L'Union européenne : une grande puissance mondiale

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Les chiffres clés

L'Union européenne à 28
  • Population : 508 millions d'habitants ;
  • Puissance économique : 40 % du commerce mondial ; 30 % de la richesse mondiale ;
  • PIB moyen : 24 500 €/ habitant ;
  • Monnaie commune : l'euro, pour 18 des 28 États membres ;
  • Productions agricoles : 1er rang mondial pour le vin et l'orge ; 2e rang mondial pour le blé et le sucre ;
  • Réussites industrielles et commerciales : Ariane, Airbus.

La fiche

Au troisième rang par sa population, après la Chine et l'Inde, l'Union européenne, avec ses 28 pays membres, est la première puissance du globe par son commerce, la deuxième par son économie et la troisième par son rôle financier. Elle assure près de 40 % du commerce mondial et compte pour 30 % de la richesse planétaire. Elle s'impose ainsi comme un des trois pôles de la Triade. Mais les difficultés subsistent, comme la fragilité de son unité politique de même que son retard relatif dans certaines industries et technologies du xxie siècle. L'Union européenne constitue un ensemble économique particulièrement ouvert sur l'extérieur, et donc particulièrement intégré dans un monde où les différents espaces sont interdépendants. L'essentiel de ses relations s'établit avec les deux autres pôles dominants, les États-Unis et le Japon. La disparition du bloc communiste en 1990 amène l'Union à renforcer son influence politique en Europe et dans le monde.
L'Union européenne : un pôle dominant dans le monde
Le premier ensemble commercial au monde
• L'Union européenne se place au premier rang des exportateurs et au deuxième rang des importateurs mondiaux, largement devant l'Amérique du Nord et le Japon. Dans le commerce international des services, elle représente 22 % des flux mondiaux (États-Unis : 16 % ; Japon : 10 %). Cette situation s'explique par le morcellement politique de l'Union, qui accroît les passages de frontières, et par l'intégration économique avancée des États membres (le commerce intra-communautaire représente les deux-tiers du commerce extérieur de l'Union). La part des produits bruts dans le total des échanges européens de marchandises a diminué, tandis que celle des produits industriels s'est considérablement accrue. Par ailleurs, les stratégies d'organisation spatiale et de séparation des productions dans les grandes firmes européennes (automobile, aéronautique, nucléaire) les conduisent à renforcer leurs échanges internes de pièces détachées et de produits finis dans l'Union.
• La mutation du contenu des échanges se traduit aussi par une redistribution des partenaires commerciaux. La part des pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) a nettement diminué, malgré les accords de préférence commerciale de Lomé et de Cotonou passés avec ces pays.
Le principal partenaire commercial de l'Union est en fait les États-Unis (les exportations dégagent un solde favorable à l'Europe). En revanche, le bilan commercial reste déficitaire avec la zone asiatique le Japon, la Chine et les nouveaux pays industriels d'Asie.
• Dans le cadre des échanges mondiaux, l'euro, monnaie unique de 13 partenaires depuis 2006, est certainement un atout. En effet, il facilite les transactions et peut susciter, à terme, l'adoption d'une politique économique commune, permettant de faire face à la concurrence ou au protectionnisme des rivaux mondiaux (outre les nouveaux États membres, qui ne sont pas encore prêts à l'adopter, le Royaume-Uni, la Suède et le Danemark n'utilisent pas la monnaie unique).
• Dans les pays pauvres, l'Union soutient de vastes réseaux de coopération et d'aide au développement. Elle s'est engagée ces dernières années dans des programmes d'aide, dans des projets de réforme économique et sociale dans les pays d'Europe centrale et orientale (programme PHARE). Elle participe aussi à la démocratisation et au développement des États nés de l'éclatement de l'Union soviétique (programme TACIS).
Une puissance économique de premier rang
• Depuis le 1er juillet 2013, l'Union européenne s'est élargie et comprend 28 États, soit près de 508 millions d'habitants pour un territoire à peine supérieur à 4 millions de km2.
• L'UE dispose d'un système productif très performant, mais en pleine mutation, qui résulte de facteurs historiques (la révolution industrielle), de l'accumulation de capitaux, de l'action innovante de multiples acteurs, notamment les entreprises et les États.
• Avec un PIB annuel cumulé supérieur à 15 milliards de dollars, l'Union européenne dépasse les États-Unis et constitue désormais l'espace économique le plus puissant du monde. Sa situation est toutefois plus compliquée que celle des deux autres pôles de la Triade, l'Amérique du Nord et le Japon, en raison de profondes inégalités de développement interne et d'une construction communautaire parfois problématique.
• Des écarts économiques se superposent aux anciennes divisions historiques, politiques et culturelles. L'Union européenne a beaucoup de mal à faire valoir ses intérêts dans les négociations économiques internationales (comme dans le cadre de l'OMC) : elle parle rarement d'une seule voix et les intérêts nationaux prennent souvent le pas sur la stratégie communautaire.
L'affirmation dans le secteur financier
• L'Union européenne est le premier pôle émetteur d'investissements directs à l'étranger (IDE) au monde. Les investissements européens ont considérablement augmenté dans les pays de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), ainsi que dans les pays industrialisés émergents et, dans une moindre mesure, en Europe de l'Est. Par ailleurs, l'Union européenne est aussi le premier pôle récepteur de l'investissement direct dans le monde. Si le marché unique attire des capitaux venant des États-Unis et du Japon, la majorité des IDE sont des investissements d'origine intra-européenne.
La géographie régionale des IDE tend à renforcer les inégalités spatiales préexistantes. Les IDE se polarisent souvent sur les espaces métropolitains. En France, par exemple, Paris regroupe 80 % des IDE du pays. Leurs facteurs de localisation sont multiples : recherche d'économie d'échelle, proximité des principaux marchés de consommation, recherche de bas coûts de main-d'œuvre (comme en Europe de l'Est) ou au contraire d'une main-d'œuvre hautement qualifiée dans les technopoles.
