Conseiller d'orientation psychologue (COP)

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Aider à se trouver. En voilà une belle mission. Il s'agit exactement du rôle du conseiller d'orientation-psychologue (le COP ou le copsy). En lien avec les équipes éducatives, ces professionnels assurent des missions d'organisation, de coordination de l'information sur les métiers, des formations, et participent aussi à la connaissance de soi, tout au long de la vie. Gisèle Manchevelle, du Centre d'Information et d'Orientation (CIO) Médiacom à Paris, nous dévoile son quotidien, ses forces, ses doutes et parle avec passion de son devoir de service public.
© Myr MURATET / MAIF
Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
Je parlerai volontiers de mon cursus, mais ça ne servirait à rien de l'évoquer, car il n'est plus vraiment d'actualité. Depuis 1991, on attend des COP qu'ils aient au minimum une licence de psychologie. Pour être « copsy », il faut dorénavant passer un concours, puis décrocher le Diplôme d'État de conseiller d'orientation-psychologue (DECOP). Par la suite, les lauréats suivent une formation de deux ans à Lille, Aix, Rennes, ou bien à Paris, à l'Institut national d'étude du travail et d'orientation professionnelle (INETOP). Ce stage permet de valider le diplôme et d'être titularisé. Pour ma part, je me suis destinée, dans un premier temps à une carrière d'enseignante et je me suis rapidement aperçue que pouvoir encourager, renseigner les élèves et finalement de mieux les connaître me passionnait.
Telles sont vos missions au quotidien ?
J'ai la chance de les mener dans un cadre tout à fait particulier, puisque je suis COP au Centre d'Information et d'Orientation (CIO) Médiacom, à Paris dans le XIVe arrondissement. Nous offrons la possibilité, de recevoir, à tout moment, sans rendez-vous, les jeunes et leur famille mais aussi les actifs et les demandeurs d'emploi. Nous proposons des entretiens d'orientation, de conseil. Mais nous sommes également présents dans beaucoup de salons professionnels, éducatifs et différents centres tout au long de l'année. Par exemple, nous sommes en partenariat avec la Cité des métiers, qui nous permet d'accueillir régulièrement et quotidiennement des classes de 3e qui viennent découvrir une multitude de professions. Il est toujours très enthousiasmant de voir des jeunes gens s'ouvrir au monde du travail. Comme tout copsy, notre cœur de métier consiste aussi à animer des tables rondes et des rencontres sur des thèmes d'orientation.
La dimension psychologique est-elle très présente ?
Elle est indispensable à la compréhension de notre public. Nous nous occupons majoritairement de collégiens, de lycéens ou d'étudiants qui cherchent à se construire. Et cette recherche passe par des phases difficiles. À nous donc de nous adapter à des individus qui ne sont pas encore des adultes. Nous avons donc pour charge d'accompagner les élèves, qui sont dans une démarche de projets à différents moments de leur scolarité. Il s'agit d'une mission primordiale pour l'avenir des jeunes.
Quels sont les atouts indispensables pour mener cette mission à bien ?
À mes yeux, il y a trois choses indispensables : être curieux, à l'écoute et savoir se montrer rassurant. L'orientation peut faire peur. On pense — à tort — qu'il s'agit d'un choix définitif. Beaucoup de jeunes sont angoissés par cette pression. Beaucoup aussi sont inquiets du fait de ne pas trouver d'objectifs. À nous, donc de pouvoir guider, judicieusement, sans juger. Ce sont les bases, selon moi, d'une bonne qualité relationnelle. Il faut savoir développer un esprit d'analyse, prompt à apporter des réponses claires. Il est indispensable également d'avoir de solides connaissances sur le système éducatif.
Comment conseillez-vous à nos jeunes lecteurs d'aborder ce métier ?
