Les grandes civilisations du Néolithique

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L'essentiel

Les techniques assimilées au cours du paléolithique permettent à l'homme de continuer d'innover. Ses pierres taillées sont désormais polies ; il commence à maîtriser les métaux (cuivre, bronze, fer) et l'art de la poterie. Ces nouveaux outils conduisent à la domestication de plantes et d'animaux. Le Néolithique est défini comme la période où l'homme invente l'agriculture, se sédentarise et met au point des systèmes d'écriture. Les sociétés grandissent, l'architecture se perfectionne et des villes se développent autour de monuments toujours plus grandioses (temples, palais). Dans ce contexte naissent les premières civilisations qui échangent entre elles leurs richesses ou se disputent les meilleures terres. Dans le croissant fertile du Proche-Orient (Mésopotamie) et ses prolongements, le long des grands fleuves (Tigre et Euphrate) ou en bordure de la Méditerranée, de puissants empires (ceux des Hittites, des Assyriens ou des Phéniciens) voient le jour et cherchent à imposer leur suprématie. Sur les autres continents, des processus identiques se mettent en place.
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Chonologie de la sédentarisation, de la naissance de l'agriculture et de l'écriture
Chonologie de la sédentarisation, de la naissance de l'agriculture et de l'écriture

La fiche

Le Néolithique est une époque préhistorique marquée par de profondes mutations techniques et sociales liées à l'adoption d'une économie de production basée sur l'agriculture et l'élevage. En outre, la domestication des plantes et des animaux implique la sédentarisation des groupes humains.
Invention de l'agriculture et de l'écriture au Proche-Orient
Des outils toujours plus performants
• L'homme améliore son outillage. Il apprend à polir les pierres (âge de la pierre polie), puis, entre −2 500 et −1 800 ans, en Europe, il invente la métallurgie du cuivre (c'est le Chalcolithique). Ces techniques lui permettent de fabriquer couteaux, ciseaux, herminettes, hâches, etc. L'âge du bronze, période de diffusion de la technique du bronze (alliage de cuivre et d'étain), est daté aux alentours de −1 800. Il précède l'âge du fer, daté vers −1 100. L'homme apprend aussi à cuire la terre et invente la brique et la poterie.
• Dans certaines régions de l'Europe de l'Ouest (Morbihan), il dresse d'énormes mégalithes. Les dolmens sont des chambres funéraires ; ils correspondent aux tumulus (éminences de terre de forme souvent circulaire élevées au-dessus d'une tombe). Les menhirs sont des monolithes dressés verticalement, en alignement (comme à Carnac), en cercle (les cromlechs de Stonehenge) ou isolés. Leur fonction n'est pas identifiée avec certitude.
Agriculture, élevage et sédentarisation
• Vers la fin du ixe millénaire av. J.-C., les groupes humains du Proche et du Moyen-Orient, déjà en partie sédentaires, commencent à domestiquer les animaux (le mouton, la chèvre) et les plantes (le blé, l'orge puis les légumineuses). Ils fabriquent des poteries au début du viie millénaire av. J.-C. et pratiquent le tissage. Ces nouvelles avancées techniques gagnent progressivement l'Europe de l'Ouest et tout le pourtour de la Méditerranée à partir de 6 500 av. J.-C. Elles suivent différentes voies de diffusion : par le biais des échanges entre les populations ou à la faveur de migrations.
• Des constructions durables apparaissent, en torchis et en pierre, qui remplacent peu à peu les huttes de peaux des anciens chasseurs-cueilleurs. Regroupées, ces constructions donnent naissance aux premiers villages. L'une des plus anciennes agglomérations connues est celle de Jéricho, au nord de la mer Morte. Le village était constitué de maisons circulaires en brique crue, protégées par un rempart doublé d'un fossé. L'agglomération de Çatal Hüyük, en Turquie, est un bel exemple de sédentarisation néolithique. Vers −7 000, le site comptait une population d'environ 5 000 habitants. Serrées les unes contre les autres, les maisons n'étaient accessibles que par des échelles de bois. Elles étaient construites de briques crues et comprenaient une grande pièce commune (de 20 à 25 m2 environ) et des pièces annexes aux usages variés. La pièce principale était aménagée de bancs et de plates-formes pour s'asseoir et dormir, et disposait d'un foyer rectangulaire surélevé et d'un four à pain voûté.
L'invention de l'écriture
• L'invention de l'écriture marque le passage de la préhistoire à l'histoire. Elle est en général liée à l'apparition des échanges entre les communautés, ces échanges rendant nécessaire la tenue de comptes. Vers −3 200, une écriture cunéiforme (c'est-à-dire composée de signes en forme de clous) apparaît à Sumer, en Basse-Mésopotamie.
• L'utilisation de l'écriture accompagne le développement d'une organisation complexe de la société et l'apparition d'un État monarchique ou contrôlé par les prêtres. Des villes se développent où s'érigent des temples et des tombeaux majestueux. Vers −2 335, Sargon l'Ancien profite de l'affaiblissement de Sumer pour fonder la cité d'Akkad. Il conquiert la Mésopotamie et crée un État centralisé dont le souverain est un roi dieu. Sur cet exemple, de grandes civilisations s'affirment et se succèdent.
