Nouvelles technologies : attention danger

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Introduction

© BANANASTOCK
Est-ce que le monde progresse ? Difficile de répondre, mais, notre façon d'y vivre est devenue incompréhensible pour nos ancêtres. Aujourd'hui, on clique, on « twitte », on « like », on partage, on « request »… Plus concrètement, la mobilité et l'hypercommunication sont de mise. Du réveil que l'on coupe le matin sur son smartphone, au film que l'on regarde le soir sur son ordinateur, en passant par les tablettes, les pc, mac book et bientôt les smart watch (comprenez « montres intelligentes »), impossible de vivre loin de l'écran. Difficile d'échapper au virtuel. Quels sont les risques pour les jeunes de cette génération « digitale natives » ? Comment y pallier ? On vous dit tout, mais vous ne saurez toujours pas si le monde progresse !
Évidemment, le propos ici n'est pas de se positionner contre les nouvelles technologies. Mais bien d'en prévenir les débordements. Le potentiel inédit que la révolution numérique engendre est gigantesque par bien des aspects. Dans le domaine de l'éducation et des apprentissages, internet constitue une source unique et précieuse d'informations pour tous. Riche en ressources, en archives, il est possible d'explorer sans limites son environnement, le monde qui nous entoure, et pourquoi pas, de développer des idéaux. La mobilité, de mise aujourd'hui, offre la possibilité de faire un premier pas pour sortir de leur isolement les jeunes souffrant d'un handicap, d'une maladie chronique ou d'une intense timidité. Ils peuvent s'informer à tout moment, sur des thématiques comme la santé en général, la sexualité, l'usage de substances, la violence, la santé mentale et le suicide. Hélas, cet accès à l'information, à tout moment - de n'importe où — possède autant de richesses que d'aspects négatifs.

Information : le vrai du faux ?

On s'attendait à aborder d'entrée de jeu la violence et la pornographie. Mais Marion, jeune professeur, dans un collège du Havre, militante active pour la sensibilisation des jeunes face aux nouvelles technologies, soulève une problématique intéressante. Elle évoque la difficulté pour les adolescents de démêler la bonne de la mauvaise information. « Il m'est arrivé régulièrement d'assister à des exposés, ou mes élèves me faisaient l'apologie d'Hitler parce qu'ils avaient puisé leurs sources sur un site néonazi. Les jeunes sont nés avec cette encyclopédie illimitée qu'est le web. Ils prennent ce qu'on leur donne. »
Selon l'enseignante, qui sensibilise les collégiens de sa région à l'éthique des nouvelles technologies, les adolescents éprouvent de la difficulté à faire la part des choses entre le réel et le virtuel. Pour cette jeune génération, il est parfaitement naturel de se dévoiler à travers les nombreuses plateformes virtuelles. « Pour une immense majorité, on est plus soi-même par le biais d'un avatar sur un forum qu'à la maison ou en cours. On livre des informations très confidentielles ou des injures par rapport à des personnes facilement identifiables. Sans se soucier des conséquences ». Dans cette perspective, il est très important que les parents et les adultes assurent un certain contrôle sur l'utilisation que ceux-ci font de l'ordinateur ou de leur téléphone portable. Car les risques de débordements sont très étendus.

Le « cyberbullying » et « spotted »

Autre risque, plus médiatisé depuis quelques années : le cyberbullying, comprenez le harcèlement via le web. Du rapport bourreau/proie au chantage sexuel, cette nouvelle forme d'agression est au cœur des priorités sur le web, tant le phénomène prend de l'ampleur. Tout comme dans la cour d'école, il s'agit d'une violence répétée, verbale, psychologique, perpétrée par un ou plusieurs élèves sur le net à l'encontre d'une victime en position de faiblesse. Les agresseurs agissent avec l'intention de nuire à leur cible. Les répercussions psychiques sont manifestes sur les jeunes qui en sont les martyrs, en termes d'image de soi et de santé mentale.
Aujourd'hui, les spécialistes observent de près un phénomène dont on parle depuis quelques semaines : le « spotted » (« repéré », en français). Cette nouvelle tendance nous vient des campus américains. Il s'agit tout simplement d'une plateforme de drague créée sur Facebook. La communauté reste très fermée, entre élèves de l'établissement. Sous couvert d'anonymat, les adolescents peuvent déclarer leur flamme à celui ou celle qui fait battre leur cœur en secret. Héros de la récré, inconnu dans le métro… Tout le monde peut être approché sous forme de vers plus ou moins poétiques ou humoristiques. Avec l'espoir qu'il se reconnaisse.
Le phénomène est très récent, mais déjà il inquiète quelques parents. « Je commence en effet à recevoir des appels de parents, inquiets de voir leurs enfants lycéens insultés par d'autres sur des pages « Spotted » » raconte Jacques Henno sur son blog. Le journaliste et conférencier explique que le débordement vient du fait qu'au sein d'un même établissement, plusieurs pages « Spotted » peuvent se créer. Cette concurrence pourrait pousser leurs responsables à la surenchère et à laisser passer des messages qu'ils pourraient rapidement regretter. « Certains messages sont en effet insultants. Ils permettent surtout d'identifier l'enfant en question. Même si son nom n'est pas cité : la classe et certaines caractéristiques physiques ou intellectuelles de ce lycéen sont précisées et permettent de le reconnaître. Parfois, un commentaire révèle même le prénom et/ou le nom de la victime. »

