Du roman au gothique

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Les œuvres clés

  • 1060-1100 : abbatiale de Saint-Savin-sur-Gartempe
  • 1135-1144 : cathédrale de Saint-Denis
  • v. 1150 : façade de Notre-Dame-la-Grande de Poitiers
  • 1170-1245 : cathédrale de Notre-Dame de Paris
  • v.1194-1240 : cathédrale de Notre-Dame de Chartres
  • 1150-1155 : verrières de la façade occidentale de la cathédrale de Chartres
  • 1411 : Les Très Riches Heures du duc de Berry, Limbourg
  • 1443-1453 : palais Jacques-Cœur

La fiche

Si le Moyen Âge désigne la période qui s'étend du ve siècle au xve siècle, l'art roman est le nom que l'on a donné aux créations artistiques qui, en France, s'épanouissent de la fin du xe siècle à la première moitié du xiie siècle, période où l'art gothique apparaît. Cette appellation souligne la continuité qui existe entre cet art et celui de l'Empire romain.
Il renvoie également à la zone géographique dans laquelle il s'étend : la zone romane, dans l'orbite de la Rome catholique. Si l'on associe volontiers cet art à la religion, et s'il a effectivement produit de nombreux bâtiments religieux, il a également marqué l'architecture civile : châteaux, hôtels de ville, marchés, granges, etc., mais aussi la sculpture, la peinture, la tapisserie, la mosaïque, l'art de l'enluminure et du vitrail.
Cependant, rapidement, la France voit s'épanouir de façon relativement précoce par rapport aux autres pays européens une autre forme de création : l'art gothique. Cette appellation, quant à elle, a à l'origine une dimension péjorative  : les hommes de la Renaissance considèrent en effet tout l'art du Moyen Âge comme « gothique », c'est-à-dire venant des Goths, ces barbares qui ont envahi l'Italie au ve siècle. Pourtant, le gothique est un vaste mouvement artistique, qui s'épanouit en particulier dans l'architecture, mais aussi dans la peinture et la sculpture.
L'art roman
Origines
• L'art roman se développe au xe siècle sous la nécessité de reconstruire des lieux de culte détruits ou endommagés par les différentes invasions, mais aussi d'en bâtir de nouveaux capables de répondre à l'expansion du christianisme. Les sources d'inspiration de cet art sont multiples. L'Empire romain a marqué de son empreinte les provinces qu'il a conquises, les vestiges de temples, de théâtres, de thermes décorés de mosaïques sont encore nombreux et fournissent des modèles aux bâtisseurs, avec d'autant plus de force depuis la Renaissance carolingienne du ixe siècle qui se caractérise par un retour à l'Antiquité gréco-romaine.
• Par ailleurs, l'influence orientale est également perceptible : les Romains, déjà, par l'étendue de leurs conquêtes, avaient noué des liens avec l'Orient, et ces liens ne font que s'accentuer au Moyen Âge, par le biais des pèlerinages vers les lieux saints, puis des croisades. Ainsi, les êtres fantastiques, pourtant inspirés de croyances païennes, et les animaux exotiques (guépards, lions, éléphants, dromadaires, etc.) se retrouvent dans les ornements de l'art roman. Enfin, le sud de l'Europe, en particulier l'Espagne occupée, est en contact avec l'art musulman et connaît ses ornements linéaires très raffinés.
Architecture
• L'art roman se caractérise par un important essor architectural, en particulier pour ce qui concerne les édifices religieux. L'accroissement du culte des reliques conduit à développer les cryptes et donne naissance au déambulatoire, à la fin du xe siècle. Cette galerie tourne autour du chœur et relie les bas-côtés ; jalonnée de chapelles rayonnantes, elle permet aux pèlerins de circuler et de se recueillir. De façon générale, les autels tendent à se multiplier et les absidioles se développent donc également. Les plans des édifices religieux sont multiples : plan bénédictin, plan tréflé, plan en croix grecque, églises rondes (comme à Neuvy-Saint-Sépulcre), plan basilical à trois ou cinq vaisseaux.
