Maître nageur sauveteur (MNS)

-----------------------------------------------
Ils sont à la fois professeurs, éducateurs, sauveteurs, pédagogues, initiateurs… Des cours de crawl à l'aquagym en passant par la surveillance de grand bassin et/ou l'initiation de bébés nageurs, le maître nageur sauveteur est sur tous les fronts. Dans une piscine municipale ou un club de plage, il est présent à chaque étape de l'apprentissage des activités aquatiques. Il prévient certaines imprudences et aide les nageurs en difficulté, de la simple égratignure au début de noyade. Plongée au cœur d'un métier avec Pierre au caractère bien trempé !
© Image Source IS2 / Fotolia.com
Quel parcours vous a mené à votre profession ?
Au départ, je me destinais à travailler dans des clubs de vacances. Mon objectif n'était pas très compliqué : je voulais vivre au soleil. Etre en tee-shirt au bord d'une plage, passer mon temps avec des gens détendus, ne pas subir le stress. J'ai fait pas mal de petits boulots dans le bâtiment ou dans le secteur industriel étant plus jeune. Il fallait absolument que j'échappe à cela. Un peu plus tard, avant d'entamer une formation d'animateur, j'ai rencontré un salarié d'un club de vacances bien connu, qui m'a dressé un portrait navrant de sa profession. Parallèlement, je m'intéressais de plus en plus à la natation, à la compétition et j'ai été frappé par une sorte d'évidence : aider les autres, les faire avancer, encadrer, initier, partager mes connaissances. Je suis donc reparti à zéro et j'ai suivi la formation de MNS. J'ai fait des extras dans différentes piscines d'Île-de-France avant de trouver l'équipe et la structure idéale. On peut dire que je suis comme un poisson dans l'eau, à présent !
Quelle formation avez-vous suivie ?
Comme beaucoup, je me suis formé auprès d'une des Prépa-Sports agréée Fédération Nationale des Métiers de la Natation et du Sport (FNMNS). La formation dure six mois et on y apprend l'anatomie, la biométrie, la physiologie, la théorie de l'entraînement. C'est aussi lors de ces cours que l'on apprend à intervenir en cas de plaie, de coupure, de fracture, d'entorse. On se forme à oxygéner une personne et travailler avec un défibrillateur. Le côté pratique m'a beaucoup appris. Une fois par semaine nous avions des exercices en bassin : aller chercher un nageur dans le fond de la piscine, le remorquer, le sortir de l'eau et lui porter les premiers soins. Et tous les 5 ans, nous réinitialisons ces connaissances fondamentales, ce qui est rassurant. Personnellement, j'exerce mon métier de façon plus sereine, je ne me sens aucunement dépassé.
Sur les forums, les aspirants aux formations semblent perdus, dans la masse d'information. Pouvez-vous nous parler des diplômes qu'un MNS passe tout au long de sa carrière ?
Je pense que les abréviations et leurs nouvelles terminologies peuvent faire peur. Ce n'est pas très compliqué en réalité. Quoi qu'il arrive, à n'importe quel moment de sa carrière, un maître nageur doit posséder un diplôme pour exercer. Il existe trois niveaux qui permettent cela. À Chaque niveau, un diplôme associé. Nous avons donc : le surveillant de baignade titulaire du BSB(1), l'assistant du maître nageur du BNSSA(2) et enfin, mon cas, le maître nageur, titulaire du BEESAN(3), qui est devenu aujourd'hui le BPJEPS AAN(4). Vous voyez, c'est plus compliqué à prononcer qu'à comprendre ! En plus de cela, nous repassons des examens tous les 5 ans. Comme je l'ai dit précédemment, le Certificat d'Aptitude à l'Exercice de la Profession de MNS (CAEPMNS) garantit que nous sommes toujours viables à l'exercice de notre fonction.
Ces remises à niveau font l'objet de contestations. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Ce qui fait débat, ce n'est pas l'existence de ces mises à l'épreuve, mais les procédés de certains organisateurs. Il existe une grande disparité tant au niveau des contenus que du niveau d'expertise demandé. Les déroulements ne sont pas les mêmes en fonction des régions. Ce qui est inadmissible. Par exemple, il n'est pas rare d'assister à des épreuves physiques chronométrées avec un temps éliminatoire. Ceci est en totale contradiction avec les lois qui protègent notre métier. Pour beaucoup de membres de la FMNS(5) — que je soutiens activement — ces dysfonctionnements sont préjudiciables à l'ensemble de notre profession. La création du CAEPMNS est avant tout le résultat d'une revendication pour protéger les nageurs comme les sauveteurs, par le biais de remise à niveau. Ce n'est pas un couperet.
