Étude de dossier portant sur les politiques éducatives (CPE, concours externe, session 2017)

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Énoncé

Thème du dossier : Pédagogie et éducation
« La politique éducative de l'établissement concerne toute la communauté éducative et sa mise en œuvre doit être prise en charge par l'ensemble des personnels de l'établissement. Le projet d'établissement en fixe les priorités à partir d'un diagnostic partagé qui tient compte de la diversité des contextes. Les objectifs des politiques pédagogique et éducative doivent s'articuler de façon cohérente dans le projet d'établissement. »
Extrait de la circulaire du 10 août 2015 portant sur les missions des conseillers principaux d'éducation.

Dans l'optique d'une réunion du conseil pédagogique et à partir du corpus de textes qui vous est proposé, vous rédigerez à l'intention du chef d'établissement d'une cité scolaire collège-lycée avec internat une note de synthèse mettant en évidence les enjeux d'une articulation cohérente entre le travail pédagogique et éducatif au sein de l'établissement.
Puis vous présenterez de façon organisée et rédigée des éléments de projet contribuant à garantir cette cohérence dans l'établissement en question, tout en mettant en avant l'implication de la vie scolaire.
Composition du dossier
Document 1
Extraits de la circulaire de rentrée 2016 n° 2016-058 du 13 avril 2016.
Document 2
Extraits du Référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l'éducation, arrêté du 1er juillet 2013, JO du 18 juillet 2013.
Document 3
Extrait du Référentiel national des internats : « L'internat de la réussite pour tous », annexe de la circulaire n° 2016-076 du 18 mai 2016.
Document 4
Extrait du rapport n° 2012-070 de juillet 2012 de l'Inspection générale : « Les composantes de l'activité professionnelle des enseignants outre l'enseignement dans les classes ».
Document 5
Jean-Paul Delahaye, Le Conseiller principal d'éducation, de la vie scolaire à la politique éducative, Paris, Berger-Levrault, 2016, p. 174-179.
Document 6
Entretien avec Jean-Paul Delahaye, « Les CPE ont une expertise, une qualification en matière éducative qui est indispensable à tous », Le Café pédagogique, juin 2009.
Document 7
Jean-Michel Zakhartchouk, « Chacun son rôle mais en travaillant ensemble », in De la vie scolaire à la vie de l'élève, CRDP de l'académie de Dijon, 2007.
Document 8
Laurent Belin, « Rôle et objectifs du CPE dans l'évaluation des élèves », Recherches et Éducation, 2007.
Document 1
Circulaire de rentrée 2016
NOR : MENE1608893C
Circulaire n° 2016-058 du 13 avril 2016
MENESR – DGESCO A
Texte adressé aux rectrices et recteurs d'académie ; aux inspectrices et inspecteurs d'académie- directrices et directeurs académiques des services de l'Éducation nationale ; aux inspectrices et inspecteurs chargés des circonscriptions du premier degré ; aux inspectrices et inspecteurs de l'Éducation nationale enseignement technique et enseignement général ; aux inspectrices et inspecteurs d'académie-inspectrices et inspecteurs pédagogiques régionaux ; aux chefs d'établissement ; aux professeurs.
Préambule
La refondation de l'École de la République entre dans sa quatrième année. À la rentrée 2016, les évolutions entreprises depuis 2012 sont consolidées et les derniers changements réglementaires importants interviennent : entrée en vigueur des nouveaux programmes de la scolarité obligatoire, réforme du collège et déploiement du plan numérique en classe de cinquième. Ces changements – dont la mise en œuvre mobilise toute la communauté éducative – s'inscrivent dans une cohérence d'ensemble : instaurer une continuité dans le cadre du socle commun de connaissances, de compétences et de culture, et favoriser, pour tous les cycles, un renforcement des apprentissages, et notamment des fondamentaux.
Depuis sa création, l'École est un espace de transmission et de maîtrise du savoir et un lieu profondément républicain. Elle doit cependant devenir plus juste, véritablement démocratique, et incarner pleinement les valeurs d'égalité et de solidarité. Ici réside l'ambition de cette refondation : former chaque élève pour qu'il devienne un citoyen éclairé, instruit, éduqué, autonome, cultivé et porteur des valeurs de la République.
Pour atteindre cet objectif, nous devons concilier des enjeux qui ont parfois été perçus comme contradictoires : connaissances et compétences ; culture personnelle et insertion professionnelle ; acquisition des fondamentaux et projets collectifs. C'est le sens profond des évolutions structurelles et pédagogiques qui ont été engagées. La scolarité constitue un parcours cohérent, où chaque discipline, chaque enseignement, s'inscrit dans une complémentarité avec les autres. Nous donnons ainsi à tous nos élèves les connaissances, les compétences et la culture dont ils ont besoin.
[…]
L'évaluation doit permettre à chaque élève d'identifier ses acquis et ses difficultés afin de pouvoir progresser. Les nouvelles préconisations relatives à l'évaluation des élèves visent ainsi à améliorer l'efficacité des apprentissages. La maîtrise progressive des compétences déclinées par le socle commun s'évalue désormais en cohérence avec les nouveaux programmes d'enseignement, permettant une seule et même évaluation des acquis. Le niveau de maîtrise de chacune des composantes du socle commun de connaissances, de compétences et de culture est apprécié, en fin de cycle, selon une échelle de référence comportant quatre échelons (maîtrise insuffisante, maîtrise fragile, maîtrise satisfaisante et très bonne maîtrise). Les attendus de fin de cycle étant précisés dans les programmes, les équipes enseignantes, les élèves et leurs familles disposent de repères pour mesurer leur acquisition. Les professeurs disposeront en outre d'une banque d'outils d'évaluation leur permettant, pour certaines compétences, d'objectiver le positionnement des élèves sur l'échelle de référence en fin de cycle. En cours de cycle, les modalités de l'évaluation sont laissées à l'appréciation des équipes. Elles constituent un objet de travail essentiel pour les conseils de cycle, à l'école primaire, ou pour le conseil pédagogique, au collège. Pour ce dernier, le positionnement de l'élève peut se faire à travers la notation ou d'autres formes d'évaluation, dès lors que sont clairement explicités les points acquis et ceux restant à consolider avant l'évaluation de fin de cycle.
Pour améliorer la continuité des apprentissages, à l'intérieur de chaque cycle de la scolarité obligatoire puis entre le collège et le lycée, mais aussi en cas de changement d'école ou d'établissement scolaire, un livret scolaire de la scolarité obligatoire est créé pour chaque élève inscrit dans une école ou un collège de l'enseignement public ou privé sous contrat. Ce livret scolaire, qui intègre l'ensemble des formes d'évaluation des connaissances et des compétences, comprend des bilans périodiques, qui se substitueront aux actuels livrets des écoles et aux bulletins des collèges. En outre, ce livret comprendra, à chaque fin de cycle, des bilans de fin de cycle et les attestations obtenues par l'élève à l'école ou au collège. Ce livret scolaire revêtira une forme numérique, avec l'application nationale Livret scolaire unique numérique (LSUN), qui permettra, pour la première fois, de disposer d'un outil numérique national de suivi des acquis de l'élève tout au long de chaque cycle et de l'ensemble de sa scolarité à l'école et au collège.
Le diplôme national du brevet (DNB) évolue parallèlement : son obtention dépendra désormais à la fois des points obtenus par l'élève dans la maîtrise du socle commun de connaissances, de compétences et de culture, appréciée par les équipes pédagogiques à la fin du cycle 4, et de ses résultats aux épreuves d'examen. Le nouveau DNB renforce la cohérence entre les apprentissages du cycle 4, à l'écrit comme à l'oral, et se décline en deux épreuves écrites, autour d'une thématique commune : la première épreuve écrite porte sur les programmes de français, histoire, géographie et enseignement moral et civique ; la deuxième épreuve écrite porte sur les programmes de mathématiques et, selon les sessions, deux des trois disciplines suivantes : physique-chimie, sciences de la vie et de la Terre, technologie. Par ailleurs, une nouvelle épreuve orale porte sur un des projets menés par le candidat dans le cadre des enseignements pratiques interdisciplinaires du cycle 4 ou de l'un des parcours éducatifs.
[…]
3. La réforme du collège
Agir à l'école donc, mais aussi au collège, précisément dans la continuité avec le premier degré. Dans une approche globale, la réforme du collège, qui entrera en vigueur à la rentrée 2016, agit sur tous les leviers pédagogiques pour améliorer la réussite des apprentissages de tous les élèves et leur permettre d'atteindre, au meilleur niveau possible, la maîtrise du socle commun de connaissances, de compétences et de culture.
[…]
Pour favoriser la diversification et la différenciation des pratiques pédagogiques, l'organisation des enseignements disciplinaires est redéfinie en associant les enseignements communs, les enseignements d'accompagnement personnalisé (pour soutenir et approfondir les apprentissages), et les enseignements pratiques interdisciplinaires (pour croiser les connaissances et mettre en œuvre de nouvelles compétences grâce à la démarche de projet et à une approche plus concrète des savoirs). Les apprentissages fondamentaux sont ainsi renforcés tout en étant désormais enseignés selon des modalités diverses, de manière à soutenir la capacité d'apprendre et de progresser de tous les élèves. Les référentiels des quatre parcours éducatifs (parcours citoyen, parcours Avenir, parcours d'éducation artistique et culturelle, parcours éducatif de santé) complètent le corpus curriculaire applicable au collège.
[…]
II. Une École inclusive pour la réussite de tous
[…]
1. Favoriser la réussite de chaque élève grâce à une orientation choisie et préparée
Construire une École juste, c'est offrir à chaque élève la possibilité de choisir et de préparer son orientation. En cela, le parcours Avenir est un levier déterminant. Généralisé dans tous les établissements du second degré depuis la rentrée 2015, il contribue à mieux informer les élèves et à les aider à construire leur projet personnel et professionnel. Pour accompagner les équipes dans la poursuite de sa mise en œuvre, des ressources ont été élaborées et sont disponibles sur Éduscol et le site de l'Onisep. Si le parcours Avenir s'adresse à l'ensemble des élèves de la sixième à la terminale, il devra tout particulièrement, dès la rentrée 2016, pour sa deuxième année d'existence, s'articuler étroitement avec la réforme du collège.
[…]
Pour garantir une égalité des chances à l'accès à l'enseignement supérieur en vue d'une insertion professionnelle ambitieuse et durable, la seule interaction avec APB ne suffit pas. Le soutien des enseignants, du conseiller d'orientation ou encore du CPE est essentiel pour aider l'élève et sa famille à choisir son orientation. Pour anticiper l'aide à apporter aux lycéens, il revient à chaque responsable d'établissement de faire en sorte que les vœux des élèves émis sur APB soient désormais accessibles aux enseignants, afin de les informer automatiquement des situations susceptibles d'être problématiques : absence de vœux, vœux non cohérents avec le potentiel du jeune, etc. Cinq académies expérimentent un traitement académique des situations les plus difficiles repérées par les enseignants. L'analyse de cette expérimentation devra permettre une première extension de ce dispositif pour cette nouvelle année.
[…]
3. Contribuer activement à la lutte contre les inégalités sociales
[…]
Si les inégalités sociales se traduisent souvent par des inégalités scolaires, elles peuvent aussi être discriminantes en matière de santé des élèves. Or, celle-ci, envisagée dans toutes ses dimensions – physique, psychique, sociale et environnementale –, est un facteur important de la réussite éducative. Destiné à tous les élèves, le parcours éducatif de santé (PES) se déploie à la rentrée 2016 dans toutes les écoles et tous les établissements ; il vise ainsi à préparer les élèves à vivre en société et à devenir des citoyens responsables au travers des actions engagées dans le cadre de la promotion de la santé à l'École. Assurées par tous les personnels dans le respect des missions de chacun, celles-ci prennent place, en associant les parents, au sein de la politique de santé à l'École via l'éducation à la santé, la prévention et la protection. La cellule académique chargée des partenariats associe les écoles supérieures du professorat et de l'éducation (ESPE), les agences régionales de santé (ARS) et les collectivités territoriales ; elle peut également mobiliser les comités départementaux d'éducation à la santé et à la citoyenneté (CDESC) pour la mise en place du parcours éducatif de santé.
[…]
III. Une École qui fait vivre les valeurs de la République
1. Mobiliser le parcours citoyen au service des objectifs pédagogiques et éducatifs de l'École
Entré en vigueur en septembre 2015 dans toutes les classes, de l'école élémentaire à la classe de terminale, le parcours citoyen vise à la construction d'un jugement moral et civique, à l'acquisition d'un esprit critique et d'une culture de l'engagement. Ce parcours, dont les finalités et modalités de mise en œuvre sont précisées dans un référentiel à paraître, doit structurer les apprentissages et les expériences de l'élève autour de trois axes : des connaissances dispensées dans le cadre des enseignements (l'enseignement moral et civique et l'enseignement de la défense, mais également tous les autres champs disciplinaires tels que l'éducation physique et sportive, les enseignements artistiques, l'histoire-géographie, etc.) ; des rencontres avec des acteurs ou des institutions à dimension citoyenne (sans négliger, au sein des établissements, les instances collégiales ou l'association sportive) ; des engagements dans des projets ou actions éducatives à dimension citoyenne dans lesquels la participation à une cérémonie commémorative, la visite d'un lieu de mémoire, l'étude d'une œuvre ou toute autre action relevant du champ mémoriel trouveront toute leur place. Les réservistes citoyens de l'Éducation nationale sont une ressource supplémentaire essentielle pour contribuer, aux côtés des enseignants et en appui aux écoles et établissements, à l'ensemble des actions se rapportant au parcours citoyen. Le portail « Valeurs de la République » mis en ligne par Réseau Canopé fin 2015 met à la disposition des enseignants un ensemble de ressources pédagogiques pour conduire le travail avec les classes.
L'éducation aux médias et à l'information (EMI) contribue à la construction du parcours citoyen, dès l'école primaire. Inscrite de manière explicite dans les programmes des disciplines et dans le nouveau socle commun de connaissances, de compétences et de culture, elle fait l'objet d'une des thématiques des enseignements pratiques interdisciplinaires du cycle 4. L'ensemble des disciplines est ainsi mobilisé pour mettre en œuvre l'EMI en collaboration étroite avec le professeur documentaliste qui apporte son expertise et ses compétences dans ce domaine. Le ministère et ses partenaires proposent de nombreuses ressources pédagogiques sur le site Éduscol pour aider les enseignants.
Pour assurer un suivi individuel du parcours citoyen et valoriser les initiatives et actions qui le composent, l'outil numérique Folios est déployé dans l'ensemble des académies. À compter de la rentrée 2016, ainsi que l'a annoncé le Président de la République le 11 janvier 2016 lors de ses vœux à la jeunesse et aux forces de l'engagement, chaque élève recevra à 16 ans un livret citoyen.
2. Renforcer la transmission des valeurs de la République
Les valeurs de notre République et de notre système éducatif s'expriment à l'École selon le principe de laïcité, particulièrement mis en valeur à l'occasion de la journée du 9 décembre, date anniversaire de la loi de 1905, mais également dans l'ensemble des enseignements et des initiatives, menées à l'échelle de la classe, de l'école ou de l'établissement, qui concourent, tout au long de l'année, à l'éducation à la citoyenneté. La formation de l'ensemble des personnels relative au principe de laïcité, aux valeurs et aux principes qui fondent les sociétés démocratiques doit à cet égard être poursuivie.
