Le monde entre 500 et 1500, une mosaïque de civilisations brillantes

-----------------------------------------------

L'essentiel

En Europe, la période qui s'étend de 500 à 1500 a longtemps été vue comme un âge « moyen », c'est-à-dire médiocre ou obscur, situé entre deux époques réputées fastes : l'Antiquité et la Renaissance. Cette perception du Moyen Âge est aujourd'hui dépassée et l'Histoire a su reconnaître le génie propre à cette période. Dans ce laps de temps, l'Europe mais aussi les autres continents connaissent une intense activité et voient se développer des civilisations brillantes, qui n'ont rien de « moyen ». En dehors du cadre strictement européen, le terme de « Moyen Âge » demeure toutefois un repère chronologique commode (500-1500), même s'il s'agit d'un concept historique impropre dans l'histoire de civilisations soumises à une temporalité différente (la Chine, par exemple).
Au Proche et au Moyen-Orient, la civilisation musulmane se répand rapidement. Elle proclame la foi en un dieu unique (Allah) et le respect de sa Parole transmise aux hommes par le biais du Coran. Les musulmans connaissent leur âge d'or aux xie et xiie siècles ; ils s'illustrent dans la maîtrise des sciences et des arts. Outre-atlantique, sur le haut plateau mexicain ou dans les Andes, des régions soumises à des régimes théocratiques rigides, les peuples précolombiens élèvent des pyramides et des temples, mesurent le temps avec précision (calendrier), savent s'adapter à un environnement difficile, mais ignorent des inventions comme la roue. En Asie, la Chine des Tang et des Song connaît l'apogée de son histoire ; mais les invasions mongoles (Gengis Khan) y mettent un terme brutal.
Zoom
Les conquêtes de l'islam© rue des écoles
Les conquêtes de l'islam