Cela rend le métier pénible ?
Ça peut tout à fait gâcher la vie de certains collègues. Je connais peu de professions où l'on doit remporter des compétitions pour conserver son poste. Ajoutez à cela, le sentiment que l'on a de plus en plus de devoir être rentables. Il n'est pas rare d'entendre dans certains établissements que l'on doit fidéliser, faire du chiffre. Autre point négatif : nous sommes de plus en plus confrontés au comportement procédurier de nos clients. Au moindre faux pas, nous sommes en première ligne. Un peu comme les enseignants. Et pourtant, comme eux, nous devons parfois subir des attitudes agressives et irresponsables. C'est ce qu'il y a de pire pour moi dans cette profession : être confronté à la bêtise et aux comportements à risques.
Rassurez-nous, il existe des aspects positifs ?
Evidemment. C'est une profession magnifique. Imaginez que l'on voit passer toute sorte d'individu de tout âge, de toute catégorie socioprofessionnelle. C'est une chance. J'ai travaillé avec des bébés, des enfants, des femmes enceintes, des élèves en situation de handicap, des retraités, des compétiteurs… Nous sommes profondément ancrés dans la réalité. Voilà pourquoi nous subissons le pire comme le meilleur. De manière générale, les gens viennent ici pour leur bien-être, pour s'entretenir, se dépenser, parfois se dépasser. Nous avons le sentiment d'aider, d'initier et d'échanger tous les jours avec de nouvelles têtes.
Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre profession ?
Je pense qu'il est indispensable d'aimer aider les autres. Nous faisons finalement un métier de service. Il est important d'être un bon observateur, non seulement pour la sécurité, mais aussi pour bien cerner les besoins et la psychologie de son interlocuteur. Evidemment, sang froid et réactivité sont indispensables. Je dirai tout simplement qu'il faut être humain. C'est à dire accueillant, réceptif, patient et aimer le contact. Et ce que l'on ne dit pas assez aux candidats, c'est qu'il est impératif d'aimer le sport. Et plus encore : la natation. Mieux encore, il ne faut pas l'aimer, il faut en être passionné. Il n'y a que comme ça que l'on peut vraiment pratiquer son métier convenablement.
Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?
Foncez ! Vous avez toutes les chances de trouver un emploi rapidement et vous ne le regretterez pas. N'hésitez pas à diversifier vos activités. Beaucoup de mes collègues se spécialisent, dans d'autres sports nautiques par exemple ou d'autres activités. Personnellement, pour varier les plaisirs, je me tourne de plus en plus vers la compétition. Je veux élever des champions et les accompagner le plus loin possible. Je suis un futur Philipe Lucas en quelque sorte ! C'est important de se renouveler, car surveiller un bassin toute la journée, ce n'est pas ce qu'il y a de plus stimulant.
Avez-vous une anecdote à raconter ?
J'en ai deux. Une fois, j'ai secouru un chien. Un jour, on aperçoit dans l'eau une sorte de labrador — rentré on ne sait comment — devenir complètement fou. Il se débattait tellement que j'ai bien cru qu'il allait se noyer. J'ai donc plongé aussitôt pour le remorquer jusqu'au bord. Heureusement que je n'ai pas dû recourir au bouche à bouche. Et ensuite, mon plus beau souvenir : j'ai eu la chance d'encadrer une naissance en piscine. Je dois avouer que je n'ai jamais rien vu de plus émouvant. Je ne comprends pas pourquoi ce n'est pas plus développé en France.
En savoir plus :
Dossier réalisé par la MAIF, novembre 2012.
(1)Brevet de Surveillant de Baignade.
(2)Brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique.
(3)Brevet d'Éducateur Sportif des Activités de la Natation.
(4)Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l'Éducation Populaire et de Sport (BPJEPS), spécialité Activités Aquatiques et de la Natation (AAN)
(5)Fédération des maitres nageurs sauveteurs.
------------------------------------------------------------
copyright © 2006-2017, rue des écoles