L'hégémonie européenne du xixe siècle

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L'essentiel

Forte de ses innovations et enrichie par sa révolution industrielle, l'Europe de l'Ouest impose son hégémonie au monde qu'elle colonise ou soumet à ses intérêts. Après avoir brisé l'Empire napoléonien, l'Angleterre s'affirme comme la première puissance économique et politique mondiale. Le congrès de Vienne (1815) et la Sainte-Alliance (Russie, Prusse, Autriche) dessinent la nouvelle carte de l'Europe ; mais le développement des nationalismes contrarie le fragile équilibre de cette dernière. De nouvelles nations voient le jour (l'Italie, l'Allemagne, les États balkaniques) et contraignent les autres à réviser leurs alliances. La Triplice unit l'Allemagne, l'Autriche et l'Italie (1882) tandis que la France jette les bases d'une Triple Entente avec l'Angleterre et la Russie. L'indéniable domination de l'Europe est toutefois contestée par les États-Unis qui refusent son ingérence dans les affaires américaines (doctrine Monroe), par les peuples latino-américains qui s'émancipent de Madrid ou Lisbonne, ou par le Japon qui se modernise sous l'impulsion du Meiji.
Chronologie indicative
  • 1815 : Congrès de Vienne.
  • 1823 : Doctrine Monroe.
  • 1837 : Avènement de la reine Victoria.
  • 1840-1842 : Guerre de l'opium en Chine.
  • 1848 : Le Printemps des peuples.
  • 1851 : Première Exposition universelle à Londres.
  • 1860 : Unité italienne.
  • 1861-1865 : Début de la guerre de Sécession.
  • 1868 : Début de l'ère Meiji au Japon.
  • 1870 : Guerre franco-prussienne.
  • 1871 : Naissance de l'Allemagne.
  • 1878 : Congrès de Berlin (indépendance des États balkaniques).
  • 1882 : Triplice.

