La préparation au Bac, côté prof

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Introduction

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Qui ne s'est pas un jour demandé ce que ressentait un professeur au moment du Baccalauréat ? On les interroge sur les sujets potentiels, on leur demande d'adresser d'ultimes conseils, on les soudoie pour qu'ils commentent les énoncés… Mais nous ne savons en fait rien de la façon dont ils vivent cette épreuve. Comment préparent-ils leurs élèves ? Comment se préparent-ils ? Le « correcteur », sorte de Saint Pierre des examens, qu'en pense-t-il ? Tout cela mérite bien une enquête rigoureuse qui peut servir à tous en cette période décisive.
Tel le mythe de Sisyphe, nos chers enseignants de 1re et Terminale sont condamnés à pousser un lourd rocher qui retombera invariablement au pied de la montagne. Comprenez qu'année après année, ils revivent le stress des élèves, la pression des parents, celle des médias, de la société et pourquoi pas de leurs propres enfants. La Terre s'arrête de tourner, les caméras sont rivées sur les copies, la lumière est braquée sur les candidats et l'on oublie aussi que dans les coulisses, à l'ombre des parents nauséeux, les professeurs ressentent eux aussi une petite boule au ventre…

Dans le même navire

Le printemps, les premiers bourgeons, autant de signes qui ne trompent pas : le Baccalauréat n'est plus qu'à quelques semaines. Pour Mehdi, professeur d'économie à Montpellier, la pression monte. « J'entame la rentrée de printemps un peu anxieux » reconnaît-il. Il incite ses élèves à s'investir davantage. « Je leur fais bien comprendre qu'il faut qu'ils osent intervenir en cours, mais surtout qu'ils aient une vue d'ensemble du programme. Je les invite alors à une certaine progression quotidienne : relecture de cours, confection de fiches, élaboration d'un tableau de révisions. Cela permet de se mettre la pression et de continuer à avancer. Pour eux comme pour moi », constate-t-il.
Thibault, professeur de philosophie à Rouen, ressent très nettement la pression de la « dernière ligne droite ». « Dès que l'on entame le dernier trimestre, je sens qu'il se passe quelque chose de différent entre les jeunes et moi. Nous sommes dans le même navire et je dois les conduire à bon port ». Son conseil pour que ses élèves ne boivent pas la tasse ? « Avant tout, je leur préconise d'avoir une attente réaliste de leurs révisions. Avant qu'ils ne se lancent dans un travail intense ou laborieux, il me semble essentiel d'abord d'analyser leurs connaissances. Je les encourage à définir leurs priorités et ensuite à les hiérarchiser ».

Un cap

« Ce temps est-il suffisant pour faire le tour des matières ? », telle est la question qui revient le plus souvent aux oreilles de Huereb, professeur d'Histoire-Géographie, à Marseille. « On sent très nettement que beaucoup de choses se jouent les derniers mois ». Les élèves paraissent plus assidus, plus concentrés. Plus nerveux aussi. « Certains collègues le sont pareillement, on sent que la réussite de leurs élèves leur tient à cœur et cela passe parfois par des coups de pression, un peu maladroit. ». Huereb, lui, en profite pour aider les futurs candidats à établir une sorte de cap. « Ça les rassure et c'est tout ce dont ils ont besoin : de confiance en eux ».
Professeur de mathématiques et rationnel, Alain applique une méthode très simple : « Je pars du principe qu'un candidat qui connaît toutes les définitions et les formules d'un chapitre, qui parvient à réaliser aisément des exercices simples et plus de la moitié des problèmes plus complexes, part gagnant. » Selon lui, cette règle stimule énormément les plus angoissés. Ils s'exercent et poursuivent un objectif et une motivation. « Et en plus, ça me rassure aussi », confie Alain, amusé.

Un certain stress

Les jours se rapprochent, les gorges se nouent, le temps défile de plus en plus vite. Fabien professeur de biologie, quitte ses classes sur d'ultimes conseils pratiques. « Trop tard pour le programme, je parle santé ! Je leur délivre les derniers conseils liés à l'alimentation, la fatigue, le stress… » Et il a raison : la malnutrition, courante en période de révision intensive peut conduire à la panne intellectuelle. Mais aussi à des troubles de la mémoire et de l'assimilation. Fabien recommande donc de varier sa nourriture. « Il est nécessaire de bien manger, un peu de tout. Notre cerveau a besoin de substances énergétiques variées pour fonctionner correctement et tourner à plein régime. »
Idem pour Huereb, professeur d'Histoire-Géographie. Il terminera l'année, sur des recommandations liées à la méthodologie. « Pour des révisions efficaces tout au long de la journée, quelques minutes de pause par heure de travail apportent une attention plus soutenue. La concentration et les facultés de mémorisation sont grandement facilitées par un bon sommeil. Inutile donc de passer les dernières nuits à essayer d'assimiler le programme de toute une année. Seules l'organisation et la méthode avec laquelle on apprend sont importantes ». Il reconnaît qu'au cours des derniers jours, il ressent une sorte de pression et a parfois du mal à dormir. « Je ne vois pas comment on pourrait faire autrement. On passe une année avec des jeunes, on s'attache, ils comptent sur nous. Il subsiste un certain stress » confesse-t-il. Et il n'est pas le seul à l'éprouver…