L'appropriation par les élèves de ces principes et valeurs énoncés dans les programmes d'enseignement moral et civique doit trouver une expression concrète, notamment par la participation aux instances de la vie collégienne et lycéenne. Pour leur assurer la meilleure visibilité, toutes les élections des représentants des élèves au sein de ces instances seront regroupées, comme lors des deux dernières années écoulées, dans le cadre de la Semaine de la démocratie scolaire.
La circulaire « Pour un acte II de la vie lycéenne » détaille une série de mesures destinées à favoriser l'engagement des élèves au lycée : partage de bonnes pratiques, publication d'une charte des droits des lycéens, valorisation de l'engagement, mise à disposition de volontaires en service civique pour accompagner les initiatives des élèves, amélioration du suivi, à l'aide d'un questionnaire annuel renseigné par tous les établissements. Il convient d'accompagner cette dynamique nouvelle en faveur de la vie lycéenne, élément essentiel à l'amélioration du climat scolaire au lycée.
[…]
Conclusion
Cette rentrée, avec ses changements et ses évolutions structurelles, doit donc nous permettre de concrétiser une refondation nécessaire, pour avoir, en ce xxie siècle débutant, une École à la hauteur des défis et des bouleversements qui nous attendent, une École qui aura su changer, tout en conservant ce qui fait sa valeur depuis plus d'un siècle : la formation, la transmission des savoirs et l'éducation. Chaque acteur du système éducatif doit prendre toute sa part de cette démarche collective.
La ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche
Najat Vallaud-Belkacem
Document 2
Formation des enseignants
Référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l'éducation
NOR : MENE1315928A
Arrêté du 1er juillet 2013 – JO du 18 juillet 2013
MEN – DGESCO A3-3
Vu Code de l'éducation ; décret n° 70-738 du 12-8-1970 modifié ; décret n° 72-580 du 4-7-1972 modifié ; décret n° 72-581 du 4-7-1972 modifié ; décret n° 80-627 du 4-8-1980 modifié ; décret n° 90-680 du 1-8-1990 modifié ; décret n° 92-1189 du 6-11-1992 modifié ; décret n° 94-874 du 7-10- 1994 modifié ; avis du Haut Conseil de l'éducation du 11-3-2013 ; avis du CSE du 6-6-2013.
[…]
Annexe
Référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l'éducation
Refonder l'école de la République, c'est garantir la qualité de son service public d'éducation et, pour cela, s'appuyer sur des personnels bien formés et mieux reconnus.
Les métiers du professorat et de l'éducation s'apprennent progressivement dans un processus intégrant des savoirs théoriques et des savoirs pratiques fortement articulés les uns aux autres.
Ce référentiel de compétences vise à :
1. affirmer que tous les personnels concourent à des objectifs communs et peuvent ainsi se référer à la culture commune d'une profession dont l'identité se constitue à partir de la reconnaissance de l'ensemble de ses membres ;
2. reconnaître la spécificité des métiers du professorat et de l'éducation, dans leur contexte d'exercice ;
3. identifier les compétences professionnelles attendues. Celles-ci s'acquièrent et s'approfondissent au cours d'un processus continu débutant en formation initiale et se poursuivant tout au long de la carrière par l'expérience professionnelle accumulée et par l'apport de la formation continue.
[…]
Compétences communes à tous les professeurs et personnels d'éducation
Les professeurs et les personnels d'éducation mettent en œuvre les missions que la nation assigne à l'École. En leur qualité de fonctionnaires et d'agents du service public d'éducation, ils concourent à la mission première de l'École qui est d'instruire et d'éduquer afin de conduire l'ensemble des élèves à la réussite scolaire et à l'insertion professionnelle et sociale.
[…]
1. Faire partager les valeurs de la République
  • Savoir transmettre et faire partager les principes de la vie démocratique ainsi que les valeurs de la République : la liberté, l'égalité, la fraternité ; la laïcité ; le refus de toutes les discriminations.
  • Aider les élèves à développer leur esprit critique, à distinguer les savoirs des opinions ou des croyances, à savoir argumenter et à respecter la pensée des autres.
2. Inscrire son action dans le cadre des principes fondamentaux du système éducatif et dans le cadre réglementaire de l'école
[…]
Les professeurs et les personnels d'éducation, pédagogues et éducateurs au service de la réussite de tous les élèves
La maîtrise des compétences pédagogiques et éducatives fondamentales est la condition nécessaire d'une culture partagée qui favorise la cohérence des enseignements et des actions éducatives.
3. Connaître les élèves et les processus d'apprentissage
  • Connaître les concepts fondamentaux de la psychologie de l'enfant, de l'adolescent et du jeune adulte.
  • Connaître les processus et les mécanismes d'apprentissage, en prenant en compte les apports de la recherche.
  • Tenir compte des dimensions cognitive, affective et relationnelle de l'enseignement et de l'action éducative.
4. Prendre en compte la diversité des élèves
  • Adapter son enseignement et son action éducative à la diversité des élèves.
  • Travailler avec les personnes ressources en vue de la mise en œuvre du « projet personnalisé de scolarisation » des élèves en situation de handicap.
  • Déceler les signes du décrochage scolaire afin de prévenir les situations difficiles.
5. Accompagner les élèves dans leur parcours de formation
  • Participer à la construction des parcours des élèves sur les plans pédagogique et éducatif.
  • Contribuer à la maîtrise par les élèves du socle commun de connaissances, de compétences et de culture.
  • Participer aux travaux de différents conseils (conseil des maîtres, conseil de cycle, conseil de classe, conseil pédagogique, etc.), en contribuant notamment à la réflexion sur la coordination des enseignements et des actions éducatives.
  • Participer à la conception et à l'animation, au sein d'une équipe pluri-professionnelle, des séquences pédagogiques et éducatives permettant aux élèves de construire leur projet de formation et leur orientation.
6. Agir en éducateur responsable et selon des principes éthiques
  • Accorder à tous les élèves l'attention et l'accompagnement appropriés.
  • Éviter toute forme de dévalorisation à l'égard des élèves, des parents, des pairs et de tout membre de la communauté éducative.
  • Apporter sa contribution à la mise en œuvre des éducations transversales, notamment l'éducation à la santé, l'éducation à la citoyenneté, l'éducation au développement durable et l'éducation artistique et culturelle.
  • Se mobiliser et mobiliser les élèves contre les stéréotypes et les discriminations de tout ordre, promouvoir l'égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes.
  • Contribuer à assurer le bien-être, la sécurité et la sûreté des élèves, à prévenir et à gérer les violences scolaires, à identifier toute forme d'exclusion ou de discrimination, ainsi que tout signe pouvant traduire des situations de grande difficulté sociale ou de maltraitance.
  • Contribuer à identifier tout signe de comportement à risque et contribuer à sa résolution.
  • Respecter et faire respecter le règlement intérieur et les chartes d'usage.
  • Respecter la confidentialité des informations individuelles concernant les élèves et leurs familles.
7. Maîtriser la langue française à des fins de communication
  • Utiliser un langage clair et adapté aux différents interlocuteurs rencontrés dans son activité professionnelle.
  • Intégrer dans son activité l'objectif de maîtrise de la langue orale et écrite par les élèves.
8. Utiliser une langue vivante étrangère dans les situations exigées par son métier
  • Maîtriser au moins une langue vivante étrangère au niveau B2 du cadre européen commun de référence pour les langues.
  • Participer au développement d'une compétence interculturelle chez les élèves.
9. Intégrer les éléments de la culture numérique nécessaires à l'exercice de son métier
  • Tirer le meilleur parti des outils, des ressources et des usages numériques, en particulier pour permettre l'individualisation des apprentissages et développer les apprentissages collaboratifs.
  • Aider les élèves à s'approprier les outils et les usages numériques de manière critique et créative.
  • Participer à l'éducation des élèves à un usage responsable d'Internet.
  • Utiliser efficacement les technologies pour échanger et se former.
Les professeurs et les personnels d'éducation, acteurs de la communauté éducative
Les professeurs et les personnels d'éducation font partie d'une équipe éducative mobilisée au service de la réussite de tous les élèves dans une action cohérente et coordonnée.
10. Coopérer au sein d'une équipe
  • Inscrire son intervention dans un cadre collectif, au service de la complémentarité et de la continuité des enseignements comme des actions éducatives.
  • Collaborer à la définition des objectifs et à leur évaluation.
  • Participer à la conception et à la mise en œuvre de projets collectifs, notamment, en coopération avec les psychologues scolaires ou les conseillers d'orientation psychologues, le parcours d'information et d'orientation proposé à tous les élèves.
11. Contribuer à l'action de la communauté éducative
  • Savoir conduire un entretien, animer une réunion et pratiquer une médiation en utilisant un langage clair et adapté à la situation.
  • Prendre part à l'élaboration du projet d'école ou d'établissement et à sa mise en œuvre.
  • Prendre en compte les caractéristiques de l'école ou de l'établissement, ses publics, son environnement socio-économique et culturel, et identifier le rôle de tous les acteurs.
  • Coordonner ses interventions avec les autres membres de la communauté éducative.
12. Coopérer avec les parents d'élèves
[…]
13. Coopérer avec les partenaires de l'école
[…]
14. S'engager dans une démarche individuelle et collective de développement professionnel
  • Compléter et actualiser ses connaissances scientifiques, didactiques et pédagogiques.
  • Se tenir informé des acquis de la recherche afin de pouvoir s'engager dans des projets et des démarches d'innovation pédagogique visant à l'amélioration des pratiques.
  • Réfléchir sur sa pratique – seul et entre pairs – et réinvestir les résultats de sa réflexion dans l'action.
  • Identifier ses besoins de formation et mettre en œuvre les moyens de développer ses compétences en utilisant les ressources disponibles.
[…]
Compétences spécifiques aux conseillers principaux d'éducation
[…]
Les conseillers principaux d'éducation, conseillers de l'ensemble de la communauté éducative et animateurs de la politique éducative de l'établissement
Fondant leur action sur la connaissance de la situation individuelle et collective des élèves, les conseillers principaux d'éducation concourent, au plus près des réalités scolaires et sociales de l'établissement, à la définition de la politique éducative. Comme tous les membres de la communauté éducative, ils contribuent à expliciter, faire comprendre et accepter les règles de vie et de droit en vigueur au sein de l'établissement.
[…]
C 2. Garantir, en lien avec les autres personnels, le respect des règles de vie et de droit dans l'établissement
  • Participer à l'élaboration du règlement intérieur et à son application.
  • Promouvoir, auprès des élèves et de leurs parents, les principes d'organisation et les règles de vie, dans un esprit éducatif.
  • Contribuer à l'enseignement civique et moral de l'élève ainsi qu'à la qualité du cadre de vie et d'étude.
[…]
C 3. Impulser et coordonner le volet éducatif du projet d'établissement
[…]
  • Élaborer et mettre en œuvre des démarches de prévention et connaître les missions des partenaires de l'établissement pour la lutte contre la violence et l'éducation à la santé (CESC).
[…]
  • Contribuer activement au développement de l'animation socio-éducative et à la mise en œuvre d'une politique de formation à la responsabilité dans le cadre du projet d'établissement.
[…]
C 5. Accompagner le parcours de l'élève sur les plans pédagogique et éducatif
[…]
  • Contribuer au suivi de la vie de la classe, notamment en prenant part aux réunions d'équipes pédagogiques et éducatives ainsi qu'au conseil des professeurs et au conseil de classe et en collaborant à la mise en œuvre des projets.
  • Participer aux travaux du conseil pédagogique, notamment en contribuant aux projets transversaux discutés et préparés dans ce conseil.
  • Connaître les compétences des différents intervenants dans la prévention du décrochage.
C 6. Accompagner les élèves, notamment dans leur formation à une citoyenneté participative
  • Encourager et coordonner les initiatives des élèves dans le cadre de la vie lycéenne ou collégienne et créer une dynamique d'échanges et de collaboration entre eux notamment en prenant appui sur les enseignements civiques, juridiques et sociaux.
  • Veiller à la complémentarité des dispositifs se rapportant à la citoyenneté participative et représentative, favoriser la participation des élèves aux instances représentatives et contribuer à leur animation (CVL, CESC, délégués de classe, conférence des délégués, conseil d'administration, commission permanente, conseil de discipline, etc.).
  • Assurer la formation des délégués élèves.
  • Accompagner les élèves dans la prise de responsabilités, en utilisant notamment le foyer socio-éducatif et la maison des lycéens comme espace d'apprentissage et d'éducation à la citoyenneté. Impulser et favoriser la vie associative et culturelle.
C 7. Participer à la construction des parcours des élèves
  • Contribuer avec les enseignants et avec le concours des assistants d'éducation aux dispositifs d'accompagnement des élèves.
  • Assurer la liaison avec les responsables de la prise en charge complémentaire des élèves hors temps scolaire dans les collèges ou lycées à organisation pédagogique aménagée (classes à horaires aménagés, sections sportives, pôles sportifs de haut niveau).
  • Contribuer, avec les enseignants, les professeurs documentalistes et les conseillers d'orientation psychologues, au conseil et à l'accompagnement des élèves dans l'élaboration de leur projet personnel.
Les conseillers principaux d'éducation, acteurs de la communauté éducative
Les conseillers principaux d'éducation sont appelés à coopérer avec de nombreux partenaires, à participer à des rencontres collectives auxquelles les parents sont associés et à contribuer aux actions éducatives culturelles, notamment artistiques, scientifiques et sportives.
C 8. Travailler dans une équipe pédagogique
  • Coopérer avec les professeurs pour élaborer des situations d'apprentissage en vue de développer et d'évaluer les compétences visées (socle commun de connaissances, de compétences et de culture, référentiels professionnels, etc.).
  • Contribuer à l'élaboration du volet éducatif du projet d'établissement.
  • Contribuer à faciliter la continuité des parcours des élèves et à la prise en compte des transitions d'un cycle à l'autre.
Document 3
Extrait du Référentiel national des internats : « L'internat de la réussite pour tous », annexe de la circulaire n° 2016-076 du 18 mai 2016
3. Un projet pédagogique et éducatif exigeant, fruit d'un travail collectif
Chaque internat construit un projet pédagogique et éducatif exigeant, rassurant et bienveillant
Le projet pédagogique et éducatif de l'internat est un projet exigeant, rassurant et bienveillant. Après avoir reçu l'avis du conseil pédagogique, il est présenté et adopté en conseil d'administration.
Le projet pédagogique et éducatif veille dans l'emploi du temps des internes à la cohérence et à la complémentarité entre les activités pédagogiques et les activités éducatives ainsi qu'à la continuité des apprentissages entre les unes et les autres. Le temps périscolaire est organisé de manière à prendre en compte les besoins des internes : études, activités éducatives, artistiques, sportives et culturelles, temps libre.
Le projet pédagogique et éducatif énonce les conditions susceptibles de favoriser le bien-être de l'élève ainsi que les modalités pour associer et impliquer les parents dans le suivi de la scolarité de leur enfant. Tous les personnels sont sensibilisés aux questions du climat scolaire. Ils veillent au bien-être des internes. Ils doivent en particulier veiller à la prévention des violences, à la lutte contre le harcèlement. La prévention des conduites à risque et notamment des conduites addictives doit constituer une priorité.
