L'Union indienne

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Les chiffres clés

  • Superficie : 3 287 590 km2 ;
  • Population : 1,221 milliard d'habitants ;
  • Densité : 370 habitants par km2 ;
  • Taux de natalité : 20 ‰ ;
  • Taux de mortalité : 7,4 ‰ ;
  • Espérance de vie : 67 ans ;
  • Taux de mortalité infantile : 44‰ ;
  • Indice de fécondité : 2,5 enfants par femme ;
  • IDH : 0,57 ; 136e rang mondial en 2012 ;
  • Taux d'alphabétisation : 60 % ;
  • PIB en PPA : 3 900 dollars ;
  • Capitale : New Delhi.

La fiche

L'Inde forme un véritable sous-continent, au sud de la chaîne himalayenne, peuplé de plus de 1,1 milliard d'habitants. 28 États composent l'Union indienne. Géant démographique, le pays cherche à se développer tout en conservant ses traditions. En 1947, cette ancienne colonie anglaise obtient son indépendance. Pour tenter de faire cohabiter des peuples, des langues et des traditions très différents, le pays devient une fédération. En 1950, les castes sont officiellement supprimées par Nehru. Cette volonté d'unification n'a cependant pas effacé les anciennes divisions de la société indienne. Dans le deuxième pays du monde par sa population, les contrastes de peuplement restent très importants.
En moins de 50 ans, l'Inde est devenue une puissance économique. Grâce à la Révolution verte, l'État a d'abord assuré la sécurité alimentaire de la population. Puis, il s'est engagé sur la voie de la modernisation et du décollage industriel. Pourtant, le niveau de développement reste relativement bas. Plus de 350 millions d'Indiens vivent en-dessous du seuil de pauvreté. À l'opposé, une bourgeoisie au niveau de vie élevé occupe les quartiers résidentiels des grandes villes comme Bombay ou New Delhi. Par ailleurs, le territoire indien offre des contrastes de développement importants selon les régions. Une Inde du centre moins développée s'oppose à une Inde périphérique en plein essor économique.
Démographie et société indiennes
La deuxième population au monde
• Il y a un siècle, la population indienne ne comptait que 200 millions de personnes. Aujourd'hui, un homme sur six dans le monde est un Indien. L'Union indienne a dépassé le milliard d'habitants en l'an 2000. Aujourd'hui, l'Inde s'accroît de 17 millions de personnes tous les ans. Le taux d'accroissement actuel est de 1,6 % par an. À ce rythme, l'Union indienne pourrait voir sa population doubler à nouveau avant 2040. L'État de l'Uttar Pradesh, par exemple, rassemble 166 millions d'habitants sur une surface égale à la moitié du territoire français. La densité moyenne (335 habitants/ km2) révèle assez mal l'inégale répartition de la population. Le Kerala, dans le Sud, a ainsi une densité de 780 habitants/ km2.
• 70 % des Indiens vivent dans les campagnes. Les densités rurales sont de l'ordre de 200 habitants/ km2, certaines zones plus riches ayant une densité de 400 habitants/ km2. Les grandes concentrations de population se retrouvent dans les zones les plus humides, où sévit la mousson : plaine du Gange, deltas des fleuves, plaines côtières du Sud. Il y a peu d'espaces vides en Inde : même les régions les moins favorisées, les plus sèches (plateau du Deccan, Ghats de l'Est) sont mises en valeur. Malgré l'image que l'on a des foules urbaines, le pays est faiblement urbanisé (30 % la population totale environ). On connaît les quatre grandes agglomérations qui figurent dans le classement des plus grandes villes du monde, Bombay (15 millions d'habitants, 8e ville du monde), New Delhi (13 millions d'habitants, 11e rang mondial), Calcutta (12,5 millions d'habitants, 12e rang mondial) et Madras (6,2 millions d'habitants, 41e rang mondial). Mais le pays rassemble aussi une vingtaine de villes millionnaires.
Une société divisée
• L'Union indienne est un pays politiquement jeune (né en 1947), mais qui vit sur l'héritage d'une civilisation très ancienne. Aussi est-il composé de populations d'origines diverses, aux religions et aux langues multiples. Les hindouistes constituent 84 % de la nation, les musulmans représentent 11 % du total et les chrétiens, 3 %. Les sikhs ne comptent que pour 2 % de la population totale, mais 80 % d'entre eux vivent dans l'État du Pendjab. Depuis son indépendance obtenue en 1947, l'Inde est un État fédéral constitué de 28 États qui prennent en compte la pluralité des cultures : on compte 15 langues principales dont l'hindi, langue officielle. L'héritage de l'empire anglais est encore très présent dans l'utilisation de la langue, dans l'organisation politique et dans le fonctionnement de l'administration.
• La société indienne fonctionne sur un système de différenciation sociale : les castes. Bien que théoriquement aboli, ce système reste très présent dans le fonctionnement de la société indienne. Chaque individu appartient à une classe (varna) et à des sous-groupes appelés jati. Ces classes et ces sous-groupes représentent soit des groupes de métiers, soit des régions d'origine. Les « intouchables » constituent le groupe des exclus, car ils n'appartiennent pas véritablement aux castes. Le gouvernement indien lutte contre cette exclusion en réservant des quotas dans l'administration et à l'université aux « intouchables ». Dans les villes, cette ségrégation est de plus en plus contestée.
Les politiques démographiques en Inde
Quels comportements démographiques ?
• L'Inde est encore loin d'avoir achevé sa transition démographique. Pourtant celle-ci a débuté dès 1920, lorsque natalité et mortalité commencent à baisser. Aujourd'hui, si la mortalité a diminué de façon spectaculaire (9 ‰), la natalité reste élevée (23 ‰). Le taux d'accroissement naturel est fixé aux alentours de 1,8 %. Si ces conditions se maintiennent, le doublement de la population pourrait se produire d'ici 35 ans. Par conséquent, la population indienne est très jeune : plus de 37 % des Indiens ont moins de 15 ans.
• Les contrastes sont très forts entre les différentes régions indiennes : le sud et l'ouest du pays ont pratiquement achevé leur transition démographique, alors que le nord et l'est sont plus en retard. Par exemple, dans les campagnes du Kerala (État du sud), l'indice de fécondité est de 1,7, alors qu'il est de 5 dans les zones rurales de l'Uttar Pradesh (État du nord).
• Les conditions de vie se sont sensiblement améliorées depuis trente ans. Ainsi, l'espérance de vie est passée de 32 ans en 1951 à 49 ans en 1970 pour les deux sexes, puis à 64 ans pour les femmes et 63 ans pour les hommes aujourd'hui. Mais ces derniers chiffres masquent mal une surmortalité féminine : accouchements difficiles, infanticides de petites filles, avortements sélectifs (fœtus femelles). Il en résulte un ratio favorable aux hommes : on compte 108 hommes pour 100 femmes.