• L'Europe financière se concentre de plus en plus, aux échelles nationale et continentale, dans les métropoles les plus puissantes. Ainsi, Londres, Paris et Francfort sont les principales places financières de l'Union. L'Allemagne garde un fort potentiel bancaire avec Berlin, Munich, Düsseldorf et surtout Francfort qui accueille à la fois le siège de la Bundesbank et celui de la Banque centrale européenne (BCE), en même temps que l'essentiel des transactions boursières allemandes et de nombreux sièges bancaires.
Les atouts de l'Europe économique
Un riche héritage
• Le commerce s'est développé en Europe dès le Moyen Âge avec les foires des grandes villes. D'abord limité au continent, le commerce s'est étendu au monde entier avec les grandes découvertes du xvie siècle puis la période des colonisations. Les pays européens sont aujourd'hui les plus ouverts du monde : une grande partie de leur économie repose sur le commerce international. L'Europe a aussi été le berceau de la révolution dans les campagnes et des révolutions industrielles.
• L'Europe occidentale a dominé l'économie et les échanges mondiaux durant une très longue période ; elle a développé son savoir-faire technique et ses capacités financières. Au prix d'un effort constant, parfois douloureux socialement, de modernisation de ses structures économiques, elle a su maintenir ses positions face à de nouveaux concurrents jusqu'au lendemain de la Première Guerre mondiale, où les États-Unis et le Japon sont devenus des puissances mondiales.
Une population qui bénéficie d'un haut niveau de vie
• Avec près de 508 millions d'habitants, l'Union européenne à 28 est le plus peuplé des pôles de la Triade. Malgré d'importantes inégalités, cette population dispose d'un pouvoir d'achat élevé. L'UE est un des marchés de consommation les plus importants et les plus attractifs de la planète. Grâce aux systèmes éducatifs performants, les entreprises peuvent disposer d'une main-d'œuvre qualifiée dotée d'une grande capacité d'adaptation.
• L'élargissement aux pays de l'Europe de l'Est accroît le potentiel démographique et la capacité de consommation de l'Union, en permettant à de nouvelles populations, moins favorisées, d'accéder à terme à une élévation de leur niveau de vie.
Des réseaux de transport performants
• Du fait de sa richesse, l'Union européenne présente une forte densité de réseaux de transports modernes et rapides, qui sont un facteur essentiel de développement et d'attractivité. Reliant entre elles les grandes régions urbaines de l'Ouest de l'Union, mais desservant aussi des régions plus périphériques et bientôt les nouveaux États membres, les réseaux de transport font de l'UE un espace à très forte accessibilité, profitable aussi bien aux entreprises européennes qu'à leurs partenaires étrangers.
• Si l'essentiel du trafic reste terrestre (route, fer), les grands ports et aéroports internationaux sont autant d'interfaces performantes avec le reste du monde et figurent parmi les plus fréquentés de la planète (port de Rotterdam, aéroport de Londres). Ces transports sont des éléments déterminants de la dynamique d'intégration de l'Union.
Les facteurs qui limitent la puissance européenne
Une démographie vieillissante
• L'Union européenne connaît un vieillissement démographique rapide du fait d'une natalité faible et de l'allongement de l'espérance de vie. Les conséquences à moyen terme sont nombreuses : les dépenses de santé augmentent rapidement, le financement des retraites est devenu aléatoire, les capacités d'innovation s'affaiblissent. Ces différents facteurs conduisent à une réduction de l'attractivité et du dynamisme de l'Union, concurrencée par les pays émergents d'Asie.
• L'immigration est devenue aujourd'hui la première source de la croissance démographique, malgré des politiques strictes de contrôle aux frontières extérieures de l'UE. L'espace européen est un foyer important de l'immigration clandestine.
• Depuis la crise des années 1975-1980, le chômage frappe durement l'Union européenne. Persistant même lors des périodes de croissance économique, il reflète les difficultés structurelles d'adaptation de l'économie et de la population active aux mutations rendues nécessaires par la mondialisation.
Une capacité d'innovation insuffisante par rapport à celle des États-Unis
• L'Europe, qui a été le berceau des deux premières révolutions industrielles, a longtemps été une terre d'innovation (machine à vapeur, procédés sidérurgiques, etc.). Elle a du mal aujourd'hui à consentir l'effort de recherche qui lui permettrait de concurrencer la suprématie américaine, notamment en matière de haute technologie. La recherche-développement (RD) est une préoccupation majeure des entreprises européennes. Mais son orientation privilégie les secteurs traditionnels de l'industrie, au détriment de ceux qui, comme les technologies de l'information et de la communication, forment le cœur de la révolution industrielle en cours.
• Cette faiblesse est surtout le fait des pays du sud et de l'est de l'Europe. Elle est moins marquée ailleurs, notamment dans les pays d'Europe du Nord et de l'Ouest, qui développent les nouvelles technologies, souvent en collaboration avec des firmes japonaises ou américaines (Nokia, par exemple).
Une Union européenne dépendante
• L'Union européenne reste en position d'infériorité politique et militaire vis-à-vis de la superpuissance américaine qui, par deux fois au cours du xxe siècle, a libéré le vieux continent. Dès 1947, les États-Unis ont protégé l'Europe face à l'URSS durant la guerre froide. De plus, l'Europe, constituée d'États très hétérogènes, a du mal à dépasser l'intégration économique et à définir une politique étrangère et de défense commune, la seule qui lui permettrait d'accéder à une place de premier plan sur la scène politique internationale et de faire contrepoids à la puissance américaine.
• La dépendance économique de l'Europe est également sensible en matière énergétique (pétrole du Moyen-Orient, gaz de Russie). Les États-Unis, principal client de l'UE, utilisent même des mesures de rétorsion commerciale pour obtenir gain de cause dans les conflits de toute nature qui les opposent à l'Union.

