Les Hébreux

-----------------------------------------------

L'essentiel

Peuple sémite et nomade du Proche-Orient, les Hébreux se fixent en Palestine vers le ier millénaire av. J.-C. Leur originalité tient surtout à leur attachement à un dieu unique, ce qui les distingue de tous les autres peuples. Rapportée dans la Bible (leur livre sacré), leur histoire traduit les relations difficiles qu'ils entretiennent avec les peuples qui leur sont voisins. Après une période faste sous les règnes des rois David et Salomon, les Hébreux subissent la domination de leurs ennemis. Révoltés contre les Romains, ils sont dispersés en 70 de notre ère (diaspora) et leur temple de Jérusalem est détruit. Leur Loi s'appuie sur des commandements à la fois simples et exigeants ainsi que sur le respect de rites, autant de traits qui les singularisent et qui ont également fortement influencé la civilisation occidentale.
Zoom
Chronologie indicative : les Hébreux
Chronologie indicative : les Hébreux

La fiche

Groupe de tribus de souche sémitique, le peuple des Hébreux migre de la Mésopotamie vers la Palestine au cours du iie millénaire av. J.-C. Toutefois, par référence au récit biblique, ils sont aussi définis comme un peuple réduit en esclavage par l'Égypte, une servitude dont ils furent libérés par Moïse. Quelle que soit leur origine exacte, quelles caractéristiques les distinguent des autres peuples de l'Antiquité ? En quoi notre civilisation est-elle imprégnée de leur histoire ?
Le peuple de l'Alliance, une relation privilégiée avec Dieu
Vers 1 200, les douze tribus du peuple hébreu s'unissent en raison de leur origine commune et du culte qu'elles vouent à une même divinité.
Une religion « révélée »
• Texte sacré, la Bible réunit trente-neuf livres rapportant l'histoire des Hébreux, leurs lois et plus particulièrement, les liens qu'ils ont tissés avec leur Dieu, Yahvé. Elle définit l'identité du peuple, ses lois, mais surtout une « religion » au sens propre (c'est-à-dire ce qui relie la terre et le ciel), dévoilée aux hommes par la volonté de Dieu lui-même. La Révélation est l'acte par lequel Dieu entre en communication avec l'homme pour lui signifier sa véritable nature.
La Bible hébraïque
• La tradition divise la Bible en trois grandes parties : la Loi (ou Torah) constituée de cinq livres attribués à Moïse (la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome) ; les récits historiques et ceux des prophètes (comme Isaïe ou Jérémie) ; les Écrits (psaumes, proverbes, poèmes comme le Cantique des cantiques), le Livre de Job, le Livre de la Sagesse, le Livre des Lamentations, etc.
L'invention du monothéisme et l'Alliance
• Au fil des textes, le dieu proclamé devient prédominant. On parle d'hénothéisme, une croyance qui ne nie pas l'existence de plusieurs dieux, mais invite les humains à ne s'attacher qu'à un seul d'entre eux. Dans un second temps, le dieu devient unique et universel : c'est le monothéisme. Ce dieu créateur du monde ainsi que le révèle le texte de la Genèse, contracte une alliance avec Abraham auquel il promet une nombreuse descendance. En échange du pays de Canaan, terre promise aux enfants d'Abraham, ces derniers sont invités à ne reconnaître aucun autre dieu et à respecter les Dix Commandements (le Décalogue). En signe de cette alliance, les hommes doivent être circoncis.
• Cette alliance apparaît comme la réactualisation d'une autre plus ancienne, passée entre Dieu et Noé à la suite du Déluge. Elle est renouvelée avec Moïse. Au cœur d'un monde où les dieux sont multiples et se comportent à l'image des hommes, les Hébreux sont considérés comme un peuple original autant que dérangeant, leurs contacts avec leurs voisins ne s'en trouvant que plus complexes.
Des relations difficiles avec leurs voisins
Durant le iie millénaire, les Hébreux forment un peuple nomade qui, contrairement à leurs contemporains fondant des cités et développant des empires, se déplace dans les régions orientales du Bassin méditerranéen.
Le temps du « nomadisme » et de l'Exode
• Abraham est originaire d'Ur, en Chaldée, près de l'Euphrate. Sous l'injonction de Dieu, il quitte cette région pour le pays de Canaan. Son odyssée le conduit jusqu'en Égypte. Historiquement, rien ne confirme le récit biblique, à part le fait que des populations nomades se sont bien déplacées à travers tout le Proche-Orient entre −1 900 et −1 800. Au début du xiiie  siècle, la Bible affirme la présence des Hébreux en Égypte où ils sont maintenus en esclavage. Sous la conduite de Moïse, ils fuient ces persécutions. Poursuivis par l'armée du Pharaon, les Hébreux sont sauvés des eaux de la mer Rouge qui se retirent devant eux avant d'engloutir leurs poursuivants. Commence alors une longue et pénible marche dans le désert du Sinaï au cours de laquelle Moïse reçoit les Dix Commandements. Au terme de ce périple, les Hébreux s'installent en Palestine où ils retrouvent, probablement, ceux des descendants d'Abraham qui n'avaient pas migré vers l'Égypte.
Le temps des rois (−1 250 à −931)
