Les villes françaises

-----------------------------------------------

Les définitions et les chiffres clés

• Quelques notions :
Aire urbaine : espace urbanisé constitué d'un pôle urbain et des communes périurbaines.
Armature urbaine, réseau urbain, système de ville : ces expressions soulignent le rôle des villes dans l'organisation de l'espace. Le terme « armature urbaine » renvoie à l'encadrement de territoire par les villes. Le réseau urbain insiste sur les interrelations entre les villes. Le système de villes met l'accent sur les relations et les interdépendance entre les villes.
Métropoles : grandes agglomérations dotées de fonctions rares (de commandement notamment) qui polarisent l'espace et concentrent les flux. Elles sont à la tête d'un réseau urbain et dominent une large zone d'influence.
Périurbanisation : urbanisation de l'espace situé au voisinage immédiat d'une ville ; diffusion (habitat, activités, mode de vie…) à partir et à proximité des agglomérations, mais avec une discontinuité spatiale. C'est un processus d'avancée de la ville sur sa frange, au-delà de la banlieue, dans laquelle ville et campagne s'interpénètrent.
Rurbanisation (contraction de rural et urbanisation) : phénomène de diffusion dans l'espace rural proche des villes d'activités, de mode de vie ou d'aménagements de type urbain (ex. : lotissement périurbain composé de pavillons individuels au milieu des champs, habités par des actifs travaillant en ville).
• Les grandes villes françaises
  • Paris (intra-muros) : 2,2 millions d'habitants, Grand Paris : 6,9 millions d'habitants ;
  • Lyon : 2,2 millions d'habitants ;
  • Marseille : 1,7 million d'habitants  ;
  • Toulouse : 1,2 million d'habitants ;
  • Bordeaux : 1,1 million d'habitants ;
  • Lille : 1,1 million d'habitants ;
  • Nice : 1 million d'habitants ;
  • Nantes : 900 000 habitants ;
  • Strasbourg : 765 000 habitants.

