Les littératures grecque et romaine

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Les œuvres clés

La littérature grecque
  • ixe siècle av. J.-C. : l'Iliade, Homère
  • Fin ixe-début viiie siècles av. J.-C. : l'Odyssée, Homère
  • vie siècle av. J.-C. : Prière à Aphrodite, Sappho
  • v. − 472 : Les Perses, Eschyle
  • v. − 441 : Antigone, Sophocle
  • v. − 430 : Œdipe roi, Sophocle
  • v. − 423 : Les Nuées, Aristophane
  • v. − 421 : La Paix, Aristophane
  • v. − 405 : Les Grenouilles, Aristophane
  • v. − 384-− 369 : Le Banquet ; La République, Platon
  • v. − 430-− 355 : Les Helléniques ; L'Anabase, Xénophon
  • v. − 380 : Panégyrique, Isocrate
La littérature romaine
  • v. − 203  : Le Soldat fanfaron, Plaute
  • v. − 163 : Heautontimoroumenos, Térence
  • − 70 : Les Verrines, Cicéron
  • v. − 51-− 50 : Guerre des Gaules, César
  • − 55 : De oratore, Cicéron
  • v. − 23-− 7 : Odes, Horace
  • v. − 25-− 19 : Énéide, Virgile
  • v. − 15-− 14 : Les Amours, Ovide
  • v. 27 av. J.-C.-17 ap. J.C. : Histoire de Rome, Tite-Live

La fiche

La littérature grecque antique s'étend sur près d'un millénaire. On peut affirmer qu'elle fonde en partie la culture occidentale, tant ses apports dans tous les domaines de l'écriture sont variés et profonds. De l'épopée homérique à la poésie lyrique, de la tragédie jusqu'à la poétique d'Aristote ou la philosophie de Platon, la littérature grecque a marqué et imprègne encore en profondeur nos esprits et notre civilisation. Lire la littérature grecque ancienne, c'est comprendre pourquoi elle fut un modèle qui, par certains côtés, s'impose encore dans notre approche et notre compréhension du monde.
La littérature latine elle-même semble s'être développée sous ce prestigieux patronage – ce que l'on a longtemps appelé « la translatio studii », c'est-à-dire le déplacement de la culture d'Athènes à Rome. Cependant, même si la littérature romaine a effectivement été influencée par les auteurs grecs, il ne faut pas sous-estimer l'originalité des créateurs latins, qui à leur tour ont été considérés comme des modèles par les auteurs français, en particulier à la Renaissance.
De l'Iliade à Pindare
L'épopée homérique : l'Iliade et l'Odyssée
• La littérature grecque trouve ses origines probables dans les cités ioniennes ou éoliennes d'Asie. Les aèdes (chanteurs) récitaient les exploits des héros légendaires en s'accompagnant d'une cithare. Essentiellement orale, cette littérature sans doute abondante n'a laissé que l'Iliade et l'Odyssée, épopées que l'on attribue à un aède nommé Homère.
• L'Iliade raconte un épisode de la guerre de Troie (ou Ilion, qui donne son nom à l'Iliade) : cette guerre, selon la légende, est due à l'enlèvement d'Hélène par le Troyen Pâris. Les Achéens, conduits par Agammemnon, s'emparèrent de la cité troyenne. Dans l'Iliade (ixe s. av. J.-C.), Homère fait le récit des diverses péripéties consécutives à la colère d'Achille qui, offensé par Agamemnon, lui retira son soutien – ce qui entraîna de nombreuses batailles perdues pour les Achéens. Si l'action est simple, les nombreux et variés épisodes dans lesquels interviennent parfois les dieux en ont fait un modèle de l'épopée antique.
• L'Odyssée (fin ixe-début viiie s. av. J.-C.), récit de douze mille vers répartis en « chants », relate le retour de l'un des princes achéens, Ulysse, dans son île natale nommée Ithaque. Ce retour est retardé de plusieurs années par de nombreuses aventures vécues par le héros. Celui-ci revient chez lui déguisé en mendiant et tue les prétendants du trône. Pénélope, son épouse, modèle de patience et de fidélité, le reconnaît. Comme dans l'Iliade, le merveilleux et le surnaturel ont leur part dans ce récit : magie de Circé, sirènes aux chants envoûtants, interventions d'Athéna qui a placé Ulysse sous sa protection… On considère ces deux récits homériques comme fondateurs de la littérature et de la civilisation grecques.
