L'économie africaine

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Les définitions clés

Agriculture vivrière : exploitation du sol permettant la production de denrées alimentaires destinées à l'autoconsommation des populations.
Agriculture commerciale ou d'exportation : exploitation du sol permettant la production de denrées alimentaires ou non, destinées à la vente sur les marchés internationaux.
Agriculture itinérante sur brûlis : forme d'agriculture généralement pratiquée dans les forêts tropicales, qui consiste à déboiser puis à brûler une parcelle de forêt sur laquelle on cultive ensuite pendant quelques années.
PMA : Pays les moins avancés. Ce sont les pays les plus pauvres du monde, dans lesquels le PNB par habitant est inférieur à 500 dollars par an. Dans ces pays, la plupart des sympômes du sous-développement se manifestent : faible espérance de vie, forte dépendance économique, agriculture peu productive.
Plantation : exploitation agricole de grande taille, spécialisée dans des produits végétaux destinés à la vente et dépendant des marchés mondiaux.

La fiche

L'Afrique est un continent où d'importants contrastes économiques s'expriment. Même si elle compte la majeure partie des pays les moins avancés (PMA), qui possèdent un faible niveau de revenu par habitant, et que son économie repose encore largement sur l'exportation de produits primaires, l'Afrique ne doit pas être considérée seulement comme le continent de la pauvreté. Les agricultures africaines offrent très souvent de faibles rendements, mais c'est parce que les terres n'ont pas encore été mises en valeur par manque d'engrais ou de recours à l'irrigation. L'Afrique reste « en réserve d'intensification » et ses potentialités sont élevées. La richesse en matières premières (pétrole, etc.), mais aussi en minerais rares indispensables aux technologies modernes (le coltan, utilisé dans les téléphones portables), a engagé certains pays à vivre de ces rentes sans susciter le développement. Mais en devenant le premier investisseur d'une Afrique longtemps oubliée par les capitaux étrangers en raison de son insécurité, l'Afrique du Sud illustre les espoirs du continent noir. L'Afrique est donc aujourd'hui en « réserve de développement » (Sylvie Brunel).
Un continent encore profondément rural
Un espace agricole diversifié
• Malgré son actuelle croissance urbaine, l'Afrique demeure un continent rural et agricole. Cette agriculture reste traditionnelle et fortement dépendante des conditions naturelles (sols, climats). L'eau conditionne souvent la production et les rendements. Dans la zone intertropicale (zones sahélienne et équatoriale), l'agriculture est d'abord vivrière, c'est-à-dire destinée à l'autoconsommation ou au commerce local. Cette forme d'exploitation de la terre est faiblement mécanisée et particulièrement extensive (agriculture itinérante sur brûlis).
• On y trouve aussi des formes modernes d'agriculture d'exportation dans de vastes plantations (coton et arachide en zone sèche ; cacao et café dans les zones humides). Les produits agricoles sont envoyés des plantations à destination des grands ports de la côte et exportés vers les pays riches, en particulier d'Europe. Par exemple, en Afrique de l'Ouest, la culture du coton s'est considérablement développée depuis la Seconde Guerre mondiale sous l'impulsion de la France et des organismes internationaux. Elle fait d'ailleurs vivre plus de 15 millions de petits paysans en Côte d'Ivoire (3 % des exportations), au Mali et au Burkina Faso (50 % des exportations) ou encore au Bénin (75 % des exportations).
• Au nord et au sud du continent, une étroite bande de climat méditerranéen autorise une agriculture pluviale plus intensive et spécialisée dans des produits d'exportation : vigne au Maroc, en Algérie et en Afrique du Sud ; agrumes et produits maraîchers (oranges d'Afrique du Sud, tomates du Maroc, etc.). Développées dans les espaces irrigués des zones arides, ainsi que dans les périphéries des grandes villes, les agricultures plus intensives proposent des rendements plus importants.
Une agriculture dominée
• L'agriculture ne parvient toutefois pas à assurer la sécurité alimentaire de l'ensemble des populations africaines. Des famines périodiques le montrent. On estime qu'une vingtaine de pays africains parmi les plus pauvres ne sont pas autosuffisants dans le domaine alimentaire.
• L'une des raisons principales en est la faiblesse des rendements moyens (les céréales africaines ont un rendement moyen de 0,80 tonne/ ha, contre 2,29 pour la moyenne mondiale). Mais les produits africains souffrent aussi de la concurrence de produits de substitution : ainsi, l'arachide est souvent remplacée par le tournesol et le colza cultivés aussi dans les pays développés. Dans le domaine des cultures traditionnelles, les habitudes alimentaires des Africains se transforment, conduisant à une baisse des productions. Par exemple, dans les villes, la fabrication du pain avec des farines importées l'emporte aujourd'hui sur la consommation de mil ou de manioc.
• Par ailleurs, l'agriculture commerciale est assez souvent aux mains de grandes sociétés (d'État ou privées) qui collectent les productions des petits paysans et fixent les prix de la récolte à un niveau bas. Cependant, des formes de commerce dit « équitable » se développent. Celui-ci garantit aux petits producteurs un prix minimum (sur le café ou le cacao, par exemple).
