Le roman au xxe siècle

-----------------------------------------------

Les œuvres clés

  • 1913 : Du Côté de chez Swann, Proust
  • 1922 : Le Cahier gris (Les Thibaut, I), Martin du Gard
  • 1923 : Le Diable au corps, Radiguet
  • 1925 : Les Faux-Monnayeurs, Gide
  • 1926 : Le Paysan de Paris, Aragon
  • 1929 : Sido, Colette
  • 1929 : Les Enfants terribles, Cocteau
  • 1930 : Regain, Giono
  • 1932 : Le Nœud de vipères, Mauriac
  • 1933 : La Condition humaine, Malraux
  • 1936 : Journal d'un curé de campagne, Bernanos
  • 1942 : L'Étranger, Camus
  • 1944 : Aurélien, Aragon
  • 1957 : La Modification, Butor
  • 1957 : La Jalousie, Robbe-Grillet
  • 1967 : Histoire, Simon
  • 1968 : Belle du Seigneur, Cohen
  • 1969 : La Disparition, Perec
  • 1970 : Le Roi des aulnes, Tournier
  • 1980 : Désert, Le Clézio
  • 1988 : L'Occupation des sols, Echenoz
  • 1985 : La Salle de bains, Toussaint
  • 1991 : Onitsha, Le Clézio

