Juge des enfants

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Le juge des enfants est un magistrat qui siège au tribunal de grande instance. Il possède donc une double casquette : protection et répression. Pour mieux comprendre ce métier difficile d'accès, une jeune professionnelle nous livre son expertise.
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Quelles sont vos fonctions principales ?
Je suis fonctionnaire du ministère de la Justice. Je mène une double mission. La première consiste à protéger et assister les mineurs en situation de danger. La deuxième est un rôle de censeur, c'est-à-dire que je sanctionne les moins de 18 ans qui commettent des délits. J'interviens pour faire comprendre aux jeunes qu'ils transgressent les lois. Pour certains, la frontière est floue, et il n'est pas évident de leur faire assimiler qu'ils sont coupables et encourent des sanctions. Il s'agit d'abord de trouver un terrain d'entente, de leur donner des chances d'assimiler ce qu'est le respect de la loi, le respect des autres… La sanction n'intervient que si aucune autre solution n'est trouvée, ou si l'acte du délinquant a mis autrui en danger.
Au jour le jour, comment cela se déroule-t-il ?
Je cours beaucoup. Je partage mon quotidien entre mon cabinet où je reçois les parents et les enfants, et les audiences au tribunal, au cours desquelles je juge les accusés mineurs. Ce métier n'est pas facile tous les jours, nous sommes confrontés à des situations souvent difficiles.
Comment expliquez-vous votre travail à un enfant ?
Tout dépend de qui j'ai en face de moi. Il m'arrive, en fonction de mes dossiers, d'expliquer à un enfant pourquoi il a commis une infraction. Je lui fais comprendre que notre société est basée sur des règles, et qu'il ne les a pas respectées. Tout comme il m'arrive d'expliquer à certains jeunes qu'ils ont des droits et des intérêts, et que je suis là pour les protéger. Si l'on veille au bien-être de l'enfant et si l'on est honnête et respectueux, tout se passe bien.
Quels sont vos dossiers les plus courants ?
Contrairement à ce que l'on croit, le rôle du magistrat rôle est plus souvent préventif que répressif. Prendre des mesures de sauvegarde, d'éducation et de rééducation à l'égard des moins de 18 ans, voilà de quoi se compose mon quotidien.
Et les dossiers les plus surprenants ?
Je n'ai évidemment pas le droit de rentrer dans les détails. Il y a peu de temps, il m'est arrivé pour la première fois de traiter un cas de maltraitance et de constater que la personne accusée n'était pas coupable. Si un enfant attaque quelqu'un pour une accusation aussi grave alors que c'est faux, c'est qu'il a un problème ou que quelqu'un lui a dit de le faire. C'est très perturbant en tout cas.
De quels moyens disposez-vous pour travailler ?
Avant tout de l'enquête sociale, qui se fait auprès de la famille de l'enfant par les éducateurs, avec l'aide des établissements spécialisés. Mais je travaille également en collaboration avec la gendarmerie, des avocats, des éducateurs, les services sociaux, et surtout avec le greffier, qui est mon assistant dans la gestion des dossiers. Je suis assez indépendante et très mobile. Mais j'ai quand même un supérieur hiérarchique qui est le procureur de la République, à qui je dois rendre des comptes.
Quels conseils donneriez-vous à vos futurs confrères ?
Imbibez-vous le plus possible du monde pénal. Assistez aux audiences, rencontrez le maximum de professionnels qui gravitent dans cette sphère, et pas uniquement la fonction qui vous intéresse. Nous faisons partie d'une administration dont chaque rouage est important. Aux étudiants qui se lancent : bossez. C'est un métier qui se prépare longtemps à l'avance, qui demande beaucoup de patience et de sacrifice et dans lequel on intègre énormément d'informations. Préparez-vous à courir et à bien gérer votre souffle !
Les qualités d'un bon juge pour enfant ?
Elles sont humaines avant tout. Il est préférable d'aimer les rencontres et d'être curieux. L'empathie fait partie de notre quotidien. Il faut savoir s'armer contre différentes formes de souffrance. Notre profession nous confronte à des situations souvent désespérées qui touchent le plus souvent des enfants innocents.
Justement, nous avons réalisons une enquête sur le racket. Auriez-vous un conseil à adresser aux victimes de racket et/ ou aux proches des agresseurs ?
C'est une situation à laquelle nous sommes confrontés, bien que le délit appelé « racket » n'a pas sa place dans le Code pénal. Cependant, il existe des services d'assistance pour les victimes, tant au niveau de la police qu'au niveau du Parquet. Ces aides peuvent renseigner la victime sur ses possibilités d'agir : porter plainte, se constituer partie civile auprès du juge d'instruction… Il s'agit surtout d'une première écoute. Enfin, il existe des structures pour les familles des « racketteurs » et pour les délinquants eux-mêmes, qui peuvent apporter une aide psychologique approfondie.
Voir le dossier : Racket : la loi du plus fort
Pouvez-vous nous raconter votre parcours, du bac à votre métier actuel ?
Le futur juge pour enfants intègre une faculté de Droit. J'ai, pour ma part, obtenu un bac ES, mais il est possible de faire du droit avec un bac scientifique ou même littéraire. Je recommande aux étudiants de choisir la meilleure université possible et pas de suivre leurs petits camarades ! Prenez le plus de renseignements possibles sur les établissements, car c'est en partie là que tout se joue. En troisième année, il est préférable de prendre l'option droit privé plutôt que droit public. Cette dernière mène d'avantage aux concours administratifs. Arrivé à bac + 4, l'étudiant s'oriente vers un master 1 avec option ENM (École nationale de la magistrature). Pour bien préparer les concours d'entrée à cette école, il faut impérativement s'inscrire à l'Institut d'études judiciaires. Attention, le concours est très difficile. Il y a seulement 8 % d'admis. Il est divisé en cinq épreuves de cinq heures chacune. Ce premier barrage franchi, vous êtes accepté au grand oral.
Une fois admis à l'ENM, à Bordeaux, la formation se déroule en trente et un mois. Il s'agit là d'un passage obligé pour obtenir le titre de magistrat. Durant cette période, vous êtes rémunéré et êtes considéré comme membre du corps judiciaire. Enfin, à l'issue de ce cycle, mieux vous êtes classé et plus vous avez le choix dans les postes disponibles de chaque région. C'est très long et cela demande beaucoup de travail, mais c'est une profession véritablement passionnante que je n'échangerai contre aucune autre.
Dossier réalisé par la MAIF, avril 2011.
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