Les grandes aires de civilisation

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Les définitions clés

Aire de civilisation : entité géographique définie par un ensemble de caractères matériels, moraux, religieux, linguistiques, artistiques et sociaux communs à une société ou à un groupe de sociétés.
Diaspora : membres d'un peuple dispersé par petits groupes dans différents pays, mais y conservant leur culture.
Bouddha : philosophe indien du vie siècle av. J.-C. qui enseigna la compassion et l'oubli de soi.
Confucius : philosophe chinois du vie siècle av. J.-C. qui enseigna le respect de l'ordre et des ancêtres.
Jésus : fondateur de la religion chrétienne dont la vie et la prédication sont rapportées par les Évangiles.
Mahomet : fondateur de la religion musulmane (vers 570-632) dont la parole a été rassemblée dans le Coran.

La fiche

Qu'est-ce qu'une civilisation ?
Une civilisation est un ensemble de croyances (en particulier religieuses), de coutumes réglant aussi bien les grands moments de la vie (naissance, passage à l'âge adulte, mariage, mort) que les comportements de tous les jours (formes de politesse, interdits alimentaires…), et d'éléments culturels (légendes, grands textes fondateurs) communs à un peuple ou à un ensemble de peuples qui les ont hérités d'une longue histoire.
Pour le voyageur, le changement de civilisation se perçoit dans le style des maisons, dans les coutumes culinaires ou encore dans les comportements sociaux. Ces éléments créent le sentiment de dépaysement. La notion de civilisation, très générale, a souvent été utilisée pour justifier la conquête de civilisations considérées comme « inférieures ». En effet, la diffusion d'une civilisation correspond toujours à une phase de puissance, d'expansion, militaire, économique ou culturelle, mais elle peut survivre très longtemps à celle-ci.
Les civilisations asiatiques : richesse culturelle et modernisation
La civilisation chinoise
Le rayonnement de la Chine tient non seulement au nombre de ses habitants (1,3 milliards), mais également à l'ancienneté de sa civilisation. Unifiée très tôt, gouvernée par de grandes dynasties d'empereurs (les Han du iiie siècle av .J.-C. au iiie siècle ; les Tang du viie au Xe siècle ; les Ming du xive au xviie siècle), la Chine développe une administration, des arts et une philosophie officielle (le confucianisme) qui lui donnent un caractère profondément original.
Sur le plan religieux, le taoïsme et le bouddhisme, venu d'Inde vers le iie siècle, sont dominants. À partir de 1949, Mao Zedong développe un modèle de société rurale et collectiviste nettement différent du modèle soviétique.
En marge de la Chine existent des pays de civilisation chinoise, mais très attachés à leurs caractères propres et à leur indépendance : les deux Corée et le Vietnam. Le Japon, influencé dès le viie siècle par le modèle chinois, mais isolé, a développé une civilisation originale avec sa propre religion : le shintoïsme.
Par ailleurs, l'importante diaspora chinoise, présente dans toutes les grandes villes du monde, contribue à faire connaître des éléments de la civilisation chinoise (fête du nouvel an, restaurants, etc.)
La civilisation indienne
La civilisation indienne est encore plus ancienne que la civilisation chinoise. Le pays est unifié dès le iiie siècle av. J.-C. La sculpture, la littérature classique et la philosophie s'y développent très tôt autour d'une religion polythéiste : l'hindouisme. La croyance en la réincarnation y légitime une société de castes, très hiérarchisée. Le bouddhisme, l'islam (à partir du xe siècle) et la colonisation britannique (xix-xxe siècles) ont aussi profondément marqué la civilisation indienne.
La domination de l'Occident
Des héritages européens à l'hégémonie américaine
La civilisation dominante actuelle, non par le nombre, mais par la puissance, est née en Europe à l'époque médiévale, dans l'Occident chrétien. Elle allie des héritages grecs (littérature avec Homère, Hésiode, Eschyle ; architecture avec les temples et les théâtres), romains (droit, villes, routes), médiévaux (morale et rites chrétiens), modernes (création des États-nations), ainsi que des valeurs politiques ou philosophiques héritées des Lumières et des révolutions anglaise, américaine et française (droit de l'Homme, démocratie, libéralisme). La colonisation a contribué à en diffuser, en Amérique, en Afrique, puis en Asie, de nombreux caractères. La puissance actuelle des États-Unis, ainsi que des autres pôles principaux de la planète en font aujourd'hui le modèle dominant, en particulier grâce à la mondialisation des médias.
Né en Arabie au viie siècle (622 : hégire, départ de Mahomet pour Médine), l'islam s'est répandu très rapidement au Proche et Moyen-Orient, dans le bassin méditerranéen, mais aussi en Asie du Sud (Pakistan, Inde) et Asie du Sud-Est. L'Indonésie (85 à 90 % de musulmans) est le premier pays musulman du monde. L'islam est une des rares religions dont l'aire d'influence est si étendue, notamment en Afrique et en Europe.
Diversification ou mondialisation des cultures ?
La diversité des cultures et des civilisations est une richesse incontestable pourvu que celles-ci ne soient pas trop fermées, qu'elles ne servent pas de prétexte à exclure ceux qui ne croient pas, ne mangent pas, ne pensent pas comme la majorité. Les conflits à connotation religieuse ou nationale opposent d'ailleurs le plus souvent des populations d'une même civilisation ou de croyances proches. Ainsi, les trois religions du Livre (c'est-à-dire la Bible), judaïsme, christianisme et islam, ont une large base commune. Faire découvrir les civilisations et « dialoguer » les cultures est le rôle d'organisations internationales comme l'UNESCO. C'est aussi la mission de l'école, quand elle est, comme dans les démocraties, au service de l'ouverture et de la tolérance.