La poésie archaïque et le lyrisme entre le viiie siècle et le ve siècle
• Entre le viiie et le ve siècle, la littérature grecque prend un essor considérable. Les Grecs se rencontrent et confrontent leurs talents poétiques à l'occasion de jeux ou de fêtes religieuses qui ont lieu dans les grands sanctuaires (Delphes, Olympie). Littérature personnelle et lyrisme prennent une place prépondérante.
• Le genre poétique le plus ancien est sans doute l'élégie, genre formé de distiques (strophes de deux vers) à l'origine moralisant et qui sert à l'expression des sentiments personnels. Le lyrisme se développe aussi assez tôt, sous diverses formes telles que l'ode lesbienne, le lyrisme choral. Sappho est la plus célèbre des poétesses de l'école de Lesbos et laissa à la postérité une Prière à Aphrodite (vie s. av. J.-C.).
Le lyrisme choral est représenté par Alcman. Ses poèmes en langue dorienne mêlant lyrisme et épopée en font le précurseur de Pindare. Ce dernier est né en − 518 et mort en − 438. Son œuvre lyrique, d'inspiration essentiellement religieuse, est immense. Poète et penseur, il considère son art comme une science et une sagesse (sophia).
Le théâtre
La tragédie
• Le dithyrambe, chant choral pour rendre grâce à Dionysos, est à l'origine de la tragédie, terme venant du grec signifiant « chant du bouc » (de tragos, « bouc » et odè, « chant ») : les fêtes dionysiaques donnaient lieu à des danses de satyres (mi-hommes, mi-boucs) et des sacrifices de boucs. Ces fêtes sont organisées dans l'orchestre (orkhêstra), autour de l'autel de Dionysos.
Dans les tragédies, le poète devient acteur, il explique et joue le drame. Le premier acteur (protagoniste) sera bientôt suivi d'un deuxième acteur, puis d'un troisième (deutéragoniste et tritagoniste). Le chœur fait partie intégrante du drame : il commente l'action et joue en quelque sorte le rôle du spectateur, dont il exprime avec force les émotions supposées. Les chants du chœur séparent les scènes, ce qui explique la grande place laissée au lyrisme dans les tragédies.
Ce genre théâtral fondateur a des sources athéniennes. On fait remonter les premiers concours de tragédies à − 534, sous le règne de Pisistrate, à Athènes : trois concurrents présentent chacun trois tragédies et un drame satyrique, dont les sujets sont souvent empruntés aux mythes.
• Les trois grands tragédiens de cette période sont Eschyle (v. − 525-− 456), Sophocle (v. − 495-− 406) et Euripide (− 480-− 406). Eschyle laisse sept tragédies et des fragments de drame satyrique. Sa tragédie la plus fameuse, Les Perses, raconte l'histoire d'un poète qui fut aussi soldat à Marathon et Salamine. Les Sept contre Thèbes retrace la lutte qui opposa les fils d'Œdipe. Grand moraliste, Eschyle voulait que le parcours du héros, de sa démesure (hybris) à la vengeance divine (némésis), produise un effet spectaculaire, qui exprimât sa pensée.
Sophocle eut une grande carrière d'homme de théâtre. Il écrit plus de cent tragédies, mais celles qui nous restent appartiennent surtout à la seconde partie de sa carrière. Inspiré d'abord par Eschyle, il donne ensuite à ses pièces une forme plus personnelle, en approfondissant les caractères individuels. Antigone pose le problème des lois écrites opposées aux lois morales ; Œdipe roi, écrit comme une enquête policière, met en scène un héros qui va trouver en lui-même le criminel responsable des maux de Thèbes. Sophocle développe ici l'ironie tragique. Les œuvres de Sophocle, en mettant en scène des personnages responsables de leurs actes et plus « humains », relèvent d'un plus grand modernisme que celles de son prédécesseur Eschyle. Elles lui vaudront de nombreuses victoires aux concours de tragédies et inspireront nombre de dramaturges du xxe siècle (Anouilh, Cocteau).