Le projet pédagogique et éducatif définit précisément les missions de chaque membre de la communauté éducative, et en particulier celles des assistants d'éducation. Il indique les modalités pratiques de travail entre chacun de ces membres, notamment entre l'équipe de jour et l'équipe de nuit, afin d'assurer un suivi efficace de chacun des internes.
Un espace dédié aux ressources de documentation et d'information de l'établissement doit être ouvert sur une plage horaire la plus large possible. Le chef d'établissement organise les conditions nécessaires pour en garantir l'accès. L'usage d'Internet est encadré par l'établissement et peut faire l'objet d'un contrat signé par l'élève lorsqu'il n'est pas précisé par le règlement intérieur. L'offre de services numériques (ENT, D'Col, EduThèque, Prep'Exam, etc.), et plus particulièrement les ressources conçues pour accompagner les élèves et leurs parents hors de l'établissement, est accessible aux internes.
Un projet pédagogique et éducatif riche pour la réussite scolaire et éducative
Le projet pédagogique et éducatif rappelle la priorité de la maîtrise de la langue française comme langue d'enseignement.
En complément des obligations réglementaires et afin d'améliorer la pratique d'une langue étrangère, il favorise les projets permettant l'ouverture sur l'Europe, le monde et les autres cultures.
Le projet pédagogique et éducatif propose une politique artistique et culturelle qui éveille la curiosité des élèves, concourt à la formation de leur jugement et développe leur sensibilité tout en permettant une ouverture à des éléments culturels parfois absents du milieu d'origine.
Le projet pédagogique et éducatif prévoit une éducation aux médias qui, outre une meilleure compréhension de l'environnement politique, économique, social et culturel dans lequel se trouve l'élève, permet la construction et l'exercice de son esprit critique.
Afin de promouvoir les vocations scientifiques et technologiques, les enseignements scientifiques et la culture scientifique et technologique font l'objet d'une attention particulière dans le cadre du projet pédagogique et éducatif. Ils impulsent une initiation à la démarche d'investigation tout en apprenant à agir dans une démarche de développement durable.
Source de bien-être, l'éducation physique et sportive permet à chacun d'améliorer ses possibilités d'adaptation motrice, d'action et de réaction à son environnement physique et humain. Grâce à sa dimension collective, elle vise notamment à promouvoir des valeurs de respect (de soi, des autres, et de l'environnement par l'appropriation des règles) et de solidarité. Les disciplines sportives s'exercent en fonction des possibilités des territoires (partenariat avec les collectivités territoriales, présence de clubs et associations, etc.).
Document 4
Extrait du rapport n° 2012-070 – juillet 2012
Les composantes de l'activité professionnelle des enseignants outre l'enseignement dans les classes
Inspection générale de l'Éducation nationale
Inspection générale de l'administration de l'Éducation nationale et de la Recherche
3.2. Quarante années de rapports et de propositions : une analyse approfondie de la situation, une impuissance à la faire évoluer
[…]
3.2.1. De 1972 à 2004, des analyses et des propositions convergentes
3.2.1.1. Des éléments de diagnostic récurrents
[…]
Les éléments de diagnostic présentent une belle continuité :
  • dès 1972, il est question de « crise du rapport pédagogique » : jadis, le professeur « trouvait dans sa classe une évidence immédiate de sa propre valeur » et l'acte pédagogique était conçu comme « sacerdoce culturel » avant de se définir comme réponse aux besoins des élèves. On trouve cette analyse reconduite avec insistance dans tous les rapports ; on peut adopter pour la résumer la formule du rapport de François Dubet et alii qui conclut à une « distance entre les idéaux et la réalité ». Quand les élèves sont plus « difficiles », le métier est vécu comme plus difficile ; le rapport Obin insiste : « Le moral, le sentiment de bien ou mal faire, l'autoévaluation permanente de la réussite professionnelle, le plaisir et parfois la souffrance quotidienne, bref, l'essentiel du vécu du métier s'ancre d'abord dans ces relations quasi quotidiennes avec les élèves. » ;
  • dès 1972, la commission Joxe insiste sur un autre thème, le cloisonnement excessif des disciplines, qui sera repris sous des formes variées par les rapports ultérieurs où la critique de l'encyclopédisme est présente sous deux facettes : la lourdeur des programmes et la juxtaposition de leurs composantes ;
  • la séparation des fonctions est également regrettée tout au long de la période : c'est autour du rapport entre instruction et éducation que le débat est nourri. Les propos s'orientent différemment selon le sens donné au mot « éducation ». Celui-ci désigne la formation globale des élèves, ce qui suppose un encadrement de leur travail au-delà des cours dispensés et une aide que les professeurs n'apportent pas ou insuffisamment, mais aussi le maintien de la discipline pour éviter le débordement de certains comportements. Il est reproché aux professeurs de vouloir se cantonner dans l'instruction alors qu'ils disent n'avoir jamais consacré autant de temps à cette action disciplinaire, la pacification de la classe étant une condition essentielle pour pouvoir y installer son enseignement. Cette problématique est plus vive pour les professeurs qui enseignent dans les établissements situés en milieu défavorisé, voire difficile ;
  • le travail en équipe est jugé insuffisant ; pour reprendre les qualificatifs du rapport Obin, la collaboration entre enseignants d'une part, entre enseignants et autres personnels d'autre part, est trop souvent « informelle, précaire » et fondée « sur une base plus élective qu'institutionnelle » ;
  • dans les années 1980 apparaissent les thèmes de l'accumulation des tâches et de la représentation troublée du métier d'enseignant, ceux de la dégradation de l'image de l'école et des enseignants dans la société. Le rapport Lesourne explique ainsi « une triple dévalorisation du corps enseignant : ses effectifs le déchoient de la position d'élite ; son état l'infériorise dans la course ouverte à la constitution de nouvelles élites, notamment des affaires et du pouvoir ; enfin, l'essentiel de son métier est terriblement altéré par l'adaptation qui doit en être faite à des masses d'élèves hétérogènes ».
3.2.1.2. Des préconisations convergentes
Les rapports Lesourne et Thélot insistent sur la solidarité entre évolution de la condition enseignante et évolution globale du système éducatif. La commission Thélot, souhaitant que les enseignants soient « reconnus » et « convaincus de l'importance de leur mission et des principes sur lesquels elle repose », estime qu'« il faut sans doute ancrer davantage l'action des personnels dans la vision d'une École au service d'un véritable projet politique démocratique et républicain ».
La formation et la professionnalisation des professeurs apparaissent partout comme des éléments fondamentaux pour l'évolution de leur situation ; nous ne traiterons pas ici de ce thème extérieur à notre sujet d'étude même s'il lui est lié et nous nous limiterons à rappeler trois orientations présentes sous des formes et avec une pondération différentes dans tous les rapports.
Une redéfinition du cœur de métier
Dès 1972, le rapport Joxe en appelle à une conception élargie du métier : la fonction enseignante est une fonction éducative, il s'agit de « former les esprits ». « Les élèves demandent non seulement qu'on leur apprenne des savoirs, mais qu'on les aide à s'éduquer, c'est-à-dire à grandir et à devenir indépendants ».
« Éduquer, c'est d'abord apporter aux élèves la stabilité et la sécurité qui leur est nécessaire pour grandir et se former. Or nul ne peut apporter la sécurité s'il ne la ressent lui-même », explique le rapport de la commission Thélot qui présente la confiance retrouvée des professeurs comme un élément déterminant de leur efficacité.
Le rapport Legrand distingue, parmi toutes les autres tâches de l'enseignant, celles qui s'exercent avec les élèves (avec et non devant, le rapport le précise) ; la « pédagogie différenciée » et le tutorat, maître-mot du rapport, doivent permettre de prendre en charge les élèves tels qu'ils sont. Cette conception n'est pas fondamentalement éloignée de celle qu'exprime le rapport Prost en insistant sur l'importance de l'encadrement du travail personnel des élèves et sur la nécessité de recentrer la problématique sur les activités de l'élève (l'étude) et non plus sur celle du professeur.
Pour favoriser les relations entre disciplines et construire une cohérence globale en lieu et place d'« un enseignement en miettes » (selon les mots de la commission Joxe), les divers rapports en appellent à un réel travail en commun des professeurs, avec un accent très fort sur le caractère pluridisciplinaire des équipes. Le rapport Legrand préconise la « bivalence fonctionnelle » des professeurs de collège pour favoriser vraiment l'interdisciplinarité. La commission Thélot, qui propose que le cycle d'approfondissement intègre la classe de sixième au dernier cycle actuel de l'école primaire, suggère à la fois « une certaine spécialisation » des professeurs des écoles qui exerceraient dans ce cycle et « une certaine polyvalence » des professeurs du second degré. Le rapport Lesourne s'interroge sur le maintien ou non de la polyvalence des enseignants du premier degré considérée comme « un dogme fondé sur la globalité de l'acte éducatif » mais potentiellement remise en question par « les exigences techniques de certains enseignements », « la spécialisation inhérente à la formation universitaire », « le développement du travail en équipe » ; la référence aux contraintes structurelles – le nombre des petites écoles rurales – tranche le débat car il serait trop coûteux et difficile d'organiser le service autrement en milieu rural.
Document 5
Jean-Paul Delahaye, Le Conseiller principal d'éducation, de la vie scolaire à la politique éducative, Paris, Berger-Levrault, 2016, p. 174-179.
SECTION 2 : Le besoin d'éducation dans les établissements publics locaux d'enseignement
SOUS-SECTION 1 : Le poids de l'éducatif
196 La mission d'éducation et de socialisation. Dans leur rapport n° 2006-100 daté de décembre 2006, intitulé L'EPLE et ses missions(1), l'Inspection générale de l'Éducation nationale et l'Inspection générale de l'administration de l'Éducation nationale et de la Recherche soulignent l'importance accrue de la mission d'éducation et de socialisation : « Cette mission, écrivent les auteurs, n'est pas dissociable de la mission d'enseignement, cela ne fait de doute pour personne. Un chef d'établissement le déclare, "l'éducatif pèse de plus en plus ; une journée en collège pour une équipe de direction, ce n'est pratiquement que cela". »
197 Une mission première. Selon les auteurs du rapport, « le rôle social et éducatif de l'école pèse souvent autant désormais, en poids relatif, que sa mission première d'enseignement et de transmission des connaissances ». L'article L. 111-1 du Code de l'éducation le dit avec force : « Outre la transmission des connaissances, la Nation fixe comme mission première à l'école de faire partager aux élèves les valeurs de la République. Le service public de l'éducation fait acquérir à tous les élèves le respect de l'égale dignité des êtres humains, de la liberté de conscience et de la laïcité. Par son organisation et ses méthodes, comme par la formation des maîtres qui y enseignent, il favorise la coopération entre les élèves. Dans l'exercice de leurs fonctions, les personnels mettent en œuvre ces valeurs. »
198 Une demande accrue. En effet, écrivent les inspections générales, de plus en plus d'enfants ont besoin d'être écoutés, certains sont en véritable souffrance. Sur 250 000 mineurs bénéficiant, en France, de mesures de protection de l'enfance, certains sont appelés « incasables », les dispositifs scolaires, sociaux, médicaux et judiciaires paraissant dépassés pour eux. Mais, au-delà de ces cas extrêmes, les inspecteurs généraux soulignent que « les personnels passent beaucoup de temps avec des élèves qui ont des problèmes de comportement. Le nombre d'élèves aidés de différentes manières (sur le plan éducatif, social et sanitaire) augmente, la paupérisation s'accroît dans certains secteurs sans que les fonds sociaux suivent cette évolution. De plus, les élèves et leurs parents ne sont pas toujours "en phase" avec les repères mis en place dans l'établissement et les ignorent ou les contestent violemment en ayant recours aux tribunaux. Entre familles d'élèves décrocheurs et familles consommatrices d'école comme d'un produit commercial, les EPLE doivent accomplir un énorme travail » pour convaincre de partager des valeurs de base de l'école : assiduité, ponctualité, travail, respect des règles qui s'imposent à tous.
199 Les obstacles qui limitent l'action des établissements. Toujours selon le rapport des inspections générales, « les EPLE et leurs personnels ont parfois bien des difficultés à accomplir cette mission de transmission et de partage des valeurs dans une société qui, trop souvent, les déconsidère par les exemples qu'elle véhicule ». De plus, notent les inspections générales, des établissements sont parfois submergés par l'ampleur que peuvent prendre les problèmes de vie scolaire. « Les évaluations de l'enseignement dans les académies conduites par les deux inspections générales montrent que l'activité des établissements scolaires dans ce domaine est principalement tournée vers la lutte contre l'absentéisme et l'indiscipline, qui occupe une part croissante du temps d'activité des CPE. Quant à la transmission des valeurs, elle semble reposer davantage sur des outils (règlement intérieur, conseil de la vie lycéenne – CVL, etc.) que sur une véritable stratégie. L'EPLE agit souvent dans l'urgence et de manière curative face au décrochage, au mal-être familial des élèves, aux problèmes de santé. Pourtant, certaines académies connaissent quelques réussites, notamment pour ce qui concerne une meilleure maîtrise des phénomènes d'indiscipline. L'une d'elles l'a intégrée dans les projets d'établissement de manière dynamique ; une autre dispose de 60 fiches pratiques dans ce domaine.
Par ailleurs, beaucoup d'EPLE, notamment ceux situés dans des contextes difficiles (y compris parfois en zone rurale ou de "rurbanisation"), ne parviennent à prendre la mesure de ces difficultés qu'à travers un investissement marqué – et très prenant – dans la tâche d'éducation : apprentissage du respect de la règle ; prévention des incivilités, de la violence et de conduites à risques, qui nécessitent l'animation de structures telles que les CESC ou le recours éventuel à des dispositifs relais ; toutes formules qui impliquent la mobilisation de divers acteurs de la "communauté éducative", particulièrement des personnels d'éducation, des assistantes sociales, du personnel infirmier, des médecins scolaires, outre le concours d'intervenants extérieurs (police/gendarmerie, PJJ, etc.). Dans certains cas, l'internat apparaît à nouveau comme une formule finalement préférable au maintien de l'enfant dans son milieu familial. »
200 Une personnalisation renforcée de l'action éducative. Prenant la mesure de l'insuffisance du traitement de la difficulté scolaire par zone, comme cela a été le cas avec les zones d'éducation prioritaires, la loi d'orientation et de programme pour l'avenir de l'école du 23 avril 2005 a préconisé une personnalisation de l'aide à l'élève en difficulté, à travers, notamment, les programmes personnalisés de réussite éducative (PPRE) que précise le décret n° 2005-1013 du 24 août 2005 : « À tout moment de la scolarité obligatoire, lorsqu'il apparaît qu'un élève risque de ne pas maîtriser les connaissances et les compétences indispensables à la fin d'un cycle, le directeur d'école ou le chef d'établissement propose aux parents ou au responsable légal de l'élève de mettre en place un PPRE. » Désormais, autour de chaque élève rencontrant des difficultés scolaires, se constitue une équipe de personnels qui, en lien avec l'élève et ses responsables légaux, propose d'atteindre des objectifs simples en termes de compétences dans les champs disciplinaires, de savoir-être et de savoir-faire en fonction d'un diagnostic établi par l'équipe. La réforme du collège applicable en 2016 approfondit cette démarche en renforçant l'accompagnement individuel pour tous les élèves, avec trois heures hebdomadaires en 6e et une heure au moins en 5e, 4e et 3e. Cet accompagnement individuel pour chaque élève permet l'explicitation des attendus, l'approfondissement, l'entraînement, la construction de l'autonomie.