Les grandes civilisations du Proche-Orient
Les civilisations égéennes
• Entre −3 000 et −1 200, plusieurs civilisations se développent autour de la mer Égée, en particulier à Cnossos (civilisation minoenne), puis à Mycènes (civilisation mycénienne). Bourgades fortifiées, palais, fresques, premières écritures retrouvées sur des tablettes d'argile, sont autant de témoignages d'une civilisation avancée en Crète dès le iie millénaire. Les cités mycéniennes étaient protégées par des murs formés de blocs de pierres grossièrement taillées, empilées les unes sur les autres : on parle d'appareil cyclopéen. Ces cités comportent une entrée monumentale (porte des Lions, à Mycènes).
Les Assyriens
• Centré sur la Mésopotamie, l'empire assyrien (−2 000 à −600) est considéré comme le premier véritable empire du Moyen-Orient. Il eut plusieurs capitales : Assur d'abord, Kalkhu en −879 et Ninive en −745. Sa puissance repose sur une armée bien organisée, souvent représentée sur les remarquables bas-reliefs de l'art assyrien. Subdivisé en districts dirigés par des administrateurs et reliés à l'empereur par un système de courriers, l'empire fut intégré à celui de Babylone sous le règne d'Hammourabi, avant de connaître une seconde phase de domination au viiie siècle.
Babylone
• Cité-État de Mésopotamie, Babylone (dans l'actuel Irak) connaît une première splendeur sous Hammourabi à partir de −1 792. Souvent soumise par ses voisins (Hittites, Kassites, Élamites puis Assyriens), la ville connaît une seconde période de fastes entre −625 et −539. Nabuchodonosor II la dote de nombreux temples et palais protégés par un vaste mur d'enceinte. Il fait aussi construire les fameux jardins suspendus. La ziggourat Étemenanki, édifice haut de sept étages, inspira le mythe de la tour de Babel. Couvrant quelque 1 000 ha, Babylone est alors la plus grande ville du monde.
Les Hittites
• Ce peuple apparaît en −1 900 en Anatolie (Turquie centrale). Concurrents des Égyptiens, leur empire connaît son apogée au xve et xive siècle av. J.-C. Les réalisations les plus remarquables de leur civilisation concernent les domaines législatifs et l'administration de la justice. Leur écriture emprunte aux Sumériens (écriture cunéiforme) et aux Égyptiens (hiéroglyphes). Agriculteurs, ils disposent également d'abondantes ressources en minerais, et sont peut-être les premiers à avoir travaillé le fer dans cette région. Ce peuple disparaît à la fin du xiiie siècle av. J.-C., probablement anéanti par les Peuples de la mer.
Les Phéniciens
• Implantés entre −2 500 et −500 dans un territoire correspondant au Liban actuel, les Phéniciens forment un peuple de navigateurs rassemblés autour de cités-États comme Tyr, Sidon, Tripoli ou l'actuelle Beyrouth. Peuple de commerçants, ils fondent de nombreux comptoirs, comme Carthage, dans toute la Méditerranée et poussent leurs explorations jusqu'à l'océan Atlantique. Vers l'an 1 000 av. J.-C., ils se dotent d'une écriture reprise par les Grecs puis les Romains. Cette écriture est à l'origine de notre alphabet.
Les autres aires culturelles
Le Moyen-Orient est une zone particulièrement dynamique pendant tout le Néolithique. Les autres continents connaissent toutefois les mêmes évolutions, bien qu'à des époques souvent plus tardives ou à des rythmes différents.
En Asie
• Les régions méridionales de la Chine ont révélé l'existence d'un site (Xianrendong) daté de −8 000 où a été mise au jour une céramique réalisée par une population vivant surtout de chasse, de pêche et de cueillette, mais pratiquant déjà une protoagriculture élémentaire. Daté de −5 000, le site de Hemudu témoigne des débuts de la culture du riz et de l'élevage du buffle. La métallurgie du bronze apparaît avec la dynastie des Chang (−1 500 à −1 000). Datée du xve siècle av. J.-C., la cité Chang de Zhengzhou laisse transparaître l'existence d'une société déjà fortement hiérarchisée. En Inde, la civilisation dite de l'Indus se développe vers −3 000. On y retrouve toutes les innovations du Néolithique européen.
Aux Amériques
• La découverte et le peuplement du territoire américain par des groupes de chasseurs-cueilleurs date de trente mille ans seulement. L'agriculture apparaît au Mexique vers −9 000 et est caractérisée par la prédominance du maïs, même si cette céréale n'est domestiquée que vers −5 000. La poterie est attestée vers 2 500 av. J.-C. Dans l'aire andine, des conditions naturelles très contrastées produisent de grandes différences de développement selon les zones géographiques. On y découvre donc des cultures très distinctes les unes des autres. Dans cette région, l'homme se sédentarise à partir du ier millénaire av. J.-C. Il cultive principalement le maïs, mais également le haricot et la pomme de terre. Il domestique le lama.
En Afrique
• La civilisation du Chalcolithique se développe en Mauritanie avant de se répandre dans les pays du golfe de Guinée.

