Concours externe d'accès aux IRA – Épreuve de composition – 2012

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Énoncé

Durée : 4 heures – Coefficient : 4
Composition sur un sujet d'ordre général portant sur la place des pouvoirs publics et leur rôle dans les grands domaines de l'intervention publique (société, économie, emploi, santé, culture, territoires, relations extérieures, etc.) permettant d'évaluer l'ouverture au monde des candidats, leur aptitude à l'analyse et au questionnement ainsi que leur capacité à se projeter dans leur futur environnement professionnel.(1)
Sujet
Dans quelles mesures l'État est-il encore légitime pour conduire des politiques industrielles ?
(1)Épreuve écrite du 19 février 2013.

Corrigé

Précision
Une composition doit présenter tous les points de vue mais peut les critiquer. Le candidat peut s'engager lorsqu'il compose, il peut donner son avis, qui est attendu surtout dans la conclusion.
Proposition de plan
Introduction
La politique industrielle désigne l'intervention publique effectuée par l'État pour favoriser ou développer certains secteurs industriels : cette intervention protège l'indépendance nationale (notamment en cas de faille de l'initiative privée ou de déclin de l'industrie nationale).
Les nationalisations opérées par le gouvernement socialiste en 1981-1982 sont des exemples d'interventions publiques ; toutefois elles ont cessé dès 1983 pour des raisons économiques. À partir du changement de majorité (1986), un mouvement inverse de privatisations massives a été enclenché, qui s'est poursuivi sous le gouvernement Jospin (1997-2002) par la privatisation d'entreprises nationalisées à la Libération ainsi que d'administrations publiques (France Télécom).
L'État, confronté à un déclin industriel, essaie de jouer un rôle d'incitateur, de régulateur et de concertateur, mais il intervient parfois de manière hésitante ou maladroite. Il lui arrive de se contredire parce qu'il rencontre des obstacles sur lesquels il a somme toute peu d'influence ou que le gouvernement a changé de politique.
I. L'État tente d'agir face au déclin industriel
A. Le déclin industriel
Les nationalisations massives intervenues en 1945 dans la sidérurgie, le charbon et l'industrie (Renault), les grands projets exigés par la Reconstruction, le rattrapage technologique et la réindustrialisation entraînent le plein-emploi durant les trente glorieuses (1945-1973). C'est l'époque de la construction du réseau autoroutier, de l'essor du bâtiment et travaux publics (BTP), de la création de zones industrielles, etc.
L'effondrement industriel commence au début des années 1970 suite aux premier et second chocs pétroliers provoquant la montée du chômage et de nombreuses délocalisations : de 1974 à 1988, l'industrie perd 1,5 million d'emplois ; sa part dans le produit intérieur brut (PIB) passe de 1980 à aujourd'hui de 30 % à 20 % tandis qu'elle ne représente plus actuellement que 20 % des actifs contre 40 % au début des années 1970.
Les syndicats qui militaient pour des acquis sociaux (des « conquis sociaux ») se battent aujourd'hui pour la sauvegarde de l'emploi et de l'industrie.
L'industrie permet de proposer des emplois manuels, peu ou pas qualifiés, entraînant peu de mobilité (ouvriers spécialisés, familles entières travaillant dans la même entreprise, véritable institution locale, etc.), qui ne peuvent pas forcément se reclasser dans les secteurs plus porteurs du tertiaire ou des nouvelles technologies. La suppression de ces emplois provoque souvent une désertification qui est elle-même, par un effet domino, facteur de paupérisation et de déclin économique : le déclin industriel a donc aussi pour enjeu l'aménagement du territoire.
B. L'État stratège, régulateur et concertateur intervient parfois de manière hésitante
