La musique au xviie siècle, le goût du baroque

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Les œuvres clés

  • 1607 : Orfeo, Monteverdi
  • 1652 : La Rhétorique des dieux, Gaultier
  • 1667 : Second livre d'orgue, Nivers
  • 1670 : Pièces de clavecin, Chambonnières
  • 1673 : Cadmus et Hermione (opéra), Lully
  • 1686 : Te Deum, Charpentier
  • 1686 : Airs de viole, Marais
  • 1687 : Pièces de clavecin, Lebègue
  • 1693 : Médée, Charpentier
  • 1699 : Premier livre d'orgue, Grigny
  • 1700 : Te Deum, Bernier

La fiche

Quoique peu connue et peu jouée aujourd'hui, la musique est omniprésente dans la société française du xviie siècle, dans tous les milieux, de la noblesse au peuple, et dans toutes les formes d'art : poésie, théâtre, peinture, tous font état de l'importance de l'expression musicale au temps de Louis XIII et de Louis XIV.
Les pièces de Molière résument à elles seules la volonté de mêler la musique au théâtre ou à la danse, et M. Jourdain, le bourgeois gentilhomme, sait la nécessité d'être connaisseur en la matière pour espérer briller dans la noble société.
La musique peut être considérée, à cette époque, comme un véritable fait social, rythmant les temps et les lieux, pour un public épris de faste et de grandiose, à l'image du roi Louis XIV, qui fit beaucoup pour les arts musicaux.
L'évolution des genres profanes et sacrés
L'influence italienne
• Au xviie siècle, les relations entre la France et l'Italie sont très développées et donnent lieu à des échanges incessants entre les deux nations. La régence de la Florentine Marie de Médicis, puis le ministère de Mazarin exercent en effet une influence décisive sur l'art musical français. Mazarin fait découvrir de nombreux artistes transalpins, dont Luigi Rossi et son Orfeo (1647), qui témoigne de la naissance déjà ancienne de l'opéra en Italie.
• De même, l'un des artistes les plus marquants du siècle, Jean-Baptiste Lully, est un Italien naturalisé français, et de nombreux compositeurs français comme P. de Nyert ou M.-A. Charpentier sont influencés de manière décisive par des maîtres italiens (Carissimi) lors d'un séjour en Italie. Enfin, les apports du père de la musique baroque italienne, Claudio Monteverdi (1567-1643), sont ainsi incontestables, quoiqu'ils aient été moindres que dans le reste de l'Europe.
L'air de cour
• La première moitié du xviie siècle voit s'épanouir, sous l'influence des poètes dont les vers étaient accompagnés de musique, des airs légers à quatre ou cinq voix appelés « airs de cour ». Ces chants polyphoniques vont évoluer vers une seule ligne mélodique accompagnée par le luth. Tandis que, du côté transalpin, cet accompagnement va donner lieu au « récitatif » – récitation musicale liée au texte poétique –, les Français vont conserver l'esprit d'origine, c'est-à-dire une mélodie indépendante de l'accent des mots.
• Il faudra attendre 1640, avec Pierre de Nyert revenu d'Italie, pour voir se développer une synthèse de la chanson française et de la « manière » italienne.
À partir de là, des artistes comme Michel Lambert (1610-1696) portent l'air de cour à sa perfection. L'air de cour s'est, dans le même temps, mêlé à un autre art, qui, sous Louis XIV, revêtait une importance majeure : la danse. Cette fusion donne lieu à un genre spécifiquement français appelé le « ballet de cour ». Cependant, c'est un Italien, répondant au nom francisé de Balthasar de Beaujoyeux, qui, en 1581 déjà, représente à la cour du roi Henri III le « Ballet comique de la Reyne ».
La particularité du ballet de cour est d'être dansé par les nobles du royaume, des princesses jusqu'au roi en personne. Le jeune Louis XIV était réputé pour ses talents de danseur, et c'est une des raisons pour lesquelles l'opéra ne se développa que tardivement en France : le ballet de cour permettait au monarque de briller.
• Toutefois, le genre connaît des transformations nombreuses durant le Grand Siècle, allant vers toujours plus de noblesse et de faste dans sa mise en scène, sur des thèmes mythologiques comme la naissance de Vénus, selon une intrigue peu travaillée et pas toujours rigoureuse. L'essentiel est de donner à voir et à entendre un spectacle brillant et toujours plus fastueux. Sous l'impulsion de Lully, le genre va évoluer, avec l'aide de Molière, vers la comédie-ballet.
La collaboration des deux artistes va donner naissance, en une dizaine d'années, à onze œuvres, dont certaines, telles que Le Bourgeois gentilhomme ou George Dandin, sont encore jouées aujourd'hui. À la différence des ballets de cour, les comédies-ballets intègrent la danse et la musique à une structure dramatique cohérente et suivie.
Lully et l'opéra
• Alors qu'il est né en Italie depuis le début du xvie siècle, l'opéra, malgré les tentatives de promotion du genre par Mazarin, apparaît beaucoup plus tard à la cour de France.
Ce genre est inséparable de la figure de Lully. Cet Italien d'origine (il est né à Florence en 1632), paré de tous les talents artistiques, « l'homme dont le roi ne pouvait se passer » selon les mots de Colbert, parvint à imposer l'opéra en 1673. Cette année-là, il fait représenter Cadmus et Hermione, « premier opéra à la française ».
• Ce type d'opéra, différent de l'italien et issu, dans sa structure, du ballet de cour, donne une grande part au récitatif, et par conséquent au drame. Les arias (airs) restent assez proches de la diction du vers et font ressembler l'opéra à une tragédie chantée. Lully, également metteur en scène de génie, conserve les effets spectaculaires et baroques de ses « tragédies en machines » et donne ainsi à ses opéras le caractère d'un spectacle aussi impressionnant pour les yeux que pour les oreilles.
La musique sacrée
• La musique religieuse résiste longtemps aux évolutions baroques de la musique profane. L'essentiel des œuvres sacrées de la première moitié du xviie siècle est constitué de plains-chants hérités de la tradition médiévale ou de chants polyphoniques a cappella.
Antoine Boesset (1588-1643) va inaugurer une évolution en accompagnant ses chœurs d'une basse continue. Étienne Mouliné (1600-1669) va, quant à lui, introduire des mélodies d'inspiration profane. Henri du Mont innove vraiment en accompagnant les chœurs avec un orchestre, puis en « inventant » le récitatif religieux : le motet récitatif.
• Ce genre va faire école et inspirer les plus grandes œuvres de Marc-Antoine Charpentier (1634-1704). Ce musicien, dont l'œuvre est considérable, s'impose comme le maître incontesté de la musique sacrée : tous les genres ont eu sa faveur (psaumes, hymnes, chœurs, etc.), mais c'est dans le motet (à une ou deux voix accompagnées) que son talent éclate.
Charpentier, élève de l'Italien Carissimi, est considéré comme le compositeur qui a su le mieux marier l'influence italienne avec le goût français.
Les instruments baroques et leurs musiciens
Les claviers : orgue et clavecin
• Au xviie siècle, l'orgue est un instrument qui se perfectionne radicalement, et dont les couleurs sonores varient beaucoup en fonction des facteurs d'orgues, ou plus généralement en fonction des goûts d'un pays pour telle ou telle « couleur » sonore. C'est ainsi que l'orgue français privilégie le brillant, l'éclat et la richesse, et les compositeurs français vont développer leur talent à partir de cette tendance.
Titelouze (1563-1633), par la richesse de ses compositions, va inspirer plusieurs générations d'organistes, comme Nivers (1632-1714), Nicolas Lebègue (1631-1702), Roberday ou Nicolas de Grigny (1672-1703) et la « dynastie » des Couperin. Charles Couperin (1638-1679) fut, quant à lui, l'un des plus grands interprètes de cet instrument au xviie siècle ; ses talents furent distingués par le roi lui-même, qui créa pour lui un poste à la chapelle Saint-Gervais.
• Le clavecin est un instrument à cordes pincées, à tempérament inégal, qui connaît lui aussi des perfectionnements importants au xviie siècle ; il connaît sa forme définitive avec deux claviers et deux registres, qui permettent des compositions sur des tonalités variées. Sa sonorité éclatante en fait l'instrument baroque par excellence.
Le père de l'école française de clavecin est Chambonnières. Son style, hérité de la tradition du jeu de luth, est très dansant et emprunte souvent au phrasé de cet instrument à cordes (on parle ainsi de style « luthé »). Chambonnières aura comme élève Louis Couperin (1626-1661), qui laisse derrière lui une œuvre modeste par son volume, mais d'une grande qualité (préludes non mesurés) et d'une grande audace dans ses explorations harmoniques.
Les instruments à cordes : le luth et la viole
• Le luth est d'une importance capitale dans l'évolution de la musique au xviie siècle. Cet instrument, constitué de onze ou quatorze cordes, se révèle difficile à accorder et incite les musiciens à jouer plusieurs danses dans la même tonalité, afin de ne pas avoir à le réaccorder à chaque fois.
Cette tendance va évoluer vers des pièces pour danses appelées « suites », qui alternent des rythmes lents et des danses plus rapides. Denis Gaultier (1603-1672) est l'un des compositeurs les plus remarquables en matière de luth, avec son recueil La Rhétorique des dieux, dont les accents variés et les sonorités inspireront les clavecinistes.
• Née au Moyen Âge, la viole de gambe connaît encore au xviie siècle, grâce à Marin Marais (1656-1728), un véritable succès. Le compositeur, dont le talent lui vaudra d'être dans l'orchestre de l'Académie royale de musique (sous la direction de Lully), puis « joueur de viole pour la musique de la Chambre », parviendra à imposer cet instrument dans le répertoire baroque grâce à de nombreuses pièces pour viole (Pièces à une et deux violes, 1686), accompagnées parfois d'une basse continue.
À l'image de Louis Couperin pour le clavecin, Marin Marais marque, par son style en perpétuelle évolution, le tournant du baroque vers le xviiie siècle, que l'on désigne parfois comme le « baroque tardif ».