Euripide, contemporain de Sophocle, fut aussi son principal concurrent lors des concours. Son œuvre reflète un profond pessimisme. Sa tragédie Alceste mélange l'horreur et le grotesque. Avec Médée, il fait de la magicienne une meurtrière de ses enfants et fixe la légende. L'inspiration d'Euripide puise dans les légendes anciennes et populaires, qu'il transforme en accentuant leur caractère horrible. L'humanité qu'il dépeint relève d'un tragique désespéré, qui préfigure la littérature hellénistique.
La comédie
• La comédie a également des origines religieuses, mais n'est pas, contrairement à la tragédie, proprement athénienne. Ce théâtre presque spontané à ses débuts donne naissance à des représentations plus concertées : farces, pantomimes, divertissements mythologiques. La comédie est représentée dans sa première phase par Aristophane (− 445-− 386), dont les pièces ancrent leur bouffonnerie dans le réel et l'actualité. Ses pièces vont tour à tour critiquer Socrate et les sophistes (Les Nuées), les manies procédurières des Athéniens (Les Guêpes), les désordres de la guerre (La Paix), etc. Mais Aristophane est aussi un poète d'une grande sensibilité, qu'il exprime dans des œuvres comme Lysistrata ou Les Grenouilles.
• Mais vers la fin du ve siècle av. J.-C., les sujets de comédie se déplacent vers la mythologie et l'observation des mœurs. Peu à peu, la comédie s'affine dans sa forme (une langue correcte) et dans ses contenus, avec notamment Ménandre (v. − 342-− 292). La comédie a désormais quitté la satire mordante et bouffonne pour devenir un divertissement de bonne compagnie.
La prose, d'Ésope à la littérature hellénistique
Philosophes et rationalistes
• La prose littéraire se développe d'abord au vie siècle avant J.-C., dans les cités ioniennes d'Asie. Les premiers prosateurs sont essentiellement des philosophes et des moralistes comme Ésope, qui écrivit les premiers apologues dont La Fontaine s'inspira. Mais rapidement, l'écriture en prose rejoint les préoccupations d'explication du monde, avec Thalès ou Héraclite.
Dans la seconde moitié du vie siècle av. J.-C., Pythagore ramène l'univers en nombres et, parallèlement, fonde une école philosophique. Au ve siècle, Parménide exprime la première philosophie des Idées et Empédocle d'Agrigente explique le devenir du monde par les principes de l'amour et de la discorde. Dans le même temps, Démocrite crée le matérialisme et la théorie des atomes (a-tomos, « qui ne peut être divisé »). Rationaliste aussi, Hippocrate est le fondateur de la déontologie médicale ; il distingue radicalement les conceptions religieuses et la maladie.
Au début de ce même ve siècle sont fondées les premières écoles de rhétorique : on y enseigne l'art de persuader par le discours en prose, les différentes parties du discours – autant de techniques qui donnèrent lieu aux premières théories sophistes, lesquelles contribuèrent au développement de la dialectique.
• Sous l'influence de Socrate, Platon (v. − 427-v. − 348) développe une philosophie tournée vers l'étude de l'âme humaine. En − 387, il fonde l'Académie, dans laquelle il dispense un enseignement philosophique inspiré de celui de Socrate. Dans ses œuvres, toutes conservées, il traite des problèmes de la justice, de la moralité, de la vertu. Dans le Gorgias, il pose la question de l'âme et de son immortalité. Dans le Ménon, il développe sa théorie de la connaissance : la « réminiscence ». Dans La République, il fait la synthèse de ses réflexions sur l'organisation politique de la cité et sur la question de l'âme et du corps. Son œuvre, d'une grande diversité, influence considérablement la philosophie classique.
Aristote (− 384-− 322), plus que Platon, se consacre à l'étude du monde visible. De fait, son œuvre donne une bonne idée des connaissances scientifiques de son temps. Mais Aristote doit surtout sa postérité à son étude sur l'homme, « un animal politique », et à son essai sur les genres, La Poétique, dans lequel il définit les règles de la création littéraire. Cet ouvrage servira de référence au xviie siècle (apr. J.-C.), pour établir les préceptes du théâtre classique.