• Les campagnes d'hygiène ont fait reculer certaines causes de décès. Les maladies comme la variole, la peste, le choléra ou la tuberculose ont été éradiquées grâce aux vaccinations massives. La mortalité infantile a diminué de moitié en vingt ans, mais reste forte (72 ‰). Depuis une dizaine d'années et grâce à la Révolution verte, la consommation journalière moyenne d'un Indien atteint le seuil minimal de 2 200 calories par jour.
Quelles réponses politiques ?
• Au moment de son indépendance en 1947, l'Inde comptait déjà 500 millions d'habitants. Les autorités adoptent en 1952 un vaste programme de limitation des naissances. Cependant, les résultats se font attendre. Les campagnes d'information, le développement du planning familial n'ont que des résultats partiels. Aussi la méthode est-elle rendue plus brutale dans les années 1970 (recul de l'âge du mariage à 18 ans pour les filles et 21 ans pour les garçons). Les mesures deviennent de plus en plus coercitives : on mène des campagnes de stérilisation forcée des hommes, puis des femmes. Devant l'hostilité générale, le gouvernement revient à des campagnes classiques. On mise aujourd'hui sur l'éducation des filles et sur la contraception.
En Inde, le poids des mentalités reste fort. La stérilisation volontaire féminine existe toujours, l'avortement est pratiqué jusqu'à la naissance d'un héritier mâle car seuls les hommes transmettent le patrimoine familial.
• Malgré les politiques menées depuis un demi-siècle, le taux de croissance reste élevé dans l'Union indienne. L'indice de fécondité moyen est encore supérieur à 3 enfants par femme en âge de procréer. On peut expliquer ce semi-échec par la pauvreté des masses indiennes et par l'extrême conservatisme social dont elles font preuve. Ainsi, la naissance d'une fille est moins souhaitée que celle d'un garçon. Les filles ne contribuent pas à améliorer le revenu de la famille ; de plus, elles emportent leur dot lors de leur mariage.
Pourtant, les dernières années sont marquées par une amélioration significative. La natalité est en train de baisser, ce qui s'explique sans doute par une meilleure qualité de vie des individus. Le pouvoir met l'accent sur l'amélioration de l'instruction primaire, en particulier celle des filles.
La modernisation de l'Inde
La Révolution verte et ses conséquences
• Dans les années 1960, l'État met en œuvre un vaste plan agricole destiné à nourrir une population toujours plus importante d'Indiens. La Révolution verte s'est traduite par la sélection de variétés de céréales à haut rendement (riz et blé). Mais ces nouvelles semences demandent beaucoup d'eau et sont plus sensibles aux maladies rendant nécessaire l'utilisation massive de pesticides et de produits antiparasitaires. De grands travaux d'irrigation sont financés par l'État (barrages ou tanks). On développe les puits et on utilise de plus en plus de motopompes. Dans les régions les plus favorisées, ces mesures permettent de doubler, voire de tripler les récoltes. L'Union indienne est devenue une grande puissance agricole. On peut considérer que la faim est écartée ou exceptionnelle. La dernière famine touchant tout le pays date de 1943. L'autosuffisance alimentaire est assurée depuis 1975. Pourtant, 20 % des Indiens reçoivent une ration inférieure à 2 400 calories par jour.
• La balance commerciale agricole de l'Inde est devenue excédentaire. Le pays est aujourd'hui le 1er producteur de sucre et de thé, le 2e pour le riz, le blé ou les arachides. L'État indien veut aussi diversifier les productions agricoles en développant la culture du soja, du tournesol et l'élevage des volailles. La Révolution verte a favorisé certains États plus faciles à irriguer. Ainsi, dans le nord-ouest de l'Inde, le Pendjab est devenu le « grenier à céréales » de l'Inde, avec une production annuelle qui dépasse 50 millions de tonnes (25 % de la production nationale). En revanche, dans le centre et le sud du pays, la situation est plus difficile. D'une manière générale, les paysans les plus aisés se sont enrichis, mais les ouvriers agricoles restent pauvres.
L'Inde, un nouveau pays industriel
• Dès l'indépendance en 1947, l'Inde choisit une voie de développement d'inspiration socialiste. Avec Nehru, le Parti du congrès au pouvoir favorise le développement d'une économie mixte. L'État indien y joue un rôle majeur ; il développe l'industrie lourde et la planification. Dans les années 1980, la forte dynamique des entreprises indiennes s'affirme. L'Union indienne s'engage alors dans une politique de libéralisation économique qui fait d'elle un nouveau pays industriel. Le pays a su valoriser l'ancien héritage britannique (routes, voies ferrées, industries diverses) et a soutenu les grandes sociétés familiales privées (Tata). Mais l'Inde compte aussi de très nombreuses PME. Au total, le secteur industriel représente un tiers du PIB du pays et emploie 17 % de la population active.
• Le secteur des hautes technologies emploie plus de 3 millions de scientifiques, principalement sur le plateau de Bangalore (climat agréable, à 900 mètres d'altitude) et dans les régions de Bombay et New Delhi. Ainsi l'Union indienne fabrique, seule ou en coopération avec d'autres pays, des centrales nucléaires, des satellites et des fusées. Mais une partie importante des chercheurs indiens émigre vers l'Europe ou les États-Unis où les conditions de rémunération sont meilleures (brain drain). Par exemple, 1/10e des employés de Microsoft aux États-Unis et 1/6e de la NASA sont des Indiens. Ceux-ci obtiennent des « visas professionnels » et créent actuellement de nouvelles entreprises dans la Silicon Valley. Malgré la qualité de cette main-d'œuvre, l'équipement national n'atteint pas 5 millions d'ordinateurs familiaux et 30 millions de lignes téléphoniques. On compte seulement 3 % des Indiens abonnés à Internet.
• Les villes jouent un rôle majeur dans le développement de l'Union indienne. Les voies de développement récentes favorisent les produits de consommation qui profitent aux urbains. Les villes sont aussi des lieux où s'implantent les grandes entreprises qui peuvent y puiser la main-d'œuvre disponible. Les agglomérations de l'Ouest (Bombay, Poona, Ahmedabad) forment les principales régions d'industries diversifiées. Bangalore et New Delhi sont davantage tournées vers les industries de pointe : Bangalore est devenue l'un des principaux sites mondiaux pour la production de logiciels. L'Inde est ainsi aujourd'hui le 2e exportateur mondial de software après les États-Unis.