Couperet

Martine est professeur d'anglais à Pau. Elle enseigne principalement aux filières littéraires. Le coefficient de sa matière pèse donc lourd dans la balance. Conscient de cette responsabilité, le jour des résultats, elle « ne fait pas la maline », confie-t-elle. « Généralement, les résultats tombent dans l'après-midi. Tous les ans systématiquement, je me lance dans un gros ménage le matin qui précède la sentence ! ». Elle a l'habitude d'être au milieu des candidats au moment des résultats, pour féliciter, conseiller en cas de repêchage, ou consoler. « C'est un moment unique, l'aboutissement d'une année entière. La pression retombe, autant pour eux que pour nous. »
Laura est professeur d'espagnol à Rennes. Plusieurs fois affectée au jury de rattrapage, elle redoute ce moment. « Nous ne connaissons pas les repêchés que nous avons en face, mais ce qui est déconcertant, c'est que nous ne pouvons pas nous empêcher de les assimiler aux élèves avec qui l'on vient de passer l'année ». Quid de l'attitude à adopter ? « Je ne suis aucune consigne. Je me mets à leur place, c'est un moment qui doit être très douloureux. Leurs copains sont en vacances, ils font la fête, alors que eux sont au bout du bout, jouant leur futur à un fil. Je m'efforce donc d'être la plus réconfortante possible. Hors de question de jouer le mauvais flic ».
professeur d'allemand à Paris, Annick est comme Laura. Membre du jury de rattrapage, elle se sent très concernée par cette épreuve située un tout petit peu avant la ligne d'arrivée. « J'ai, en moyenne, un pétage de plombs par an, chez les candidats. Le cas typique ? Celui qui se plante complètement et qui réalise en direct que c'est fichu et qu'il est bon pour repasser une année de Terminale. » Comment réagir dans ces cas-là ? Annick, les fait respirer, boire un verre d'eau, garder leur calme et pourquoi pas tout recommencer. « Ce rôle de couperet est parfois très éprouvant, alors j'accompagne les élèves du maximum que je puisse. » Et chez les correcteurs, ces silhouettes invisibles de l'autre côté de la copie, comment vit-on ces épreuves ?

Prof correcteur, un plus ?

Thibault, le professeur de philosophie de Rouen, est également correcteur. Une tâche que le jeune homme ne prend pas à la légère. À la question, « se prépare-t-il d'une façon différente pour le bac que pour d'autres corrections de copie », il répond que oui. « L'enjeu n'est pas le même. Dans la majeure partie des cas, on sent très nettement que le candidat a une tout autre approche. Il ne s'agit pas d'un examen anodin. » Cet enseignant reconnaît qu'il s'attache à suivre un principe de bienveillance, il valorise la réflexion, l'effort, la référence.
À ce propos, existe-t-il des signes auxquels les examinateurs sont sensibles ? Claire, professeur de mathématique à Amiens, répond sans hésiter : « Que l'on ne s'égare pas. LA recette miracle pour s'attirer les faveurs d'un correcteur, n'existe pas. Ce serait trop simple ». Toutefois, les enseignants interrogés reconnaissent qu'ils sont sensibles aux copies originales. « On apprécie lorsqu'un élève ne s'est pas contenté de réciter ou de réexpliquer le cours comme c'est le cas parfois. Lorsqu'il montre qu'il a travaillé pendant l'année et qu'il a tiré quelque chose de cet enseignement. Le tout de façon limpide et soignée » reconnaît Claire.
Thibault quant à lui est particulièrement sensible aux copies lisibles, bien présentées, avec une grammaire et une orthographe correcte. « J'aime aussi ressentir qu'un candidat a pris le temps de s'interroger sur la question posée, qu'il ne considère pas que la réponse va de soi. Il s'agit vraiment de montrer que l'on maîtrise l'exercice et que l'on comprend de quoi on parle ». Les écueils à éviter ? « La standardisation, l'opinion générale, les lieux communs, les approximations… Un élève qui ne sait pas où il va, ça se repère » confient les correcteurs. Tout en recommandant de relativiser « Cela ne reste qu'un examen, pas une exécution ». Facile à dire, lorsque l'on est du bon côté de la copie !
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  • Bien préparer le bac, les élèves peuvent s'appuyer sur l'Assistance Scolaire Personnalisée (ASP). Ce site gratuit propose des sujets corrigés, fiches de révision et conseils méthodologiques.
  • Les sociétaires MAIF ont la possibilité de télécharger gratuitement des sujets (y compris ceux de la session 2014) et des modèles de corrigés sur le site www.maif.fr.
Dossier réalisé par la MAIF, mai 2013 (mise à jour mai 2015).
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