; ce sont les espaces les plus hautement performants et ceux qui sont les mieux intégrés. Ils dominent les grandes exploitations du Bassin parisien ;
  • les espaces d'élevage (bovins, ovins, etc.) dans les régions au sol humide ou montagneuses. Les exploitations se situent à l'est du Bassin parisien, dans l'ouest et sur les reliefs. L'élevage est souvent associé à la polyculture. Certains espaces sont très intensivement exploités : c'est le cas de la Bretagne ou des Pays de la Loire où l'élevage hors-sol et en batterie est très important. Ainsi, les élevages bretons en batterie abritent près de 55 % du cheptel porcin national ;
  • les espaces de cultures spécialisées qui sont très dynamiques et à forte valeur ajoutée : cultures maraîchères (de plein champ ou sous serres), fruitières (dans la vallée du Rhône), florales (dans les Midis) et vignobles. De nombreuses spécialités comme les vins du Bordelais ou de Bourgogne contribuent à la réputation de l'agriculture française. Les grands vins français sont exportés dans de nombreux pays du monde.
Zoom
L'agriculture française© rue des écoles
L'agriculture française
Les espaces industriels
Le poids des héritages
• En 2006, la France était classée au 4e rang des puissances industrielles mondiales après les États-Unis, le Japon et l'Allemagne, mais juste avant le Royaume-Uni. L'héritage industriel du xixe siècle a laissé des marques sur les paysages, mais celles-ci sont de moins en moins visibles. On avait coutume de distinguer, de part et d'autre d'une ligne Le Havre-Marseille, une France industrielle à l'Est et une France plutôt sous-industrialisée à l'Ouest.
• Les régions situées à l'est de cette ligne ont longtemps profité de la présence des ressources énergétiques et minérales (charbon, minerai de fer, mis en valeur lors des révolutions industrielles) et d'axes de circulation organisés en étoile autour de Paris. La partie occidentale du territoire restait peu industrialisée, à l'exception des estuaires de la Loire et de la Gironde.
Les nouveaux facteurs de localisation
• Après la Seconde Guerre mondiale, l'essor industriel est marqué par la modernisation de l'appareil productif (développement du nucléaire, de l'aérospatiale durant les Trente Glorieuses). Mais la crise touche les secteurs industriels traditionnels (sidérurgie, charbon, textile) dans les années 1970 et 1980. La production industrielle chute et ce secteur ne représente plus que 23 % de la population active en 2005, contre 40 % en 1968 et 32 % en 1985(1). Sur le plan spatial, des régions autrefois dynamiques (Lorraine, Nord, bassin de Saint-Étienne) subissent de plein fouet les effets de la désindustrialisation et doivent reconvertir leurs activités.
• Face à la crise des années 1970-1980 et à la concurrence internationale de plus en plus vive, de nouvelles logiques de localisation des espaces industriels se sont imposées, le plus souvent en milieu périurbain ou à proximité des axes de communication (par exemple, près des plates-formes multimodales comme celle de Lyon Saint-Exupéry). L'abandon des gisements de charbon et de minerai de fer nationaux pour des raisons de rentabilité a entraîné le glissement de la sidérurgie sur les littoraux. Ce processus a été encouragé par l'État dans les zones industrialo-portuaires (ZIP) de Dunkerque et de Fos-sur-Mer avec des résultats divers. La politique de décentralisation industrielle engagée dans les années 1970-1980 a abouti à l'implantation d'entreprises en province, notamment dans l'Ouest avec l'automobile (Citroën à Rennes-La Janais).
• L'évolution la plus importante touche le développement rapide de parcs technologiques en zone périurbaine, fondés sur la recherche scientifique et l'innovation. Ce sont des symboles forts de la reconversion industrielle en France.
De nouvelles dynamiques
La France industrielle d'aujourd'hui est composée de trois types d'espaces industriels :
  • le centre industriel reste incontestablement l'Île-de-France, première région industrielle employant le quart des actifs. La région lyonnaise et le couloir rhodanien jusqu'à Fos-Marseille, l'Alsace, avec une position avantageuse à proximité de la Suisse et de l'Allemagne, sont les autres régions industrielles attractives pour les investissements étrangers ;
  • la périphérie atlantique (Bretagne, Normandie, Pays de la Loire) a longtemps été marginalisée. Elle est aujourd'hui dotée d'industries de pointe, porteuses de dynamisme (Vannes, Angers, Rennes, Nantes, Le Mans, Bordeaux, Toulouse) ;
  • les anciennes régions d'industrie lourde et textile (Nord-Pas-de-Calais, Lorraine, bordure du Massif central, bassin de Saint-Étienne) sont en complète reconversion avec des résultats contrastés et quelques réussites incontestables, comme la technopole lilloise. On trouve encore quelques pôles d'industrie diffuse comme Clermont-Ferrand (Michelin) ou Montbéliard (Peugeot).
Zoom
Les dynamiques de l'espace industriel français© rue des écoles
Les dynamiques de l'espace industriel français
Les espaces du tourisme
Une activité performante
• Alors que le nombre de touristes dans le monde s'est élevé à plus de 750 millions en 2005, la France en a attiré près de 80 millions. Elle est le premier pôle touristique du monde depuis 1990, devant les États-Unis et les pays méditerranéens (Espagne, Italie). La France accueille surtout des Européens (Allemands, Britanniques, Néerlandais, etc.) et de plus en plus d'Asiatiques.