Dans un cadre différent, mais dans le même esprit, les élèves présentant des comportements incompatibles avec la sérénité des apprentissages bénéficient d'une fiche hebdomadaire de suivi, où, à chaque heure d'enseignement, le professeur note le degré d'atteinte des objectifs comportementaux et qui donne lieu, en fin de journée, à un entretien de bilan entre l'élève et le CPE, les parents signant chaque soir la fiche. La mise en place de cette mesure et sa levée ou sa reconduction donnent lieu également à entretien entre responsables légaux, CPE et professeur principal.
Si l'on ajoute à ces deux exemples le développement du tutorat, encore renforcé avec les rénovations et réformes au lycée professionnel et au lycée d'enseignement général et technologique, ou encore la mise en place de personnels de vie scolaire référents pour tel ou tel élève, on perçoit nettement que cette individualisation de la démarche est certes propice au travail d'équipe, notamment entre enseignants et personnels de vie scolaire, mais qu'elle est également une incitation permanente pour chacun à quitter une approche exclusivement spécialisée pour envisager l'élève dans sa globale complexité et travailler en équipe pluridisciplinaire à sa réussite.
SOUS-SECTION 2 : Les difficultés à surmonter pour concevoir et conduire une action éducative de qualité
201 Des facteurs aggravants. « Depuis vingt ans, observent les inspections générales dans leur rapport sur l'EPLE et ses missions (déc. 2006), la mission d'éducation et de socialisation confiée aux EPLE est devenue plus difficile, pour plusieurs raisons qui ne sont pas sans rejaillir dans la réalité quotidienne des EPLE :
  • la situation plus précaire d'un grand nombre d'actifs et la fragilisation de liens familiaux (familles monoparentales, familles en situation précaire ou d'exclusion, situations de garde alternée, enfants éventuellement exposés) ;
  • la remise en cause de l'autorité morale et intellectuelle des personnels avec la montée d'attitudes d'incivilité, voire de violence ou, parfois, de délinquance ;
  • la recherche d'un nouvel équilibre entre les droits et les devoirs des élèves et ceux des adultes, avec l'entrée du droit dans les établissements (nouveaux droits accordés aux élèves, prise en compte accrue des principes généraux du droit dans les procédures disciplinaires et réécriture des règlements intérieurs, "juridicisation") et, parallèlement, la disparition progressive des "mesures d'ordre intérieur" (la jurisprudence montrant en effet que le juge administratif se réserve de plus en plus la possibilité de contester au fond, et plus seulement sur la forme, les sanctions disciplinaires) ;
  • la diversité des intervenants dans la vie scolaire, avec des statuts multiples et des personnes dont le profil ne convient pas toujours à l'encadrement des élèves, peut poser, dans certains cas. un vrai souci, au moment même où la société semble compter de plus en plus sur l'EPLE pour assurer une mission d'éducation sans cesse élargie. »
202 La question de l'éducation à la citoyenneté en l'absence de stratégie collective au sein de l'établissement. Dans le même rapport sur l'EPLE et ses missions de décembre 2006, les inspections générales constatent que « la mission d'éducation à la citoyenneté des EPLE est rendue d'autant plus complexe que le poids de l'organisation traditionnelle de l'enseignement secondaire (structuration autour des disciplines et de l'heure de cours) rend pour le moins délicate toute tentative de mise en cohérence des disciplines d'enseignement avec d'autres dispositifs pédagogiques comme l'ECJS par exemple en lycée, et encore plus difficile l'articulation avec les dispositifs de vie scolaire qui ont les mêmes objectifs (CVL notamment). D'une manière générale se pose la question fondamentale, pour la réussite des élèves, de la place de la stratégie éducative dans l'EPLE. Elle concerne le passage d'une pratique individuelle – le professeur, dans sa discipline, dans sa classe ; le CPE chargé des absences et des incivilités – à une pratique plus collective, sous l'autorité d'un chef d'établissement pouvant s'appuyer sur le conseil pédagogique. Enfin, la vie éducative et culturelle est souvent pauvre, ce qui s'explique à la fois par le peu de temps qui lui est imparti, devant le poids des "programmes scolaires" et par les faibles moyens humains et financiers qui lui sont consacrés ».
Les inspections générales notent également dans leur rapport que « certains interlocuteurs ont signalé un phénomène qui les inquiète : il arrive que l'approche éducative soit "sous-traitée" sans que toutes les garanties soient toujours prises par l'EPLE. On fait parfois appel à des associations pour des actions de prévention ou pour la formation des délégués sans prendre suffisamment la précaution de s'assurer que les personnels de la vie scolaire sont pleinement impliqués ».
En janvier 2004, un rapport des inspections générales (IGEN, IGAENR, IGAS) n° 2004-013 sur l'évaluation du dispositif d'éducation à la santé à l'école et au collège, constatait de même que « les actions en milieu scolaire sont extrêmement disparates, très fréquemment ponctuelles mais aussi de facto absentes » et préconisait « une meilleure articulation de l'enseignement et de la vie scolaire, renforcement du lien entre instruction et éducation à chaque moment de la vie de l'établissement ».
En 2013, le rapport de Mme Anne-Lise Dufour-Tonini, Pour un acte II de la vie lycéenne, vers la démocratie lycéenne(2), a dressé dans les établissements un constat sombre : organisations de scrutins qui interrogent, compétences des CVL peu respectées, adultes peu présents, fréquence des réunions aléatoire. Les rendez-vous de la vie lycéenne, prolongeant la semaine citoyenne mise en œuvre dès la rentrée 2013, ont permis de marquer concrètement cet acte II de la vie lycéenne. La généralisation progressive des conseils de la vie collégienne s'inscrit dans la même dynamique.
La circulaire n° 2015-139 du 10 août 2015 qui définit les missions des CPE fait de « la contribution à une citoyenneté participative » un des axes de leur travail.
203 L'alternative : « tour de Babel » éducative ou politique éducative cohérente. L'EPLE semble, en effet, pour les inspections générales, être devenu « une sorte de "tour de Babel" éducative où se rencontrent, à travers des statuts multiples, des approches pas toujours cohérentes de l'action éducative. Il appartient alors au chef d'établissement de "fédérer" ces personnels, nouvelle source de complexité ».
Ce diagnostic, porté par les inspections générales en décembre 2006, met en lumière les impasses où conduiraient inévitablement aujourd'hui la persistance d'une pratique individuelle, la permanence de la division du travail entre les pédagogues qui professent et les éducateurs qui éduquent, quand seule une mobilisation collective explicite peut être efficace. Il alerte sur le danger que constitue la pratique de sous-traitance éducative, qui consiste à confier à des intervenants extérieurs la responsabilité exclusive de l'éducation des élèves dans tel ou tel domaine, les personnels de l'établissement n'étant alors que responsables du bon déroulement de l'opération, qui n'est en rien préparée puis exploitée dans les heures d'enseignement ou de vie de classe. On perçoit mieux alors l'importance stratégique, pour une équipe de direction, de pouvoir compter sur un service de la vie scolaire piloté solidement par un CPE ou une équipe de CPE travaillant en collaboration étroite tout particulièrement avec les professeurs principaux et le ou les professeurs-documentalistes.
SOUS-SECTION 3 : En pratique
204 Onze mesures pour une grande mobilisation de l'école pour les valeurs de la République (janvier 2015). Après les actes de terrorisme qui ont visé le cœur des valeurs républicaines, la ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche a présenté onze mesures issues de la grande mobilisation de l'école pour les valeurs de la République, le 22 janvier 2015(3). Transmission des valeurs républicaines, laïcité, citoyenneté et culture de l'engagement, lutte contre les inégalités et mixité sociale, mobilisation de l'enseignement supérieur et de la recherche sont au centre de ces mesures. La grande mobilisation pour les valeurs de la République est celle de toute l'école, y compris l'enseignement agricole et l'enseignement privé sous contrat.
Parmi ces mesures, la création d'un nouveau parcours éducatif de l'école élémentaire à la terminale : le parcours citoyen. Ce parcours se construit autour de l'enseignement moral et civique, de l'éducation aux médias et à l'information, de l'enseignement aux élèves du jugement, de l'argumentation et du débat dans les classes, de la préparation en amont de la Journée défense et citoyenneté (JDC) dans les établissements avec les lycéens, du développement des « conseils d'enfants » dès l'école primaire, des conseils de la vie collégienne et du soutien renforcé aux conseils de la vie lycéenne, du renforcement des capacités d'initiative des associations lycéennes, de la valorisation de l'engagement associatif des élèves, de la relance de la semaine de lutte contre le racisme et l'antisémitisme.
Il est en outre précisé que « le ministère veillera à ce qu'un média – radio, journal, blog ou plateforme collaborative en ligne – soit développé dans chaque collège et dans chaque lycée. Les professeurs-documentalistes seront tout particulièrement mobilisés à cette fin. C'est en effet en engageant les élèves eux-mêmes dans des activités de production et de diffusion de contenus, notamment à travers les réseaux sociaux et les plateformes collaboratives en ligne, qu'ils prendront le mieux conscience des enjeux attachés à la fiabilité des sources, à l'interprétation des informations et à la représentation de soi en ligne.
Document 6
Entretien avec Jean-Paul Delahaye, « Les CPE ont une expertise, une qualification en matière éducative qui est indispensable à tous », Le Café pédagogique, juin 2009.
Par François Jarraud.
[…]
Des multiples fonctions du CPE, laquelle vous semble aujourd'hui la plus délicate à exercer ?
La difficulté première du CPE est de trouver une cohérence éducative dans un établissement scolaire. Parce que cette cohérence éducative s'élabore grâce à la participation de chacun des acteurs de l'établissement, il nous semble que l'animation de la politique éducative est le domaine le plus délicat à gérer par le CPE. D'une part parce que ce domaine est souvent limité à l'animation des élections et autres instances citoyennes. D'autre part, cette mission est délaissée parfois car considérée comme secondaire par rapport à la gestion des absences, à la sécurité et à la discipline.
Le CPE est le garant, parmi d'autres, d'une politique éducative d'établissement explicite qui conforte l'autorité des adultes tout en faisant respecter la personne et la parole de l'élève. Il y a là des équilibres toujours délicats à installer dans les établissements et une cohérence de l'action éducative à favoriser. Les CPE, qualifiés en 2006 par l'Inspection générale de « médiateurs-éducateurs », ont une place particulière dans l'établissement qui leur permet d'apporter une contribution déterminante à une continuité éducative formatrice pour les élèves qui nous sont confiés. C'est pourquoi les CPE peuvent favoriser un climat favorable aux apprentissages et donc à la réussite des élèves.
Quel bilan faites-vous de la note de vie scolaire, introduite au collège en 2006 ? Notamment a-t-elle facilité la collaboration entre CPE et enseignants ? Car si un bon CPE est un véritable trésor pour un enseignant, par exemple pour un professeur principal, les relations CPE-professeurs sont parfois très distanciées. Que peut-on faire pour les rendre plus étroites ?
Il existe en effet des établissements dans lesquels les relations entre CPE et enseignants sont, comme vous dites, « distanciées ». De par leurs fonctions diverses dans le système, les auteurs du livre sont bien placés pour constater que la tendance générale, sous l'impulsion de chefs d'établissement jouant pleinement leur rôle d'animateur, est plutôt à un travail plus collectif, notamment dans les établissements difficiles dans lesquels, par nécessité, les adultes doivent travailler collectivement et en cohérence.
Par exemple, si les CPE sont partie prenante d'un diagnostic d'établissement ils peuvent enrichir, par leurs propositions, le contrat d'objectifs de leur établissement. On observe, autre exemple, que la présence des CPE dans les conseils pédagogiques est particulièrement utile et donc appréciée de tous. Ainsi encore, chaque fois que la note de vie scolaire a donné lieu à une réflexion dans les équipes d'établissement et que les personnels en ont fait un levier pour aider les élèves à acquérir les compétences « sociales et civiques », ou encore « l'autonomie et l'initiative », inscrites dans le socle commun de connaissances et de compétences, l'existence de cette note a renforcé la concertation entre les CPE et les enseignants.
Et si, selon votre expression, un bon CPE est un véritable « trésor » pour un enseignant, on peut affirmer que l'inverse est également vrai. D'une certaine façon, un établissement scolaire a la « vie scolaire » qu'il mérite. Le meilleur moyen de renforcer les liens entre CPE et enseignants est que chacun mette ses compétences, au sein de projets communs, au service d'un même objectif : la réussite des élèves.
Les CPE sont toujours inquiets de leur avenir. Il est vrai que leurs missions sont souvent au croisement de grandes questions scolaires. C'est le cas par exemple du socle commun. Dans cette nouvelle perspective, quelle place vont avoir les CPE ?
[…]
S'agissant du socle commun, il faut bien entendu veiller à ce que les CPE ne soient pas porteurs exclusifs des compétences 6 et 7 du socle, ce qui serait un formidable contresens. Si leur action peut en effet porter sur différents domaines du socle commun, ils peuvent faciliter par leurs initiatives et leurs propositions la prise en compte de ces compétences par tous les personnels de l'établissement.
On peut citer aussi la lutte contre la violence scolaire. Quel pourrait être à l'avenir le rôle du CPE face aux « brigades d'intervention » qu'on nous promet et en général d'une vision répressive plus qu'éducatrice ?
Les personnels de la vie scolaire sont bien évidemment au cœur du dispositif de prévention et de lutte contre les incivilités et la violence. Nous rappelons à cet égard le contenu des huit plans ministériels de lutte contre la violence à l'école mis en place depuis 1990. La succession de ces plans montre à la fois une grande continuité républicaine dans une politique articulant constamment éducation et sanction et, il faut le dire également, même si des progrès ont été accomplis, une insuffisance relative dans les résultats obtenus. Mais ce que l'expérience montre c'est que les établissements qui ont le mieux réussi à maîtriser la violence sont les établissements qui ont pu et su mettre en place un travail collectif au sein des établissements comme avec les partenaires. C'est pourquoi il va donc de soi que l'action des équipes académiques d'intervention qui vont être créées ne saurait s'envisager autrement qu'en concertation avec les équipes d'établissement, personnels de direction et CPE notamment.
Un autre enjeu de l'école, c'est l'orientation. Quel rôle y jouent aujourd'hui les CPE ? Comment pourrait-il évoluer à l'avenir ?
L'orientation ne peut être qu'une démarche continue, cohérente, collective et concertée. C'est là un domaine où l'action des CPE est concrète, effective, mais souvent méconnue, même d'ailleurs dans des documents officiels où les CPE sont parfois oubliés ! Leur capacité à conduire des entretiens individuels avec les élèves, à dialoguer avec les familles, à nouer des liens avec les différents professionnels concernés est précieuse.
Document 7
« Chacun son rôle, mais en travaillant ensemble »
Jean-Michel Zakhartchouk, professeur au collège J.-J. Rousseau, Creil (en ZEP), rédacteur aux Cahiers pédagogiques
[…]
Et je voudrais dans cette contribution inventorier quelques aspects du travail possible entre enseignants et CPE, en partant d'abord de mon expérience et en m'attachant surtout au niveau collège, bien que l'on puisse probablement transférer un grand nombre de ces propositions au niveau du lycée général ou professionnel.
