Les États-Unis, une superpuissance dans le monde

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La fiche

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les États-Unis se replient sur eux-mêmes et refusent d'adhérer à la Société des nations. Pourtant, à partir de 1945, le rôle essentiel joué par le pays dans la défaite de l'Axe pendant le second conflit mondial, le renforcement de son économie, ainsi que la ruine de l'Europe et du Japon le conduisent à renoncer à cet isolationnisme et à assumer ses responsabilités de grande puissance mondiale.
Après avoir restauré l'ordre monétaire (accords de Bretton Woods, 1944) et commercial (accords du GATT, 1947), les États-Unis s'engagent dans la guerre froide et prennent ainsi la direction du monde libre face au bloc communiste mené par l'URSS. Nombreux sont ceux qui dénoncent alors l'impérialisme américain. En 1991, la disparition de l'URSS fait des États-Unis la seule superpuissance de la planète.
Les fondements de la puissance
Dans le domaine économique
• Le PIB des États-Unis est l'équivalent de celui du Japon, de l'Allemagne, de la France et du Royaume-Uni additionnés. Les firmes originaires des États-Unis dominent le marché international et sont érigées en symboles de la mondialisation (Coca-Cola, Microsoft, MacDonald's, etc.). En 2005, parmi les 200 premières entreprises mondiales, 97 sont américaines. Si les firmes multinationales américaines sont implantées dans toutes les régions, les capitaux proviennent majoritairement des États-Unis.
• Les investissements directs à l'étranger (IDE) des États-Unis dominent ainsi les investissements internationaux. La suprématie américaine s'articule sur plusieurs échelles. L'économie dispose d'un immense marché intérieur, riche et solvable mais endetté. Ce marché entretient des liens privilégiés avec le Mexique et le Canada, dans le cadre de l'ALENA. Le rayonnement régional du pays repose, en effet, sur la construction d'un marché de libre-échange avec ses voisins. Par exemple, les États-Unis s'approvisionnent aux meilleurs coûts auprès des maquiladoras mexicaines, par exemple. Enfin, des relations privilégiées leur assurent la fidelité d'alliés économiques et stratégiques sur tous les continents.
Dans le domaine technologique
• L'importance des investissements dans le domaine de la recherche-développement et le niveau élevé des chercheurs (de 1981 à 2005, les États-Unis ont obtenu 77 prix Nobel de chimie, de physique et de médecine contre 28 pour l'Union européenne) expliquent la multiplication des innovations (en 2005, 150 000 brevets déposés aux États-Unis et en Europe l'ont été par des entreprises américaines, contre 68 000 pour des entreprises européennes). Cela permet aux États-Unis de dominer le monde dans les domaines clés de la troisième révolution industrielle, c'est-à-dire dans les technologies de l'information et de la communication (semi-conducteurs, ordinateurs, logiciels, multimédia, télécommunications, Internet), ainsi que dans les biotechnologies (OGM).
• Ainsi, le tiers de la croissance américaine est désormais attribué au high-tech. 9 millions de personnes en vivent, dont 3,5 millions dans le secteur informatique. On estime à 40 % du total des investissements des entreprises américaines ceux consacrés à l'informatique et aux télécommunications, contre 15 % il y a dix ans. Enfin, les États-Unis possèdent 50 % du parc mondial des ordinateurs et un travailleur sur deux a recours à l'informatique.
Dans le domaine monétaire et financier
• Le dollar est la monnaie de réserve internationale, utilisée pour la plupart des échanges commerciaux entre grandes puissances. La valeur des investissements directs des États-Unis (un million de dollars en 2004) est comparable au PNB de la Chine. Wall Street est la Bourse des valeurs la plus importante du monde, loin devant Londres, Paris, Francfort ou Singapour, avec une capitalisation supérieure au PNB des États-Unis.
• En 1989, il n'y avait que deux entreprises américaines (IBM et Exxon), contre huit japonaises dans les dix premières capitalisations boursières du monde. Aujourd'hui, neuf entreprises américaines (Microsoft, Général Electric, Intel, Wal-Mart, Cisco system, Merck, Citigroup, Exxon et IBM) figurent dans le classement contre une seule japonaise (NTT). Les Bourses de Chicago et de New York fournissent les cours mondiaux des produits agricoles. Le secteur bancaire est l'un des plus développés avec celui du Japon.
• Cette puissance permet aux États-Unis d'avoir une influence considérable sur les décisions des instances internationales, en particulier sur l'Organisation mondiale du commerce.
Les autres fondements de la puissance
Une présence militaire planétaire
• Depuis 1992, les États-Unis sont la seule superpuissance militaire de la planète. Le monde bipolaire a pris fin avec la disparition du mur de Berlin en 1989, la réunification de l'Allemagne en 1990 et la disparition de l'URSS en décembre 1991. Que la victoire du bloc occidental sur le bloc soviétique ait marqué ou non « la fin de l'histoire » comme le prétend Francis Fukuyama, avec le triomphe définitif de la démocratie libérale et de l'économie de marché, elle oblige les États-Unis à repenser un leadership pourtant incontesté.
