La guerre froide, prolongement de la guerre mondiale (1945-1975) ?

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L'essentiel

L'Allemagne vaincue, ses deux principaux adversaires (l'URSS et les États-Unis) se retrouvent face à face. Leur opposition idéologique se traduit rapidement par une rupture de leur Grande Alliance (1947). Tandis que les Anglo-Saxons soutiennent les Grecs contre le mouvement communiste local, les Soviétiques favorisent un coup d'État en Tchécoslovaquie et imposent un blocus à Berlin-Ouest pour en chasser les Occidentaux. Cette dernière crise s'achève par la création de deux Allemagnes (la RFA et la RDA). Les blocs se structurent ensuite autour d'alliances économiques (CAEM à l'Est, OECE à l'Ouest, puis CEE) et militaires (OTAN et pacte de Varsovie). En Corée, les Américains reçoivent mandat de l'ONU pour stopper l'attaque nord-coréenne contre la zone sud. La disparition de Staline en 1953 semble être une opportunité pour que les relations s'apaisent. La paix en Corée, en Indochine et avec l'Autriche traduit la politique de coexistence pacifique prônée par Khrouchtchev. En 1956, à Suez ou lors de l'insurrection de Budapest, les deux Grands s'entendent pour imposer leur ordre ; mais les tensions resurgissent à propos de l'Allemagne (construction d'un mur à Berlin en 1961) et lors de la crise de Cuba où l'affrontement nucléaire est évité de justesse (1962). La peur suscitée par cette crise, l'affaiblissement des blocs et les problèmes financiers poussent alors les deux Grands à la Détente. Le dialogue est rétabli entre Moscou et Washington, des accords militaires et commerciaux sont signés. En 1975, les accords d'Helsinki fixent les frontières en Europe. Mais la guerre froide se poursuit sur le territoire des pays du tiers-monde, dans le cadre de guerres périphériques comme en Palestine ou au Vietnam.
Chronologie indicative
  • 1945 : Conférence de Yalta.
  • 1947 : Doctrines Truman et Jdanov ; rupture Est-Ouest.
  • 1948 : Coup de Prague ; blocus de Berlin.
  • 1949 : Création des deux Allemagnes (RFA et RDA) ; création de l'OTAN.
  • 1950 : Début de la guerre de Corée.
  • 1953 : Mort de Staline ; fin de la guerre de Corée.
  • 1955 : Conférence de Bandung.
  • 1956 : Crise de Suez ; insurrection de Budapest.
  • 1961 : Construction du mur de Berlin.
  • 1962 : Crise de Cuba.
  • 1965 : Engagement militaire américain au Viêtnam.
  • 1967 : Guerre des Six Jours.
  • 1968 : Traité de non-prolifération nucléaire.
  • 1973 : Guerre du Kippour.
  • 1975 : Accords d'Helsinki.