• Menacés par les peuples voisins qui n'apprécient pas leur implantation, les Hébreux s'unissent autour d'un même roi. Le premier est Saül, auquel succèdent David puis Salomon. Les Hébreux connaissent alors leur âge d'or. Vers −1 000, David se distingue lors d'une guerre contre les Philistins et leur champion, Goliath. Pour éviter les tensions, le roi David fixe sa capitale à Jérusalem, une cité qui n'appartient alors à aucune tribu hébraïque. Avec l'aide de mercenaires, il triomphe des Moabites, des Ammonites et des Édomites. Il fonde ainsi un grand royaume palestinien. Réputé pour sa sagesse, son fils Salomon fait construire le temple de Jérusalem où est conservée l'arche de l'alliance avec Dieu. Mais ce palais coûte cher et devient la cause de querelles intestines. À la mort du roi Salomon en −930, les Hébreux se scindent en deux royaumes : celui de Juda au Sud (Jérusalem) et celui d'Israël au Nord (Samarie).
D'une destruction du temple à l'autre (931 av. J.-C. à 70 apr. J.-C.)
• Des différences linguistiques couplées à des divergences dans l'interprétation de la Bible accentuent peu à peu la rivalité entre les deux royaumes. Affaiblis, les Hébreux deviennent la proie de leurs puissants voisins, les Assyriens puis les Babyloniens. Le royaume d'Israël disparaît (−722), Jérusalem est prise par deux fois (en −597 et −587) et son temple est détruit. Désormais désignés sous le nom de Juifs, les Hébreux sont alors emmenés en captivité ou dispersés (c'est la diaspora). En −539, l'empereur de Perse Cyrus II s'empare de Babylone et autorise les Juifs à rentrer chez eux. Ils retrouvent Jérusalem où ils édifient un nouveau temple.
• Mais jusqu'en 70 de notre ère, les Hébreux restent sous la dépendance des grands empires qui dominent successivement la région : l'empire égyptien, l'empire assyrien, l'empire d'Alexandre le Grand, puis l'empire romain. Pour sauvegarder leur indépendance, ils nouent des alliances ou se révoltent (contre les Asmonéens en −168, par exemple). Tout juste tolérés, les Hébreux agacent. Leur culte, qui les conduit à refuser les dieux de leurs voisins, leur est vivement reproché. En 66 de notre ère, refusant le culte de l'empereur, ils entrent en guerre contre Rome. Vaincus, ils sont à nouveau dispersés, et leur temple est détruit (70).
Des croyances et des pratiques exigeantes
La force des Hébreux provient de leur attachement à leur Dieu et aux lois inscrites dans les textes de la Bible. Celles-ci définissent une identité forte et non négociable qui irrite les autres peuples dont les règles sont plus souples.
La Loi ou Torah
• La Loi est constituée en premier lieu par les Dix Commandements, des injonctions à la fois courtes et sans équivoque portant sur les comportements sociaux indispensables à la vie communautaire : condamnation du meurtre, des vol, adultère, faux témoignage, idolâtrie. Tranchées, ces lois possèdent un caractère universel qui fait leur force. S'y ajoutent des règles plus spécifiques comme la vénération du dieu unique, le respect du shabbat (jour dédié au Seigneur, qui correspond au samedi) ou la circoncision, ainsi que des lois casuistiques qui définissent au quotidien les conséquences juridiques des comportements humains. Ces lois plus ordinaires entrent souvent en conflit avec les lois des voisins ou de la société laïque.
Les rites et les lieux sacrés
• La Bible définit également des rites et des fêtes, témoignages du respect que tout membre de la communauté doit à Dieu, raison pour laquelle l'homme se couvre la tête d'une calotte, la kippa. Le Juif se doit de lire la Bible régulièrement, de réciter des prières (trois fois par jour) et de respecter des rites de purification. Dans ce dernier cadre, la consommation du porc, notamment, lui est interdite et des conditions « adaptées » (kasher) de préparation des aliments sont imposées. Imaginée pour remplacer le temple détruit au moment de l'Exil, la synagogue est le lieu sacré où les Hébreux se réunissent pour prier. Des fêtes rythment le déroulement de l'année : Pâques (qui commémore le début de l'Exode), Rosh Hashanah (le nouvel an juif) et Yom Kippour, jour de l'expiation et du Pardon.
De nombreux courants religieux
• Au cours de leur histoire, si les Hébreux ont su parfois s'unir pour résister à leurs ennemis, ils se sont aussi divisés. Dès 500 av. J.-C., une rupture oppose les Samaritains aux Juifs de Jérusalem ; mais c'est sous la domination d'Alexandre le Grand, vers −332, que se produit le « schisme de Samarie », matérialisé par l'édification d'un temple sur le mont Garizim.
• Pendant la période des Asmonéens (140 av. J.-C. à 37 apr. J-C.), plusieurs groupes religieux se développent. Les Pharisiens (les Séparés) sont des observateurs scrupuleux de la Loi et cherchent à se séparer des autres Juifs, jugés indignes d'eux. Très conservateurs, les Sadducéens interprètent la Loi à la lettre et rejettent toute innovation, tandis que les Esséniens préparent le royaume du Messie par l'ascèse d'une vie monacale austère et la purification. Les Zélotes sont des combattants qui luttent contre les occupants romains et leurs collaborateurs. Tous ces courants animent la vie de la communauté, provoquent des tensions et suscitent de vives réactions de la part des autres peuples ou des souverains agacés par les désordres qu'ils génèrent.
Par leur souci d'indépendance et l'attachement à leur identité, les Hébreux ont irrité leurs contemporains. Mais l'originalité et la force de leur religion a favorisé sa diffusion dans tout le Bassin méditerranéen. Son influence y est encore forte aujourd'hui. Le christianisme et l'islam qui en sont issus imprègnent la civilisation occidentale du continent américain jusqu'au Moyen-Orient, en couvrant toute l'Europe et une grande partie de l'Afrique.

