La Grèce, Rome et l'art

-----------------------------------------------

les œuvres clés

  • v. −1150 : Vase aux guerriers de Mycènes
  • v. −650 : Dame d'Auxerre
  • v. −470 : Aurige de Delphes
  • v. −420-406 : Caryatides de l'Érechthéion sur l'Acropole d'Athènes
  • v. −350 : Aphrodite de Cnide, Praxitèle
  • v. −200 : colosse de Rhodes
  • v. −150 : Vénus de Milo
  • v. 5 av.-5 apr. J.-C. : Maison carrée de Nîmes
  • 64 : Domus Aurea de Néron
  • 72-80 : Colisée
  • v. 80 : mosaïques de la maison du Faune à Pompéi
  • 112-117 : colonne Trajane
  • v. 200 : arc de Septime Sévère
  • 211-217 : thermes de Caracalla

La fiche

L'art grec désigne l'art qui sépanouit en Grèce et dans les colonies grecques, par exemple la Sicile, à partir de la fin de l'art mycénien, vers le xiie siècle. Cet art peut s'étendre juqu'à l'art hellénistique, qui émerge à partir des conquêtes d'Alexandre, au ive siècle avant Jésus-Christ, et de l'expansion très importante du monde grec qui en résulte. L'art grec couvre donc une période et une zone géographique très vastes, qui ne doivent pas masquer la singularité et l'évolution spécifiques de certaines régions. On distingue deux grandes périodes stylistiques : archaïque (du xe au vie siècle) et classique (ve - ive siècle), avant la période hellénistique (iiie -ier siècle). Si l'on a pu conserver de nombreuses céramiques, mais également des statues et des constructions, bon nombre des œuvres grecques – y compris leurs quatre merveilles du monde – ont subi les outrages du temps, des pillages, des destructions volontaires ou des tremblements de terre. Ainsi, nous n'avons aucun vestige de la peinture grecque, pourtant fort appréciée en son temps, qui était réalisée sur bois, et dont seules, au mieux, subsistent des copies latines. En effet, l'art romain a été grandement influencé par l'art grec et s'est nourri de lui. Il n'en reste pas moins que l'art gréco-romain a connu un rayonnement exceptionnel, en Europe, et a marqué en profondeur l'art occidental, oscillant entre imitation et tentatives de démarcation, au moins jusqu'au xixe siècle.
L'art grec
Art géométrique et archaïque
• La première forme d'art grec correspond à l'art géométrique. Cet art n'a laissé que de rares statuettes, représentant souvent des animaux, et quelques bijoux, mais il s'est surtout épanoui dans la céramique. Les potiers ornent d'abord leurs vases de motifs purement géométriques : frises de cercles, de triangles, etc., puis représentent à partir du viiie siècle sur la partie la plus renflée des vases, des urnes funéraires ou des cratères, des scènes (par exemple de combat, de chasse ou de défilé) et des animaux peints en noir sur un fond clair.
• Alors que l'organisation politique se modifie et que la cité grecque s'organise, l'art connaît une évolution importante, la céramique mais aussi la sculpture et l'architecture se développent considérablement. La société grecque connaît aussi l'influence des populations méditerranéennes et orientales, notamment par le biais de Chypre, ce qui se traduit dans les créations artistiques. Celles-ci présentent une synthèse originale de ces différentes sources d'inspiration. Les motifs peints sur la céramique se raffinent et se font de plus en plus précis et réalistes. Des animaux (oiseaux, lions, chèvres, etc.), des ornements floraux, des scènes mythologiques décorent les poteries et forment des sortes de miniatures. La fin de la période est caractérisée par la poterie à figures noires qui va s'épanouir jusque vers 500 avant Jésus-Christ.
• La sculpture est au départ considérée comme une offrance faite aux dieux, destinée à orner un temple, un sanctuaire ou une tombe. Il s'agit donc d'un art important aux yeux des Grecs. Les sculpteurs représentent surtout des êtres humains, jeunes hommes ou jeunes femmes (toujours vêtues, puisque la nudité des femmes était proscrite), de face, jambes serrées, bras le long du corps. La représentation du kouros (le jeune homme, au pluriel : kouroi) et de la korê (la jeune fille, au pluriel : korai) évolue peu à peu vers plus de naturel et de mouvement. Les vases, statuettes et miroirs en bronze révèlent également l'importance et la richesse de la petite statuaire.
