Conseiller principal d'Éducation (CPE)

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Conseiller Principal d'Éducation est une profession destinée aux personnes munies de trois ou quatre bras ! Élèves, professeurs, parents… le CPE est au cœur de la réalité du système éducatif. Il est présent dans les différents types d'établissements. Entre un problème à résoudre avec une enseignante et plusieurs élèves tambourinant à sa porte, Régis POL, a accepté de nous parler de son métier qu'il pratique depuis bientôt 25 ans. Cet homme débordant d'enthousiasme, et à l'accent du sud ouest, exerce à Maisons-Alfort au lycée Eugène Delacroix.
« Cadre de Vie scolaire », que pensez-vous de cette définition pour parler de votre métier ?
Elle est exacte. J'aime bien aussi le terme de chef de Service de la Vie scolaire, parce qu'il définit un peu mieux l'ensemble de nos responsabilités et de nos tâches. Pour nous CPE, la priorité, ce sont les élèves. Nous sommes chargés du suivi de leur assiduité et de leur ponctualité, de leur implication dans leur propre scolarité, mais aussi de la sécurité des personnes, de la surveillance du bon déroulement des mouvements d'une journée : récréations, inter cours, demi-pension… Nous avons aussi un rôle de gestion et d'animation du personnel Vie scolaire : les assistants d'éducation, nos proches collaborateurs. Nous échangeons des informations sur le comportement des élèves et ce qui se vit dans les classes. Avec le concours de l'équipe pédagogique, nous participons au suivi des élèves, à leur évaluation et à l'élaboration de différents projets. Enfin, nous animons différentes instances : conférence des délégués, conseil des délégués pour la Vie lycéenne, foyer socio-éducatif, appelé communément Maison des lycéens… Notre fonction est magnifique : nous participons modestement à la formation de futurs citoyens qui seront acteurs et décideurs dans notre société demain.
Auprès de qui intervenez-vous ?
Nous intervenons auprès des élèves, des professeurs, des parents, des familles, de l'assistante sociale, de l'infirmière scolaire, du service de l'intendance, de la direction… tout ce qui touche de près ou de loin à la Vie scolaire qui est le point névralgique d'un établissement public d'enseignement. Du coup, chaque jour est une surprise. Il faut être très disponible et ne pas se montrer trop rigide face à l'imprévu. C'est une profession où l'oisiveté n'a pas sa place : nous travaillons constamment sur des flux tendus. Pour ma part, je m'occupe de 700 élèves, de la Seconde à la Terminale plus deux classes de BTS Assistant de Manager… Je suis maintenant rodé aux différentes problématiques, liées à ces niveaux de classe. Je n'ai pas d'autre choix que d'être réactif. Un temps mort dans la communication ou la transmission d'un message important peut-être néfaste et compromettre la résolution d'un problème. Chaque matin, je relève donc mes manches, et pars joyeusement au charbon !
1 400 élèves ! Quel rapport entretenez-vous avec eux ?
Rendez-vous compte que dans mon lycée, je vis avec eux pendant la durée d'un cycle normal de lycée : pour la majorité d'entre eux, trois ans, parfois quatre lorsque certains redoublent une classe, plus rarement cinq ans. Je connais beaucoup d'élèves et je ne compte plus le nombre de celles et de ceux que j'ai croisés dans ma carrière ! Dans ma profession, je suis le plus souvent confronté aux lycéens les plus récalcitrants aux règles de vie, à l'autorité des enseignants, agités en cours et parfois gênants pour les autres. Ces élèves-là sont aussi les plus attachants. Cependant, je n'entretiens avec eux, ni un rapport de « camaraderie », ni un rapport de « flic ». En cas d'incident, j'essaye toujours de comprendre ce qui ne va pas et quelles sont les causes possibles du malaise de l'élève ou de son hyperactivité. Le CPE souhaite avant tout la réussite de ses élèves. C'est son premier objectif avant la satisfaction des taux de réussite, publiés en fin d'année scolaire !
Selon vous quels sont les atouts essentiels pour faire un bon CPE ?
En premier lieu, je suis persuadé qu'il faut cultiver une certaine ouverture d'esprit et ne jamais céder à la facilité d'un jugement rapide sur les choses. Certes, nous n'avons pas de copies à corriger, mais nous sommes tenus de nous intéresser au monde qui nous entoure : médias, lecture, cinéma, expositions… Comme les professeurs, nous sommes des repères, des références pour les élèves. Il nous revient donc à nous aussi de les stimuler intellectuellement. Ensuite, il faut bien sûr posséder un véritable sens du contact, une chaleur humaine, une simplicité dans les relations. Il faut savoir être à la fois ferme et souple face aux élèves. Surtout lorsqu'il s'agit de gérer un problème disciplinaire par exemple. Cette profession repose sur un équilibre : nous devons être parfois dans l'empathie, lorsqu'un lycéen vit une situation difficile au plan personnel ou familial, mais ne jamais oublier de hisser les lycéens vers le haut. Ce métier suppose évidemment une certaine rigueur et un sens de l'organisation. La ponctualité, le respect des rendez-vous, la correction, la gentillesse, le souci de mettre en contact les différents interlocuteurs, relayer les informations en permanence pour que tout le monde soit « au parfum », afin d'éviter de fausses notes, sont des choses élémentaires au quotidien. Une fois encore, nous devons donner l'exemple. Nous naviguons dans le même navire que les élèves et les collègues, avec et non contre. Même s'il arrive que nous ne partagions pas les options éducatives ou les choix de tel ou tel collègue.