Les historiens
• Hérodote (v. − 484-v. − 420) est l'une des figures principales de la recherche historique. Il tire de l'histoire une morale pessimiste selon laquelle aucun homme ne peut jouir d'un bonheur durable. Ses récits mêlent indications historiques et géographiques, mais aussi notations ethnographiques. Quoique parfois contestées, ses relations ont le mérite d'une certaine objectivité et ne procèdent pas d'un « hellénocentrisme » démesuré, notamment quand il décrit les coutumes des Barbares (c'est-à-dire les non-Grecs).
• Thucydide (v. − 460-v. − 395) est une sorte d'historien de guerre, témoin de celles du Péloponnèse. Mais il cherche aussi à en expliquer les causes. Son style, austère et dense, fera école chez les Romains (Tacite).
• Xénophon (v. − 430-v. − 355) est une sorte d'aventurier : il participe à l'expédition de Cyrus avec les mercenaires grecs, les Dix Mille. Il rapportera cette expérience dans L'Anabase. Il joue également un rôle non négligeable dans la retraite des Grecs. Puis il se met au service de Lacédémone. La deuxième partie de sa vie est consacrée à l'écriture : il fait le récit des batailles qu'il a menées, sous la forme de chroniques où son sens de l'observation et du pittoresque donne un réel intérêt littéraire à ses écrits. On le considère comme l'un des premiers biographes de l'Antiquité.
Les orateurs
• On sait que les premiers grands maîtres de l'éloquence furent, au ve siècle av. J.-C., Périclès et Thémistocle, mais il ne nous reste aucune trace écrite de leurs discours. Au siècle suivant, l'éloquence est un véritable fait social dans la vie grecque et s'impose comme un genre littéraire, avec les discours épidictiques (œuvres pour honorer ou blâmer).
• Andocide (né vers − 440) laisse peu d'informations sur sa vie. Forcé à l'exil, il écrit à son retour un plaidoyer d'une éloquence simple et probante : Sur les mystères.
• Isocrate (− 436-− 338) eut une influence importante sur la formation de l'élite athénienne, avec son école de rhétorique fondée en − 393. Pour lui, la rhétorique est le seul moyen d'accéder à la culture intellectuelle nécessaire à l'« honnête homme ». Dans ses discours, il délaisse l'éloquence judiciaire pour des grands sujets tels que l'unité d'Athènes (Panégyrique).
• Démosthène (− 384-− 322) est d'abord inspiré par Isocrate ; il en garde un goût certain pour la réflexion politique et la volonté de servir les intérêts de la cité athénienne. Entre − 352 et − 340, il prononce une suite de discours en faveur de la guerre contre la menace macédonienne (Philippiques) ; son œuvre est marquée par un style véhément. Démosthène emploie tous les artifices de la rhétorique, mais au service d'idées sincères.
La littérature hellénistique
• Avec les conquêtes d'Alexandre le Grand, l'hellénisme s'étend et modifie en profondeur la culture grecque. Cette époque voit naître le roman, avec la légende de Daphnis et Chloé, racontée par Longus au iie ou iiie siècle apr. J.-C. La culture hellénistique, à partir de l'héritage initial, se modifie, s'enrichit, notamment au contact de l'Empire romain. De grands centres intellectuels voient le jour, comme Alexandrie, pour le plus connu, mais aussi des cités plus modestes, comme Pergame ou Rhodes.
La poésie hellénistique poursuit l'héritage classique au plan formel : mêmes genres, même langue ; mais elle se renouvelle sur le plan des sujets abordés. On rivalise d'audace et de fantaisie. Les poètes de cette période sont nombreux, mais on peut citer : Callimaque (v. − 305-v. − 240), spécialiste des épigrammes, poèmes brefs pour narrer une anecdote ou exprimer un sentiment amoureux ; Théocrite (v. − 310-v. − 250), à qui l'on doit notamment des Idylles, tableaux pastoraux et bucoliques, théâtres d'histoires sentimentales. En histoire, la littérature hellénistique retient l'un de ses grands théoriciens, Polybe (v. − 200-v. − 120), qui prône une relation exacte et rigoureuse des faits historiques à des fins moralistes. Il demeure une source de référence pour ses récits des guerres puniques notamment.