Zoom sur…

Bombay
Bombay est la seule métropole mondiale de l'Inde et abrite plus de 15 millions d'habitants. Première ville et premier port du pays, Bombay (Mumbai depuis mai 1995) est un grand centre économique qui joint les activités de direction à celles de production. Elle fait partie des villes asiatiques qui ont connu au xixe siècle un rythme de croissance analogue à celui des grandes capitales européennes, mais qui ont été marquées par le retard économique et le sous-développement.
Aujourd'hui, le visage de Bombay change. Ceux qui ont la chance d'avoir un emploi et d'être bien logés ne peuvent plus se passer d'elle, de son rythme de vie effréné, des salaires les meilleurs de l'Inde, de sa tolérance, des cinémas multiplexes et des galeries commerçantes regorgeant de produits importés, des night-clubs tape-à-l'œil, des théâtres, des restaurants gastronomiques, des immeubles de bureaux évoquant Manhattan, des boutiques de créateurs, des écoles internationales, des hôpitaux modernes et des autoponts. Tout cela fait de Bombay la seule vraie métropole de l'Inde. À côté, Chennai (Madras), Calcutta, Bangalore ou même la capitale, New Dehli, ont des allures de villes provinciales étriquées. Sans aucun doute la ville la plus prospère de l'Inde, Bombay est aussi la capitale de la finance et des affaires.

Repères bibliographiques

  • F. Durand-Dastès, Géographie de l'Inde, Que sais-je ?, PUF, 2003.
  • F. Durand-Dastès, Le Monde indien, Géographie universelle, Belin-Reclus, 1997.
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