• Les guerres du Golfe, en Afghanistan puis contre l'Irak lui ont fourni l'occasion de déployer sa force militaire – le plus souvent sous la bannière des Nations unies. La victoire de la logistique et des technologies de pointe américaines sur les armées irakiennes a démontré la supériorité des États-Unis. Sur le plan international, le pays conduit des alliances dans une logique de contrôle des institutions internationales.
• Ainsi, les États-Unis appartiennent à des organisations militaires (OTAN) et économiques (ALENA, APEC, G8), sur lesquelles ils pèsent de tout leur poids économique et diplomatique. À l'ONU, au FMI et à la Banque mondiale, l'administration américaine tente d'imposer ses points de vue et renforce l'image d'un monde polarisé autour de ses arbitrages.
• Les États-Unis assurent d'ailleurs une présence militaire sur tous les continents. Leur armée intervient soit sous l'égide des Nations unies, soit afin de préserver les intérêts américains (le pétrole en Irak). Le pays est aussi fréquemment intervenu en Amérique latine (Nicaragua, Panamá), qui constitue sa zone d'influence privilégiée. Le complexe militaro-industriel draine et redistribue 16 % des dépenses fédérales avec de nombreuses retombées technologiques dans le civil.
Le rayonnement culturel
• L'influence exercée par les États-Unis dans le domaine culturel est multiforme. Il en résulte une extension de la société de consommation (création américaine des années 1920) aux autres pays capitalistes développés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L'adoption de l'American way of life a transformé les habitudes alimentaires et vestimentaires, de même que les modes d'expression artistique, par l'introduction de nouveaux produits, services et formes musicales tels que le coca-cola et le fast-food, le jean, le jazz ou le rock'n roll, etc. Même les fêtes populaires comme Halloween sont désormais imposées commercialement en Europe par Disney, Coca-Cola ou MacDonald's. Cette chaîne de restauration rapide gère plus de 25 000 restaurants aux États-Unis et dans le reste du monde. Tous les pays sont concernés, y compris ceux de l'ex-URSS et la Chine.
• Les vecteurs de la propagation de la culture américaine sont la presse, le livre, le disque et, surtout, le cinéma et la télévision qui donnent au monde une image fabriquée de la vie américaine et favorisent la pénétration des produits des multinationales basées aux États-Unis. Depuis l'entrée en Europe et dans les autres pays du monde des grandes firmes d'Hollywood (Fox, Warner Bros, Universal Studios, Sony Pictures, Paramount, Walt Disney ou Miramax), la production cinématographique s'est développée sous la forme d'exportation de films et de superproductions. Avec la télévision, les séries issues des États-Unis ont contribué à l'américanisation culturelle du monde et ont apporté leur pesant de dollars dans la balance commerciale des États-Unis. Certains pays, comme la France, essaient de lutter contre cette hégémonie culturelle en prônant l'exception culturelle.
• Un autre vecteur essentiel de la prédominance culturelle américaine est la langue anglaise, parlée dans le cadre des échanges commerciaux et dans les grandes instances internationales.
Le commerce extérieur
• Les États-Unis occupent le 1er rang dans le monde dans le domaine du commerce extérieur. Avec 15 % des ventes mondiales de marchandises en 2004, ils précèdent l'Allemagne, le Japon et le Royaume-Uni. Ils figurent également au 1er rang, devant le Royaume-Uni, des exportations de services commerciaux. Malgré tout, l'importance du commerce extérieur ne doit pas faire oublier que l'essentiel des produits des entreprises américaines est destiné au marché national, riche de 300 millions de consommateurs au niveau de vie élevé. Les exportations ne représentent donc qu'une part modeste de leur marché, contrairement au Japon et à l'Union européenne.
• Les États-Unis sont obligés d'acheter à l'extérieur une part importante de produits bruts agricoles, énergétiques ou minéraux pour satisfaire aux besoins de la population et de l'industrie. Depuis la fin des années 1980, la part des produits fabriqués dans les importations n'a fait que croître avec l'invasion du marché national par les biens industriels venus du Japon, de l'Asie pacifique ou de l'Union européenne.
• Les ventes à l'extérieur de produits manufacturés représentent 85 % des exportations américaines. Ce sont surtout les produits de l'industrie de pointe (composants électroniques, logiciels, avions de transport civil Boeing), qui constituent l'essentiel des exportations. Par ailleurs, les États-Unis figurent au 1er rang mondial des exportateurs de produits agricoles.
• Les principaux partenaires commerciaux des États-Unis sont les deux autres pôles de la Triade : le Japon et l'Union européenne. Le Canada et le Mexique sont également bien placés dans le cadre de l'ALENA. Le Canada, par exemple, est l'un des principaux partenaires commerciaux des États-Unis dans le domaine de l'énergie. Si les échanges avec le tiers-monde sont en constante progression, les zones géographiques y participent de différentes manières. L'Asie méridionale n'occupe qu'une part modeste, tout comme l'Afrique. Les pays d'Amérique latine fournissent quant à eux des produits agricoles (bananes d'Amérique centrale, café de Colombie et du Brésil). C'est l'Asie pacifique qui joue le rôle le plus important : Corée du Sud, Chine littorale, Malaisie, Philippines et Indonésie alimentent le marché intérieur américain en produits de consommation courante (textile, électronique). Depuis trente ans, le déficit de la balance commerciale du pays.