• Les matériaux sont très variés : calcaire, grès, granite, lave, marbre. Chaque région française utilise ses propres matériaux. Une des caractéristiques majeures de l'art roman religieux est le développement des voûtes. Pour éviter les risques d'incendie mais également pour donner plus de majesté à l'édifice et améliorer l'acoustique, les voûtes remplacent les charpentes apparentes. Les voûtes en berceau ou en demi-cylindre recouvrent ainsi les nefs et les bras du transept, alors que souvent les voûtes en cul-de-four recouvrent les absides et/ ou les absidioles. Les façades s'ornent souvent de sculpures reprenant l'enseignement religieux mais offrant aussi des ornements pittoresques. Les abbayes se développent aussi, avec leurs différents bâtiments : dortoir, salle capitulaire, cuisine et réfectoire, cloître.
Sculpture
• L'essor de l'architecture religieuse favorise celui de la sculpture. Les chapiteaux, les façades et les portails se couvrent de sculptures ornementales. La sculpture romane est d'une très grande richesse. Elle joue sur des motifs géométriques (chevrons, losanges, disques, torsades, etc.), de fleurs stylisées, mais aussi sur tout un bestiaire réaliste, exotique ou fantastique. Par ailleurs, les sculptures peuvent également avoir une dimension didactique, lorsqu'il s'agit de représenter des récits édifiants, tirés de la Bible : les scènes de l'Apocalypse ou du Jugement dernier, où les corps s'enchevêtrent et envahissent tout l'espace du tympan ou de la façade, sont là pour impressionner les fidèles.
• La sculpture offre aussi au regard du croyant des allégories des vices : avarice, luxure ou orgueil sont figurés de façon imagée. Elle n'hésite pas non plus à représenter des scènes de labeur de la vie quotidienne des fidèles ou à ajouter des éléments inventés et anecdotiques aux représentations des personnages bibliques, leur donnant ainsi une dimension presque familière.
Peinture murale et enluminure
• Les peintures s'épanouissent à l'intérieur des églises, aussi bien dans les grands édifices que dans les petits lieux de culte. Les fresques retracent elles aussi des épisodes bibliques et racontent souvent les épisodes de la vie du Christ, la vie des saints ou le Jugement dernier. Un des vestiges les plus remarquables de ce type de réalisation se trouve à l'abbatiale de Saint-Savin.
• Les manuscrits sont recopiés bien souvent par les moines, et l'art roman s'exprime également dans les enluminures qui les décorent avec une grande richesse. Des lettres ornées aux enluminures en pleine page, les motifs sont variés : épisodes de la Bible, illustrations des vies de saints, bestiaires.
L'art gothique
Architecture
• L'architecture gothique se caractérise par un élancement de ses lignes, par un allégement de la structure des édifices, par une tendance à la verticalité. Les murs s'ajourent davantage pour laisser la place aux vitraux. Différentes innovations techniques permettent cette évolution. Les architectes gothiques mettent au point la voûte sur croisée d'ogives, c'est-à-dire une voûte d'arêtes renforcée par deux ogives qui se coupent en diagonale à la clef.
• La voûte sur croisée d'ogives est à la fois plus solide et plus légère que la voûte romane, puisque le poids de la voûte porte sur les quatre angles. Pour contrebalancer ce poids, les architectes utilisent les arcs-boutants qui soutiennent extérieurement le vaisseau central. Les premiers vrais arcs-boutants apparaissent à la fin du xiie siècle, à Notre-Dame de Paris en particulier ; peu à peu ceux-ci se chargent à leur tour d'éléments décoratifs sculptés (clochetons, pinacles, gargouilles, etc.) pour constituer un aspect caractéristique de l'allure extérieure de l'édifice. Enfin, l'arc en plein cintre, si caractéristique de l'art roman, est définitivement abandonné au profit de l'arc brisé.