Violence et pornographie

Alors que l'on parle depuis peu de harcèlement entre jeunes sur le web, la violence et la pornographie sont au cœur des inquiétudes des parents lorsque l'on évoque les nouvelles technologies. La brutalité induite par les jeux en ligne, jeux vidéos ou autres films font débat depuis trois ou quatre décennies. « On ne sait rien de l'impact et en France les passages à l'acte sont quasi inexistants. La chose qui est sûre, c'est qu'il est raisonnable d'éviter d'exposer les moins de 13 ans à ce type d'activité » observe Bastien Cartier, président de Game addict, plateforme spécialisée dans la question de l'addiction au jeu vidéo. Pour l'expert, le risque de débordement peut être largement réduit par la présence d'adultes responsables, capables de catalyser les émotions et réactions qu'entraînent de telles expositions.
Marion, signale quand à elle, l'intrusion des scènes de violence et la pornographie qui apparaissent sur l'écran sans que les jeunes les aient véritablement recherchées. « Mes enfants regardent des dessins animés sur Daily Motion et depuis peu, il y a une coupure pub très violente, comme ça, sans prévenir ». Ce genre d'irruptions peut-il créer des troubles ou une distorsion de la perception de la réalité ? « L'échange d'images érotiques, d'obscénités, de plus en plus fréquent en classe via les smartphones, les Ipad et autres lecteurs multimédias, signe l'incapacité des très jeunes adolescents de distinguer ce qui est privé de ce qui est public. À titre comparatif, on ne faisait pas circuler un magazine porno en plein cours, avant internet. L'immédiateté fait perdre beaucoup de repères », analyse l'enseignante.
Pour Bastien, les violences et leurs impacts se situent à un autre degré. Il constate avec effroi que beaucoup d'adolescents évoquent des sites d'anorexiques, consacrés aux troubles alimentaires, qui fournissent aux jeunes des informations sur la manière de « poursuivre » leur maladie. Il en va de même pour des sites incitant à des conduites suicidaires, ou encore vantant la consommation de drogues et d'alcool. « Ce genre de plateforme semble influencer le comportement des jeunes qui les consultent. Dès lors, je pense qu'il est impératif d'éduquer les jeunes à l'utilisation de ces outils. » Marion abonde : « Je suis réellement favorable au fait que les enseignants prennent la mesure de ce phénomène et y apportent une réponse adéquate. » Quelle est la responsabilité de chacun ?
Un maître mot : la prévention
L'entourage familial est toujours l'atout préventif le plus précieux, particulièrement auprès de jeunes adolescents. Les différentes personnes interrogées sur ce dossier encouragent les parents à s'intéresser activement au lien que leurs enfants entretiennent avec les différents outils multimédias. « Il est essentiel d'ouvrir un dialogue sur l'intérêt qu'ils portent à telle ou telle activité et de suivre l'évolution, sans se montrer intrusif ». Quid des filtres parentaux en tout genre ? « L'utilisation peut apporter un peu de sécurité aux jeunes enfants, mais elle est inutile au moment de l'adolescence » commente Bastien. Selon lui, les jeunes ados peuvent contourner sans trop de soucis, ce dernier rempart à la liberté absolue. « Il est essentiel de laisser un certain espace d'intimité et de liberté aux jeunes et ne pas les contrôler à tout prix » confirme Marion. « Le meilleur filtre, finalement c'est les parents », avance l'enseignante.
En cas d'agression, de harcèlement ou tout autre type de débordement, Jacques Henno encourage à réaliser une saisie d'écran du message en question, afin d'en conserver une preuve. Le spécialiste encourage la famille à entourer son enfant de toute son affection et de bien lui faire comprendre qu'il n'a pas à supporter de tels agissements. Il est inutile de régler la solution par soi-même, les répercussions pourraient être terribles pour la victime. Il est préférable de signaler ces agissements auprès du directeur d'établissement qui pourra alors entamer une campagne de sensibilisation.
À ce propos, Marion insiste sur le fait que L'Éducation nationale doit impérativement proposer une initiation et une sensibilisation aux risques liés aux nouvelles technologies. « Il n'est pas fortuit de rappeler le cadre légal et les risques de dérapages des différentes situations auxquelles les élèves peuvent être confrontés ». Enfin, Bastien invite les professionnels de la Santé à s'interroger lors de consultations avec de jeunes patients, pour des problèmes de fatigue, de sommeil, ou de déprime, sur l'utilisation des outils multimédias. Il recommande la plus grande vigilance en ce qui concerne ces nouveaux joujoux dont on ne connaît pas encore bien l'impact. Ainsi, famille, personnel de Santé et corps enseignant, les dangers liés aux nouvelles technologies nous concernent tous et c'est unis que nous optimiserons leur utilisation.
Dossier réalisé par la MAIF, mars 2013.

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