Zoom sur…

Le Messie
Le terme désigne le roi « oint ». Il évoque celui qui doit venir pour sauver le peuple d'Israël. Il est annoncé par les prophètes à l'époque où les Juifs sont en captivité à Babylone. Ce roi avait vocation à restaurer le royaume d'Israël. Il est considéré comme étant l'un des descendants du roi David. Au fil de l'Histoire, l'image de ce roi évolue, tout comme l'interprétation sur sa nature ou sur sa vocation. Pour les uns, il s'agit d'un chef militaire, pour d'autres d'un grand prêtre. Pour les Juifs réformés, apparus au xixe siècle, le Messie n'est même plus considéré comme une personne physique, mais symbolise une situation de paix universelle.
L'invention du monothéisme
Attribuée aux Hébreux, l'invention du monothéisme est pourtant source de débats. Hors de toute explication théologique (la révélation par Dieu), comment l'idée d'un dieu unique est-elle venue à ce peuple ? Sont-ils vraiment les premiers à avoir adopté une telle croyance ? Il est difficile de répondre à cette question faute de sources. Le culte solaire d'Akhenaton (pharaon égyptien de la xviiie dynastie), n'est-il pas déjà un monothéisme en gestation ? Cette révolution religieuse qui conduit le pharaon à faire détruire les images des autres divinités semble aller dans cette voie, mais elle ne dure que le temps d'un règne. Certains auteurs soulignent que Moïse apparaît peu de temps après et pourrait avoir été inspiré par le souvenir de ce monothéisme avorté.

Pour aller plus loin

Repères bibliographiques
  • Mireille Hadas-Lebel, L'Hébreu, 3000 ans d'histoire, Albin Michel, 1998 ;
  • Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, La Bible dévoilée, Gallimard, 2004 ;
  • William G. Dever, Aux origines d'Israël. Quand la Bible dit vrai, Bayard, coll. « Centurion », 2005 ;
  • Jean Soler, L'Invention du monothéisme, de Fallois, 2002.
------------------------------------------------------------
copyright © 2006-2018, rue des écoles