Zoom
Les milieux en Afrique© rue des écoles
Les milieux en Afrique
L'industrie, un secteur limité
Les inadaptations de l'industrie
• D'une manière générale, l'Afrique dispose de ressources minières importantes. Le pétrole et le gaz, très recherchés par les grandes puissances occidentales, y sont très présents. On les trouve en abondance au Nigeria, en Algérie, en Libye, en Angola et au Gabon. Dans le delta du Niger, par exemple, le pétrole et le gaz naturel assurent 80 % des recettes de l'État nigérian – mais les populations n'en perçoivent qu'une faible part et subissent des conséquences écologiques dramatiques (déversements accidentels de pétrole, explosion des têtes de puits ou des pipe-lines, pollution due aux usines de liquéfaction de gaz).
• Par ailleurs, l'Afrique est très bien pourvue en métaux précieux (or, platine, diamants), en minerais stratégiques (chrome, titane, uranium) pour lesquels l'Afrique du Sud est le 2e producteur mondial. Ces ressources ont permis un véritable développement industriel du pays et les investissements étrangers sont sécurisés. Ailleurs, les ressources minières n'ont pas conduit à une industrialisation performante, mais sont exportées directement vers les pays riches.
• Les usines construites dans les années 1980 et 1990 par les États ou les aides des grandes puissances sont aujourd'hui obsolètes. Elles sont souvent surdimensionnées, dépassées et non rentables. Dans ces conditions, le Fonds monétaire international (FMI) hésite à accorder des prêts pour leur réhabilitation. L'industrie africaine souffre des faibles capacités de consommation des Africains. Seuls les franges septentrionales (le Maghreb) et le sud du continent se sont engagés dans des politiques d'industrialisation liées aux capitaux étrangers.
Une industrie trop spécialisée et mal intégrée
• L'industrie africaine se limite généralement à des produits pas ou peu transformés, qui représentent 90 % du total des exportations du continent. Un petit nombre de secteurs sont ainsi valorisés : produits alimentaires, boissons, textiles, travail du bois. Ce manque de diversification renforce la faiblesse économique de l'Afrique et encourage les importations des principaux biens de consommation et d'équipement. Les pays africains se trouvent donc à la merci d'un marché international aux mains des grandes puissances européennes, américaines ou asiatiques. L'exportation de produits bruts ou semi-bruts est conditionnée par les prix fixés par les Bourses de Londres ou de Chicago.
• En revanche, l'Afrique est dépendante de produits manufacturés étrangers, à forte valeur ajoutée, et donc chers. Les échanges sont par conséquent très inégaux. Aujourd'hui, l'industrie africaine est un secteur fragile, dont la part dans le PIB stagne, voire diminue.
Un développement indécis
L'importance de l'économie souterraine
• La croissance des villes africaines engendre cependant un réel dynamisme. Les agglomérations suscitent une demande importante en produits de consommation et en services, ce qui permet un vrai développement de certaines activités économiques. Les villes africaines génèrent une économie souterraine très vivace, à base de petits métiers et d'activités de transformation. Cette économie informelle fait vivre des millions d'urbains, parfois plus de la moitié dans certaines grandes agglomérations comme Lagos, Abidjan ou Kinshasa. En Ouganda, par exemple, l'économie informelle représenterait plus des 2/3 du PIB national. Les villes sont aussi les lieux où se concentrent les administrations qui emploient un nombre important de petits fonctionnaires mal payés.
• Les grandes villes africaines concentrent la richesse, parfois de manière éhontée. À Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, les palais et châteaux de quelques riches fortunés côtoient les bidonvilles les plus sordides. Les investissements en voierie et en équipements de transport (souhait du président de la République de construire un nouvel aéroport, inutile compte tenu du trafic) cachent mal la misère.
Un continent à deux vitesses
• L'économie du continent africain est sujette à de très fortes disparités territoriales. Quelques États connaissent un frémissement économique : c'est le cas en Afrique de l'Ouest, au Nigeria, où les ressources en énergie dopent l'économie mais ne profitent qu'à une petite part des habitants.
• En Afrique du Nord, le Maroc profite d'investissements étrangers et des délocalisations d'entreprises, essentiellement européennes. Par exemple, les grands opérateurs téléphoniques français ont délocalisé dans ce pays leurs centres d'appel ; des usines de textile fabriquent pour de grands couturiers ; on assemble même des automobiles. La Tunisie a choisi le tourisme comme voie essentielle de développement. La côte méditerranéenne est dotée d'équipements de luxe qui accueillent chaque année des flux importants de touristes d'Europe du Nord-Ouest.
• De son côté, l'Algérie, en proie à des difficultés politiques, a du mal à attirer les capitaux étrangers.
• L'Afrique du Sud apparaît aujourd'hui comme un espace en devenir. Son développement économique récent la classe désormais parmi les pays à revenus intermédiaires.
• Les autres pays africains sont plus pauvres et plus fragiles. L'aide internationale et le désendettement sont absolument nécessaires pour ouvrir les voies d'un réel développement.