La fiche

Tandis que l'Europe connaît un Moyen Âge plein d'innovations et de rebondissements, dans le reste du monde, de nombreuses civilisations se développent de manière originale. Les voies qu'elles se tracent sont-elles synonymes de progrès ? Dans quelle mesure l'Occident leur est-il redevable ?
La vitalité de l'islam
Une religion abrahamique
• L'islam naît en Arabie en 622 (date de l'hégire ou exil de Mahomet à Médine). Mahomet reçoit une révélation du dieu d'Abraham (Allah) qui lui confie sa Parole (le Coran). Celle-ci se donne pour vocation de restaurer la vraie foi contre les enseignements jugés erronés des juifs et des chrétiens. La foi musulmane repose sur cinq piliers : la profession de foi en Dieu et son prophète, la prière cinq fois par jour à l'appel du muezzin, le jeûne du Ramadan, le pèlerinage à La Mecque et l'aumône. La Sunna (tradition fondée sur les actes du Prophète) définit les règles sociales que doivent respecter les croyants. On y trouve des interdits alimentaires (comme la consommation du porc), le statut juridique des individus (le statut des femmes, par exemple, ou celui des dhimmis, à savoir les juifs et les chrétiens), des pratiques rituelles, les droits et les devoirs de chacun, etc.
Une expansion fulgurante
• La diffusion de l'islam dans tout le Bassin méditerranéen et le Moyen-Orient se fait rapidement. En 732, les musulmans parviennent jusqu'à Poitiers après avoir conquis l'Afrique du Nord et l'Espagne. À l'Est, ils atteignent les portes de l'Inde. En 718, ils défient Byzance en faisant le siège de Constantinople. La religion et la langue arabe unifient les peuples soumis. L'espace conquis se divise toutefois en califats, émirats ou sultanats souvent rivaux, pour des raisons politiques ou en fonction de dissidences religieuses opposant notamment les sunnites aux chiites (partisans des descendants d'Ali, gendre du Prophète).
Une civilisation brillante
• La civilisation musulmane connaît son apogée au xiie siècle, en particulier grâce à la capacité des musulmans à intégrer les connaissances des peuples qu'ils soumettent. Encourageant le développement des sciences, ils se distinguent dans de nombreuses disciplines : la cartographie (Al Idrîsî), la médecine (anesthésie et réduction des fractures), les mathématiques (algèbre, système décimal et mise au point des chiffres arabes), l'astronomie, le droit. Leurs philosophes (Avicenne, Averroès) font redécouvrir à l'Occident les auteurs de l'Antiquité grecque. Ibn Kaldhoun élabore une méthodologie de l'Histoire et une théorie de la société qui préfigure la sociologie moderne. L'éclat de la civilisation musulmane se traduit aussi par son art très raffiné (calligraphie et arabesques) et une littérature riche (poésie, contes comme Les Mille et une nuits). Les villes se dotent de mosquées et de palais grandioses. Les chrétiens leur empruntent leurs techniques de navigation (astrolabe) et d'irrigation.
Le développement du monde précolombien
Isolés sur leur continent, les peuples américains développent des civilisations originales.
De grandes civilisations urbaines
• Les grandes aires géographiques du continent américain voient se succéder de grandes civilisations urbaines. En Méso-Amérique (sur les territoires du Mexique et du Guatemala actuels), des peuples soumis à de puissantes castes de prêtres et de guerriers érigent temples et pyramides : Teotihuacan forme un immense centre cérémoniel dont l'apogée se situe vers 700. Toltèques (Tula) et Aztèques (Tenochtitlan) leur succèdent jusqu'à l'arrivée des Espagnols. Au Yucatán, les cités mayas (Chichen Itza, Palenque, Uxmal) connaissent leur apogée entre 600 et 1200. Dans les Andes (sur les territoires du Pérou et de la Bolivie principalement), la cité de Tiahuanaco (ive-xe siècles) culmine à 3 900 mètres d'altitude. Une mystérieuse civilisation se développe au début de 650 dans la vallée de Nazca. À partir du xiie siècle, les Incas commencent leur expansion et bâtissent un empire théocratique puissant, dont les forteresses militaires comme le Machu Picchu sont d'impressionnantes réalisations architecturales érigées dans un environnement difficile.
Génie et limites
• Les peuples précolombiens font preuve de génie dans bien des domaines. À l'instar des Égyptiens, ils se montrent capables de tailler et de déplacer d'imposants monolithes : la porte du Soleil de Tiahuanaco est taillée dans un bloc d'andésite de neuf tonnes, la statue aztèque de Coatlicue pèse douze tonnes. Ils se révèlent excellents astronomes, mettant au point des calendriers solaires très précis. Ils maîtrisent les mathématiques et leur médecine est avancée. Toutefois, ils ignorent certaines inventions. S'ils travaillent l'or et l'argent avec habileté, ils n'utilisent pas la métallurgie pour se confectionner des outils ou des armes de fer et ils ignorent la roue.
• Très rigides, leurs sociétés perpétuent les sacrifices humains et semblent bloquées dans une conception cyclique du temps qui ne favorise par leur évolution. Techniquement en retard par rapport aux Européens, les civilisations précolombiennes s'écroulent au moment de la conquête espagnole. De ces conquêtes sanglantes, les Européens rapportent les produits de l'agriculture de ces peuples, comme la tomate, le chocolat, le maïs ou la pomme de terre.
L'Asie
La Chine
• De 618 à 907, la dynastie des Tang restaure l'unité de la Chine qui connaît l'apogée de son histoire et la plus grande expansion de son empire. Réformes agraires et fiscales lui permettent de vivre une période de grande prospérité. La poésie chinoise connaît son âge d'or avec Wang Wei et Li Bai. Le développement du bouddhisme influence l'art et la littérature.
• La dynastie des Song qui lui succède après une courte période de troubles (960-1279) met en place une administration centralisée efficace. Sous leur impulsion, une véritable révolution industrielle s'amorce, accompagnée par une révolution agricole, semblable à celle qui touche l'Europe à la même époque. Les Chinois inventent l'imprimerie et la poudre à canon. L'art atteint un haut degré de raffinement. Mais les invasions mongoles entraînent la chute des Song (1279).
L'Empire mongol
• Au xiiie siècle, l'Empire mongol s'épanouit. À la tête d'une armée de cavaliers et d'archers disciplinés, Gengis Kahn (« très haut souverain ») étend son empire de la Méditerranée au Pacifique. Se présentant à la cour mongole en 1275, Marco Polo est invité par son hôte à parcourir la Chine. Partagé entre les quatre fils de Gengis Kahn au xive siècle, l'Empire retrouve son unité sous Tamerlan. Chef de guerre, celui-ci consolide son pouvoir et se fait protecteur des arts. Il embellit Samarkand de nombreux monuments.
L'Inde
• L'Inde subit d'importantes invasions qui entravent son développement. Les musulmans atteignent le nord du pays dès le viiie siècle. Il faut toutefois attendre le xiiie siècle pour voir s'établir le sultanat de Delhi (1206-1526). S'instaure alors un régime théocratique s'appuyant sur un despotisme militaire et profondément inégalitaire. Les Hindous sont soumis à une lourde fiscalité et leurs monastères bouddhistes sont détruits. Les persécutions qu'ils subissent suscitent l'émergence d'une résistance à l'islam rassemblée autour du royaume de Vijayanagar (1340). Mais Tamerlan (1398) pille Delhi et impose à tous un nouvel ordre mongol.
Exception faite de l'Inde et de l'Afrique, où le développement de civilisations reste modeste, le Moyen Âge voit s'affirmer sur tous les continents des sociétés prospères et dynamiques, mais aux caractères trop différents pour voir s'établir des contacts aisés et pacifiés.