La fiche

Si le xixe siècle fut l'âge d'or du roman, le xxe siècle en est le prolongement naturel. Les romanciers, conscients des immenses possibilités d'un genre protéiforme, en exploitent la richesse, pour le plus grand bonheur d'un public que les progrès de l'alphabétisation et de l'instruction, ainsi que la démocratisation de l'accès à la littérature (en 1953 paraît le premier « livre de poche ») ont sans cesse élargi.
Dans une ère de progrès techniques galopants et de troubles qui ébranlent l'Europe entière, toutes les familles littéraires trouvent leurs lecteurs, qu'ils soient avides d'évasion ou préoccupés par la marche du monde réel. Le xxe siècle est également le siècle de toutes les remises en cause ; le genre romanesque n'échappe pas à cette vaste entreprise de déconstruction, avec les écrivains du Nouveau Roman. La production romanesque contemporaine, entre ces deux approches radicalement différentes du récit de fiction, a-t-elle choisi une troisième voie ?
Le triomphe du roman
1920-1939 : une conjoncture favorable
• Au lendemain de la Grande Guerre, la société se réorganise en profondeur : plus urbaine, plus cultivée, elle offre aux romanciers un large terrain d'expérimentation et le public manifeste un grand appétit littéraire. Parallèlement, le milieu de l'édition développe sa politique commerciale, tandis que les prix littéraires se multiplient, avec notamment la création du prix Renaudot en 1925 et du prix Interalliés en 1930. Ce développement du roman permet à toute une génération de jeunes auteurs comme Queneau ou Montherlant de se faire connaître du public.
• L'exemple le plus révélateur de ce nouveau rapport des éditeurs avec les écrivains et le public est le lancement spectaculaire, en 1923, du Diable au corps de Radiguet.
À grand renfort d'affiches et de publicité au cinéma, l'éditeur Grasset orchestre une campagne sans précédent pour promouvoir ce roman sulfureux d'un « nouveau Rimbaud » âgé d'à peine vingt ans.
Des écrivains plus mûrs – Colette, Proust, Giraudoux – profitent également de cette conjoncture favorable, même si la première œuvre de Proust est publiée chez Grasset à compte d'auteur !
Proust et La Recherche (1913-1927) : œuvre d'un siècle, œuvre d'une vie
• Avec son livre-somme À la recherche du temps perdu, Proust incarne la figure de l'écrivain qui consacre son existence à l'écriture. Roman à la première personne, que certains ont considéré un peu trop vite comme une autobiographie, La Recherche est, sur le plan formel, une application des principes esthétiques de l'auteur, qui conjugue dans cet ensemble les ambitions des grands auteurs du xixe siècle comme Balzac (embrasser tous les domaines de l'existence, raconter le mouvement d'une époque et d'une société) et l'exploration de la conscience personnelle, plus propre au roman moderne. Naviguant dans les méandres codifiés de la société bourgeoise et aristocratique du xixe siècle finissant, le narrateur tente constamment de saisir une vérité qui se dérobe.
• À l'image de la pensée de Montaigne, la prose de Proust est marquée par un rythme poétique fait d'entrelacs, de retours, de digressions et de répétitions. L'œuvre de Proust est également un roman de formation : entre Du côté de chez Swann (1913) et Le Temps retrouvé (1927, parution posthume), c'est tout un itinéraire intérieur qui se dessine, du plaisir d'évoluer dans les milieux snobs jusqu'à la découverte d'une vocation littéraire.
• En 1919, Proust est lauréat du Goncourt pour le deuxième volet de La Recherche intitulé À l'ombre des jeunes filles en fleurs. Le jury ne se doute pas qu'il vient de couronner l'un des plus grands écrivains du siècle.
Les mondes merveilleux de la fiction
• Dans les années 1920 et 1930 s'épanouit une fiction qui, sans se détourner complètement du réel, s'oriente vers la fantaisie, l'étrange ou le merveilleux. Pierre Mac Orlan crée une atmosphère inquiétante et mystérieuse avec Quai des Brumes (1927), Paul Morand campe un univers où évoluent toutes sortes de populations (Ouvert la nuit, 1922), tandis que le jeune Aragon, dans la veine surréaliste, transforme la ville en monde merveilleux avec Le Paysan de Paris (1926). C'est aussi une littérature de grands stylistes comme Cocteau, Radiguet ou Giraudoux, dont l'écriture, à elle seule, transforme le monde.
• Le roman de cette première moitié du siècle est ainsi marqué par des écrivains tels que Colette, qui, par la puissance de leur style, imposent un univers et conduisent vers l'évasion sans pour autant errer vers l'onirisme. De fait, de nombreux romanciers, dans l'élan de leur verve créatrice, n'hésitent pas, comme Cocteau (Les Enfants terribles), à annexer d'autres genres littéraires à leur fiction romanesque, en y intégrant des aspects « poétiques » et des dimensions philosophiques.
Le réel en question : de l'individu à la société
• De nombreux romanciers portent encore, dans la première moitié du siècle, l'héritage des écrivains réalistes et naturalistes du siècle précédent. C'est ainsi que le roman psychologique perdure et se développe à travers des récits où dominent l'inquiétude, le pessimisme ou la désillusion. Dans les années 1920, époque d'insouciance relative, le romancier prend le temps de se retourner sur lui-même, questionnant le désir, le rapport aux valeurs. Le temps de l'adolescence fonde de nombreux récits dont les plus emblématiques sont radicalement différents : Le Diable au corps de Radiguet (1923) est d'une facture très classique, tandis que Les Faux-Monnayeurs de Gide (1925) innove et surprend par sa structure narrative audacieuse (retours en arrière, mise en abyme, etc.).
• La décennie suivante, inquiétée par les troubles grandissants qui ébranlent l'Europe, donne le jour à une fiction plus ancrée dans le réel. Les écrivains catholiques comme Bernanos (Journal d'un curé de campagne, 1936) ou Mauriac (Le Nœud de vipères, 1932) tentent ainsi de répondre à des questions de morale. Parallèlement, la poussée du mouvement social favorise l'émergence du « roman de classe ». Roger Martin du Gard, dans Les Thibault (1922-1940), œuvre constituée de trois grands ensembles, édifie une grande fresque sociale à travers le parcours d'une grande famille bourgeoise confrontée aux soubresauts de l'Histoire : quels choix va-t-elle faire, au milieu de la montée du fascisme et du marxisme ? Aragon publie aussi, entre 1933 et 1951, un cycle romanesque intitulé Le Monde réel (dont Aurélien, paru en 1944, est le roman le plus célèbre) qui marque l'engagement communiste de l'écrivain.
Dissidences romanesques et contestation
Vian, Queneau, Perec : invention et fantaisie sous contraintes
• Après la guerre, certains écrivains imposent une œuvre difficilement classable. Boris Vian, avec L'Écume des jours (1947), dépeint un univers totalement délirant, où l'ingéniosité poétique et l'art de l'improvisation du trompettiste de jazz se mêlent au savoir de l'ex-ingénieur de Centrale.
