Les hésitations du Grand Siècle

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L'essentiel

Le Grand Siècle voit s'affirmer les grandes nations du monde contemporain. L'Europe amorce une mutation qui assurera son hégémonie au xixe siècle. Elle poursuit l'exploration de terres inconnues (voyages maritimes dans le Pacifique) et approfondit ses connaissances scientifiques (Kepler, Newton). Colonisant les Amériques, elle s'enrichit par l'exploitation des peuples d'Afrique réduits en esclavage et grâce au commerce mené par les grandes compagnies. Sur le plan politique, l'Europe semble toutefois hésiter sur la meilleure manière de gouverner. L'absolutisme (tous les pouvoirs concentrés entre les mains d'un seul) triomphe. Maître absolu de son royaume, Louis XIV peut déclarer : « l'État, c'est moi ». Son modèle fait école dans toute l'Europe, où s'affirment de puissantes dynasties (les Habsbourg, les Romanov, les Hohenzollern) ; le modèle échoue toutefois en Angleterre où la répartition du pouvoir entre le roi et le Parlement permet l'affirmation de libertés fondamentales (Habeas Corpus).
Chronologie indicative
  • 1610-1643 : Règne de Louis XIII (France) ;
  • 1628 : Pétition des droits (Angleterre) ;
  • 1638-1648 : Guerre de Trente ans (le traité de Westphalie y met un terme) ;
  • 1642-1648 : Guerre civile en Angleterre ; exécution de Charles Ier (1649) ;
  • 1644 : Début de la dynastie mandchoue en Chine ;
  • 1648-1653 : La Fronde (révolte nobiliaire en France) ;
  • 1649-1660 : République de Cromwell (Angleterre) ;
  • 1648-1715 : Règne de Louis XIV (France) ;
  • 1679 : Habeas Corpus (Angleterre) ;
  • 1685 : Révocation de l'Édit de Nantes ;
  • 1688-1697 : Guerre de la ligue d'Augsbourg ;
  • 1689 : Déclaration des droits en Angleterre. Début du règne de Pierre le Grand.