• D'abord réservé à une élite, le tourisme s'est démocratisé à partir des Trente Glorieuses. Cette activité a profité de la hausse du pouvoir d'achat des Européens, ainsi que de l'accroissement du temps libre. Concentrée dans le temps et dans l'espace, la pratique touristique de masse se fait en corrélation avec le développement des moyens de transport et des aménagements de structures nouvelles (stations balnéaires, stations de ski), dont la création n'est pas sans effets néfastes sur l'environnement.
• Le tourisme est la première source de devises pour la France et la balance touristique constitue l'un des points forts des échanges extérieurs de notre pays. Les retombées en termes d'emplois (même s'il convient de distinguer les emplois permanents et les emplois saisonniers) et de développement local sont significatives. En Corse, par exemple, le tourisme représente plus de 10 % du PIB régional.
Des atouts bien exploités
• La France possède des atouts incomparables, climatiques, naturels et culturels. Elle est en outre très bien située en Europe, à proximité des principaux bassins émetteurs du tourisme. Elle bénéficie d'un patrimoine historique remarquable et d'une réputation inégalée pour la gastronomie. Le pays dispose de moyens d'hébergement variés qui le placent dans les premiers rangs mondiaux. La pression touristique a d'ailleurs entraîné une rénovation du parc hôtelier, l'extension des terrains de camping, l'apparition de nouveaux types d'hébergement (chambres d'hôtes, camping à la ferme, villages de vacances).
• Cette mise en valeur a été menée par les acteurs de la vie politique et économique. Les acteurs privés (promoteurs, investisseurs) et publics (l'État et les collectivités territoriales) ont lancé et mené à bien les grands plans d'aménagement du territoire comme le plan Neige en 1964 pour revitaliser la montagne ou l'assainissement et l'aménagement de la côte languedocienne dans les années 1970. Ces aménagements prennent des formes diverses : stations balnéaires, ports de plaisance, pistes de ski, itinéraires de randonnée, etc.
• Mais la pression touristique a un impact important sur l'environnement. Le développement actuel des espaces touristiques doit prendre en compte la préservation des sites dans le cadre d'une politique de développement durable.
Des espaces touristiques diversifiés
Malgré l'extrême diversité des espaces consacrés au tourisme, on peut distinguer cinq types :
  • les espaces littoraux constituent des pôles denses et linéaires, où le tourisme de masse domine (côte d'Azur, côte vendéenne, Languedoc-Roussillon). On note également la présence d'aménagements plus diffus (côte d'Opale, côte bretonne, Aquitaine). La Méditerranée constitue incontestablement l'espace littoral le plus attractif, alors que le tourisme sur les côtes normandes ou de la mer du Nord est davantage un tourisme de week-end ;
  • le tourisme montagnard est massif surtout en hiver, mais se développe également en période estivale. Il est concentré dans les Alpes (en particulier dans les Alpes du Nord) avec des stations-villages (Chamonix) ou des stations intégrées (La Plagne, Courchevel). Les Pyrénées, les Alpes du Sud, les Vosges et le Jura, moins élévés, sont des espaces touristiques secondaires ;
  • les espaces à vocation culturelle sont en progression : Paris est le pôle dominant, accueillant près de la moitié des séjours d'étrangers. D'autres sites sont également attractifs, comme les châteaux de la Loire, Versailles, le mont Saint-Michel ou Lourdes pour le tourisme religieux ;
  • les espaces récréatifs comme les parcs de loisirs sont plus récents (Disneyland Paris, le Futuroscope à Poitiers, Vulcania dans le Massif central, Marineland à Antibes) ;
  • le tourisme vert, parfois associé au thermalisme, comme dans les Landes ou le Massif central, constitue un tourisme diffus en nette progression. Il favorise la revitalisation des zones rurales, marginalisées par une agriculture productiviste.
Zoom
Les dynamiques de l'espace industriel français© rue des écoles
Les dynamiques de l'espace industriel français
(1)On doit cependant noter qu'aujourd'hui, le décompte des emplois par secteur d'activité (classification de Colin Clark) est devenu difficile à cause de l'imbrication des emplois secondaires et tertaires.

Zoom sur…

Tourisme et environnement : Disneyland Paris veut donner l'exemple
Avec plus de 160 millions de visites depuis son ouverture en 1992, le parc Disneyland Paris est la première destination touristique d'Europe. Tout a commencé en 1987 avec la création d'un partenariat entre les pouvoirs publics français et The Walt Disney Company pour l'implantation d'une destination touristique d'envergure européenne. Paris a alors non seulement été choisie en raison de son patrimoine historique et culturel, mais aussi pour sa situation centrale en Europe et sa facilité d'accès par le train, l'avion et la route.
Disneyland Paris est l'équivalent d'une ville de 45 000 habitants. La société a mis sur pied une série de programmes pour protéger l'environnement : programme de gestion de l'énergie, programme de covoiturage pour les employés, abondance et variété de la végétation sur le site, etc.
D'après le site Internet Disneyland Paris.

Repères bibliographiques

  • P. Bloc-Duraffour, L'Industrie française, Armand Colin, 2003 (réédition).
  • R. Knafou, Les Alpes, La documentation photographique n° 8034, 2003.
  • N. Baron-Yelles, Le Tourisme en France, Armand colin, 2003.
------------------------------------------------------------
copyright © 2006-2018, rue des écoles