[…]
Le CPE doit veiller à la non-ingérence pédagogique aux yeux des élèves (et la faire respecter par les surveillants par exemple)
Si on veut bâtir une relation de confiance enseignants-CPE, il est bien évident que le CPE ne doit pas se positionner en juge des pratiques pédagogiques. Reste que la marge est étroite parfois entre ce principe de non-ingérence et le respect des règles qui sont au-dessus de la sacro-sainte liberté pédagogique. Le CPE doit-il donner tort à l'élève qui se plaint d'être la victime d'une sanction collective, interdite malgré les déclarations ambiguës du ministre Fillon il y a peu ? Comment réagir si l'élève proteste devant les lignes à copier (c'est plus rare qu'il le fasse, tant ce type de punition reste ancré dans les mœurs, malgré là encore l'interdiction formelle) ? Est-on encore d'ailleurs dans la pédagogie ? Remarquons que le professeur principal est dans la même situation parfois : doit-il désavouer un collègue ? En ce cas, je m'en tire avec une certaine hypocrisie, en déclarant que, tout en ne connaissant pas exactement la situation précise, je condamnais l'idée, très choquante, de sanction collective. Le CPE peut au moins faire de même (mais combien de collègues seraient choqués qu'on puisse émettre l'idée qu'un prof n'a pas forcément raison !).
[…]
Reste que « la vie scolaire » n'a pas à critiquer les méthodes pédagogiques des enseignants, ou à tourner en dérision démagogiquement certains travers, même réels, de professeurs, car là on viole les codes déontologiques qui doivent régner au sein de l'établissement. Probablement le CPE a-t-il la lourde tâche de bien faire respecter cette idée au quotidien.
Mais l'enseignant n'a pas le monopole de la pédagogie ; ce qui se passe sur le plan pédagogique concerne aussi la « vie scolaire »
Une chose est le respect de la neutralité devant les élèves, une autre est, pour le CPE, de se sentir concerné par la pédagogie. Quand certains collègues cesseront-ils d'être courroucés et de s'étrangler d'indignation parce qu'un CPE aura délicatement suggéré que peut-être, si on en croit les récriminations d'élèves, telle évaluation, telle charge de travail peuvent être discutées, qu'on peut envisager d'en discuter ? Le CPE et les surveillants peuvent être des relais d'information de dysfonctionnements qui ne sont parfois que des malentendus. Pourquoi ne pas accepter d'en parler ensuite calmement avec les élèves ? Ce qui sort de la bouche des élèves n'est pas forcément faux, de mauvaise foi, hostile. C'est au contraire un retour intéressant qui peut être l'objet d'un travail de mise au point, et éventuellement de correctifs qui ne sont jamais des défaites lorsque l'enseignant admet qu'ils peuvent être légitimes.
De toute façon, il faut souhaiter un dialogue plus approfondi autour de la pédagogie, notamment à l'occasion des travaux personnels des élèves, nous y reviendrons plus loin.
Le CPE est partie prenante des équipes pédagogiques. Il peut intervenir dans des projets, dans les heures de vie de classe, etc.
Le CPE a toute sa place dans le travail pédagogique. Un des lieux privilégiés où il peut intervenir est l'heure de vie de classe et on devrait se donner pour règle qu'il y intervienne au minimum une fois dans l'année, en co-intervention avec le professeur principal. Pourquoi ne pas trouver des occasions diverses de l'impliquer dans des projets ? Par exemple en éducation civique ou en ECJS en lycée, dans la participation à des débats, ou en demandant aux élèves d'aller l'interroger sur son rôle, sur la loi et les règles de vie dans le collège.
J'ai pu animer dans un collège de l'Aisne un travail initié par la CPE visant à faire réécrire le règlement intérieur par les élèves, pas tant sur le plan du contenu que du style : comment rendre accrocheuse cette réécriture, en recourant par exemple à la bande dessinée, au texte narratif, au jeu, etc., et en inscrivant des ateliers d'écriture ou des séquences spécifiques dans certaines classes ou à certaines heures pour des élèves volontaires pour ce faire.
Autour de la sécurité routière, de l'éducation à la santé, bien des initiatives peuvent impliquer le CPE, le mot « éducation » prenant alors tout son sens. On est alors loin du fameux surgé d'antan.
La formation de délégués organisée souvent par le CPE reste trop coupée de la vie de la classe. Il serait bon d'établir des ponts avec par exemple le travail en français (que signifie prendre en compte l'autre quand on s'exprime à l'oral ou à l'écrit, quel niveau de langue faut-il employer, que veut dire « argumenter » de façon mesurée et rationnelle, comment distinguer le particulier et le général ?). Une proposition très simple, pour ce qui concerne l'élection des délégués : instaurer systématiquement l'obligation pour tous les candidats de présenter une « profession de foi » écrite qui est communiquée également au CPE. Dans mon collège, l'élection en sixième se fait avec la participation active du CPE, ce qui me paraît là encore une excellente chose pour solenniser un peu ce moment « civique ».
Pourquoi ne pas aller plus loin et demander à l'occasion à un CPE d'être partie prenante d'un jury de TPE (même sans pouvoir de notation) ou d'itinéraire de découverte ?
[…]
Il s'agit bien de faire en sorte que le CPE puisse participer à la vie de l'établissement autrement que pour faire des remontrances et régler des conflits.
Mais le CPE a un rôle à part et se situe aussi à l'interface des enseignants et de la direction
Le CPE, sans doute de plus en plus, est cependant également impliqué dans l'animation de l'établissement, d'un côté plus décisionnel. Dans de nombreux collèges, par exemple, il anime des conseils de classe. Il participe à des réunions régulières de l'équipe de direction. Et n'oublions pas son rôle vis-à-vis des surveillants et assistants d'éducation. Il est en quelque sorte à l'interface de la direction et des personnels, ce qui le rapproche d'ailleurs du documentaliste dans ses nouvelles missions. Ce rôle est parfois délicat à tenir, mais il lui faut l'assumer. Et non recourir à la tentation du Maître Jacques de Molière qui donne tantôt raison aux uns, tantôt aux autres, de manière contradictoire, pour plaire à chacun.
Ici, un CPE met une note rappelant l'importance du respect dû par les élèves aux surveillants, suite à une agression verbale grave envers l'un d'eux. Un enseignant croit bon, de manière hélas anonyme, de rajouter « et envers les enseignants ? », comme si la note du CPE sous-estimait cet impératif qui est une évidence. Logique de « camps » malsaine qui peut vite se profiler. À l'inverse, des surveillants, remis en cause par le CPE de par leur langage trop familier ou leur comportement peu responsable, peuvent chercher la solidarité des professeurs contre le CPE. Tout cela est bien évidemment désastreux et est toujours la marque de concertations insuffisantes, de manque de cohérence sur ce que signifie le respect des règles, qui s'impose à tous.
[…]
Travaillons ensemble à organiser les divers moments de travail personnel des élèves dans l'établissement
Le CPE a souvent à organiser les études surveillées, les permanences. Or, il s'agit là d'un point névralgique. Trop souvent, ces études sont des garderies, on le sait bien. Peu de règles y sont mises en place, ou elles sont peu respectées par certains surveillants. Imposer que ce soient des lieux de travail, refuser des familiarités avec les élèves car elles sont un facteur, la plupart du temps, d'une absence de travail pendant les études, veiller à ce que les élèves accomplissent les activités données par les professeurs. En tant que professeur, j'ai été parfois découragé, ayant préparé un travail spécialement pour mes élèves alors que, par exemple, j'étais en sortie avec d'autres, ou absent pour raisons professionnelles ou en réunion, et constatant qu'on n'a pas donné à ceux-ci les documents que j'avais préparés, ou qu'on n'a pas ramassé leur travail, ou qu'ils n'ont pas pu le faire à cause du bruit et de l'agitation qu'il y avait en études, ou que… Cela encourage en plus à ne plus donner ce genre de travail et entraîne le fait qu'alors les élèves ont plutôt à faire des exercices de Bled, déconnectés de tout intérêt pédagogique.
Il me paraît donc nécessaire de réfléchir, en particulier dans la formation des CPE, sur l'organisation de ces temps d'aide. Les études où l'on fait ses devoirs sont un point-clé pour la réussite scolaire de certains élèves. Si on menait bataille vraiment pour en faire de vrais lieux de travail, pour lutter contre les inégalités du strict travail à la maison, on pourrait gagner. Le CPE, mais pas seul, est évidemment partie prenante.
[…]
Et bien sûr les CPE doivent comprendre le point de vue des enseignants. Chacun à sa place, chacun son rôle, mais dans un univers qu'on voudrait moins cloisonné et plus collaboratif
Contrepartie de ce qui précède : le CPE doit aussi savoir comprendre le point de vue des enseignants, leur lassitude devant tel comportement d'élève qui explique des décisions parfois impulsives et peu contrôlées, mais parfois inévitables, le fait qu'ils ont à gérer des groupes-classe, avec avant tout des objectifs d'apprentissages cognitifs, ce qui est très différent du travail du CPE qui est plus centré sur des individus et sur le comportement. Ce que nous disions de la formation des CPE (acquisition de certains savoirs notamment en matière de psychologie, de savoir-faire dans la gestion des cas individuels, meilleure connaissance du droit) peut conduire à la limite à de la suffisance (« on sait mieux que les enseignants ce qu'il convient de faire »), alors que le but des formations doit être bien plutôt de conduire vers des analyses de situations complexes, d'où n'émergent que rarement des solutions simples.
On a toujours du mal à distinguer le fait de travailler ensemble et celui de garder sa place respective. Les deux sont possibles, à l'image du travail interdisciplinaire ou de la collaboration entre personnels de l'établissement et parents. Il s'agit bien d'aller vers plus de travail commun, sur le plan professionnel, chacun tenant son rôle, mais un rôle qui n'est pas conçu de manière restrictive, et protégé par de solides cloisons.
On ne s'étonnera pas de voir en conclusion un vif partisan de l'éducation nouvelle et d'une école qui ne met pas un mur épais entre instruire et éduquer, prôner ainsi le travail d'équipe et la coopération.
Document 8
Laurent Belin, « Rôle et objectifs du CPE dans l'évaluation des élèves », Recherches et Éducation, 2007.
Le rôle du conseiller principal d'éducation dans l'évaluation est un sujet qui relève davantage de l'interrogation que de la certitude. D'abord par sa diversité, le rôle du conseiller principal d'éducation ne se réduit pas au champ de l'évaluation des élèves. Cependant, le décret n° 89-730 du 11 octobre 1989 fait entrer les conseillers d'éducation dans l'évaluation des élèves à côté des personnels enseignants. Faire une place aux conseillers principaux d'éducation dans l'évaluation des élèves permet d'interroger le concept d'évaluation.
[…]
L'évaluation : un sujet à entrées multiples
Que signifie évaluer ? Il est difficile de vouloir enfermer l'évaluation dans une définition « exacte ». Pourtant, il faut bien essayer de dire de quoi on parle et tenter de classer les différents champs de l'évaluation dans les métiers de l'éducation. Notre premier travail va être de répertorier une approche plurielle du mot et de la chose, afin de découvrir ce que peut cacher ce concept.
Qu'est-ce qu'évaluer ? Et que peut-on évaluer ? L'acte d'évaluer peut porter sur des savoirs, des savoir-faire, des compétences, des productions, des travaux, des résultats…
[…]
L'évaluation pédagogique, quant à elle, est une évaluation fine, portant sur les acquis et les compétences des élèves, qui n'est pas aisément comparable dans le temps, mais qui est un outil dont doivent se saisir les enseignants pour orienter leur action. Il s'agit ici de dépasser la simple notation de la copie. L'évaluation pédagogique est depuis 1989 une orientation officielle. On veut, à travers elle, aider les élèves à apprendre. Cependant, en regardant les outils mis en place pour atteindre ces objectifs, on constate d'un côté qu'il y a un discours officiel et de l'autre des moyens qui semblent limités.
[…]
Les limites des études ne permettent pas d'étudier l'évaluation des élèves dans le quotidien de la vie scolaire. Il semble que nous en restions à une mise en avant des notes dans le registre de l'évaluation pédagogique, comme en témoignent les tests d'évaluation en seconde qui entraînent rarement un véritable suivi personnalisé des élèves. Mais alors, par quoi remplacer les notes ? Il semble que ce ne soit pas dans cette perspective qu'il faut aborder le problème. Il est important de réfléchir à un processus de formation, et donc d'aide à l'élève. À l'intérieur de ce processus, il sera certainement intéressant d'utiliser des moments d'évaluation autour de la notation. Cependant, notre démarche devra dépasser cela par des tentatives de remédiation, c'est-à-dire en abordant les problèmes sous des angles différents.
Le positionnement officiel du conseiller principal d'éducation et les limites de son action par rapport à l'évaluation
[…]
Cependant, la réalité du terrain amène le conseiller principal d'éducation à avoir pour première tâche le contrôle de la fréquentation scolaire, c'est-à-dire le traitement des absences et celui des retards. La recherche des causes de l'absentéisme puis des solutions pour y remédier constituent le b.a.-ba de l'aide personnalisée que le conseiller principal d'éducation apporte à l'élève. Ensuite, le conseiller d'éducation s'attache au soutien pédagogique. Dans cette dimension, il travaille au côté des enseignants. Cependant, on constate au quotidien que la collaboration avec les enseignants, dans le suivi des élèves, ne va pas de soi. Et lorsqu'on constate que CPE et enseignants collaborent au suivi de l'élève, il s'agit essentiellement d'échanger des informations sur les élèves.
Le conseiller principal d'éducation doit donc, face à la réalité du terrain, répondre à un certain nombre de tâches administratives et réfléchir à développer les relations avec les autres acteurs puisque celles-ci ne vont pas de soi. Malgré l'accent mis dans les textes sur l'évaluation par les CPE, on constate dans la réalité que peu de choses sont mises en place, si ce n'est le contrôle des absences. Ceci n'est alors certainement pas sans conséquence pour permettre aux acteurs de communiquer.
Problématisation
Comment définir notre rôle en matière d'évaluation ? Il n'est pas rare d'expliciter la fonction de conseiller principal d'éducation en termes de tâches, mais ne faudrait-il pas s'arrêter sur les responsabilités du conseiller d'éducation ? Depuis le décret du 11 octobre 1989, nous sommes associés aux personnels enseignants pour assurer le suivi individuel des élèves et procéder à leur évaluation. Même si aucun texte ne nous a jamais refusé d'être des pédagogues, le décret de 1989 nous fait officiellement « entrer en pédagogie » pour reprendre une formule de C. Care.
Dans quelle mesure le conseiller principal d'éducation « pédagogue » peut-il procéder à l'évaluation des élèves ? Comment, au côté des enseignants, peut-on évaluer les élèves, alors que nous ne disposons d'aucune possibilité de notation chiffrée, contrairement à nos collègues professeurs ? Le conseiller principal d'éducation posséderait-il d'autres critères pour évaluer les élèves ? Sans doute, puisque malgré le fait de ne pas recourir à la notation, le décret de 1989 nous fait bel et bien entrer dans l'évaluation des élèves.