• Queneau est lui aussi à part sur l'échiquier de la littérature. Son roman le plus célèbre, Zazie dans le métro (1959), et plus tard Les Fleurs bleues (1965) reflètent bien la fantaisie verbale d'un écrivain qui, faisant œuvre d'intertextualité, n'hésite pas à faire coexister les références les plus classiques et les allusions à l'actualité la plus récente, tout en maniant le calembour avec une verve jubilatoire.
• Cette passion pour la langue et le jeu scientifique fait des émules : Georges Perec le rejoint en 1970 dans les rangs de l'Ouvroir de littérature potentielle (Oulipo) et s'impose comme un maître de la contrainte linguistique. Son roman le plus marquant est sans nul doute La Disparition (1969), récit dans lequel la lettre « e » n'est jamais utilisée !
Céline (1894-1961) : le renouvellement de l'écriture romanesque
• Au-delà de ses inadmissibles positions antisémites, Céline (de son vrai nom Louis-Ferdinand Destouches) constitue un tournant majeur dans l'histoire du roman moderne.
• D'abord, l'auteur se plaît à rendre perméables les frontières entre l'autobiographie et le roman : le narrateur de Mort à crédit (1936) se prénomme, comme lui, Ferdinand, et les principales étapes du récit coïncident avec la biographie réelle de Céline. Ce mélange des genres permet à l'auteur toutes les fantaisies, notamment une recréation dialoguée de la réalité.
• Ensuite, Céline est convaincu que le roman balzacien ou zolien, miroir de la société, n'a plus lieu d'être. Loin des fresques naturalistes amplement documentées, l'œuvre de l'auteur est ainsi marquée par une grande subjectivité. Ce qui fait la puissance des romans de Céline, c'est la sensibilité radicale, le « nerf » d'une narration à la première personne dominée par les émotions de l'écrivain, extrêmes jusqu'au délire. Dès lors, le pessimisme le plus noir côtoie la drôlerie la plus généreuse, dans la tradition de Rabelais.
• Enfin, Céline invente littéralement un style : il n'hésite pas à mêler différents niveaux de langue dans une même phrase, crée des métaphores inédites pour traduire ce qu'il éprouve, et inaugure une langue écrite par laquelle il tente de « retrouver l'émotion du "parlé" à travers l'écrit ». Ainsi, Voyage au bout de la nuit (1932) et Mort à crédit consacrent Céline comme l'un des génies du roman français, dont l'influence littéraire est encore considérable (Frédéric Dard, Jean Vautrin, etc.).
Le Nouveau Roman : une remise en cause du récit
• Un petit nombre d'essais, parmi lesquels L'Ère du soupçon de Nathalie Sarraute (1956), Pour un nouveau roman d'Alain Robbe-Grillet (1963) et Le Nouveau Roman de Jean Ricardou (1973) consacrent l'existence d'un mouvement qui, par ailleurs, se définit davantage à travers l'œuvre romanesque que par son appareil théorique. On peut cependant trouver des traits communs aux œuvres de cette « école » qui ont émaillé les décennies 1950 à 1970 : une contestation du récit romanesque traditionnel, avec ses « enlisements descriptifs » (Ricardou), le caractère trop explicite et linéaire des situations racontées, et la transparence psychologique des personnages. Autant d'éléments qui installent le lecteur dans une certaine passivité.
• Les romans d'Alain Robbe-Grillet illustrent bien cette volonté de donner au lecteur la possibilité de se réapproprier le matériau narratif à travers des personnages énigmatiques (Les Gommes, 1953) ou des intrigues labyrinthiques (La Jalousie, 1957). Chez certains romanciers, la notion même de personnage est remise en cause (Sarraute, Portrait d'une inconnue), parfois réduite à une lettre (Simon, La Bataille de Pharsale, 1969). Claude Simon, dans Histoire (1967), fait fi, à l'image de Joyce, de toute chronologie, pour retracer la journée d'un homme dans une petite ville du Midi.
• Le Nouveau Roman, du « premier Nouveau Roman » au « nouveau Nouveau Roman », ne va cesser d'évoluer et d'élargir sa palette. Pas de dogmatisme dans la démarche de ses « membres », à tel point que certains d'entre eux vont également écrire des romans traditionnels, tandis que d'autres, comme Michel Butor, se défendront d'avoir jamais appartenu à cette « école ». À l'inverse, des écrivains plus « traditionnels » comme Camus avaient déjà ouvert la voie à un mode de narration éloigné des conventions du roman. Quoi qu'il en soit, le Nouveau Roman va exercer une profonde influence sur le roman contemporain.
Le roman moderne
Autour du « je » : du roman à l'autofiction
• Les ressources infinies du roman conduisent quelques écrivains à intégrer le récit de leur existence réelle dans un matériau romanesque. Libéré du fameux « pacte de sincérité », l'auteur évite les pièges des faux-semblants, des vérités déformées. Dans W ou le Souvenir d'enfance, Perec juxtapose un récit autobiographique « pur », mais lacunaire, et une fiction pure autour d'une cité olympique imaginaire. Selon lui, la vérité de son existence repose sur ce chevauchement entre l'histoire de sa vie et la projection fantasmatique d'une contre-utopie. Serge Doubrovsky donnera à cette écriture hybride le nom d'« autofiction » : « De l'autobiographie toute chaude, à vif, qui saigne, mais recomposée selon les normes propres de l'écriture » (L'Après-vivre, 1994).
• D'autres, avant Doubrovsky, avaient sonné le glas de l'autobiographie et de cet idéal inatteignable de transparence. Ainsi, l'œuvre de Marguerite Duras est-elle marquée par une présence constante de la figure du « je ». Dans L'Amant (1984), elle semble raconter son enfance en Indochine, mais pourquoi, alors, relater cette même période dans L'Amant de la Chine du Nord (1991) ? Chez Duras, l'autofiction semble être une tentative d'épuisement de sa vérité à travers l'expérience de l'écriture.
• Pour d'autres écrivains, l'autofiction est plus simplement un moyen de pallier les impossibles souvenirs et de reconstruire une mythologie personnelle. C'est le cas d'Amélie Nothomb qui, dans Métaphysique des tubes (1994), fait le récit de son enfance au Japon « entre zéro et trois ans ».
Un genre parvenu à maturité
• Difficile, faute de recul, de trouver une unité dans la production romanesque contemporaine, toujours plus massive. Il semble que les romanciers d'aujourd'hui ont hérité du Nouveau Roman le rejet des procédés narratifs trop convenus, privilégiant l'ellipse et l'allusion, mimant parfois le tâtonnement de la pensée (Modiano).
• De nombreux ouvrages se distinguent aussi par une écriture ironique et désabusée, presque exclusivement subjective. L'écrivain d'aujourd'hui, plus souvent désengagé politiquement, écrit parfois sur les aspects les plus dérisoires de la réalité, à l'image du narrateur de La Salle de bains (Jean-Philippe Toussaint), qui, immobile dans sa baignoire, tente de « surprendre la progression d'une fissure ».
• D'autres romanciers qui édifient leur œuvre depuis plusieurs décennies ont un univers beaucoup plus ouvert, à l'exemple de Le Clézio, dont les personnages évoluent dans la variété des espaces du monde (Désert, 1980 ; Onitsha, 1991). Quoi qu'il en soit, le roman paraît protéiforme et ouvert à tous les possibles. Un élément, non des moindres, rattache ces romanciers soucieux de postérité : le souci constant du style.