La fiche

Le xviie siècle, aussi appelé Grand Siècle, est marqué par l'affirmation des monarchies européennes qui imposent leur ordre et encouragent l'exploitation des terres nouvelles. Seul l'Extrême-Orient résiste à la domination grandissante de l'Europe.
Absolutisme royal et libertés anglaises
Incarné par Louis XIV, le Roi-Soleil, l'absolutisme triomphe en France ; mais ce modèle de pouvoir du seul monarque est vivement contesté en Angleterre.
La toute-puissance du roi
• Apparu dès le xvie siècle, l'absolutisme moderne s'épanouit pleinement au xviie siècle. Tous les pouvoirs politiques (exécutif, législatif, judiciaire, militaire, religieux) sont sous le contrôle d'un seul homme. Le système s'appuie sur la légitimité du droit divin (le roi détient le pouvoir parce que Dieu le veut) pour justifier le fait que nulle institution (assemblée ou conseil) ne peut imposer le moindre commandement au monarque, y compris l'Église dans le cadre des affaires religieuses.
Le Grand Siècle de Louis XIV
• La formule de Bossuet « un roi, une foi, une loi » consacre l'absolutisme français qui s'est imposé dès Louis XIII par l'entremise du cardinal de Richelieu, lequel met au pas l'opposition huguenote (siège de la Rochelle en 1628) et nobiliaire. Après un début de règne difficile (révolte des nobles lors de la Fronde que brise Mazarin), Louis XIV étend son autorité à tous les domaines de la vie publique. Représentants du roi dans les provinces, les intendants lui permettent de contrôler le royaume. Colbert met au point la première économie d'État (manufactures royales).
• Les Académies des sciences, des belles-lettres, des beaux-arts ou de musique s'efforcent de définir les arts et de les mettre au service de la renommée royale. La censure contrôle les publications. Assuré qu'il est de son plein pouvoir, Louis XIV proclame : « l'État, c'est moi ».
Révolution anglaise et libertés
• Les Stuart (Jacques Ier et Charles Ier) tentent de même d'asseoir leurs prérogatives sur la société anglaise, mais la bourgeoisie commerçante et la noblesse s'insurgent. Par la Pétition des droits (1628), le Parlement revendique les pouvoirs que lui accorde la coutume. Au terme de la guerre civile que cette rébellion provoque, Charles Ier est battu et décapité (1649). Sous la direction d'Olivier Cromwell, une république autoritaire s'instaure.
• Rétablie en 1660, la monarchie est contrainte de faire des concessions au Parlement qui l'a aidée à reconquérir son trône. En 1679, l'Habeas Corpus interdit les arrestations arbitraires ; dix ans plus tard (1689), la Déclaration des droits proclame les libertés individuelles et limite le pouvoir royal. Avec un siècle d'avance sur la France, l'Angleterre fait ainsi sa révolution et incarne un modèle de monarchie parlementaire opposé à celui de sa rivale.
Un siècle de conflits et de recomposition de l'Europe
Dans le cadre de la lutte pour le contrôle du pouvoir tel que l'incarnent la France et l'Angleterre, l'Europe se déchire.
La multiplication des guerres européennes
• Puissants, les monarques cherchent à étendre leur autorité et à marquer les frontières de leurs royaumes. Ils utilisent des armées de mercenaires dotées d'une grande puissance de feu et font construire des forteresses (Vauban) pour protéger les frontières.
• De nombreuses guerres ravagent le continent. Celle dite de Trente Ans (1618-1648) débute par une guerre de religion et finit en conflit général entre les États européens. Le traité de Westphalie y met un terme mais, soucieux de renforcer son hégémonie sur le continent, Louis XIV le plonge à nouveau dans la violence : guerre de Dévolution contre l'Espagne (1668-1669), guerre de Hollande (1672-1678), guerre de la ligue d'Augsbourg (1688-1697) au cours de laquelle le Palatinat est mis à feu et à sang par les troupes de Louvois. Outre-Manche, la guerre civile déchire l'Angleterre.
La compétition économique, une autre forme de guerre ?
• L'économie devient une arme de la compétition internationale et de la puissance. Le mercantilisme qui prévaut alors prône l'enrichissement des nations par le développement du commerce extérieur et l'appropriation des richesses disponibles (les métaux précieux, par exemple).
• En France, il prend le nom de colbertisme : surintendant des finances, Colbert s'ingénie à promouvoir une économie nationale par des commandes, la création de manufactures royales, la réduction des droits de douane intérieurs et l'adoption de mesures protectionnistes aux frontières (établissement des barrières douanières), la construction d'un important réseau de routes et de canaux. À l'instar des États concurrents, il encourage les exportations. Il soutient aussi la guerre de course menée par des corsaires comme Surcouf, dont l'action, calquée sur les méthodes de la piraterie, est commanditée par l'État.
Une Europe de l'Est en devenir
• Si l'Espagne entame son déclin malgré ses réserves d'or provenant de la Nouvelle-Espagne, l'Europe de l'Est est le lieu de l'émergence de nouvelles puissances dirigées par des princes qui s'inspirent des méthodes de l'absolutisme. L'Empire ottoman, qui a connu son apogée au xvie siècle (Soliman le Magnifique) mais dont l'expansion en Europe a été stoppée par la bataille de Lépante (1571), mobilise contre lui les peuples chrétiens (Sainte-Alliance). La libération de la Hongrie offre la couronne de ce pays aux Habsbourg, sous l'autorité desquels l'Autriche devient une grande puissance. Dans le Saint Empire germanique, des États forts apparaissent (Prusse des Hohenzollern, Bavière des Wittelsbach). En Russie, la dynastie des Romanov entreprend l'exploration de la Sibérie. Accédant au trône en 1689, Pierre le Grand commence la modernisation du pays.
Nouveaux horizons
Dynamique, l'Europe multiplie les découvertes, explore et exploite le monde qu'elle commence à coloniser, exception faite de l'Extrême-Orient.
L'exploitation des colonies
• L'exploitation des richesses de l'Orient donne lieu à une âpre compétition entre les compagnies de commerce néerlandaise (1602) et anglaise (1609) notamment. En 1664, Colbert créé des compagnies françaises identiques. Ces sociétés de commerce établissent en Inde des comptoirs (Madras en 1639, Pondichéry en 1674). Si l'Espagne abandonne aux missions jésuites les frontières de la forêt amazonienne, elle défend âprement en revanche le monopole de l'exploitation des richesses sur le continent américain. En 1621, la compagnie néerlandaise des Indes occidentales voit le jour et attaque les possessions réunies espagnoles et portugaises (1580-1640). En Amérique du Nord, les Hollandais fondent la Nouvelle Amsterdam (1626) qu'ils doivent céder aux Anglais en 1667 (elle devient New York). Les Français s'installent au Québec (1608) et annexent la Louisiane (1682).
• Tous ces territoires servent de relais pour l'exploitation des fourrures, du sucre ou du coton. Une traite des Noirs (commerce triangulaire) de grande ampleur est organisée entre l'Afrique et l'Amérique pour fournir la main d'œuvre nécessaire. Les richesses qui circulent excitent la convoitise des flibustiers, qui installent leurs bases (aux Antilles notamment) et sèment la terreur sur les océans.
Les progrès géographiques et scientifiques
• Les grands voyageurs ouvrent de nouvelles routes maritimes. Le Français Antoine de Bougainville fait le tour du monde et explore la Polynésie ; le Hollandais Abel Tasman découvre la Tasmanie et la Nouvelle-Zélande, tandis que le Britannique James Cook explore la côte est de l'Australie, la Nouvelle-Calédonie et les îles Tonga.
• De nouvelles avancées dans le domaine des sciences naturelles et physiques, amorcées lors de la révolution humaniste du xvie siècle, se produisent et des découvertes scientifiques commencent à doter l'Europe de moyens qui lui permettront d'asseoir son hégémonie sur le monde : la circulation du sang de Harvey (1618), les lois de Kepler sur les planètes (1619), la géométrie analytique de Descartes (1637), la loi de la gravitation de Newton (1666), la chaudière de Denis Papin (1681).
L'Asie reste indépendante
• En 1644, en Chine, les Mandchous mettent un terme à la dynastie Ming. À la tête d'un immense empire, ils assurent leur domination par des moyens policiers et l'établissement d'une hiérarchie de fonctionnaires soumis au système du double emploi pour un poste (chaque fonction est occupée par deux responsables qui se partagent le pouvoir et se contrôlent mutuellement). Le confucianisme devient doctrine de l'État (1671).
• Au Japon, Tokugawa fonde le shogounat d'Edo (1603), ancien nom de Tokyo. Il pacifie le pays, dynamise l'économie et favorise l'émergence d'une bourgeoisie marchande.
Le xviie siècle voit ainsi se dessiner les nations appelées à devenir les grandes puissances du monde contemporain.