Après 25 ans de métier, quel savoir pourriez-vous transmettre ou quels conseils pourriez-vous donner à vos futurs successeurs ?
Il est important de dépasser les « a priori » et les préjugés de toutes sortes, y compris ceux qui touchent à notre fonction. Personnellement, je me suis intéressé au métier par la lecture de la presse. Internet (outil extraordinaire) n'existait pas encore. Diplômé d'un master de philosophie et de théologie et d'une licence d'histoire, je me destinais à une carrière dans l'enseignement. J'ai été marqué par certains de mes instituteurs et de mes professeurs. Les surveillants généraux – ancêtres des CPE – me terrorisaient quelque peu : ils étaient sévères et inabordables. Puis en approfondissant mes connaissances sur la politique et les orientations éducatives, en dialoguant avec les uns et les autres, en réfléchissant sérieusement aux différents problèmes qui se posent dans notre système éducatif, j'ai eu un déclic. Il est préférable de bien se renseigner sur ce qu'est le métier avant de s'y engager.
Aujourd'hui, nous avons accès à beaucoup d'archives sur le système éducatif. Il est riche, passionnant, il tient la route. De plus, la presse française parle beaucoup de l'école. Il ne faut donc pas hésiter à approfondir ses connaissances théoriques. Ensuite, il faut aller sur place, demander l'autorisation de visiter plusieurs établissements, même si une visite ne révèle pas tout, interroger des CPE, multiplier les découvertes. Il arrive que certains jeunes, certains professeurs, certains élèves me posent des questions sur mon parcours personnel et professionnel. Je ne connais pas un CPE qui refuserait d'expliquer pourquoi et comment il a fait le choix de ce métier.
Sur Internet, beaucoup de sites liés à votre métier évoquent « l'effondrement prévisible de 2011 ». Pouvez-vous nous en dire un mot ?
Oh vous savez, je ne suis pas un visionnaire. Depuis mes débuts, j'entends beaucoup de théories véhiculées par certains oiseaux de mauvais augure. Il faut savoir faire le tri dans tous les messages qui circulent ici et là. Évidemment, c'est la crise des valeurs, de la confiance dans les institutions, effectivement le système de l'Éducation nationale français est perfectible. Certains prédisent notre mort depuis longtemps, comme si les CPE étaient les derniers des Mohicans. Notre rôle – celui des CPE – est d'accomplir consciencieusement la mission qui nous est confiée, en nous référant aux textes. Bien faire ce métier est la meilleure manière de montrer tranquillement notre utilité. Tant qu'il y aura de l'enthousiasme et du professionnalisme, nous continuerons d'exister.
Comment se passent l'accès et le déroulement aux concours ?
J'invite chaque personne, intéressée par la profession, à se rendre au Centre Départemental de Documentation Pédagogique de sa région. Il est possible d'y emprunter les rapports des jurys des années précédentes. Tout y est dit. Il existe en réalité plusieurs concours. Un externe, pour lequel il faut être titulaire d'un master ou d'un diplôme équivalent, justifiant trois années d'études supérieures. Un autre, interne, réservé aux fonctionnaires depuis trois ans, au minimum. Il en existe un troisième, pour lequel il faut justifier d'une ou plusieurs activités professionnelles accomplies dans le cadre d'un contrat de droit privé. Les épreuves écrites d'admissibilité se composent d'une dissertation portant sur une ou plusieurs questions relatives à l'éducation, d'une étude d'un dossier portant sur la connaissance du système éducatif et de deux épreuves orales d'admission : une étude de cas portant sur l'éducation et la vie scolaire, et un entretien avec le jury. Cette rencontre porte sur la fonction de CPE, sur le parcours du candidat… Attention il faut y être très préparé, et se montrer mobile dans sa réflexion. Des choses élémentaires comme dire « bonjour » aux membres du jury, se présenter, s'asseoir quand on vous y invite, être correctement habillé, sont jugées comme essentielles, avant même ce que vous allez dire ! L'image est très importante. Quand j'ai passé l'oral, c'était un feu nourri de questions. Le jury teste le candidat sur la façon dont il gère le stress et l'éventuelle instabilité causée par ce tir croisé de questions. Comme sur le terrain, plusieurs personnes veulent des réponses, il faut être capable de gérer et de répondre, de façon adaptée.
Vous devez fourmiller d'anecdotes ?
En effet. Mais au-delà des petites histoires amusantes, ce qui m'émeut le plus et que je tiens à souligner, c'est que tous les ans, j'ai la visite d'anciens lycéens, garçons et filles. Ils viennent me saluer, comme ça, gratuitement, et me dire ce qu'ils deviennent. Même ceux avec qui j'ai été particulièrement ferme par le passé. Ca me touche beaucoup. Voilà la preuve que si nous accomplissons (nous éducateurs, professeurs, parents…) notre tâche avec conviction, sérieux et tendresse, animés constamment du désir d'être honnêtes et justes, les élèves y sont sensibles. C'est un motif de grande satisfaction pour moi, car l'École a été un moment déterminant de ma vie, avant les études à l'université. Surtout lorsque j'étais dans le Primaire. Je me souviens encore du nom de mes instituteurs !
© Myr MURATET / MAIF
Dossier réalisé par la MAIF, janvier 2011.
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