1. L'État met en place des stratégies s'appuyant sur de nouveaux outils : pacte de compétitivité, crédit d'impôt, Banque publique d'investissement, pôles de compétitivité, zones de revitalisation économique, etc. Il développe des incitations (fiscales, financières, locales par l'aménagement) à l'investissement en France, et tente de réguler les fermetures d'usines programmées. Il essaie de promouvoir une forme de patriotisme économique (les positions d'Arnaud Montebourg, la marinière et le redressement productif) français ou européen (Airbus). Il joue la carte de la concertation avec les acteurs du secteur industriel : cependant, malgré ses menaces et ses recherches de solution face à des conflits liés à de possibles fermetures d'entreprises (Arcelor Mittal à Florange, Goodyear à Amiens, Unilever-Fralib dans les Bouches-du-Rhône, PSA à Aulnay-sous-Bois, la raffinerie Petroplus en Seine-Maritime, etc.), il se retrouve impuissant et incapable de préserver durablement des emplois. Il tente en outre de jouer un rôle de régulateur en corrigeant les imperfections de la concurrence (monopoles, abus de position dominante, encadrement des produits dérivés et filialisation de certaines activités bancaires).
2. L'État intervient parfois de manière hésitante, ou maladroite : faut-il nationaliser Florange ? flexibiliser le travail ? baisser les cotisations sociales pour réduire le « coût » du travail ? inciter à l'embauche des demandeurs d'emploi sans qualification ou de longue durée par la baisse des charges, au risque de créer des emplois au rabais qui remplacent les emplois pérennes ? faut-il interdire les licenciements ou les plans sociaux : l'État dispose-t-il réellement de ce pouvoir, au risque de passer pour un État gendarme et de décourager l'investissement (« trop d'État tue l'État ») ? doit-il adopter une politique d'importation plus protectionniste ? comment peut-il améliorer ses exportations (TGV, Rafale, armement, chantiers navals, Airbus, etc.) ?
II. L'État rencontre de nombreux obstacles
A. Une capacité d'intervention limitée
L'État ne maîtrise ni l'évolution économique (dans une économie des services et de la connaissance, la croissance repose désormais davantage sur le progrès technique et technologique que sur l'industrie), ni les contraintes externes (mondialisation, émergence exponentielle de pays à bas salaire comme la Chine ou l'Inde, concurrence internationale, ingérence financière de pays riches qui investissent en France de manière sélective en achetant des entreprises, des enseignes prestigieuses ou des symboles, économie dématérialisée et autorégulée des marchés). L'État doit agir en tenant compte de la fragilisation de ses comptes (dette endémique et déficit qui amoindrissent son action) et en respectant les contraintes fixées par l'Union européenne (marché de libre-échange et de libre circulation).
B. La nécessité d'inventer de nouvelles pistes
L'État peut essayer de se recentrer pour résister à la montée d'une finance de plus en plus incontrôlable : favoriser les circuits courts de distribution (en réponse à la mondialisation, vendre localement une production plus ou moins artisanale de proximité), le développement de l'économie sociale et solidaire, les énergies renouvelables (réduire la consommation d'énergies fossiles et former de nouvelles compétences pour permettre la transition écologique), la recherche (spatiale, médicale, etc.), l'essor de nouvelles technologies (énergies solaires, informatique, téléphonie, communications, robotisation, etc.).
Conclusion
L'intervention de l'État est justifiée par le fait que l'industrie joue un rôle décisif dans la croissance économique nationale et que les pouvoirs publics doivent la soutenir face à la concurrence internationale : la mise en place d'une politique économique et industrielle est donc légitime, mais elle devrait probablement construire sa cohérence sur du long terme, ce qui n'est pas le cas puisque la politique économique et industrielle est définie par le gouvernement, qui change souvent de cap.
Une politique industrielle cohérente est indispensable pour conquérir les marchés mondiaux (Airbus, Ariane). Elle constitue également une mesure défensive contre les politiques industrielles des autres pays, et permet de sauver des entreprises en difficulté, donc des emplois.
Les enjeux sont aussi liés à l'aménagement du territoire (lutter contre la désertification de friches industrielles) et à la protection d'emplois peu qualifiés.
L'État est donc encore légitime pour conduire des politiques industrielles, mais la question qui se pose est : quelles politiques industrielles ?
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