• Le gothique qui s'étend du xiie siècle au xve siècle connaît différentes périodes. La première réalisation gothique est l'abbatiale de Saint-Denis, reconstruite à partir de 1135, elle appartient à ce que l'on nomme le gothique primitif, de même que Notre-Dame de Paris qui se présente comme l'aboutissement de cette période. L'âge d'or du gothique correspond au xiiie siècle. Les grandes cathédrales, qui se dressent majestueusement vers le ciel, se multiplient partout en France, chaque réalisation ambitionnant d'être plus grande, plus haute et plus légère que les précédentes, à mesure que les techniques se perfectionnent. De cette période datent Notre-Dame de Chartres, Notre-Dame de Reims et Saint-Étienne de Bourges. Enfin, au xve siècle s'épanouit le gothique flamboyant : les ornements se font de plus en plus raffinés, les voûtes sont décorées de clefs pendantes, les sculptures s'enrichissent et ressemblent à de la dentelle.
• L'architecture civile se développe dans le sillage de l'architecture religieuse. Au Moyen Âge, les villes sont bâties en maisons de bois à encorbellement mais aussi en maisons de pierre, plus résistantes, qui abritent au rez-de-chaussée les boutiques. À partir du xiiie siècle, les nobles ou les personnages influents se font construire de belles demeures où la recherche du confort et d'un certain luxe se fait jour. L'hôtel Jacques-Cœur de Bourges, du xve siècle, en présente un bon exemple.
Sculpture
• Dans les cathédrales, la sculpture gothique abandonne la stylisation de la sculpture romane et accorde une grande attention aux motifs végétaux réalistes. De même, elle abandonne les chapiteaux au profit de la façade des édifices. Des principes s'imposent d'une cathédrale à l'autre : le portail central représente le Jugement dernier, avec le Christ et les apôtres, un portail latéral est réservé aux saints honorés localement, l'autre met en scène la Vierge. Les colonnes s'ornent de statues longilignes, sculptées directement dans la masse, qui prennent peu à peu leur autonomie et forment un ensemble à part se détachant de la paroi, comme à la cathédrale de Reims.
• À partir du xive siècle, la sculpture revient à l'intérieur des églises et des cathédrales, pour orner les chapelles, les retables ou les monuments funéraires, par exemple avec les gisants dont les visages sont souvent réalisés d'après des masques moulés sur le visage du défunt.
Peinture, miniature et vitrail
• La miniature et l'art de l'enluminure continuent à se développer à Paris mais également en province. Un des chefs-d'œuvre est donné par les frères Limbourg avec Les Très Riches Heures du duc de Berry, au début du xve siècle. La peinture murale qui rayonnait dans les églises au temps de l'art roman pâtit du développement des vitraux. Cependant, au xve siècle, on en connaît encore quelques beaux exemples comme La Danse macabre de La Chaise-Dieu.
• Mais la couleur qui s'impose dans les cathédrales gothiques est celle des vitraux, dont le développement accompagne à merveille l'allégement des murs rendu possible par la nouvelle architecture. Les vitraux du xiie siècle, ceux de Chartres, sont remarquables par la pureté de leurs couleurs et la précision de leurs motifs. L'art du vitrail continue à se développer tout au long de la période, pour produire au xve siècle de véritables tableaux présentant en arrière-plan de petits paysages.
• Le tableau apparaît au xive siècle : Paris voit naître le gothique international, notamment grâce au talent des artistes flamands qui travaillent à la cour des rois français. Ce mouvement au maniérisme raffiné prend rapidement une dimension européenne. Au xve siècle, la création picturale se déplace en province, notamment en Bourgogne et dans les pays de la Loire ; parmi les peintres importants de l'époque on peut citer Jean Fouquet ou le Maître de Moulins. Par ailleurs, une innovation capitale modifie cet art et aura un long retentissement : la vulgarisation de la peinture à l'huile.
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