Greffier

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Vous aussi, vous êtes interloqués par ce curieux personnage que l'on voit dans les journaux, les documentaires ou même dans les films ? Le greffier, professionnel aux missions multiples, œuvre dans les coulisses du tribunal. Il est le garant du déroulement légal d'un procès. Entre deux jugements, Stéphanie, greffière au Tribunal de Commerce de Paris nous dit tout sur son métier avec humour et engagement. Lever de rideaux.
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La première question peut paraître un peu navrante : comment faites-vous pour consigner les phrases à la virgule près, au moment même où elles sont prononcées ?
Ah ah, ça fascine beaucoup de personnes en effet, surtout les enfants ! En fait, cela s'acquiert au fur et à mesure, c'est le résultat d'un long apprentissage, un peu comme un instrument de musique. J'ai d'ailleurs l'impression que cette dextérité se perd. On note parfois des erreurs cruciales dans les rapports du greffier. Je vous laisse imaginer les conséquences. Mais vous savez, finalement, il ne s'agit là que d'une infime partie de notre profession.
Alors en quoi consiste ce métier exactement ?
Je vais vous parler des missions générales du greffier, car il existe beaucoup de déclinaisons et de spécialisations. En gros, nous assistons le Président de la Cour d'appel et les juges. Nous sommes en quelque sorte les garants de la procédure au cours d'un procès. Comme nous le disions à l'instant, on nous demande de consigner l'intégralité du jugement par écrit et nous veillons à son authenticité. Ce que l'on sait moins, c'est que nous sommes présents lors de toutes les étapes d'une procédure. Nous suivons un procès de A à Z. Nous assistons le juge, et sommes ici pour garantir le bien-fondé de chacune de ses décisions. Il est, par exemple, impossible de rendre un jugement en notre absence. Sans quoi, il y aurait un vice de forme.
À quoi ressemble une de vos journées type ?
Je la définirai en quelques mots : enrôlement, convocations, assistance et suivi d'audiences, mise en forme des jugements, notifications… Je suis greffière au surendettement, spécialisée dans le rétablissement personnel et la faillite civile à la première chambre civile. C'est-à-dire qu'en plus des missions que j'ai citées auparavant, j'ai en charge avec les personnes de mon équipe, tout ce qui concerne les convocations, notifications, ordonnances, traitement des requêtes, frais de justice, etc.
J'arrive le matin, je constitue les dossiers, j'enregistre les affaires, je rédige les actes. Je contacte, par exemple, les deux parties et les préviens de la date d'audience. Très important, je représente le Palais de justice en son sein, c'est-à-dire que je suis généralement le premier interlocuteur que le citoyen rencontre lorsqu'il pénètre dans le bâtiment. Autre casquette, dans ma branche, j'ai aussi pour rôle de délivrer des renseignements sur les choix de procédures et surtout les façons de constituer un dossier.
Vous évoquiez tout à l'heure les différentes spécialités du greffier, pouvez-vous nous en dire davantage ?
Nous exerçons au sein de la Chambre civile ou de la Chambre correctionnelle, du Tribunal d'instance, d'instruction, de la Cour d'assises, du Tribunal pour enfant, dans une Maison de justice et de droit. De toute façon, il ne faut pas avoir peur de s'enfermer dans un service, puisque nous travaillons étroitement avec les autres juridictions. Et malgré cela, dans notre équipe, nous sommes assez autonomes tout de même. Sur certains postes, on a aussi la chance d'avoir des contacts avec des partenaires extérieurs au tribunal comme les services d'insertion et de probation, les enquêteurs des services sociaux, les collectivités territoriales, etc. On a vraiment l'impression d'œuvrer au service d'un grand ensemble citoyen. C'est ce qui me plaît le plus d'ailleurs.
Justement, quels sont les qualités et les défauts de cette profession ?