La fiche

Avec la capitulation de l'Allemagne (mai 1945), la Seconde Guerre mondiale s'achève en Europe par la victoire de la Grande Alliance. Anglo-Saxons et Soviétiques ont vaincu leur ennemi commun (le nazisme), mais se méfient les uns des autres. Dans quelle mesure la guerre froide qui les oppose n'est-elle qu'un prolongement de la guerre mondiale ? Pourquoi parle-t-on d'une guerre « froide » ?
Rupture et guerre froide (1945-1953)
L'Allemagne vaincue, les deux Grands se retrouvent face à face. Les tensions idéologiques que la guerre avait étouffées resurgissent.
La fin de la Grande Alliance
• Depuis 1944 au moins, les Alliés préparent l'après-guerre. Se méfiant les uns des autres, Anglo-Saxons et Soviétiques jettent les bases d'un nouvel ordre mondial conforme à leurs intérêts respectifs. En février 1945, Roosevelt, Churchill et Staline se rencontrent à Yalta. Ils finalisent la mise au point d'une Organisation des Nations unies (ONU), donnent à la France le statut de pays vainqueur et accordent à Staline le soin d'organiser des élections libres en Europe de l'Est. De fait, chacun dessine sa sphère d'influence. Un an plus tard (mars 1946), Churchill dénonce le « rideau de fer » qui se serait abattu sur l'Europe de l'Est.
La rupture Est-Ouest
• Le soutien apporté par l'URSS aux communistes grecs et les pressions que celle-ci exerce sur les Turcs en vue de contrôler les détroits font réagir Truman. Le nouveau Président américain décide de tout faire pour contenir l'expansion de l'URSS (doctrine Truman). Dans ce but, il propose aux Européens une aide économique (plan Marshall). Les Soviétiques répliquent en organisant la lutte contre l'impérialisme américain (doctrine Jdanov), lutte pour laquelle ils fondent le Kominform (bureau d'information communiste réunissant tous les partis communistes européens).
• C'est la rupture entre les deux camps, qui se traduit, dès février 1948, par le coup de Prague (coup d'État communiste) puis par le blocus de Berlin (juin 1948) : Staline tente de chasser les Occidentaux de Berlin-Ouest en coupant tous les accès terrestres à la ville. Pour y remédier, les Américains mettent en place un pont aérien.
La structuration des blocs
• L'affrontement armé est contenu. La peur d'un conflit nucléaire (les Russes acquièrent la bombe A en 1949) retient chaque camp. Deux blocs se structurent néanmoins pour organiser la défense des positions acquises. À l'Ouest, l'Organisation européenne de coopération économique (OECE) répartit les fonds du plan Marshall entre les États bénéficiaires. Certains d'entre eux resserrent leurs liens dans le cadre d'une communauté économique (CECA puis CEE). Par le pacte de l'Atlantique (OTAN), les Américains leur offrent leur protection nucléaire.
• Les Russes répondent en créant le Conseil d'assistance économique mutuelle (CAEM ou COMECON) qui vise à harmoniser les plans des pays membres et ils signent des accords militaires avec les démocraties populaires avant de les réunir dans le pacte de Varsovie (1955). Chacun des deux blocs organise en 1949 sa zone d'occupation allemande à travers la création de deux États : la République fédérale allemande à l'Ouest (RFA) et la République démocratique allemande à l'Est (RDA).
• En Extrême-Orient, les deux adversaires se mesurent à l'occasion de la guerre de Corée. L'affrontement devient armé ; mais les troupes des deux puissances s'évitent encore sur le terrain.
Le paroxysme de la guerre froide (1953-1962)
La disparition de Staline en 1953 permet d'apaiser les relations. Mais les deux Grands ne renoncent pas à imposer leur vision du monde.
Nouvelle donne internationale
• En URSS, la succession de Staline est difficile. Il faut deux ans à Khrouchtchev pour s'imposer. La déstalinisation qu'il propose donne l'espoir de meilleures relations Est-Ouest. La décolonisation fait également apparaître de nouveaux espaces d'expansion idéologique. Les progrès technologiques de l'URSS (accès à l'arme atomique en 1949 et lancement du premier engin spatial en 1957 avec Spoutnik) obligent les États-Unis à la prudence.
La coexistence pacifique
• L'armistice de Panmunjom (1953) qui met fin à la guerre de Corée, le retrait français d'Indochine (1954) et le traité de paix avec l'Autriche (1955) augurent bien de la politique de « coexistence pacifique » proposée par Khrouchtchev. De manière tacite, les deux Grands s'entendent pour dominer le monde, chacun dans sa sphère. Lors de la crise de Suez (1956), ils font pression sur la France et le Royaume-Uni pour qu'ils se retirent de la région. Une semaine plus tard, les Soviétiques écrasent l'insurrection de Budapest sans que les Américains réagissent.
Au bord du gouffre
• Mais la coexistence pacifique n'était qu'une manœuvre pour gagner du temps. Les tensions resurgissent vite. Soucieux de stopper le départ des Allemands de l'Est vers l'Ouest, l'URSS exige le rattachement de Berlin à la RDA. Le refus occidental l'amène à faire ériger un mur qui isole Berlin-Ouest (12-13 août 1961).
• La révolution cubaine provoque une crise encore plus grave. Après la tentative de contre-révolution soutenue par la CIA (débarquement de la baie des Cochons), Fidel Castro se rapproche de l'URSS qui fait installer sur l'île des rampes de lancement de missiles. Kennedy exige leur démantèlement et impose un blocus visant à intercepter tout navire transportant des armes. La guerre menace d'éclater, mais Khrouchtchev finit par céder. Il obtient toutefois le retrait des fusées américaines basées en Turquie.
La Détente ? (1963-1975)
La crise de Cuba a failli provoquer un conflit nucléaire majeur. Pour éviter de connaître une situation du même ordre, les deux Grands décident de pacifier leurs relations.
L'apaisement et ses limites
• Dès 1963, le dialogue est rétabli grâce au « téléphone rouge », une ligne directe entre la Maison Blanche et le Kremlin. Les rencontres diplomatiques se multiplient et des échanges commerciaux s'établissent. Les deux Grands s'accordent pour limiter leur armement (accords SALT 1 de 1972) et empêcher la prolifération nucléaire (traité de 1968).
• À partir de 1969, le chancelier ouest-allemand Willy Brandt entreprend une politique de normalisation des relations avec la RDA : c'est l'Ostpolitik. Il n'y a toutefois aucun désarmement et l'affrontement se poursuit dans le cadre de guerres périphériques, en Palestine (guerre des Six Jours de 1967 et guerre du Kippour en 1973), au Viêtnam ou au Chili (intervention américaine de 1973 contre le régime de Salvador Allende).
L'affaiblissement des blocs
• De fait, la Détente apparaît plus comme un changement tactique que comme un renoncement aux objectifs de la guerre froide. Outre le risque nucléaire, l'affaiblissement des blocs explique l'attitude des deux Grands. À l'Ouest, la France quitte l'OTAN (1966) et tente de former un bloc européen plus indépendant des Américains dans le cadre du rapprochement franco-allemand. Le bloc de l'Est se fissure à la suite de la rupture entre Pékin et Moscou (1959). Les États satellites de l'URSS manifestent aussi leur volonté d'autonomie. La Roumanie affirme sa différence, les Tchèques tentent d'établir un « socialisme à visage humain » qui oblige Moscou à intervenir militairement (Printemps de Prague de 1968).
• Les accords militaires visent aussi à se débarrasser d'armes devenues obsolètes et dont l'entretien coûte cher à des États en difficultés financières.
La « paix » d'Helsinki ?
• La Détente débouche pourtant sur une pacification de la situation en Europe qui met un terme définitif à la Seconde Guerre mondiale. L'Ostpolitik conduit la RFA à accepter la frontière Oder-Neisse avec la Pologne (1970) et amène les deux Allemagnes à se reconnaître mutuellement. En 1975, par les accords d'Helsinki, les pays de l'Europe et les deux Grands reconnaissent les frontières issues de la guerre. Ils affirment aussi leur volonté de respecter les droits de l'homme.
Trente ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, la situation politique issue du conflit est enfin acceptée par l'ensemble des pays qui s'étaient affrontés. La guerre froide a prolongé le conflit en retardant l'établissement de la paix et en replaçant face à face deux camps dont l'alliance n'était que de circonstance. Leur différend s'est réglé sans conflit armé direct (d'où l'expression de guerre « froide »), mais la guerre n'a pas été « froide » pour les peuples dont les territoires ont servi de champs de bataille dans le cadre des guerres périphériques.