À l'époque d'Auguste, Strabon s'attache à décrire globalement le monde antique et les relations entre environnement, climats et histoire. Il invente une approche scientifique de la géographie humaine.
L'époque hellénistique a également son guide, avec Pausanias et sa Description de la Grèce, dont les descriptions précises de monuments ont une valeur archéologique irremplaçable.
• En philosophie, Athènes a toujours une place prépondérante, mais au iie siècle apr. J.-C. se développe, sous l'influence de Pyrrhon, une pensée qui aboutira au scepticisme, une forme de suspension de jugement, seule garantie du bonheur. Avec Zénon est fondée la pensée stoïciste, constituée sur l'idée qu'il faut vivre selon l'ordre de la Providence et avec vertu. Contre cette école, Épicure (− 341-− 270) établit une philosophie inspirée de la théorie des atomes de Démocrite : pour lui, l'âme n'est qu'un subtil agrégat de matière ; il faut donc vivre dans un plaisir exempt de troubles et rechercher la parfaite quiétude (ataraxie).
Plus tard, Épictète (v. 50-v. 130) approfondira la pensée stoïcienne en insistant sur la liberté individuelle face à un monde dominé par la Providence. Sa philosophie est recueillie par l'un de ses élèves, Arrien, dans Le Manuel. Plutarque (v. 50-v. 125) laisse à la postérité des portraits des grands hommes dont il veut faire des exemples de vertu. Il n'a pas de système philosophique, mais son œuvre reflète des préoccupations morales évidentes.
Le théâtre et la poésie à Rome
Le théâtre
• Les premières œuvres de la littérature latine sont des œuvres théâtrales, des tragédies et des comédies, et datent du iiie siècle av. J.-C. Ces pièces sont influencées par la création grecque mais présentent aussi des traits proprement latins. Elles associent par exemple le mime, la danse (présents déjà dans la culture étrusque, et populaires à Rome) et la musique au texte et emploient un personnel comique appartenant à la tradition romaine. Les premiers auteurs connus sont Livius Andronicus et Naevius.
• Cependant, c'est Plaute (− 254-− 184) qui marque vraiment et avec génie le début de la comédie romaine. Ses œuvres, parmi lesquelles on peut citer Amphitryon, Pseudolus ou Miles gloriosus, jouent souvent sur des intrigues simples et relativement proches : un jeune homme amoureux ne peut épouser sa belle, s'oppose à son père et obtient l'aide d'un esclave rusé. La pièce s'achève en général par un mariage entre les deux jeunes gens. Les comédies de Plaute sont particulièrement enlevées et vives.
• L'autre grand dramaturge comique latin est Térence (− 190-− 159), auteur par exemple de l'Heautontimoroumenos (« Le Bourreau de soi-même »). Cet ancien esclave africain fait évoluer la comédie et lui donne une dimension plus profonde et sérieuse que chez Plaute. Son théâtre reflète davantage les préoccupations morales de l'époque.
La poésie
• La poésie amoureuse, inspirée des alexandrins, apparaît au milieu du ier siècle av. J.-C., en particulier avec Catulle (− 87-− 54). C'est surtout au tout début de l'Empire que la poésie va s'épanouir, en la personne de trois grands poètes : Virgile, Horace et Ovide. Les deux premiers vivent dans l'orbite de Mécène, personnage fortuné et influent, très proche d'Auguste, ami des arts et protecteur des artistes de son époque, qu'il fait donc ainsi entrer dans la sphère de l'empereur.
• Virgile (− 70-− 19) est l'auteur de trois œuvres : les Bucoliques, recueil de poésies pastorales, les Géorgiques, recueil consacré à l'agriculture et à la vie rustique, et la vaste épopée l'Énéide.