• À partir du viie siècle, l'architecture se développe beaucoup. La forme des temples évolue : les bâtiments s'agrandissent, les colonnes taillées en pierre l'entourent à l'extérieur et souvent l'édifice est précédé d'un portique. Enfin, des motifs sculptés en relief ou des sculptures ornent les frontons et les côtés des temples. Deux ordres distincts se développent également durant cette période : le style ionique et le style dorique. Le premier s'épanouit dans les villes de la côte ionienne. Il se caractérise par une grande élégance, les colonnes sont ornées de cannelures et surmontées de chapiteaux encadrés de deux volutes. Le second, se répand plutôt en Grèce continentale et en Italie. Il est beaucoup plus austère et massif, et disparaîtra peu à peu au profit du premier. La colonne est moins ornée et le chapiteau garde une forme rectangulaire.
Art classique
• L'architecture classique est marquée par plusieurs grands chefs-d'œuvre, en particulier sur l'Acropole d'Athènes, avec la réalisation du Parthénon, selon un ordre dorique mâtiné de style ionique, par l'architecte Ictinos et le sculpteur Phidias, le temple d'Athéna Nikê ou l'Erechthéion, dont le portique est soutenu par les célèbres et gracieuses Caryatides. Ces bâtiments sont des modèles d'équilibre, d'élégance et d'harmonie, qui semblent célébrer le triomphe d'Athènes.
Peu à peu, au ive siècle, les architectes contribuent aussi à l'aménagement de la cité en général, par exemple en la ceignant de murailles. De même, les théâtres en pierre se développent à l'extérieur de la cité, sur les collines, et remplacent les constructions de bois, pour accueillir les représentations théâtrales, de plus en plus importantes dans la culture grecque, mais aussi les réunions publiques. Un des théâtres les plus célèbres de l'époque et un des mieux conservés est celui d'Épidaure.
• La sculpture classique marque une grande évolution. Les sculptures n'ont plus seulement une fonction religieuse, mais deviennent aussi vraiment décoratives et ornent les bâtiments publics. Les personnages représentés perdent leur caractère statique, ils deviennent plus réalistes et leurs poses plus naturelles. Même si les scènes représentées par ces groupes familiaux ont quelque chose d'assez idéalisé, les statues représentent de plus en plus des personnages réels.
Phidias est un des maîtres de la sculpture grecque, et il est connu notamment pour ses réalisations sur l'Acropole (les métopes pleines de mouvement du Parthénon) ou pour sa statue chryséléphantine (en or et ivoire) de Zeus à Olympie.
Praxitèle, qui lui est un peu postérieur, est l'un des premiers à pratiquer la sculpture de nus féminins, en particulier avec son Aphrodite de Cnide. Les innovations de la sculpture classique se retrouveront dans la sculpture hellénistique qui peut apparaître comme un véritable prolongement de celle-ci. Le réalisme et le naturel des attitudes, des expressions des visages, le rendu du mouvement, qui peuvent aller jusqu'à un aspect presque « baroque », se retrouvent également dans les réalisations ultérieures, par exemple dans le fameux Laocoon ou dans la Victoire de Samothrace.
• La céramique évolue elle aussi notablement. Les figures noires sur fond rouge sont concurrencées et bientôt remplacées par les figures rouges sur fond noir. Cette nouvelle technique permet la création de motifs, notamment les corps des héros et des combattants, beaucoup plus fins et réalistes. Les artistes signent à présent leurs œuvres. Cependant, peu à peu, cet art se transforme en une production de plus en plus relâchée, en particulier dans l'Attique, les œuvres se multiplient et sont produites de façon quasiment industrielle, puis sont concurrencées par les réalisations italiennes.
L'art romain
L'art patricien (iie siècle avant Jésus-Christ)