La fiche

À la faveur de la révolution industrielle, l'Europe affirme son hégémonie. Tout en se disputant la primauté continentale, les nations du « vieux continent  » dominent le monde. Peut-on dire que leur puissance est sans partage ? Leurs divisions ne sont-elles pas une de leurs principales faiblesses ?
La domination de l'Europe occidentale sur le monde
Dans tous les domaines, l'Europe (et principalement les États de sa moitié occidentale) impose sa suprématie.
L'hégémonie économique
• La domination de l'Europe repose d'abord sur le quasi-monopole scientifique et technique dont elle bénéficie. Découvertes et inventions de ses savants (Curie, Pasteur, Siemens, Nobel, Daimler, Becquerel, parmi les plus célèbres) font bénéficier la révolution industrielle d'innovations d'importance. En un siècle, le PNB du continent est multiplié par 4,5. Le développement des moyens de communication (chemin de fer, navigation à vapeur, téléphonie) accentue la maîtrise de l'espace et permet aux Européens d'étendre leur dynamisme au-delà de leurs frontières.
• Première puissance économique et financière mondiale, l'Angleterre fait étalage de sa brillante réussite à l'occasion de l'Exposition universelle de 1851. Ce genre de manifestation, qui se tient dans les grandes villes européennes, est la vitrine de la réussite technologique et industrielle des pays participants, principalement les pays européens.
La suprématie politique et militaire
• Sur le plan idéologique et politique, l'initiative est également européenne. Sous l'impulsion du capitalisme social ou des revendications des mouvements socialistes, les pays d'Europe de l'Ouest mettent en place des modèles de sociétés libérales régulées par des États de plus en plus mutualistes ou sociaux-démocrates. Toutes les nations soucieuses de modernité, comme le Japon des Meiji, se doivent de les imiter.
• Sur le plan militaire, les Européens n'ont pas de rivaux : sur le continent se trouvent la première puissance navale (Angleterre) et les premières puissances militaires en qualité (France et Allemagne) ou en nombre d'unités (Russie). Le long règne de la reine Victoria (1837-1901) incarne la domination mondiale de l'Angleterre à cette période.
L'impérialisme européen
• Les Anglais se donnent pour mission de promouvoir le progrès et leur civilisation dans le monde. Thomas Carlyle exalte le rôle de l'Angleterre comme nation élue. Forts de cette conviction bien partagée, les Européens étendent leur domination par la voie de la colonisation. Ils s'approprient l'Afrique et de grands territoires asiatiques comme l'Inde ou les îles de l'Indonésie en soumettant les peuples et en exploitant leurs richesses. En déclin, la Chine subit la loi des Occidentaux : la guerre de l'opium puis les traités inégaux (1840-1842) ouvrent son territoire aux produits européens. La Russie s'étend en Asie centrale (Turkestan en 1864) et Extrême-Orient (Province de l'Amour et Sakhaline). L'impérialisme européen se manifeste par des interventions militaires en Amérique (au Mexique en 1862-1867, par exemple) ou en Crimée (1854-1856).
Recomposition politique du continent européen
Les pays européens étendent leur hégémonie dans le monde. Sur leur propre continent, ils se disputent la primauté.
Les bouleversements « révolutionnaires » (1800-1848)
• La puissance de la France napoléonienne inquiète ses voisins qui se coalisent contre elle. Après douze années d'une lutte sans pitié, la coalition abat l'Empire. Le congrès de Vienne (1815) redessine la carte de l'Europe en vue d'instaurer un équilibre entre les puissances et une paix durable. La Sainte-Alliance entre la Russie, l'Autriche et la Prusse se porte garante du nouvel ordre établi. Mais les revendications nationales sont ignorées et, dès 1821, le soulèvement des Grecs ébranle le système.
• Si la Belgique acquiert son indépendance (1830), les mouvements révolutionnaires n'obtiennent pas le même succès en Europe de l'Est ou en Italie. En 1848, la réaction contre-révolutionnaire des grandes monarchies écrase le Printemps des peuples.
Nationalismes et nouveaux équilibres (1848-1871)
• Affirmant la prééminence de la nation sur le corps social qui la compose, le nationalisme s'enracine pourtant. Il suscite l'émergence de mouvements (risorgimento italien, pangermanisme allemand) cherchant à réaliser l'unité nationale ou à rejeter la tutelle d'une autorité étrangère. Avec l'aide de la France, le royaume de Piémont-Sardaigne unifie l'Italie (1860). Sous l'impulsion de la Prusse de Bismarck, l'Allemagne naît en 1871 après avoir vaincu la France. En Autriche-Hongrie et dans les Balkans, les minorités nationales se soulèvent. Le compromis de 1867 maintient l'unité de la double couronne austro-hongroise ; le congrès de Berlin de 1878, en revanche, accorde l'indépendance ou l'autonomie aux peuples slaves (Serbie, Monténégro, Bulgarie) ou latin (Roumanie) des Balkans, au détriment de l'Empire ottoman en plein déclin.
La recomposition des alliances (1871-1900)
• La victoire de la Prusse sur la France et l'avènement de l'Empire allemand (1871) changent l'équilibre des forces en Europe. Pour contenir une revanche française, Bismarck élabore un système d'alliances ayant vocation à dissuader les Français d'attaquer. Dans ce but, il se réconcilie avec l'Autriche (que la Prusse avait battue en 1866, à Sadowa) et intègre Autrichiens et Italiens (pourtant adversaires lors de la campagne d'Italie de 1858-1859 et qui entretiennent encore des différends dans les Balkans) dans une triple alliance (la Triplice).
• Pour contenir la menace qui pèse sur ses frontières de l'Est, la France se rapproche de la Russie (alliance de 1894) et s'efforce d'entretenir des relations cordiales avec l'Angleterre (l'Entente cordiale ne sera cependant signée qu'en 1904).
Les limites de l'hégémonie européenne
Quelques nations résistent à la domination de l'Europe.
Une nouvelle puissance mondiale, les États-Unis
• Dès 1823, les États-Unis annoncent leur intention de préserver leur continent de l'influence européenne. La doctrine Monroe (1823) veut « l'Amérique aux Américains », slogan au nom duquel les États-Unis refusent toute immixtion des puissances européennes dans les affaires américaines. Dans cet esprit, ils soutiennent les mouvements d'indépendance qui affectent l'Amérique latine et aident les Mexicains à renverser le régime de Maximilien d'Autriche que soutient la France de Napoléon III (1865-1867).
• Entre 1860 et 1914, leur production économique s'accroît de 2 000 %. S'appuyant sur d'énormes trusts (Rockefeller, Carnegie, Vanderbilt), le pays devient la première puissance industrielle mondiale. À défaut de colonies, les États-Unis s'étendent jusqu'au Pacifique (Far West) et annexent un tiers du territoire mexicain en 1848. Ils rachètent l'Alaska aux Russes (1867). Un moment menacés de sécession (Civil War de 1861 à 1865), les États-Unis maintiennent leur unité, grâce à la victoire du Nord.
L'indépendance des colonies américaines et océaniennes
• Les empires espagnols et portugais se désagrègent. Dès 1811, un premier État indépendant (le Paraguay) est proclamé en Amérique latine. C'est le début d'une réaction en chaîne qui émancipe l'ensemble du sous-continent. Successivement se fondent le Mexique et le Pérou en 1821, le Brésil en 1822, la Bolivie en 1825, l'Équateur, le Venezuela et la Colombie en 1830. Un peu plus tard, les dominions britanniques accèdent à l'autonomie politique (le Canada en 1867, l'Australie en 1900). On ne peut toutefois pas parler de décolonisation dans le sens où ce sont les descendants des colons européens qui prennent le pouvoir et non les indigènes (Amérindiens ou aborigènes).
Le Japon des Meiji, émergence d'une puissance
• Soucieux de préserver son indépendance, le Japon du Meiji (« gouvernement éclairé de l'empereur ») se modernise. La suppression du système féodal et les réformes politiques sur le modèle des Européens, transforment le pays du Soleil-Levant en grande puissance économique et militaire. Au terme d'une guerre contre la Chine, le traité de Shimonoseki (1895) lui permet d'annexer Formose et d'instaurer son protectorat sur la Corée.
L'hégémonie de l'Europe au xixe siècle est incontestable. Mais des nations lui résistent, qui seront ses principales concurrentes pour l'avenir. Cette menace pèse d'autant plus fort que les rivalités entre blocs d'alliance sapent les bases de la puissance européenne.