Zoom sur…

La révocation de l'édit de Nantes
Soucieux d'assurer l'unité du royaume par l'unité religieuse, le roi Louis XIV engage la lutte contre les protestants. Les mesures juridiques visant à gêner la vie ou la carrière de ces derniers n'ayant pas les effets attendus, le roi laisse Louvois mettre en œuvre une politique plus violente : les dragonnades sont de véritables persécutions destinées à obtenir des conversions forcées. Convaincu de leur efficacité et de la disparition des protestants au sein du royaume, Louis XIV décide en 1685 d'abroger l'édit de Nantes par lequel Henri IV, en 1598, avait accordé aux protestants la liberté d'exercer leur culte.
Le gallicanisme
Le gallicanisme est une doctrine affirmant l'indépendance de l'Église de France vis-à-vis de la papauté. Grâce, notamment, au pouvoir qu'il a de nommer les évêques, le roi de France impose son influence au pape. Contre l'autorité de Rome, le gallicanisme entend défendre les coutumes et l'indépendance du clergé français dans le royaume. Ce mouvement atteint son apogée en 1682 avec la Déclaration du clergé de France rédigée par Bossuet. Entre pouvoir civil et religieux à l'intérieur du pays, le rapport de force s'est inversé par comparaison au pouvoir de l'Église à l'époque médiévale. Il n'y a pas encore de séparation de l'Église et de l'État puisque le catholicisme reste la religion officielle de la France (dite « fille aînée de l'Église »). Toutefois, le roi (l'État) affirme sa primauté à l'intérieur des frontières nationales.
À la suite du Concordat de 1801, qui renforce encore l'emprise du pouvoir politique sur l'Église, la loi de 1905 (séparation de l'Église et de l'État) fait perdre à la confession catholique sa prépondérance en affirmant la neutralité religieuse de l'État. Mais cette loi lui rend dans le même temps son indépendance.

Pour aller plus loin

À voir
  • Le roi danse, Gérard Corbiau, 2002 ;
  • Cromwell, Ken Hughes, 1970 ;
  • Mission, Roland Joffé, 1986.
Repères bibliographiques
  • P. Goubert, Louis XIV et vingt millions de Français, Fayard, 1965 ;
  • P. Goubert, Le Siècle de Louis XIV, Livre de Poche, coll. « Référence », 1998 ;
  • Fr. Bluche, Le Temps de Louis XIV, Hachette, coll. « Vie quotidienne », 1994.
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