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Une des sept merveilles du monde antique : les jardins suspendus de Babylone
Au vie siècle av. J.-C., Nabuchodonosor II aurait fait aménager des jardins en l'honneur de son épouse Amytis, fille du roi des Mèdes. Le roi de Babylone aurait ainsi voulu lui rappeler la végétation de son pays d'origine. Ces jardins étaient composés de plusieurs étages en terrasses formant une pyramide et soutenus par des voûtes et des piliers de brique. La végétation recouvrant la structure bâtie, les jardins semblaient flotter dans l'air. Un immense escalier de marbre reliait les terrasses, où l'eau était drainée depuis l'Euphrate grâce à un système sophistiqué de vis hydrauliques. Des historiens grecs, comme Philon de Byzance, décrivent cette merveille, mais aucun ne l'a vue ; elle n'est connue qu'à travers le récit de soldats. Des fouilles du site révèlent des vestiges qui pourraient correspondre à ces extraordinaires jardins dont l'existence reste encore de nos jours discutée par les archéologues.
Le code d'Hammourabi
Sixième roi de Babylone (−1 792 à −1 750 environ), Hammourabi est le véritable fondateur de la première dynastie babylonienne. Celui-ci se consacre principalement à la protection de son empire et favorise sa prospérité. Sa renommée lui vient du code de loi qui porte son nom et qui est le plus ancien recueil législatif connu. Le code, rédigé en caractères cunéiformes, est gravé sur une stèle de diorite noire haute de deux mètres.

Pour aller plus loin

Repères bibliographiques
  • P. Amiet, L'Antiquité orientale, PUF, 2003 ;
  • J. Cauvin, Naissance des divinités, naissance de l'agriculture, Flammarion, 1998 ;
  • D. Arnaud, Nabuchodonosor II, roi de Babylone, Fayard, 2003 ;
  • J. Bottéro, Au commencement étaient les dieux, Taillandier, 2004.
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