Je vais commencer par les aspects négatifs de manière à ce que l'on retienne les points positifs ! Le premier problème, c'est que nous sommes souvent dévalorisés. Entre le manque de moyens, la pénurie de personnel, nous avons le sentiment d'être méprisés. Les conséquences sont terribles, elles affectent le moral des troupes. On assiste à des attitudes dispersées. On a tendance à vouloir aller trop vite, à faire du zèle. Certains accumulent les heures supplémentaires. Aucun sens de l'adaptation ne nous est permis, puisque les méthodes de travail changent sans arrêt. On a l'impression que chacun se prend un peu pour le chef…
Mais je tiens à rassurer les futurs greffiers qui nous lisent, ce métier offre beaucoup de compensations qui prennent le pas sur le reste. Il s'adresse à toute personne organisée, efficace, exigeante et méticuleuse. Pour moi, il donne un sens à la notion capitale de « service public ». Cette profession est irréalisable sans l'esprit d'équipe. Quelle satisfaction de mener ensemble un projet à bien. Évidemment, nous sommes exposés à des événements atroces qui ne reflètent pas forcément les aspects les plus reluisants de la nature humaine. Nous devons être de véritables boucliers, solidement cuirassés dans notre armure. Cela ne nous rend pas inhumain pour autant, mais plus professionnel. Je pense même que ce réflexe nous aide à en apprendre pas mal sur nous-même.
Vendu ! Mais alors comment y accéder ?
Je recommande aux candidats d'être au moins titulaire d'un DEUG de droit ou d'un DUT carrières juridiques. C'est mon cas. Officiellement le concours est ouvert aux bacheliers, mais je n'ai pas encore rencontré de jeunes recrues qui n'aient que le bac comme seul bagage. Quelques petites choses ont changé depuis que je suis diplômée, puisqu'il y a eu une réforme en 2009. Ce nouveau concours consiste en deux épreuves écrites de trois heures, puis des épreuves orales. La première étape écrite est un cas pratique. La seconde correspond à deux questions qu'il faut résoudre sous forme de dissertation.
L'oral se déroule en deux temps. D'abord le candidat tire au sort deux sujets de culture générale, il en choisit un et dispose de 30 minutes. pour le présenter. Par exemple, une de nos stagiaires est tombée sur le risque zéro. Ensuite, le candidat passe devant un jury, un peu comme au tribunal ! Il répond à des questions très diverses sur ses motivations, ses hobbies, sa personnalité, sa vision du métier… Suite à cela, tous les lauréats suivent une année de formation à l'École nationale des Greffes de Dijon.
Peut-on évoluer ?
Il existe le concours de greffier en chef, qui est réservé aux diplômés d'un Institut d'Études Politiques (IEP) ou d'une licence. Il arrive aussi que des greffiers deviennent avocats. C'est assez rare. La profession n'est pas figée. Autour de moi, j'ai remarqué que beaucoup de confrères passent des concours dans d'autres catégories, pour faire autre chose.
En ce qui concerne votre profession, quel est votre verdict ?
Je pratique ce métier depuis bientôt 20 ans. Je le vois changer, jour après jour, surtout depuis ses dernières années. Je suis globalement satisfaite et je n'en changerai pour rien au monde. Le milieu de la justice est passionnant. Je sais qu'il est desservi par des faits divers et des déclarations de nos dirigeants qui ne reflètent pas la réalité du quotidien. J'invite chaque candidat à se pencher sur les rouages d'un tribunal. Ils doivent en connaître le fonctionnement sur le bout des doigts. Multipliez les expériences, parce qu'au final, on ne connaît absolument rien à la sortie des ses études. Certains services ont la réputation d'être ennuyeux à mourir. L'ennemi numéro 1 est la répétition. Nous sommes souvent considérés — particulièrement nous les femmes — comme des assistants de justice. Or, ces derniers ne disposent d'aucun pouvoir juridictionnel, ils exécutent les ordres judiciaire et administratif. Mais avec de l'investissement, de la motivation et une bonne dose d'humour, il est possible de faire bouger les lignes. Après une bonne journée, j'ai l'impression d'avoir œuvré pour le bien commun et c'est justement pour cela que j'ai choisi de m'engager dans cette voie. « L'engagement », ce sera ma conclusion !
En savoir plus :
Dossier réalisé par la MAIF, février 2012.
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