Zoom sur…

Europol ou l'union européenne de la police
Un espace européen unique est aujourd'hui en train de se concrétiser en matière de police. La mise en place d'une coopération des polices au sein d'Europol est difficile mais doit permettre à terme la collaboration des polices des différents États membres dans la lutte contre le trafic de drogue ou le banditisme.
Europol, installé à La Haye depuis 1994, a eu en effet pour mission première d'améliorer la prévention et la lutte contre le trafic de stupéfiants. La situation s'améliore grâce à l'informatisation des données criminelles, au système d'information Schengen (SIS) qui enregistre l'identité des délinquants recherchés et qui répertorie les millions d'objets volés sur le territoire de l'Union. Les compétences d'Europol ont été peu à peu élargies à d'autres secteurs grâce à la convention Europol, ratifiée par tous les pays membres en 1999.
La lutte contre l'immigration clandestine est un axe majeur de la coopération européenne. Dans ce domaine, la suppression des contrôles d'identité aux frontières intérieures de l'UE a engendré de nouvelles difficultés. Europol a permis l'adoption d'un certain nombre de règles communes pour contrôler les frontières extérieures, ce qui est impossible sans l'harmonisation des conditions d'entrée et de séjour des ressortissants des pays tiers. Il conviendra à terme de définir une politique commune des visas, du droit d'asile, du regroupement familial, de régularisation de l'immigration clandestine ou du renvoi des personnes en situation irrégulière.
Aujourd'hui, la mise au point d'une politique communautaire d'immigration est très laborieuse et complexe car les réglementations nationales se superposent au lieu de s'harmoniser.

Repères bibliographiques

  • Maurice Durousset, L'Union européenne au xxie siècle, Ellipses, 2004.
  • Zaki Laïdi, La norme sans la force: l'énigme de la puissance européenne, Presses de Sciences Po, 2005.
  • José Echkenazi, Guide de l'Union européenne, Nathan, 2005.
  • Site internet de l'Union européenne : www.europa.eu.
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