Avant toute chose, il est intéressant de se demander d'où vient ce désir d'épouser cette profession. Est-ce que vous vous lancez dans cette voie pour de bonnes raisons ? Parce qu'il faut garder intacte son ambition d'aider les autres. À travers nos rencontres, nous amenons nos interlocuteurs à se questionner, à choisir, à avancer, à s'analyser. Il est donc primordial de cultiver le goût des relations sociales, celui de comprendre les choses. Il s'agit d'un métier très riche et très complexe, tant il n'est pas simple d'aider à faire un choix. Il faut savoir s'adapter aux âges, aux problématiques. Il est important de relativiser certaines situations, parfois de redonner confiance aux élèves, à leur famille. À nous aussi de donner envie de s'informer. Dans un monde où l'information est à profusion, nous participons au tri, rassemblons et clarifions les données. Parfois nous mettons en parallèle des passerelles qui sont des solutions de secours. Il est donc capital d'avoir une vue d'ensemble pour en arriver à un seul et même résultat : cerner les aspirations et les possibilités qui se présentent à chaque individu.
Avez-vous le sentiment que votre métier évolue ?
Il change, car la société elle-même ne cesse de muter. Aujourd'hui, on peut circuler plus facilement à travers les diplômes, par exemple. De nombreuses passerelles existent qui permettent des parcours originaux. Il est très rare de rester toute sa carrière dans une même entreprise et bientôt dans une même branche. Je vois aussi le métier souffrir de plus en plus. Nous manquons de bras pour répondre à la demande de conseils. Il y a actuellement une concurrence privée et l'on ne recrute que 50 COP par an au niveau national, c'est bien trop peu. Aujourd'hui un copsy qui travaille dans un CIO de terrain et qui fait des permanences d'accueil dans les lycées et les collèges s'occupe en moyenne de 1 400 élèves.
Pouvez-vous nous parler du déroulement des concours ?
Comme je le disais plus haut, on attend des candidats qu'ils soient au minimum diplômés d'une licence de psychologie. En réalité, il faut bien plus que cela. À titre d'exemple, les CIO recrutent des contractuels niveau Master. Il existe deux épreuves d'admissibilité. D'abord, une dissertation de psychologie destinée à démontrer les capacités du candidat à traiter les problématiques liées à l'orientation. Ensuite, une composition portant sur l'économie et l'emploi. Je conseille aux personnes qui préparent ces écrits de réviser via le Centre national d'enseignement à distance (Cned). Aujourd'hui il est possible de trouver les sujets des autres années, les rapports de jury, les programmes complets et les bibliographies sur le site du Ministère de l'Éducation nationale. Il n'est pas inutile non plus de jeter un œil sur différents ouvrages qui traitent des problématiques liées à l'éducation.
En ce qui concerne l'épreuve d'admission, elle se passe en deux temps. D'abord, le candidat tire au sort un sujet et présente son exposé face à un jury. Les sujets portent sur l'éducation et la formation, les structures de l'éducation nationale, les lois de l'éducation… Puis, face à un nouveau jury il est soumis à des questions sur son parcours personnel, les aspects de la profession qu'il envisage. Avant cet entretien, je recommande vivement de rencontrer des COP pour bien appréhender les différentes facettes du métier.
Toutes ces rencontres liées à votre profession, sont à chaque fois des histoires différentes. Y en a-t-il une qui a retenu votre attention ?
Il y a quelque temps, un jeune est venu me voir deux fois consécutives. Il m'a raconté son parcours. Il cherchait à s'éloigner un peu des siens et recommencer une nouvelle vie. Il avait exercé plusieurs années en tant que coiffeur, essentiellement pour gagner sa vie. Dans un premier temps, passionné d'histoire, il a décidé de reprendre ses études et de passer le DAEU(1). Après un semestre il s'est rendu compte qu'il devait passer à autre chose. Son choix était probablement insuffisamment analysé et motivé. Voilà donc un jeune en pleine construction identitaire. Nous aurons d'autres rencontres. Parfois, le chemin peut-être long et sinueux. Cette histoire en particulier me plaît parce qu'elle n'est pas finie…
En savoir plus :
Dossier réalisé par la MAIF, mai 2012.
Merci à l'Onisep
(1)Diplôme d'accès aux études universitaires.
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