Zoom sur…

Sunnites et chiites
La scission entre les deux groupes remonte aux origines de l'islam. Les chiites sont les « partisans d'Ali », gendre de Mahomet et quatrième calife de la communauté. Ils revendiquent le titre de calife pour les descendants du prophète, contrairement aux sunnites, adeptes d'une interprétation souple de la tradition (sunna). Ces derniers composent la grande majorité des musulmans, les chiites n'en représentant que 10 % environ, principalement implantés en Iran. Les divisions religieuses entre sunnites et chiites se renforcent du fait d'appartenances à des entités nationales différentes (les Iraniens sont chiites ; les Égyptiens, sunnites ; d'autres nations, comme les Saoudiens qui sont salafistes, se réclament de variantes). Dans le conflit irakien actuel, chiites et sunnites forment des communautés distinctes qui s'affrontent violemment pour des raisons qui n'ont pas toujours de liens évidents avec la théologie.
Le shogounat du Japon
Apparu au début de la période Heian (viiie-ixe siècles), le titre de shogun était attribué au chef militaire de l'empereur. À l'origine, ce titre était temporaire, le temps de mener une campagne militaire. Le gouvernement du shogun, qui s'impose à partir du xiie siècle, marque la mise en place d'une dictature militaire qui établit un système de gouvernement de type féodal. L'institution s'inscrit cependant dans la continuité, celle de la dualité politique qui prévaut au Japon entre pouvoir militaire et pouvoir de l'empereur.

Pour aller plus loin

À visiter
  • le musée Guimet, musée national des arts asiatiques, Paris ;
  • le musée du Quai Branly, Paris, pour les arts d'Afrique et d'Amérique ;
  • l'Institut du Monde arabe (IMA), Paris.
Ressources en ligne
  • le dossier illustré sur les travaux du géographe arabe Al-Idrîsî, accessible depuis le site de la Bibliothèque nationale de France : www.bnf.fr ;
  • la base de données de l'IMA : www.imarabe.org.
Repères bibliographiques
  • Ch. Duverger, La Méso-Amérique, Flammarion, 1999 ;
  • Franklin Pease G.Y., Histoire des Incas, Maisonneuve et Larose, 1995 ;
  • M. Reeber, L'Islam, Milan, coll. « Les Essentiels », 1999 ;
  • J. Gernet, La Chine ancienne, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2001.
------------------------------------------------------------
copyright © 2006-2018, rue des écoles