La fiche

Un Français sur 4 vit dans une aire urbaine de plus d'un million d'habitants. Les villes s'étalent sur les espaces ruraux périphériques. La périurbanisation crée de nouveaux paysages : habitat pavillonnaire, zones industrielles et commerciales, espaces de loisirs pour les citadins. Les centres des villes se sont généralement dépeuplés depuis les années 1960. Les quartiers centraux sont aujourd'hui réhabilités : c'est la gentrification qui profitent surtout aux personnes à revenus élevés.
La croissance urbaine des dix dernières années bénéficie surtout à des villes orientées vers les nouvelles technologies : Nantes, Rennes, dans l'Ouest ; Montpellier, Aix-en-Provence, Annecy dans le Sud-Est. En revanche, les villes anciennement industrialisées comme Saint-Etienne, Valenciennes, Thionville ou Montbéliard déclinent.
L'urbanisation se poursuit
Une redéfinition des espaces urbains
De façon à rendre compte de l'évolution des pratiques spatiales, particulièrement le développement d'une nouvelle forme d'urbanisation, l'Insee (Institut national des statistiques et des études économiques) a dû définir une nouvelle nomenclature en redéfinissant les espaces à dominante urbaine. Le pôle urbain est une unité urbaine offrant 5 000 emplois et plus qui n'est pas située dans la couronne périurbaine d'un autre pôle urbain. La couronne périurbaine, qui entoure le pôle, est un ensemble de communes dont 40 % des actifs travaillent dans le pôle, c'est un espace parcouru par les migrations alternantes (trajet domicile-travail). Les communes multipolarisées sont des communes périurbaines dans l'aire d'influence de plusieurs pôles périurbains.Ce nouveau zonage donne à la France une image nouvelle qui oppose quelque 2000 unités urbaines comptant au moins 2000 habitants agglomérés, à un espace rural, défini en fait comme l'espace résiduel, c'est-à-dire tout ce qui n'est pas urbain. Ainsi, l'espace à dominante urbaine regroupe près de la moitié des communes du pays et 82 % de la population totale. On compte par ailleurs 341 aires urbaines.
La métropolisation
La tendance actuelle est à la concentration des populations dans les grandes aires urbaines, surtout celles de province. Ce mouvement accompagne le processus de métropolisation. Celle-ci, dans la logique d'une économie mondialisée, concentre en quelques lieux les fonctions de commandement et les moyens de la puissance et de la compétitivité : centres de recherche, transports rapides, emplois stratégiques (gestion, services aux entreprises). Le processus de concentration dans les grandes villes s'accompagne d'une déconcentration à l'échelle urbaine : la ville ne cesse de s'étaler et la croissance urbaine, désormais ralentie, profite surtout aux périphéries. Cet étalement correspond à la fois à de nouvelles demandes des habitants (maisons individuelles, cadre agréable et aéré) et aux intérêts des entreprises (recherche de vastes terrains bon marché et à proximité des grands carrefours de communication). Ce phénomène de périurbanisation induit une forte progression des migrations pendulaires. La population française continue donc à se concentrer autour d'un nombre de plus en plus réduit de villes. Ces agglomérations s'étendent, profitant de la place laissée par les territoires voisins et de leur manque de dynamisme. Cependant, cet étalement urbain est critiqué par les urbanistes, car il est coûteux en termes d'infrastructures (voiries, assainissement, éclairage, déchets) et peu conforme aux principes de développement durable (multiplication des déplacements individuels en voiture sur des axes saturés), mais il résulte du goût des Français pour un autre mode de vie, plus proche de la nature.
L'inégale attractivité des villes
Les facteurs d'attractivité
La solidité de l'assise économique et sociale des villes repose aujourd'hui sur de nouvelles spécialisations : haute technologie, activités tertiaires de haut niveau, avec en particulier la gamme des services aux entreprises. Ces spécialisations requièrent de hauts niveaux de formation et de qualification. Or, on constate une concentration sélective de ces fonctions. Elles se situent dans les plus grandes villes (Paris, Lyon) qui sont aussi les mieux équipées en matière de centres universitaires et qui peuvent ainsi disposer d'un potentiel de ressources humaines qualifiées. On les trouve aussi dans les villes de certaines régions : à branches d'activités égales, la main-d'œuvre est plus qualifiée dans les villes du Sud (Grasse - Cannes - Antibes, Montpellier, Toulouse, Pau…) que dans les villes du Nord, du Nord-Est et du Bassin parisien où la déconcentration industrielle s'est appuyée sur l'utilisation d'une main-d'œuvre moins formée. Si l'on tient compte de la nature des activités propre à chaque ville, Toulouse et Bordeaux maintiennent leur avantage, comme le Sud-Est et Nantes.
La dynamique des systèmes de transport renforce cette tendance à la métropolisation. L'avion, le TGV, les autoroutes réduisent considérablement les distances-temps. Mais les points d'entrée dans ces réseaux sont, par nécessité technique, peu nombreux et logiquement situés à proximité des agglomérations les plus peuplées. Ils renforcent ainsi leur bonne accessibilité. Par conséquent, les grandes villes attirent de plus en plus les services les plus élevés et consolident leur centralité (définie comme la position de nœud dans le réseau urbain). Au fur et à mesure que les grandes villes élargissent la portée de leurs services, elles court-circuitent des villes de taille intermédiaire.
La macrocéphalie parisienne
La concentration parisienne reste exceptionnelle à l'échelle européenne, même en tenant compte de Londres : presse, édition, vie culturelle, recherche, enseignement supérieur, administrations, sièges d'entreprises nationales ou internationales s'y trouvent dans des proportions inégalées ailleurs, ne laissant aux métropoles provinciales que des activités plus discrètes et dépendantes. Ainsi, les jeunes restent-ils très attirés par la capitale, alors que, parrallèlement, l'agglomération parisienne fournit aux villes de province de nombreux nouveaux habitants. L'Île-de-France regroupe 18,7 % de la population française sur seulement 2,2 % du territoire ; la capitale concentre 28,7 % de la richesse nationale et apparaît au premier rang des régions européennes. Mais son attractivité décline en raison de la cherté de la vie et de la multiplication des nuisances. On peut se demander comment concilier le rayonnement national et international lié à ses fonctions et la gestion locale d'une gigantesque agglomération urbaine, aux forts déséquilibres internes et en expansion sur ses marges rurales proches.
Les métropoles régionales
Les villes qui ont le plus bénéficié de la croissance urbaine ces dix dernières années se situent dans un environnement favorable (montagne, mer). Elles profitent d'un développement économique orienté vers les nouvelles technologies. Les grandes aires urbaines de l'Ouest et du Val de Loire (Rennes, Nantes, Angers, La Rochelle), ainsi que du grand Sud-Est (Montpellier, Avignon, Annemasse, Aix-en-Provence ou à Annecy) sont ainsi démographiquement gagnantes. Bordeaux et Toulouse restent les deux grandes métropoles du Sud-Ouest. Lille est la seule grande métropole du nord de la France. Strasbourg et Nancy-Metz polarisent la Lorraine et l'Alsace. Nice et Toulon ne gagnent pas de population. Grenoble subit la concurrence de Lyon, mais reste spécialisée dans la haute technologie. Les villes anciennement industrialisées du Massif central (Saint-Étienne, Clermont-Ferrand), du Nord (Valenciennes, Béthune, Douai) ou du Nord-Est (Thionville, Montbéliard) déclinent suite à la fermeture des sites miniers et aux restructurations des industries lourdes et de textile. Le dynamisme de Mulhouse s'explique par sa localisation frontalière.
L'espace urbain en profonde restructuration
L'évolution des centres-villes
Les centres-villes rassemblent les administrations, les commerces et les sièges sociaux des entreprises. La diminution de la population des centres est aujourd'hui stoppée : on assiste à une réhabilitation de certains quartiers dégradés (gentrification) qui attirent de jeunes actifs. Cependant, en raison du coût élevé de l'immobilier, la population des classes les moins favorisées et des classes moyennes est de plus en plus forcée de résider dans les banlieues. L'espace des centres-villes se modifie avec le mode de vie des Français : les rues piétonnes se développent, les centres commerciaux centraux et le petit commerce se maintiennent face à la concurrence des centres commerciaux périphériques. Les centres-villes souffrent de graves problèmes de saturation. Certaines villes ont choisi de promouvoir de nouveaux modes de transport (tramway, lignes de bus en site propre) pour faciliter la circulation. Les centres-villes restent les quartiers privilégiés des lieux de loisirs avec cinémas, restaurants, musées, théâtres…
Des banlieues très diverses
On trouve à la périphérie des grandes villes des banlieues aisées, calmes et verdoyantes, souvent associées à des activités de recherche ou de haute technologie. Les zones pavillonnaires se développent avec leur architecture originale. On trouve également des banlieues moins favorisées ou l'habitat collectif domine (grands ensembles créés dans les années 1960). Ces secteurs déshérités sont les poches de chômage et d'insécurité. Le processus est inséparable d'une part des évolutions économiques qui sacrifient de travail ouvrier peu qualifié, et d'autre part de la péri-urbanisation. À mesure que ceux qui en ont les moyens gagnent des quartiers plus aisés, les cités se transforment en quasi-ghetto, accélérant ainsi la fuite des catégories moyennes (émeutes de novembre 2005). Les banlieues rassemblent également des zones d'activité (centres commerciaux, zones artisanales ou commerciales) à proximité des échangeurs routiers. Elles sont souvent desservies par des moyens de transports incomplets. Les trajets de banlieue à banlieue sont souvent difficiles.
L'espace urbain gagne l'espace rural proche
Dans la plupart des villes françaises, on assiste à un phénomène de rurbanisation (installation des habitants dans des communes rurales proches des villes). Le coût moindre de l'immobilier, le besoin de nature et de calme, conduisent à la construction de nouveaux quartiers et de zones pavillonnaires. Si l'avantage principal de ce nouvel habitat est le cadre de vie, les contraintes sont fortes avec les déplacements quotidiens entre le lieu de travail, situé souvent au centre-ville, et le domicile, souvent éloigné de plusieurs dizaines de kilomètres. La rurbanisation permet de revivifier l'espace rural proche des grandes villes et concurrence fortement d'autres activités en particulier agricoles.