• À côté d'une œuvre satirique et morale, Horace (− 65-− 8) est également l'auteur de poèmes lyriques, rassemblés dans le recueil des Odes, qui ont inspiré des cohortes de poètes français.
• Enfin, Ovide (43 av. J.-C.-18 apr. J.-C.) peut être rattaché aux poètes élégiaques que sont Properce et Tibulle. Son premier recueil, les Amours, s'inscrit en effet dans la filiation de Properce. Ovide est véritablement le poète de l'amour, comme en témoignent ses différents recueils : l'Art d'aimer, les Remèdes d'amour ou les Héroïdes (recueil de lettres écrites par les grandes amoureuses de la mythologie).
La prose
L'épopée
• Ennius (− 239-− 169) est l'un des premiers auteurs d'épopées. Également auteur de tragédies et de comédies, il est surtout connu pour ses Annales, grande épopée en dix-huit livres retraçant l'histoire romaine et que seul pourra remplacer le chef-d'œuvre de Virgile, l'Énéide, près de cent cinquante ans plus tard.
• L'Énéide est le chef-d'œuvre de Virgile. Le poète retrace dans cette épopée inspirée d'Homère les exploits et les aventures d'Énée, héros troyen considéré comme le fondateur légendaire de Rome. L'œuvre vise ainsi à asseoir le prestige de l'Empire romain en lui donnant de glorieux ancêtres, à l'égal des Grecs et de l'épopée homérique.
L'histoire
• Un des premiers historiens de Rome est Fabius Pictor, auteur à l'extrême fin du iiie siècle av. J.-C. d'une Histoire romaine, destinée à présenter et à défendre l'histoire de Rome auprès des Grecs. César (− 100-− 44), en plus de ses conquêtes et de son rôle politique, est également un auteur important, représentant du style attique. Il s'est fait lui-même l'historien de la guerre qu'il a menée en Gaule dans son fameux De bello gallico qui fait un éloge habile mais aussi efficace de l'homme d'État.
• Salluste est un historien important du ier siècle av. J.-C. Homme politique évincé du pouvoir, il se consacre à un travail d'historien en tâchant d'analyser l'évolution de l'histoire romaine et les raisons de cette évolution à travers l'étude de personnages importants.
• Tite-Live (59 av. J.-C.-17 apr. J.-C.), à son tour, entreprit de narrer l'ensemble de l'histoire romaine des origines à son époque. Son Histoire de Rome est donc un vaste et ambitieux projet qui donne le premier rôle au peuple romain.
• Tacite (v. 55-v. 120), enfin, s'est fait l'historien de Rome de la mort d'Auguste à celle de Néron dans les Annales, et de la mort de Néron à celle de Domitien dans les Histoires. Même si nous ne possédons que des fragments de son œuvre, ces textes comportent des portraits marquants des grands personnages de cette période et jouent d'un style remarquable, très suggestif.
La philosophie et la politique
• Cicéron (− 106-− 43) est l'un des auteurs emblématiques de la littérature romaine classique. Avocat, homme politique, consul, formé à la philosophie grecque, en particulier stoïcienne, Cicéron est l'auteur de célèbres discours judiciaires et politiques, comme ses discours contre Verrès ou contre la conjuration de Catilina. Il rédige également des traités philosophiques inspirés du stoïcisme et un fameux traité de rhétorique : le De Oratore.
• Sénèque (2 av. J.-C.-65 apr. J.-C.) fut le précepteur et le conseiller du jeune Néron et eut donc des fonctions politiques. Mais il est en outre l'auteur fin et clairvoyant de traités philosophiques importants (par exemple des Consolations) inspirés d'un stoïcisme mâtiné d'épicurisme. Sénèque est également dramaturge ; s'inspirant de la mythologie grecque, il a écrit en particulier des tragédies comme Œdipe, Phèdre ou Médée.
Le roman
• Pétrone (mort en 66 apr. J.-C.) est l'auteur d'un roman satirique, le Satiricon, qui narre les aventures de deux personnages sous le règne de Néron. Malheureusement, il ne reste que des fragments de ce texte qui joue sur un humour parfois trivial et qui ouvre la voie à toute une veine romanesque reprise dans la littérature européenne moderne.
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