Les inégalités de développement dans le monde

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Les définitions clés

IDH : indicateur du développement humain. Compris entre 0 et 1, il est calculé d'après l'espérance de vie à la naissance, la mortalité infantile, le niveau d'éducation (taux d'analphabètes), le revenu par habitant et le taux d'activité.
ISDH : indicateur sexospécifique de développement humain. Il est fonction des différences entre hommes et femmes présentes dans chacune des composantes de l'IDH. Plus il est inférieur à l'IDH, plus la condition des femmes est inférieure à celle des hommes dans le pays considéré.
IPH : l'indicateur de pauvreté humaine (IPH) est un indicateur composite calculé par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Il permet d'évaluer le niveau relatif de pauvreté humaine en pourcentage de la population totale. Pour les pays en développement, il comporte trois éléments : % de personnes risquant de décéder avant 40 ans, % d'adultes analphabètes, % de personnes privées d'accès à l'eau potable et des enfants de moins de 5 ans souffrant de malnutrition. Pour les pays industrialisés, quatre critères sont retenus : % de personnes risquant de décéder avant 60 ans, % d'adultes souffrant d'illettrisme, % de personnes vivant avec un revenu inférieur au seuil de pauvreté et % de chômeurs de longue durée.
Développement : processus d'amélioration générale du bien-être des populations sur une longue période.