Zoom sur…

La madeleine et le souvenir
Le surgissement du souvenir est un motif privilégié de la littérature symboliste. À cet égard, ce passage, célèbre en ce qu'il fonde le sens de la démarche du narrateur de la somme romanesque qu'est La Recherche, s'inscrit dans la tradition des poètes de la fin du xixe siècle comme Nerval ou Baudelaire. Le goût d'une madeleine trempée dans une tasse de thé ressuscite brutalement chez le narrateur un univers lié à l'enfance.
« Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n'était pas le théâtre et le drame de mon coucher n'existait plus pour moi, quand un jour d'hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j'avais froid, me proposa de me faire prendre, comme à mon habitude, un peu de thé. Je refusai d'abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d'une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement accablé par la morne journée et la perspective d'un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillérée du thé où j'avais laissé s'amollir un morceau de madeleine. Mais à l'instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d'extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m'avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m'avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu'opère l'amour, en me remplissant d'une essence précieuse : ou plutôt cette essence n'était pas en moi, elle était moi. J'avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D'où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu'elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu'elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. […] Arrivera-t-il jusqu'à la surface claire de ma conscience, ce souvenir, l'instant ancien que l'attraction d'un instant identique est venue de si loin solliciter, émouvoir, soulever tout au fond de moi ? Je ne sais. Maintenant je ne sens plus rien, il est arrêté, redescendu peut-être ; qui sait s'il remontera jamais de sa nuit ? Dix fois il me faut recommencer, me pencher vers lui. Et chaque fois la lâcheté qui nous détourne de toute tâche difficile, de toute œuvre importante, m'a conseillé de laisser cela, de boire mon thé en pensant simplement à mes ennuis d'aujourd'hui, à mes désirs de demain qui se laissent remâcher sans peine. Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût, c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté […]. Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir. »

Le sens de l'œuvre de Proust est condensé dans cet extrait : le narrateur va s'efforcer, à partir de cette réminiscence inaugurale et par un travail intérieur d'une rigueur admirable, de reconstruire « l'édifice immense du souvenir » pour parvenir, au terme de sa quête, à un « temps retrouvé ».

Pour aller plus loin

À voir
  • Journal d'un curé de campagne, Bresson, 1951 ;
  • Le Diable au corps, Autant-Lara, 1946 ;
  • Hiroshima, mon amour, Resnais, 1958.
Repère bibliographique
  • Proust et le Roman, J.-Y. Tadié, Gallimard, 1986.
------------------------------------------------------------
copyright © 2006-2017, rue des écoles