Zoom sur…

La croissance de la ville de Nantes
La ville de Nantes connaît une croissance forte de son aire urbaine qui s'étend sous la forme d'une longue traînée d'urbanisation de part et d'autre de l'estuaire. Cette croissance se fait surtout par l'absorption des petites villes de la périphérie. En trente ans, les surfaces urbanisées de l'agglomération nantaise on triplé, passant de 5 000 à 15 000 hectares, alors même et qu'il avait fallu 2000 ans pour atteindre ces 5 000 hectares. Ce constat d'une urbanisation de plus en plus étendue est d'importance. Il tend à démontrer que les périmètres d'actions et d'aménagement définis hier ne correspondent plus aux réalités d'aujourd'hui. Cela rend obsolète le découpage communal, justifie la construction de districts et le regroupement de communes. La commune de Nantes, ville centre, compte 270 000 habitants. La communauté urbaine regroupe 550 000 habitants et 21 communes. L'aire urbaine est constituée de 65 communes et rassemble 650 000 habitants. L'estuaire, le littoral et l'agglomération comptent 116 communes pour 850 000 habitants. Le tout constitue un seul ensemble urbain, multi-communal et qui regroupe ce que certains ont baptisé l'archipel nantais.

Repères bibliographiques

A. Frémont, Portrait de la France, Flammarion, 2002.
M. Fabries-Verfaillie, Stragiotti P, La France des villes, Bréal, 2004.
R. Marconis, Urbanisation et urbanisme, La documentation photographique, n°8025, 2002.
R. Marconis, France : recompositions territoriales, La documentation photographique, n° 8051, 2006.
------------------------------------------------------------
copyright © 2006-2018, rue des écoles