• À l'origine, les Romains sont un peuple de soldats et de paysans peu tournés vers l'art, sauf dans sa dimension religieuse. Cependant, l'influence de la culture étrusque, plus raffinée, et celle de la culture grecque sont des facteurs d'évolution importants. Surtout, à partir du iie siècle avant J.-C., les nobles, les patriciens, s'enrichissent considérablement grâce aux conquêtes et sont de plus en plus imprégnés de culture hellénistique.
Les artistes grecs viennent à Rome et sculptent par exemple des œuvres imitées ou, en tout cas, fortement inspirées de la statuaire grecque. L'architecture urbaine commence à se développer, pour essayer d'ordonner les constructions relativement anarchiques qui ont précédé cette période. Surtout, les nobles se font construire de belles et confortables demeures, comme peuvent en témoigner les vestiges de Pompéi et d'Herculanum. Les mosaïques, les peintures murales, les colonnades donnent un raffinement et un luxe inédits aux demeures italiques traditionnelles.
L'art des premiers empereurs (ier siècle avant- ier siècle après Jésus-Christ)
• L'architecture urbaine se développe surtout à partir du règne d'Auguste. Celui-ci entreprend de construire ou reconstruire de nombreux temples et de doter les villes d'édifices publics, de théâtres ou d'amphithéâtres. Beaucoup des bâtiments édifiés servent à glorifier le régime impérial.
Ainsi, la période voit l'émergence des arcs de triomphe, richement décorés de sculptures, destinés à célébrer les conquêtes romaines. L'ordre corinthien, hérité de la fin de l'art grec classique, domine à Rome et se caractérise par ses ornements de feuilles d'acanthe et ses formes plus délicates et raffinées. L'architecture est théorisée par Vitruve, auteur d'un traité qui influencera en profondeur l'architecture occidentale au moins jusqu'au xixe siècle. De nombreux vestiges nous restent de cette période, à Rome comme dans les provinces romaines, que l'on pense par exemple à la Maison carrée de Nîmes. Une des réalisations exemplaires d'Auguste est l'Autel de la paix qui se trouvait sur le Champ-de-Mars et qui comporte des sculptures pleines de vie.
• Néron, empereur sanguinaire, était un passionné d'art. Il se fait construire à la suite d'un incendie qui a ravagé tout un quartier de Rome la vaste Domus Aurea, décorée par le peintre Fabullus de peintures admirables et des fameux « grotesques » découverts à la Renaissance. Ce style de peintures murales connaît une grande mode et se retrouve également dans les villas de Pompéi. Les effets de trompe-l'œil sont particulièrement prisés et se marient aux ornements délicats.
L'art de l'Empire
• L'architecture romaine continue à s'épanouir, en dépit des différentes crises qui peuvent agiter l'Empire. Les ports, les marchés, les immeubles, les thermes, etc., se construisent sur tout le territoire de l'Empire et donnent l'impression d'une grande unité. Les architectes ont mis au point la technique de la voûte que l'on retrouve dans bon nombre d'édifices, comme peut en témoigner le Panthéon de Rome. La mosaïque connaît elle aussi une période féconde et se tourne à nouveau vers la représentation figurative, après avoir connu une longue phase de décors géométriques. Les scènes en mosaïque sont soit en noir et blanc soit réalisées dans une riche palette polychrome.
• La sculpture est soumise tout au long de cette période à des tendances assez contradictoires. Elle se tourne parfois vers un réalisme assez net et s'efforce de reproduire rigoureusement les détails, l'apparence des personnages représentés (arc de Septime Sévère). Parfois au contraire, elle renoue avec le classicisme du siècle d'Auguste et recherche l'idéalisation, la stylisation des modèles (colonne Trajane). Enfin, elle est aussi marquée par la recherche de l'effet, de l'expressivité, et joue sur l'expression pathétique des sentiments humains.
• La fin de l'Empire est marquée par un retour à une certaine esthétique classique, alors que le centre de l'Empire se déplace vers Constantinople et que l'on semble renouer avec l'art hellénistique. C'est dans ce contexte que peu à peu émerge un art chrétien, qui modifiera profondément la donne.
------------------------------------------------------------
copyright © 2006-2017, rue des écoles