Zoom sur…

Le tourisme en Afrique
Par rapport à sa taille et à sa population, l'Afrique est le continent le moins touristique de la planète. C'est aussi le continent le plus pauvre et le plus en difficulté sur le plan socio-économique et politique. Or le tourisme est souvent invoqué comme un facteur de développement. Mais il n'apparaît, et ne se développe généralement bien que dans des pays qui connaissent eux-mêmes des dynamiques de modernisation. En effet, la présence de l'activité touristique est la plupart du temps un bon indicateur de l'état des sociétés d'accueil et de leur niveau de développement. On peut ainsi s'interroger sur la faiblesse du continent africain dans ce domaine, et, au-delà, sur les conditions de la « mise en tourisme » d'un espace.
L'Afrique capte moins de 5 % des flux touristiques mondiaux avec moins de 30 millions de visiteurs par an. Quelques destinations privilégiées accueillent le quart des touristes : Afrique du Nord (Tunisie, Maroc et Égypte) et Afrique du Sud. Quelques pays ont su créer une offre séduisante : parcs naturels du Botswana ou du Kenya, plages et hôtels du Sénégal, tourisme de luxe à l'île Maurice ou aux Seychelles. Ailleurs, le tourisme reste une activité marginale en raison d'une image désastreuse du continent à l'étranger : infrastructures insuffisantes et de mauvaise qualité, risques sanitaires, insécurité. Le touriste qui se rend en Afrique arrive souvent avec une image préconçue, transmise par les agences de voyage ou héritée de la période coloniale : un continent peuplé de bêtes sauvages et de traditions « authentiques », resté à l'écart de la modernité.

Repères bibliographiques

  • S. Brunel, L'Afrique, un continent en réserve de développement, Bréal, 2004.
  • A.-M. Frérot, L'Afrique en question, Ellipses, 2004.
  • R. Pourtier, Afriques noires, Hachette, 2004.
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