La démarche du conseiller principal d'éducation en matière d'évaluation
La prise de décisions concernant un apprentissage individuel suppose des informations sur l'environnement des élèves, c'est-à-dire sur l'ensemble des conditions (sociales, psychologiques…) dans lesquelles se trouve l'élève. Ainsi notre démarche, en tant qu'éducateur, va être de se fixer comme premier objectif de repérer d'éventuels problèmes. Le conseiller d'éducation aura donc bien ici une fonction de repérage qui lui permettra d'appréhender la première étape de l'évaluation que C. Hadji (1989) appelle « l'évaluation diagnostique ».
Pour qu'une évaluation aide véritablement l'élève à apprendre, il faut qu'elle participe à la construction de son autonomie. Il est essentiel que chaque élève soit partie prenante dans l'acte d'apprendre et donc indispensable qu'il comprenne pourquoi il fait un travail. Ceci va alors nécessiter une première prise de contact avec l'élève pour améliorer les informations dont on peut disposer. Le conseiller d'éducation va alors ici jouer un rôle essentiel. En reprenant la réflexion de C. Delorme (1992) qui met l'accent sur « la prise d'informations » indispensable à toute « évaluation pédagogique », nous dirons volontiers que l'on doit travailler à améliorer cette « prise d'informations » sur la position de l'élève. Il ne suffit pas de dire à un élève qu'il a des lacunes, ou encore qu'il est d'un niveau faible (il le sait certainement), mais il est sans doute plus utile de mieux identifier ses difficultés scolaires et extrascolaires, d'en discuter avec lui de manière à envisager des situations de remédiation, accessibles et adaptées.
[…]
En conclusion, on peut donc dire que pour mieux évaluer les élèves pendant leur apprentissage, le conseiller d'éducation joue un rôle de prise d'informations autour d'une phase de diagnostic. Ceci va alors permettre de mieux savoir où l'élève en est et où il peut aller. Il s'agit ensuite de mettre en place une évaluation formative qui permette à l'élève de devenir acteur de son avenir, de son projet. Toutefois, cette démarche n'est pas un tout et l'évaluation normative a encore toute sa place à l'École.
[…]
Les acteurs de la communauté éducative dans une démarche évaluative
Nous pouvons dire maintenant que le conseiller d'éducation doit veiller à s'impliquer dans l'évaluation des élèves, car les choses ne vont pas de soi et pourtant le CPE y a bien toute sa place. Il joue un rôle essentiel concernant la communication formelle et informelle à l'intérieur des établissements scolaires, mais également dans le domaine extrascolaire. Ainsi le conseiller d'éducation va être une source d'informations qui pourra être utile dans la mise en place de l'évaluation des élèves. Toutes ces informations servent aux adultes de la communauté scolaire mais aussi aux élèves et plus particulièrement aux élèves en difficulté. Finalement, on peut dire que pour mettre en place un suivi et une évaluation efficace des élèves, les conseillers d'éducation doivent faire valoir à la communauté éducative les avantages que chacun peut tirer de sa présence dans ce domaine particulier. Même si les enseignants restent sans aucun doute possible les détenteurs de la compétence de l'évaluation dans la discipline qu'ils enseignent, le choix des remédiations et les propositions de formes de soutien complémentaires, les conseillers d'éducation doivent s'inscrire dans l'évaluation des élèves par leur regard à détecter les convergences et les divergences dans l'évolution du travail, des acquisitions et des résultats matérialisés dans l'ensemble des matières.
On rejoint ici l'idée que ceci peut s'appuyer sur la mise en place d'une relation privilégiée ou à privilégier entre le professeur principal et le CPE. On est ici face à un va-et-vient de l'information qui ne peut être efficace que s'il y a communication entre tous les membres de la communauté éducative.
Référence électronique
Laurent Belin, « Rôle et objectifs du CPE dans l'évaluation des élèves », Éduquer [En ligne], 15, 2007, mis en ligne le 16 octobre 2008, consulté le 10 août 2016. URL : http://rechercheseducations.revues.org/247
(1)L'EPLE et ses missions, rapport IGEN et IGAENR, déc. 2006.
(2)http://cache.media.education.gouv.fr/file/2013/86/1/Pour-un-acte-II-de-la-vie-lycenne-rapport-Lise-Dufour-Tonini_271861.pdf
(3)http://www.education.gouv.fr/cid85644/onze-mesures-pour-une-grande-mobilisation-de-l-ecole-pour-les-valeurs-de-la-republique.html

Corrigé

Commentaires du sujet
• Ce corrigé ne constitue qu'une proposition parmi d'autres possibles. Le dossier proposé a pour ambition de questionner la fonction de CPE, notamment dans sa fonction pédagogique. En effet, la spécificité du système éducatif français est d'avoir personnifié les missions éducatives dans la fonction de CPE et d'avoir donné la liberté pédagogique aux enseignants. Cette spécificité renforce la nécessité d'une véritable articulation entre pédagogie et éducation. Les documents soulignent cette nécessité et montrent que la question n'est pas nouvelle. Cependant, même si notre ministère s'intitule « ministère de l'Éducation nationale » depuis 1932, la pratique montre que la cohérence et la cohésion entre éducatif et pédagogique ne sont pas forcément établies dans les établissements. Il s'agissait donc de montrer les enjeux de cette articulation et d'exposer en quoi la complémentarité des actions pédagogiques et éducatives est constitutive de la formation et de la réussite scolaire et personnelle de chaque élève.
• La partie professionnelle requiert de présenter de façon organisée des éléments de projet. Il n'est pas question de lister les actions dans une sorte d'inventaire à la Prévert ou de catalogue exposant des connaissances sans lien. Il n'est pas question non plus d'exposer un seul projet. Cette partie demande un véritable positionnement professionnel et doit prouver la capacité du candidat à définir des objectifs, cerner les enjeux et mettre en œuvre une pratique professionnelle. Ici, il s'agissait d'exposer des éléments constitutifs d'une politique visant à dépasser le clivage pédagogie/éducation, et de montrer comment l'action éducative irrigue l'action pédagogique et réciproquement.
Analyse des documents préparatoire à la note de synthèse
Document 1 : Extrait de la circulaire de rentrée 2016
Texte à visée prescriptive qui constitue une référence légale.
Circulaire qui rappelle la nécessité de mobiliser tous les acteurs de l'école pour s'assurer de :
  • la réussite de tous les élèves ;
  • la transmission renforcée des valeurs de la République ;
  • la lutte contre les inégalités.
Pour la mise en œuvre de ces objectifs, des leviers sont identifiés :
  • la mise en œuvre des parcours ;
  • la nécessaire vitalité des instances participatives.
Document 2 : Extrait du Référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l'éducation (2013)
Texte à visée prescriptive qui constitue une référence légale.
Ce référentiel rappelle que tous les personnels concourent à des objectifs communs dont certaines compétences communes renvoient à une mission éducative :
  • partager les valeurs de la République ;
  • contribuer à l'action de la communauté éducative.
Les compétences spécifiques aux conseillers principaux d'éducation rappellent le rôle pédagogique du CPE :
  • participer au conseil pédagogique ;
  • contribuer au suivi de la classe ;
  • contribuer au parcours des élèves.
Document 3 : Extrait du Référentiel national des internats (2016)
Texte à visée prescriptive qui constitue une référence légale.
Ce texte de cadrage pour l'élaboration du projet d'internat rappelle l'exigence de la complémentarité entre l'éducatif et le pédagogique. On retiendra les objectifs suivants :
  • renforcement de la maîtrise de la langue ;
  • développement des activités artistique, culturelle, scientifique, technologique, sportive pour concourir à la formation du citoyen.
Document 4 : Extrait du rapport n° 2012-070 de l'Inspection générale, intitulé « Les composantes de l'activité professionnelle des enseignants outre l'enseignement dans les classes »
Texte à visée réflexive qui propose un bref historique des préconisations récurrentes à propos de l'activité professionnelle des enseignants.
Les éléments de diagnostic récurrents sont :
  • crise du rapport pédagogique ;
  • cloisonnement excessif des disciplines ;
  • clivage persistant entre éducation et instruction ;
  • manque de travail en équipe ;
  • public hétérogène et massification.
Les éléments de redéfinition du métier :
  • élargir la fonction enseignante à une fonction éducative ;
  • mettre en place une pédagogie différenciée ;
  • encadrer le travail personnel de l'élève ;
  • renforcer le travail d'équipe ;
  • renforcer les liaisons intercycles.
Document 5 : Extrait du livre de J.-P. Delahaye, Le Conseiller principal d'éducation, de la vie scolaire à la politique éducative (2016)
Texte à visée informative et argumentative qui met l'accent sur le poids de l'éducatif dans les EPLE.
L'extrait souligne l'importance de la mission d'éducation et de socialisation dans les établissements scolaires : « le rôle social et éducatif de l'école pèse souvent autant désormais, en poids relatif, que sa mission première d'enseignement et de transmission des connaissances » (extrait du rapport n° 2006-100 de l'IGEN et de l'IGAENR cité par l'auteur).
Il rappelle que les missions de l'École, outre l'enseignement, comprennent :
  • le partage des valeurs de la République ;
  • l'acquisition du respect de l'égale dignité humaine ;
  • la liberté de conscience ;
  • l'acceptation du principe de laïcité.
Le texte précise que les obstacles à la réalisation de ces missions sont :
  • l'absentéisme croissant ;
  • le manque de véritable politique éducative, stratégie qui repose sur des outils plus que sur une politique éducative ;
  • des facteurs aggravants (situation familiale, précarité, remise en cause de l'autorité, diversité des intervenants en vie scolaire aux statuts très divers) ;
  • la structuration des emplois du temps (EDT) ;
  • une vie culturelle pauvre.
Document 6 : Entretien de J.-P. Delahaye publié sur le site du Café pédagogique (2009)
Texte à visée informative qui prend appui sur un exemple de pratique partagée entre enseignant et CPE : la note de vie scolaire.
Attention : cette note de vie scolaire n'existe plus, donc il est impératif de ne pas s'appuyer sur ce dispositif pour illustrer la politique éducative à mettre en place. De même les compétences du socle citées ne sont plus d'actualité, à charge pour le candidat de replacer cet entretien dans son contexte.
Le propos insiste sur :
  • la difficulté d'une cohérence éducative au sein des EPLE ;
  • le travail collectif ;
  • l'acquisition de compétences sociales par les élèves ;
  • le rôle de l'orientation et les compétences des CPE en la matière.
Document 7 : Extrait de l'article de J.-M. Zakhartchouk intitulé « Chacun son rôle, mais en travaillant ensemble », paru dans un ouvrage collectif publié par le CRDP de l'académie de Dijon (2007)
Texte à visée réflexive qui tente d'inventorier quelques aspects du travail possible entre enseignants et CPE.
Attention : ici aussi, certains propos tenus ne sont plus d'actualité (notamment la notation des surveillants) ; il est alors impératif de ne pas les reprendre comme exemples dans la note de synthèse.
Les points développés dans le texte sont les suivants :
  • le CPE n'est pas un juge des pratiques pédagogiques ;
  • le CPE doit se sentir concerné par la pédagogie (heure de vie de classe [HVC], éducation à la citoyenneté, travaux personnels encadrés [TPE], etc.) ;
  • la participation du CPE aux instances et conseils de l'EPLE est nécessaire ;
  • la salle de permanence doit être une salle d'études, point clé de la réussite des élèves et de lutte contre les inégalités du travail à la maison ;
  • il convient de développer l'interdisciplinarité et la collaboration entre professionnels de l'établissement et les parents.
Document 8 : Extrait d'un article de Laurent Belin intitulé « Rôle et objectifs du CPE dans l'évaluation des élèves » (2007)
Texte à visée réflexive qui apporte des éclairages sur le rôle du CPE dans l'évaluation des élèves.
L'auteur interroge les contours de l'évaluation pédagogique et le sens du terme « évaluer » :
  • évaluer : acte qui porte sur des savoirs, des compétences, des productions, des travaux, des résultats, etc. ;
  • évaluation pédagogique : évaluation fine qui doit être saisie par les enseignants pour orienter leur action (« Il s'agit de dépasser la simple notation des copies. »).
En matière d'évaluation, il préconise au CPE la démarche suivante :
  • poser un diagnostic et entreprendre un repérage ;
  • accompagner l'élève et l'aider à apprendre pour participer à la construction de son autonomie ;
  • identifier les difficultés scolaires et extrascolaires de l'élève pour envisager une remédiation ;
  • rendre l'élève acteur de sa formation et de son projet.
L'auteur souligne enfin le rôle primordial de la communication formelle et informelle en interne comme en externe.
Proposition de corrigé

Introduction
« L'instruction publique éclaire et exerce l'esprit, l'éducation nationale doit former le cœur » (Rabaud-Saint-Étienne, 1792). Le débat entre instruction et éducation a traversé l'histoire et a trouvé des réponses en fonction des projets, des plans, des finalités données au système que l'on a souhaité fonder. Cette citation résume les débats ancestraux qui ont jalonné l'école. Bien avant Rabaud-Saint-Étienne, les jésuites au xvie siècle soulignent la nécessité de ce partage. Dès lors, l'histoire du système éducatif sera jalonnée par la défense de l'instruction ou l'assurance de la nécessaire éducation. Ainsi, de Condorcet, pour qui l'éducation publique doit se borner à l'instruction, à Rousseau, pour qui l'éducation nationale a pour finalité de séparer les enfants des familles pour les éduquer en totalité ; de la naissance du ministère de l'Instruction publique en 1828, à son changement de nom par ministère de l'Éducation nationale en 1932, le débat est sans cesse alimenté sans jamais semble-t-il être réellement tranché.
Les documents présentés dans ce corpus, prescriptifs (doc. 1, 2 et 3), réflexifs (doc. 4, 7 et 8) et informatifs (doc. 5 et 6), apportent pourtant des réponses proposant de revenir à la fois sur la définition des termes, mais aussi sur les finalités des missions des enseignants et des CPE, qui demandent à être revisitées. En effet, si l'on s'accorde à dire qu'instruire c'est permettre de construire des connaissances et que l'éducation c'est faire grandir pour devenir autonome (doc. 4), alors il est difficile d'opposer ces deux notions et d'en privilégier une plus que l'autre tant elles sont complémentaires. La loi d'orientation et de programmation pour la refondation de l'École de la République de juillet 2013 confirme cette complémentarité et rappelle la double mission de l'EPLE : élever le niveau de connaissances, de compétences et de culture de tous les enfants. En d'autres termes, la loi renforce le rôle de transmission des connaissances et le rôle social et éducatif de l'école. Pour ce faire, elle introduit de nouveaux enseignements (enseignement moral et civique [EMC], parcours d'éducation artistique et culturelle, éducation au numérique, parcours santé, etc.) et de nouvelles méthodes d'apprentissage nécessitant la coopération de tous les acteurs (enseignements pratiques interdisciplinaires [EPI] et accompagnement personnalisé).
Afin de répondre aux ambitions de la loi pour la refondation de l'École, quelles collaborations instaurer entre les personnels enseignant et éducatif dans l'EPLE visant la réussite de tous les élèves et permettant alors de dépasser le clivage pédagogie et éducation ?