Zoom sur…

Le Traité de non-prolifération nucléaire
Ce traité signé en 1968 par les États-Unis, l'URSS et le Royaume-Uni vise à réduire le risque que l'arme nucléaire se répande. Les signataires s'engagent à ne pas aider un autre État à acquérir l'arme atomique. L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a pour mission d'en assurer l'application.
Contesté à l'origine car perçu comme un moyen pour les grandes puissances de s'assurer le monopole de l'arme nucléaire, il est aujourd'hui ratifié par 189 États. Seuls l'Inde, le Pakistan et Israël ne l'ont pas signé. La politique du président iranien actuel, M. Ahmadinejad, visant à faire de son pays une puissance nucléaire sans que la communauté internationale ne puisse l'arrêter, montre les limites d'un traité qui n'a pas empêché le nombre de pays dotés de l'arme nucléaire de doubler depuis 1968.

Pour aller plus loin

À voir
  • Apocalypse Now, Francis Ford Coppola, 1979, sur la guerre du Viêtnam.
  • Docteur Folamour, Stanley Kubrick, 1964, sur le risque nucléaire.
Repères bibliographiques
  • A. Fontaine, La Guerre froide, 1917-1991, La Martinière, 2006.
  • S. Jeannesson, La Guerre froide, La Découverte, 2002.
  • C. Delmas, Cuba. De la Révolution à la Crise des fusées, Complexe, 2006.
  • R. Girault, R. Frank et J. Thobie, La Loi des géants 1941-64, Masson, 1993.
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