La fiche

Habiter dans un pays développé, c'est vivre longtemps, grâce à un système de santé performant et accessible ; avoir peu d'enfants, les voir grandir et pouvoir leur donner un haut niveau d'éducation ; posséder de nombreux biens de consommation ; accéder à des technologies de pointe (téléphone mobile, Internet) ; disposer de loisirs et bénéficier d'une retraite… Inversement, le sous-développement se caractérise par un accès difficile ou irrégulier aux biens essentiels : eau potable, électricité, soins médicaux, école. Dans les PED (pays en développement), l'écart entre riches et pauvres est plus important que dans les pays développés. Des indicateurs, tels que l'IDH, l'IDSH ou l'IPH, révèlent ainsi des différences considérables de développement entre les continents de la planète, voire entre les pays d'un même continent.
Les Nords et les Suds
Les Nords : une croisssance continue du niveau de vie
Dans les pays du Nord, les conditions et le niveau de vie des populations sont en moyenne bien supérieures à ce qu'ils sont dans les pays en développement. L'espérance de vie au Japon (hommes : 79 ans, femmes : 85 ans) est supérieure de 15 ans à la moyenne mondiale (64 ans pour les hommes et 69 pour les femmes). Dans les pays du Nord, chaque génération vit d'une façon sensiblement différente de la précédente : études plus longues et entrée plus tardive dans la vie active, accès à des services de plus en plus complexes et performants, à de nouvelles technologies… Le « club » restreint des pays très développés (PNB par habitant supérieur à 20 000 dollars) ne compte que quelques dizaines de membres : deux en Amérique du Nord (Canada et États-Unis), 19 en Europe du Nord, de l'Ouest et du Sud ; deux en Asie du Sud-Est (Japon et Singapour), deux en Océanie (Australie et Nouvelle-Zélande). À eux seuls, les pays du G8 assurent environ la moitié de la production mondiale.
Toutefois, la richesse des pays développés est loin d'être également partagée entre tous les pays et tous les habitants d'un même pays. Certains pays issus de l'ex-bloc communiste connaissent une situation économique et sociale difficile (par ex. : l'Ukraine, l'Albanie ou la Bulgarie). À l'échelle des grandes régions du monde, la mondialisation a favorisé le développement des régions métropolitaines où s'accumulent pouvoirs politiques, services financiers, sièges sociaux des grandes entreprises, technopoles et centres universitaires. En revanche, d'autres régions sont considérées comme des périphéries sous influence. À l'intérieur des pays dits « riches », les inégalités restent importantes : les exclus constituent un véritable « quart monde » qui vit en dessous des seuils de pauvreté (12 % des ménages aux États-Unis, 9 % en France).
Les Suds : des freins au développement
De nombreux pays du Sud situés dans la zone intertropicale doivent affronter des obstacles climatiques. Dans certains pays, l'excès d'humidité et de chaleur favorise la prolifération de maladies, et les fortes précipitations créent des crues et inondations catastrophiques. Au Sahel, l'aridité rend l'agriculture difficile. Outre les conditions naturelles, la démographie est souvent un poids dans les pays du Sud : si les progrès sanitaires ont fait baisser la mortalité (surtout infantile), la fécondité reste élevée, en particulier en Afrique. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène : mariages précoces, analphabétisme des femmes, religion favorable aux familles nombreuses ou encore absence de planning familial dans les campagnes. Enfin, les conditions de vie difficiles dans les campagnes ont favorisé la croissance de la population dans les grandes villes où le surpeuplement de certains quartiers ne permet pas d'éviter le mal-développement.
Les populations des pays du Sud constituent des populations vulnérables : depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les taux de mortalité décroissent fortement et sont parfois, à cause de la jeunesse de la population, inférieurs à certains pays développés. Mais, malgré un léger fléchissement, les taux de natalité sont 10 à 20 fois supérieurs à ceux des pays développés. L'espérance de vie s'allonge (66 ans en moyenne), mais la situation est très varaible d'un pays à l'autre : en Ethiopie, les femmes sont particulièrement vulnérables à cause du mariage précoce (3/4 des femmes sont mariées avant l'âge de 15 ans).
Les infrastructures de santé sont insuffisantes : les pays du Sud, qui regroupent 80 % de la population mondiale, ne possèdent que 15 % des lits d'hôpitaux et 25% des médecins. Si les villes sont assez bien dotées, les campagnes sont démunies de structures de soins. Ainsi, 97 % des personnes qui meurent de maldie infectieuse vivent dans les Suds. Le Sida est responsable annuellement de 4 millions de décès, dont 2,4 millions en Afrique. Les médicaments font défaut : seulement 11 % du total consommé dans le monde.
Les pays du Sud sont aussi très vulnérables quant aux besoins alimentaires. 800 millions de personnes vivant dans le Sud souffrent de sous-alimentation ou de malnutrition. Ces carences alimentaires sont parfois liées à des catastrophes naturelles (sécheresse, inondations) ou à des conflits qui opposent certaines ethnies.