Pour établir les éléments constitutifs de cette politique collaborative, il est impératif, dans un premier temps, de s'accorder sur les notions de pédagogie et d'éducation. Fort de ces définitions, il nous appartiendra de définir les missions qui sont confiées aux acteurs de l'école afin de déterminer s'il revient à un acteur spécifique un rôle pédagogique et à un autre acteur le rôle éducatif (I.). Alors, nous pourrons élaborer les axes d'une collaboration efficace entre enseignants et CPE afin de viser la réussite de tous, comme le stipule la loi d'orientation et de programmation de juillet 2013 (II.).
I. Éducation et pédagogie : deux dimensions en évolution
Pédagogie et éducation sont-elles deux notions qui s'opposent et nécessitent de débattre à leur sujet ? Historiquement, la séparation voire l'opposition des deux termes est apparue comme primordiale. La pédagogie renvoyait à l'esprit et à la raison, et l'éducation au corps, à l'imagination et à la sensibilité. Cette distinction longtemps admise souligne une véritable confusion entre instruction et transmission de connaissances, comme si celles-ci passaient simplement du maître à l'élève par un cours magistral et quelques exercices d'application, et entre éducation et dressage : faire intégrer aux enfants des habitudes et attitudes face à des situations prédéterminées.
A. De la séparation à la complémentarité
La question n'est pas nouvelle ; déjà en 1972, il est question de « crise du rapport pédagogique » (doc. 4). En effet si la pédagogie nécessite une organisation des connaissances humaines qui suppose d'avoir fait des choix liés aux sociétés ou aux types d'hommes que l'on veut former, alors l'instruction nécessite une appropriation des connaissances de la part des élèves, un effort intellectuel personnel qui lui permet de prendre possession de la « matière » qu'on lui fournit (doc. 1).
Si l'on choisit d'éduquer des êtres humains, cette éducation ne peut se détacher de leur raison, de l'esprit et de l'intellect qui sont propres à l'homme (doc. 4), et qui font qu'on ne peut lui imposer des connaissances et des compétences, mais qu'il convient de lui proposer une libre adhésion (doc. 5). Pédagogie et éducation se rejoignent donc dans leur finalité d'être libre. Dans l'idée d'éduquer, il faut comprendre la notion de devenir des élèves : accepter que ceux-ci puissent devenir autonomes autant par rapport à leurs éducateurs et aux autres (savoir se désengager, accepter une part d'aléatoire pour mener à la liberté) que par rapport à eux-mêmes (se dégager de sa propre nature, prendre du recul sur les situations, c'est-à-dire parvenir à une métacognition). L'éducation doit donc permettre le développement propre de l'individu (doc. 1 et 5).
Enfin, cette liberté que permet l'éducation ne peut se dégager de l'apprentissage du vivre ensemble et de la sécurité nécessaire pour se former. Il est alors indispensable d'établir un travail collaboratif pluridisciplinaire pour favoriser cette sécurité nécessaire à l'apprentissage (doc. 4). En effet, si nous devons certes éduquer les élèves à être libres et autonomes, mais également à vivre en société, cela ne peut s'apprendre uniquement dans des leçons de morale. Cela nécessite la mise en œuvre de projets inscrits dans les pratiques tels que les travaux en commun qui assurent de faire ensemble (doc. 4, 7 et 8). Ces travaux qui engagent l'inter-argumentation, l'échange, l'écoute de chacun, contribuent alors à la lutte contre les violences et développent non seulement l'apprentissage de la démocratie mais aussi la construction des vérités communes et nécessaires, voire une universalité nécessaire au vivre ensemble (doc. 1, 2, 5 et 6).
Ce retour sur la définition de ces notions permet d'apporter un éclairage supplémentaire sur la manière dont les EPLE doivent répondre à la double finalité qui leur est rappelée par le Code de l'éducation, à savoir instruire et éduquer. Le corpus montre comment pédagogie et éducation sont liées. Cependant, concernant les personnels et considérant que certains sont davantage formés à l'une (professeurs) ou à l'autre (CPE), dans quelle mesure ces deux corps ont-ils véritablement les mêmes missions et comment articuler leurs missions respectives sans simplement les juxtaposer ou les diviser ?
B. Des résistances à l'articulation
La complémentarité de la mission éducative et de la mission pédagogique ne va pas de soi (doc. 1, 7 et 8). En effet, il est fort à parier que la mission d'éducation est « d'autant plus complexe que le poids de l'organisation traditionnelle de l'enseignement secondaire (structuration autour des disciplines et de l'heure de cours) rend pour le moins délicate toute tentative de mise en cohérence des disciplines d'enseignement avec d'autres dispositifs pédagogiques » (doc. 5). À cela s'ajoute une animation éducative délaissée car considérée comme secondaire par les CPE au profit de la gestion des absences, de la sécurité et de la discipline (doc. 6). Face à ce constat, les différents rapports soulignent l'importance des coordinations entre enseignants et entre enseignants et CPE. La division entre éducation et pédagogie renvoie à une logique d'exclusion et ne permet pas d'offrir aux élèves un cadre cohérent propice à la construction de leur autonomie. Pire, cela peut même renforcer voire produire des effets dévastateurs et engendrer des fractures sociales à long terme. C'est pourquoi il est primordial que la mission d'éducation ne soit pas dissociée de la mission d'enseignement (doc. 5). Le Référentiel national des internats (doc. 3) entérine le fait que tous les personnels concourent à des objectifs communs et rappelle l'exigence de la complémentarité entre l'éducatif et le pédagogique.
Pour asseoir la réussite de tous les élèves, la place de la stratégie éducative et pédagogique de l'EPLE devient fondamentale. En effet, celle-ci concerne « le passage d'une pratique individuelle – le professeur, dans sa discipline, dans sa classe ; le CPE chargé des absences […] – à une pratique collective » (doc. 5). Chaque projet, qu'il soit pédagogique ou éducatif, doit être élaboré collectivement et mettre en avant la pluridisciplinarité, moteur permettant d'améliorer la formation globale de chaque élève.
Dès lors, la pédagogie ne peut donc pas se délier d'une part d'éducation. De plus, la réflexion sur les situations d'apprentissage comme la médiation avec les élèves ont pour objectifs non seulement l'accès à la culture, mais aussi de se libérer des préjugés et de se penser dans le monde. Là encore, il ne paraît donc pas pensable d'envisager la pédagogie sans éducation (doc. 4). Déjà, le rapport Legrand prônait la pédagogie différenciée (doc. 4), ce qui implique, de fait, une connaissance plus fine de chaque élève. De plus, force est de constater que le rôle social et éducatif de l'école est aussi nécessaire que sa fonction première d'enseignement et de transmission des connaissances (doc. 5). Ce qui suppose alors de repenser le rôle des enseignants et des équipes éducatives. Si les missions éducatives s'élargissent, alors il est impératif de repenser la responsabilité éducative collectivement (doc. 1). En effet, il ne s'agit plus d'éduquer pour asseoir seulement son enseignement disciplinaire, mais aussi d'éduquer aux apprentissages du respect et de la règle et des valeurs de la République (doc. 5). À charge pour les différentes équipes de se départir des logiques malsaines (doc. 7) de périmètre d'action afin de créer les conditions d'une cohérence éducative et pédagogique impulsée notamment par la vie scolaire.
II. La vie scolaire : entre pédagogie et éducation
S'il a très souvent été naturel de penser que la mission éducative était exclusivement dévolue au CPE, les nouvelles directives ministérielles prouvent la réelle ambition de coordonner les actions de chaque acteur de la communauté éducative afin d'établir un véritable travail collaboratif.
A. La volonté institutionnelle
Il est évident que l'institution impulse depuis plusieurs années et de manière très affirmée dans les textes la volonté de mettre en cohérence les politiques pédagogiques et éducatives. La circulaire de rentrée 2016 (doc. 1) indique très clairement la nécessité de concilier « des enjeux qui ont parfois été perçus comme contradictoires : connaissances et compétences ; culture personnelle et insertion professionnelle ; acquisition des fondamentaux et projets collectifs. C'est le sens profond des évolutions structurelles et pédagogiques qui ont été engagées. »
La mise en œuvre de dispositifs de remédiation, tels que le programme personnalisé de réussite éducative (PPRE) en 2005 (doc. 5), confirme cet engagement collectif autour de chaque élève rencontrant des difficultés scolaires. En effet, l'équipe de personnels qui permet la réussite du PPRE est constituée par des enseignants et des personnels éducatifs. De même, la mise en place des tutorats et de l'accompagnement personnalisé lors de la réforme du lycée a été également une véritable incitation pour chacun de quitter une approche exclusivement spécialisée afin d'envisager chaque élève dans sa globale complexité et de travailler en équipe pluridisciplinaire à sa réussite scolaire et personnelle (doc. 5).
Cette volonté a été très nettement accentuée avec la publication du Référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l'éducation (doc. 2) : « tous les personnels concourent à des objectifs communs ». Au-delà de cette affirmation, le détail des quatorze compétences communes confirme les visées éducatives de certaines compétences (faire partager les valeurs de la République, agir en éducateur responsable, contribuer à l'action éducative, etc.) tandis que d'autres sont à dominante pédagogique (connaître le processus d'apprentissage, adapter son enseignement et son action éducative à la diversité des élèves, participer à la construction des parcours des élèves sur les plans pédagogique et éducatif, etc.) (doc. 2).
Ces compétences communes trouvent naturellement leur expression, à la suite de la réforme du collège, dans la mise en œuvre des quatre parcours éducatifs mais aussi dans l'évaluation du socle commun, du nouveau DNB (notamment avec la nouvelle épreuve orale) et du livret de la scolarité obligatoire (doc. 1). Parmi les compétences spécifiques demandées aux CPE (doc. 2), certaines sont clairement à visée pédagogique. Ceux-ci doivent par exemple « contribuer à l'enseignement civique et moral » (mis en œuvre à la rentrée 2015) ou encore « coopérer avec les professeurs pour élaborer des situations d'apprentissage en vue de développer et d'évaluer les compétences visées (socle commun de connaissances, de compétences et de culture, référentiels professionnels, etc.) ». C'est en ce sens que leur présence au conseil pédagogique est non seulement requise mais indispensable. Dans le même esprit, le Référentiel national des internats (doc. 3) demande la mise en œuvre d'un projet pédagogique et éducatif qui doit être riche pour la réussite scolaire et éducative. Par la mise en place de ce projet, l'internat, domaine pourtant souvent réservé à la vie scolaire, est très nettement appelé à s'ouvrir à l'action collective et pédagogique dans tous les domaines : maîtrise de la langue française, politique artistique et culturelle, éducation aux médias, promotion des vocations scientifiques et technologiques, de l'éducation physique et sportive, etc.
B. Les atouts éducatifs d'une implication pédagogique du CPE
Le premier objectif du CPE et de son service de la vie scolaire est de mettre en place les conditions pour faciliter la vie des élèves (dimension relationnelle) et leur éducation (dimension citoyenne).
Le CPE réalise les diagnostics pour une démarche éducative efficace, afin de concrétiser un projet vie scolaire qui fait partie intégrante du projet d'établissement visant la réussite de tous. Cependant font également partie de ses missions la facilitation du travail des élèves (dimension fonctionnelle), ainsi que la connaissance des méthodes d'apprentissage, des modes d'évaluation des projets des élèves et de leurs perspectives d'orientation liées à leurs résultats scolaires (doc. 7). Il apparaît donc que la place du CPE ne doit en aucun cas se résumer à la gestion des conflits et à la mise en œuvre du règlement intérieur. D'ailleurs, l'expérience montre que « les établissements qui ont le mieux réussi à maîtriser la violence sont les établissements qui ont pu et su mettre en place un travail collectif au sein des établissements comme avec les partenaires » (doc. 6). La place particulière des CPE et leurs compétences spécifiques (doc. 2) leur permettent d'apporter une contribution déterminante à une continuité éducative et pédagogique formatrice pour les élèves. Dans ces circonstances, il serait même inefficace voire dangereux de pratiquer la « sous-traitance éducative » à la fois pour la réussite de l'élève mais aussi pour le climat scolaire au sein de l'établissement (doc. 5 et 8).
Le renforcement du lien avec les équipes pédagogiques ne s'établit pas uniquement par l'instauration d'un climat propice aux apprentissages (doc. 6) mais aussi par la mise en œuvre de projets communs au service de la réussite de tous les élèves. Travailler à la réussite de chacun, c'est travailler sur l'évaluation en général (doc. 8). Afin de mieux évaluer le travail de l'élève, les informations recueillies par le CPE grâce à son suivi individuel de chaque élève, à sa relation avec les familles, à sa politique d'éducation à l'orientation (doc. 6) permettent d'ajuster les dispositifs de remédiation et d'accompagnement pédagogiques (doc. 8). De plus, le CPE participe à l'évaluation du socle commun, du livret scolaire, de la nouvelle épreuve orale du DNB portant sur un des projets menés par le candidat dans le cadre des EPI du cycle 4 ou de l'un des parcours éducatifs (doc. 1).
Ainsi, sous l'égide du chef d'établissement, garant d'une action collective, CPE et enseignants sont amenés à travailler de concert à l'élaboration de la politique éducative de l'établissement en lien avec la politique pédagogique. Les objectifs de cette politique éducative – s'approprier les règles de la vie collective, se comporter de manière plus autonome et prendre des initiatives, s'insérer dans la vie sociale et professionnelle, étudier dans les meilleures conditions et se préparer à l'exercice de sa citoyenneté – sont donc l'affaire de tous (doc. 2, 3 et 5). Plus particulièrement, la formation du citoyen doit irriguer tous les enseignements pédagogiques et éducatifs. La participation à la vie de l'établissement, la formation des délégués et la dynamisation des instances sont notamment des leviers pour alimenter cette formation (doc. 5). Le travail en classe du CPE auprès des élèves lui permet en outre de mieux comprendre le point de vue des enseignants qui gèrent des groupes-classe et les difficultés éventuelles rencontrées (doc. 7).
Outre les apports informatifs qui facilitent le travail pédagogique et qui légitiment l'action du CPE dans tous ses domaines de compétence, nombreuses sont les possibilités d'investir la pédagogie. Dans le cadre réglementaire des cours, sa contribution à l'enseignement moral et civique (EMC) fait partie de ses compétences propres (doc. 2). La mise en œuvre des quatre parcours (santé, citoyen, avenir et artistique et culturel) est un nouveau point d'ancrage pour investir le champ pédagogique (doc. 1). La réforme du collège lui permet en outre d'inscrire son action dans les enseignements interdisciplinaires du cycle 4, de participer à l'accompagnement personnalisé et à l'éducation aux médias et à l'information (EMI) en plus des heures de vie de classe.
Enfin, la garantie de la cohérence de l'implication du CPE en matière pédagogique sera confirmée par son implication dans les différentes instances de l'EPLE : au sein du conseil pédagogique, des conseils intercycles, du conseil de vie lycéenne (CVL), du conseil de vie collégienne (CVC), du comité d'éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC), de la commission hygiène et sécurité (CHS), du groupe de prévention au décrochage scolaire (GPDS) (doc. 2). Sa présence permet d'assurer la complémentarité et l'articulation entre éducation et pédagogie. À charge, pour lui, de perpétuer cette articulation dans les espaces spécifiques de la vie scolaire hors temps de classe : permanence, temps de pause méridienne, collaboration avec le professeur documentaliste (doc. 2, 5, 6 et 7).