Zoom sur…

La guerre de Sécession, première guerre moderne
Entre 1861 et 1865, le conflit oppose les États du Nord des États-Unis (Union) à ceux du Sud (confédérés). L'abolition ou non de l'esclavage est l'une des raisons officielles de cette guerre. Mais il faut souligner également le clivage entre le Nord industriel, protectionniste et abolitionniste et le Sud agricole, esclavagiste et libre-échangiste. Cet affrontement meurtrier est le premier à mobiliser à grande échelle l'ensemble des ressources militaires, civiles et économiques des belligérants ; en particulier, l'armement automatique est utilisé pour la première fois et provoque des hécatombes. D'un point de vue militaire, ce conflit constitue la première guerre moderne.

Pour aller plus loin

À voir
  • Autant en emporte le vent, Victor Fleming, 1939.
  • Danse avec les loups, Kevin Costner, 1990.
À lire
Léon Tolstoï, Guerre et Paix, 1869.
À visiter
  • Musée Napoléon III du Louvre, à Paris.
  • Musée Jacquemart André, à Paris.
Repères bibliographiques
  • R. Schnerb, Le xixe siècle, PUF, 1993.
  • J. Portes, Les États-Unis, de l'Indépendance à la Première Guerre mondiale, Armand Colin, Paris, 1991.
  • S. Berstein et P. Milza, Histoire du xixe siècle, Hatier, 1994.
  • P. Cabanel, Nation, nationalités et nationalismes en Europe, 1850-1920, Ophrys, 1995.
  • F.-Ch. Mougel, Histoire du Royaume-Uni au xixe siècle, PUF, 1995.
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