Enfin, les inégalités de développement touchent aussi l'accès au travail. Selon l'ONU, les 3/4 des chômeurs vivent dans les pays du Sud. La scolarisation est insuffisante et la plupart des travailleurs manquent de qualification. La discrimination liée au travail est surtout importante chez les femmes dont la volonté d'émancipation est souvent bloquée par les traditions. Le budget des pays du Sud reste très faible pour l'éducation. Très peu d'étudiants accèdent aux études supérieures et ceux qui réussissent s'expatrient dans un pays plus riche (brain drain). Les institutions internationales tentent de sensibiliser les populations au travail des enfants (50 à 60 millions d'enfants de moins de 11 ans travaillent pour subvenir aux besoins des familles nombreuses).
Les pays du Sud dépendent du Nord
Dans les pays du Sud, trois types d'économie cohabitent :une économie traditionnelle fondée sur l'agriculture (la petite industrie et l'artisanat), une économie développée mais dépendante et enfin une économie informelle, surtout dans les grandes villes.
L'agriculture vivrière, intensive (rizières, cultures d'oasis, jardins maraîchers) ou extensive (culture sur brûlis, nomadisme pastoral), utilise une mai d'œuvre abondante, mais l'outillage reste rudimentaire. Ces espaces n'ont pas connu de révolution verte, et ces systèmes agricoles sont désormais menacés par la réduction de l'espace agricole, liée à la pression démographie et à l'extension des villes. Une petite industrie et un artisanat local manquent de débouchés sur place et subissent la concurrence des produits importés. Seul résiste l'artisanat lié au développement de zones touristiques.
Une économie développée mais dépendante se développe : l'agriculture commerciale d'exportation (plantation de produits tropicaux :café, coton, cacao) et les domaines d'élevage extensif utilisent les structures foncières issues d'un passé féodal ou colonial. Quelques pays sont devenus des leaders mondiaux pour certains produits : le Brésil pour la canne à sucre, le café, les agrumes et les bovins ; la Côte d'Ivoire pour le cacao ; la Thaïlande et l'Indonésie pour le caoutchouc naturel. Pourtant, ils restent dépendants des cours mondiaux fixés dans les bourses des pays occidentaux et subissent souvent la domination de grandes firmes multinationales du Nord. D'autres pays développent des industries nouvelles (électronique, produits pharmaceutiques, automobile) grâce à l'implantation de sociétés étrangères. Toutefois, ce sont les NPI asiatiques qui bénéficient des meilleures chances, au point d'enchaîner des taux de croissance record de l'ordre de 10 % par an.
Dans la plupart des pays du Sud, en particulier dans les grandes métropoles, se développe une économie informelle, en dehors de tous les circuits légaux. Ces activités font vivre des millions de personnes.
La grande diversité des Suds
Les pays émergents
L'Inde et la Chine sont les deux principaux pays émergents d'Asie. Ils ont tous deux été confrontés par le passé au même défi démographique. En Chine, la politique de « l'enfant unique » des années 1980 a donné des résultats satisfaisants (fécondité de l'ordre de 1,8 enfant par femme). En Inde, cette fécondité est encore de 3,2 enfants par femme malgré les mesures volontaristes (stérilisation forcée des années 1975). Le poids des facteurs socio-culturels limite la réussite de cette politique, en particulier dans les campagnes pauvres. L'Inde et la Chine ont également relevé le défi alimentaire : la révolution verte en Inde et la libéralisation de l'économie chinoise dans les années 1980 ont permis d'atteindre l'autosuffisance. Ces deux pays ont d'abord choisi une stratégie voisine de développement autocentré planifiée par l'État. Mais la Chine s'est tournée très vite, après la mort de Mao Zedong, vers les investissements extérieurs : grâce aux avantages offerts (coûts salariaux bas, absence de revendications, ouverture de zones franches sur la côte Pacifique), la Chine est devenue un pays-atelier. Elle a réussi à combler son retard technologique et est devenue le premier fournisseur mondial de produits électroniques, de vêtements ou de chaussures. Quant à l'Inde, son ouverture aux marchés internationaux date des années 1990 : elle est devenue la destination privilégiée des activités de services (informaticiens anglophones nombreux et bien formés mais 4 fois moins payés que dans le Nord). Des sites spécialisés sont nés : « la Silicon Valley indienne » ( Electronic City) au Sud et le grand centre de logiciels d'Hyderabad dans l'État d'Andhra Pradesh ( 2e producteur mondial de logiciels). Pourtant, malgré ces réussites, le taux de population pauvre dans ces deux pays reste élevé. En outre, les écarts s'aggravent entre les régions, ainsi qu'entre les villes et les campagnes.
Les NPI d'Asie du Sud-Est ont bénéficié d'une stratégie de développement payante : au départ, le processus de développement a touché les quatre « dragons » (Corée du Sud, Taïwan, Singapour et Hong Kong – rétrocédé à la Chine en 1997, mais disposant d'un statut particulier), puis s'est étendu aux « bébés tigres » (Philippines, Malaisie, et Indonésie) avant d'atteindre les pays communistes (Chine littorale, Vietnam, Laos, etc.). Ce développement s'est déroulé en trois phases. Entre 1955 et 1970, dans le cadre d'une division internationale du travail, les « dragons » ont développé des industries de biens de consommation à faible niveau technologique, destinés au marché intérieur et aux entreprises multinationales. Dans les années 1970, s'est amorcée une remontée des filières : les « dragons », aidés par les IDE, fabriquent des produits à fort contenu technologique. Dix ans plus tard, les FNM (firmes multinationales) se sont dirigées vers les « bébés tigres » où la main-d'œuvre est moins chère. Cette réussite économique a permis de réduire les inégalités sociales, mais des problèmes subsistent. Il n'y a pas de véritable système de protection sociale, le temps de travail annuel est très élevé (2500 heures en Corée du Sud, 1900 aux États-Unis, 1600 en France). Par ailleurs, ces pays ne sont pas à l'abri des crises internationales (comme en 2001).