Zoom sur…

Trois grandes religions
• Le taoïsme : religion populaire de la Chine ; mélange du culte des esprits de la nature et des ancêtres, des doctrines de Lao-tseu et de croyances diverses. Pour Lao-tseu et Tchouang-tseu, il faut libérer l'homme du monde dans lequel il vit afin de le faire accéder au monde vrai du Tao, c'est-à-dire à l'existence par excellence, avec laquelle il doit communier dans une expérience mystique. Cette croyance en la valeur de l'existence s'est exprimée à travers une religion ésotérique qui a profondément marqué la civilisation chinoise.
• Le bouddhisme : né en Inde il y a vingt-cinq siècles, le bouddhisme s'est répandu peu à peu sur la partie la plus vaste et la plus peuplée de l'Asie, de l'Afghanistan à l'Indonésie et de Ceylan au Japon. Il y a longuement prospéré et est encore florissant dans ces deux derniers pays, ainsi qu'en Thaïlande, en Birmanie, en Corée du Sud, comme il l'était naguère au Tibet, au Cambodge, au Laos et au Vietnam. Son influence fut et est demeurée profonde sur les hommes et les civilisations de ce continent, malgré les différences qui les distinguent et qui se manifestent notamment à travers les arts et les littératures des divers pays où il s'est implanté.
La vocation missionnaire du bouddhisme remonte à ses origines. La « Voie de la Délivrance » découverte par le Buddha doit, en effet, être montrée à tous les hommes, quels que soient leur origine, leur sexe ou leur groupe social. Cette propagation des enseignements du Bienheureux se fit, presque toujours, avec beaucoup de tolérance et de souplesse. Ceux-ci s'adaptaient aux croyances, sentiments et coutumes des gens auxquels ils s'adressaient, dans la mesure où cela n'était pas incompatible avec les principes moraux du bouddhisme. Cette adaptation était largement facilitée par l'absence d'une autorité supérieure qui, comme la papauté, définirait et imposerait une orthodoxie. C'est pourquoi, au cours de sa longue histoire, le bouddhisme a pris tant de formes différentes dans les pays, si dissemblables, où il a prospéré.
• Le shintoïsme : religion nationale du Japon, antérieure à l'introduction du bouddhisme (vie siècle), qui honore les ancêtres. Le shinto ancien consistait en un ensemble de croyances et de rites animistes. Mais, depuis le xive siècle, le shinto – qui fait de l'empereur un représentant des dieux – s'est transformé en un mouvement nationaliste. Séparée officiellement de l'État en 1946, cette religion demeure très influente au Japon.

Repères bibliographiques

S. Huntington, Le Choc des civilisations, Odile Jacob, 1997.
G. Chaliand et J.-P. Rageau, Atlas stratégique, 2003.
J;-P. Digard et J.-R. Trochet, Aires culturelles et civilisations traditionnelles, Ellipses, 2000.
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