Zoom sur…

Le premier opéra français : Cadmus et Hermione
Le 26 avril 1673 est représentée, au Jeu de paume, en présence du roi, qui pour la première fois s'est déplacé à Paris pour assister à un spectacle, un opéra de Lully intitulé Cadmus et Hermione. Satisfait de cette « première tragédie mise en musique », qui marque une collaboration réussie entre la poésie de Philippe Quinault et la musique de Jean-Baptiste Lully, le roi accordera à Lully et à ses artistes d'installer leur spectacle dans la salle du Palais-Royal, que Molière, mort peu avant, occupait avec sa troupe.
Dans La Gazette de France, on souligne le caractère impressionnant « des machines et des décorations », œuvre de l'Italien (comme Lully !) Vigarani. Il faut insister sur le caractère « total » de tels spectacles, qui mobilisent le talent de nombreux corps de métiers.
Mais si Cadmus et Hermione a marqué l'histoire de la musique, c'est que cet opéra, reprenant un thème des Métamorphoses d'Ovide, amorce un genre que l'on appellera « opéra à la française », bien différent dans sa structure de l'opéra italien. Il est intéressant et significatif que l'un des plus grands promoteurs de l'« esprit français » en musique au xviie siècle fut un Italien !

Pour aller plus loin

À voir
  • Alain Corneau, Tous les matins du monde, 1991.
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