Les pays exportateurs de produits bruts
On distingue les pays producteurs et exportateurs de pétrole et les pays exportateurs de produits agricoles. Les premiers tirent une part importante de leurs ressources de l'or noir (80 % pour le Koweit et le Qatar). Les pays du golfe Persique détiennent les 2/3 des réserves mondiales (dont 1/4 en Arabie Saoudite). Les cours du pétrole sont fortement liés à la conjoncture internationale (conflit du Proche-Orient, consommation des pays du Nord). Dès 1960, les pays exportateurs de pétrole se regroupent au sein de l'OPEP afin d'accroître la rente pétrolière. Le pétrole est devenu une arme de développement économique. Son prix a été multiplé par 8 depuis le premier choc pétrolier de 1973. Les gains des pays producteurs ont quant à eux été multipliés par 40. Ces profits ont stimulé le développement économique, la croissance urbaine et les investissements des pays du Nord.
Les pays exportateurs de produits agricoles ont adopté des économies extraverties, tournées vers la vente à l'étranger. En Côte d'Ivoire, par exemple, le gouvernement a favorisé le développement de plantations (cacao, café) dans un contexte international favorable (années 1960-1980). Aujourd'hui, on peut constater que ce choix n'a pas entraîné un véritable décollage économique. Les recetttes d'exportation ont souvent été dilapidées par la corruption. La Côte d'Ivoire a été fragilisée par une dépendance commerciale, financière et technologique, par la concurrence de nouveaux producteurs (Vietnam, Colombie), ainsi que par l'instabilité des cours mondiaux. Le contexte de guerre civile aggrave la situation de ce pays depuis 2002.
Les pays les moins avancés
Ce sont les pays les plus pauvres de la planète. L'expression PMA (pays les moins avancés) a été créé en 1964 par la CNUCED (Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement). Sont pris en compte trois critères : le PIB rapporté à la parité du pouvoir d'achat, l'alphabétisation des adultes et la part de l'industrie dans le PIB. Ainsi 49 pays appartiennent aux PMA, dont 27 en Afrique subsaharienne. On trouve aussi d'autres pays comme le Bangladesh, le Népal ou l'Afghanistan.
Ces pays cumulent les handicaps naturels, humains et politiques : les indices de fécondité restent très forts (5 à 7 enfants par femme), l'éducation est insuffisante (50 % des hommes sont analphabètes). Les modes de développement économique ont conduit à des erreurs stratégiques. La priorité donnée, dans certaines régions, à l'industrialisation (alors que la demande intérieure est faible) a pénalisé l'agriculture, dont les rendements ont baissé. Les recettes procurées par l'exportation de produits bruts ont été affectées par la variation des cours, arrêtés dans les pays riches. Les pays les plus pauvres ont tenté, en vain, de peser sur les décisions de l'Organisation mondiale du commerce pour que les pays riches cessent de subventionner leurs productions agricoles. Les PMA s'endettent lourdement (la dette annuelle peut atteindre 70 à 100 % de leur PIB). Par ailleurs, les PMA connaissent l'instabilité politique, les guerres civiles et la corruption, ce qui freine les investissements étrangers.
Les habitants des PMA restent très dépendants d'une économie informelle : l'économie dite « souterraine » génère un grand nombre d'emplois (au Bénin, sur 6 millions d'habitants, 100 000 travaillent dans un secteur officiel. Les petits métiers font vivre les pauvres des grandes villes, alors que se développent des trafics divers (notamment la drogue). Des expériences originales d'aide à la consommation ou à la création d'entreprises (microcrédit) se développent dans certains États, en particulier au Bangladesh.

Zoom sur…

L'aide publique au développement en Afrique
L'Afrique est une des principales destinations de l'APD (aide publique au développement). Elle est soit bilatérale (accords passés d'État à État), soit multilatérale par l'intermédiaire d'organisme comme le CAD (Comité d'aide au développement), l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) ou encore par l'intermédiaire de la Banque mondiale. Cette aide propose des produits agricoles issus des excédents des pays riches et une assitance technique pour les projets d'équipement. L'Union européenne a signé en 1975 la première convention de Lomé qui concerne la plupart des pays d'Afrique et garantit ainsi le libre accès de produits africains à prix stables. Ces accords ont été renouvelés à plusieurs reprises. Parallèlement, des organisations non gouvernementales (ONG) agissent pour aider l'Afrique.

Repères bibliographiques

M. Foucher, Asies nouvelles, Belin, 2002.
S. Brunel, L'Afrique, Bréal, 2004.
L'Atlas du développement, Autrement, 2004.
G. Bacconnier, L'Espace Asie-Pacifique en fiches, 2003.

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