Zoom sur…

Le 11 septembre 2001, la superpuissance contestée
Les attentats du 11 septembre 2001 ont eu des conséquences non négligeables sur la politique internationale des États-Unis, la première étant l'opération militaire en Afghanistan, lancée dès octobre 2001. Mais, au-delà de ces réactions immédiates, une analyse en profondeur de l'impact de ces attaques sur l'attitude de Washington suppose que l'on tienne compte à la fois de la réaction psychologique de la population américaine et de la persistance de nombreuses inconnues.
Les attaques terroristes qui ont visé New York et Washington, puis celles du bacille du charbon (anthrax, en anglais), ont avant tout provoqué outre-Atlantique un choc psychologique profond. Bien que ces attentats n'aient pas, à proprement parler, révélé l'existence du phénomène terroriste, ils n'en ont pas moins fait disparaître le mythe de l'invulnérabilité des États-Unis. Au-delà du nombre très élevé de victimes (plus de 3 000), ce choc tient aux procédés choisis par les terroristes, à savoir le recours à des moyens civils, qu'il s'agisse des détournements d'avions ou de l'envoi de lettres contaminées – sans que l'on sache d'ailleurs si ces deux opérations sont liées. Toute analyse des conséquences de ces attentats sur la politique étrangère américaine se doit donc de prendre en compte cette dimension interne. Mais elle doit également considérer toutes les variables qui pourraient orienter l'attitude des États-Unis.
On peut ainsi se demander combien de temps George W. Bush pourra jouir de cette liberté de manœuvre que lui ont conférée les événements. Si, depuis son discours au Congrès le 20 septembre 2001, le président des États-Unis a bénéficié d'un soutien politique sans faille, rien ne permet d'affirmer que cet état d'esprit durera. En effet, les Républicains ont perdu les élections législatives de mi-mandat (novembre 2006) : c'est un désaveu cinglant pour la politique de Bush en Irak. Les Américains sont d'ailleurs de plus en plus nombreux à demander le retrait de leurs troupes.

Repères bibliographiques

  • Y. Bocquet, Les États-Unis, Belin, 2003.
  • M. Goussot, Espaces et territoires aux États-Unis, Belin, 2004.
  • A. Gauthier, G. Raffaeli, L'Espace nord-américain, Bréal, 2004.
  • C. Jeannot, J.-P. Regad-Pellagru, Les États-Unis en fiches, 2003.
  • G. Dorel, Atlas des États-Unis, Autrement, 2006.
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