Conclusion
Si les CPE et leurs ancêtres, les fameux « surgés », ont été créés pour prendre en charge la dimension éducative dans laquelle les enseignants refusaient de s'investir, les missions dévolues à chacun des deux corps prouvent qu'aujourd'hui enseignants comme CPE ont donc une mission autant éducative que pédagogique. Même si, à la marge, certains enseignants refusent encore d'assumer la part d'éducatif. Pour Philippe Meirieu, ce refus trouve sa source dans la désinstitutionnalisation de la société. Les professeurs se trouvent en réalité en difficulté face à des jeunes dont ils pensent que les familles ne les ont pas suffisamment préparés, voire même éduqués. Seule la mise en œuvre d'une politique éducative visant la coéducation pourra lever ces malentendus. C'est donc en donnant un sens plus actuel à la pédagogie et à l'éducation que l'on peut constater que ces notions sont irrémédiablement liées, et qu'elles se lient pour constituer les missions du service public d'éducation. Le socle commun de connaissances, de compétences et de culture mis en place à la rentrée 2016 nous le rappelle : choix pédagogiques et éducatifs sont à mettre en lien pour parvenir à la réussite de tous les élèves. Et c'est en acceptant de faire et de porter ces choix que nous décidons d'accepter de présenter et de porter le monde qui accueillera les enfants et que ces derniers pourront transformer grâce à leur liberté et leur autonomie, condition sine qua non de la réussite de l'éducation selon la philosophe Hannah Arendt.
III. Partie propositionnelle
Pour lutter contre les inégalités sociales, l'École doit aussi s'appuyer sur les évolutions sociétales et s'interroger sur l'égalité des places dans la société (François Dubet, « Égalité des places, égalité des chances », in Études, 2011). Pour ce faire, au sein des établissements scolaires, la mise en œuvre d'une véritable collaboration pédagogique et éducative est essentielle. Pour autant, quels sont les éléments constitutifs à l'émergence de cette collaboration ? Si l'objectif à atteindre est la réussite de tous les élèves, alors les axes de cette politique seront l'instauration d'un cadre propice aux apprentissages et à la formation du citoyen libre et autonome. Pour établir une pratique professionnelle efficiente, il est impératif pour le CPE d'assurer un suivi individuel et collectif au plus près des réalités scolaires et sociales. En outre, au regard des missions qui sont confiées aux CPE (circulaire du 10 août 2015), il est nécessaire d'établir des diagnostics et des projets communs pour mettre en place les conditions matérielles et humaines pour mieux vivre et travailler ensemble.
Cependant, mieux travailler ensemble suppose l'instauration d'un climat scolaire propice aux apprentissages (A.), la mise en œuvre de pratiques pédagogiques favorisant la formation du citoyen (B.), et enfin le renforcement des pratiques collaboratives (C.).
A. L'instauration d'un cadre propice aux apprentissages
1. De la règle…
Favoriser l'instauration d'un climat scolaire propice aux apprentissages nécessite une réflexion collective sur le volet éducatif du projet d'établissement, et en particulier sur les règles de vie et de droit dans l'établissement. Choisies au regard des textes officiels (Code de l'éducation notamment) et avec la participation des élèves, ces règles apparaîtront sous la forme du règlement intérieur, pour l'EPLE comme pour l'internat, mais aussi de chartes, comme une charte de civilité ou encore une charte de l'utilisation d'Internet.
Cet appui sur des règles explicitées ainsi qu'une écoute plus attentive de la parole des élèves contribuent à un climat de sécurité et de sérénité. Afin de permettre une appropriation plus forte de ces règlements, il est impératif de s'appuyer sur le CVC et le CVL, et, dans le contexte défini, sur les représentants des élèves internes. Entreprendre cette première collaboration permet d'asseoir des relations pacifiées entre adultes et élèves (E. Debarbieux, Enquête sur le climat scolaire).
2. … à la justice scolaire
Les relations entre adultes et élèves peuvent alors être perçues non pas comme descendantes et autoritaires, mais comme étant basées sur un dialogue partagé et constructif. Ce postulat est nécessaire, notamment dans la mise en application des sanctions. Outre la réflexion collective sur les sanctions et les punitions, il est impératif que les adultes s'accordent sur un protocole de mise en application. Certes, s'il revient au chef d'établissement de poser la sanction, il n'en est pas moins vrai que cet acte doit reposer sur plusieurs principes admis et partagés par l'ensemble de la communauté éducative. En effet, lorsque les sanctions comme les punitions sont élaborées de manière graduée, qu'elles sont justes, bienveillantes et explicitées aussi bien aux élèves qu'à leurs familles, alors elles contribuent à la sérénité de l'établissement (E. Prairat, La Sanction en éducation). Les sanctions doivent s'inscrire dans les principes généraux du droit. Afin de ne pas rompre la continuité des apprentissages, l'ensemble des acteurs pédagogiques et éducatifs doivent éviter l'exclusion et privilégier les mesures de responsabilisation (cf. les nouvelles procédures disciplinaires de 2011). Conçues comme réparatrices et éducatives, les sanctions permettent d'instaurer un sentiment de justice scolaire dont on ne peut se passer pour asseoir un climat propice aux apprentissages irrigué par ce principe de justice scolaire, qui apparaît comme l'ensemble des réponses apportées auprès d'un élève qui a manqué de respect à autrui ou qui a transgressé une règle de l'établissement scolaire. Qu'ils s'agissent de procédures disciplinaires ou d'autres mesures de prise en charge, ces sanctions doivent être éducatives et favorables au sentiment d'être considéré avec justice et respect. Tout en garantissant une gestion des conflits et des incidents respectueuse et constructive, la manière d'instaurer et de préserver l'ordre scolaire doit éviter le sentiment d'impunité qui est source de sentiment d'injustice. Il est important de prévenir les problèmes par la sensibilisation aux règles du vivre ensemble et à travers un projet d'établissement et de classe qui permette l'adhésion des élèves aux règles grâce à des pratiques coopératives. Ce qui permet à nouveau d'illustrer la complémentarité des actions éducatives et pédagogiques.
B. La formation du citoyen autonome et réfléchi
1. Des temps hors classe…
Toutefois, la mise en place de ce cadre ne se détache pas de la participation de tous à l'accueil des élèves sur les temps hors classe. L'animation du temps de pause méridienne requiert la participation des personnels de vie scolaire, mais permet aussi aux enseignants de s'investir dans le champ de l'animation éducative. Ces temps sont l'occasion de proposer aux élèves des activités culturelles, sportives et artistiques grâce notamment à l'association sportive mais aussi aux compétences spécifiques des enseignants (musique, arts, TICE).
Se pose alors la question des temps hors classe de l'internat. En effet, l'internat ne pouvant être réduit au parcours scolaire, la communauté éducative doit également encourager la réussite personnelle de l'élève et son épanouissement. Au regard de ces missions et de son expertise professionnelle, la responsabilité du CPE est engagée. En effet, responsable de l'épanouissement des élèves depuis la circulaire de mission de 2015, le CPE doit impulser à l'internat le développement des activités ludiques, sportives, culturelles, scientifiques, etc. Il encourage les initiatives et propositions des élèves, puisque, forte de leur motivation, leur adhésion ne sera que plus grande. Ainsi, par la mise en place d'activités récréatives et grâce à l'éducation non formelle, les qualités habituellement non requises par l'institution sont valorisées. La reconnaissance des compétences de l'élève se réalise aussi dans la réalisation des tâches quotidiennes. Ces réussites privées sont à prendre en compte, à favoriser et à saluer par l'encadrement puisqu'elles participent activement à l'acquisition de l'autonomie par l'adolescent. En reconnaissant les élèves pour l'ensemble de leurs qualités d'adolescent et non uniquement pour leur destin scolaire, la communauté éducative contribue à leur épanouissement.
Permettant à l'élève de construire une représentation globale et cohérente du monde ainsi que de son environnement quotidien, la culture est un élément essentiel à transmettre par l'institution scolaire, et particulièrement au sein de l'internat. Dans le cadre de ses missions d'animation éducative, le CPE instaurera des partenariats avec des structures de proximité afin de rendre familier le patrimoine culturel, et aussi de développer la fréquentation des lieux culturels. En favorisant cet accès à la culture de l'ensemble des internes, nos actions s'inscrivent donc dans la démarche de promotion de l'égalité des chances. Dans cette même perspective et puisqu'elle contribue à la construction du goût et de la sensibilité, le CPE veille à initier les internes à la culture artistique. Ces actions permettent également aux élèves d'accéder aux différents moyens d'expression en vue de développer leur personnalité. Puisque ceux-ci sont des moyens d'externalisation des émotions et des idées, et participent alors au bien-être des élèves, le CPE encouragera leur pratique par l'intermédiaire de partenariats ou de clubs. D'autant que ces activités participent également à l'apprentissage de la citoyenneté.
Cet accès à la culture vise également à favoriser l'autonomie et la responsabilisation des élèves dans la perspective de leur insertion dans la société. En ce sens, certaines de nos actions concerneront particulièrement l'éducation aux médias. En effet, l'accès aux actualités à l'internat ne peut faire l'économie d'un décryptage auquel accèdent majoritairement les élèves des classes favorisées au domicile familial. Ainsi, le CPE impulsera auprès de ces assistants d'éducation (AED) la mise en place d'un « café philo ». Ce temps de débat pourra réunir les élèves par groupes avant le coucher afin de discuter de l'actualité, d'échanger opinions et points de vue sur une grande diversité de thématiques. Cette initiative, qui s'inscrit dans l'apprentissage de la citoyenneté, s'appuie donc sur le dialogue pour éveiller l'esprit critique des élèves et former le jugement de l'être.
2. … aux apprentissages
Ces temps hors classe permettent de dynamiser les pratiques pédagogiques et éducatives qui concourent à la formation du citoyen autonome. Pour cela, CPE et enseignants s'allient dans une pédagogie de projets qui permettent de faire du lien entre les enseignements et la vie scolaire. Au collège (socle commun, EPI, accompagnement personnalisé [AP]) et au lycée (travaux personnels encadrés [TPE] en classe de première) des dispositifs sont à utiliser pour y parvenir. De plus, si ces projets sont réalisés sous forme de travaux de groupe, on privilégie l'apprentissage du faire ensemble et l'expérience démocratique (Ph. Meirieu). Conseil pédagogique et conseils d'enseignement ont tout intérêt à mener une réflexion sur ces pratiques et à y associer le service de vie scolaire (CPE, AED, assistants pédagogiques [AP]) pour la réussite de tous. En outre, les divers parcours des élèves sont le lieu évident d'un travail en collaboration : parcours citoyen et EMC, parcours santé avec le CESC, parcours artistique et culturel en lien avec les différents partenariats, parcours avenir en lien avec le conseiller d'orientation-psychologue (COP). Ces parcours viennent conforter le parcours scolaire de l'élève qui ne peut s'opérer que si et seulement si le suivi est collectif. Une réelle collaboration entre enseignants et CPE permet d'anticiper les dispositifs de remédiation à mettre en place pour favoriser sa réussite. Le suivi des élèves dans le passage d'un cycle à un autre, la mise en place des PPRE et des PPRE passerelle, ou les stages de remise à niveau et les stages passerelle sont des dispositifs sur lesquels s'appuyer. Ces différents parcours offrent un grand nombre d'opportunités de travailler en collaboration (autres établissements, 1er degré, associations, etc.). Enfin, afin de mesurer l'efficacité des démarches pédagogiques et éducatives, le conseil pédagogique ne peut faire l'économie d'une véritable réflexion sur l'évaluation des élèves : celle-ci doit permettre aux élèves non seulement de comprendre leurs erreurs, mais aussi de mettre en évidence leurs points forts. Cette valorisation est indispensable pour développer l'estime de soi de chaque élève : « Je vis que je réussissais, cela me fit réussir davantage » (J.-J. Rousseau).
C. Le renforcement des pratiques collaboratives
On ne peut l'ignorer, notre monde est actuellement celui de la compétition, où celui qui n'arrive pas à entrer dans la course à la réussite finit au chômage, avec le risque d'être exclu de la société. Il faut réussir, mais seul, si on veut s'en sortir, et donc laisser les autres se débrouiller, seuls eux aussi. Les meilleurs seront les méritants. Pourtant, face à ce constat, d'aucuns continuent à espérer un monde meilleur où même si nous n'avons pas tous la même place, nous serions plus solidaires, plus collectifs et moins individualistes. En France, le pacte social aurait plus de chances de réussite, plus de sens. C'est pourquoi semble peser sur l'institution scolaire une pression d'égalité de réussite et de changement dans la société. L'École doit éduquer des citoyens autonomes, responsables et solidaires tout en leur préparant un avenir professionnel et une insertion dans la société (circulaire de rentrée 2016). Toutes ces ambitions peuvent être réalisables, mais passent par le développement de la coopération à l'école, c'est-à-dire une capacité à réfléchir, à travailler de manière collective vers des objectifs communs.
1. La coéducation
Enseignants et CPE s'associent donc dans l'information et la communication avec les familles, tant au plan individuel (travail scolaire et vie scolaire de l'élève) qu'au niveau de vie collective (associer les parents à la vie de l'établissement : participations aux événements). De plus, renforcer leur participation dans les conseils auxquels ils sont associés (conseil d'administration [CA], conseils de classe, conseil de discipline et CESC) est aussi l'affichage d'une volonté qui vise à réduire le clivage pédagogie/éducation. L'un des leviers sera la mise en place de'un espace parents au sein de l'établissement qui pourra notamment ouvrir les ponts entre le collège et le lycée.
De plus, en lien avec le tissu associatif du quartier, CPE et enseignants proposent des rencontres moins formelles avec les parents (café des parents, petit déjeuner, etc.). Ouvrir le périmètre de cette action, c'est opter pour une ouverture de l'école sur son quartier, mais aussi aux parents dits les plus éloignés de l'école. La mise en œuvre de l'espace parents est un levier pour renforcer cette coéducation qui est aussi un élément favorisant la réussite des élèves (Pisa 2015).
2. Des enseignements transversaux
À côté de l'individualisation des pratiques au sein de la classe et de la volonté d'établir des liens entre les disciplines se sont également développées de nombreuses dispositions destinées à faire de l'établissement un lieu de vie. L'éducation à la citoyenneté passe par une mise en pratique. La prise en compte des avis des élèves à travers le jeu démocratique des instances (CVL, conférence des délégués, CA, etc.) et l'apprentissage de l'expression individuelle dans l'expérience du débat argumenté sont pressentis comme pouvant améliorer les relations au sein de l'établissement dont on sait qu'elles sont à certains égards déterminantes quant à la motivation des élèves. Ces dispositions en faveur d'une éducation à laquelle participe activement l'élève sont l'occasion pour le CPE de contribuer à valoriser les goûts et les talents différents des élèves. Ainsi l'exercice du mandat et la prise de responsabilité doivent-ils être valorisés, ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui. Pourtant, l'ensemble de la communauté éducative est concerné par cet apprentissage qui ne saurait être l'affaire d'un spécialiste, qu'il soit enseignant ou CPE. Chaque domaine de connaissances et de compétences requiert la contribution de toutes les disciplines et la mise en œuvre de démarches éducatives nécessitant l'implication de tous les acteurs de l'établissement. La formation de la personne et du citoyen, domaine 3 du nouveau socle, fait appel « à l'apprentissage et à l'expérience des principes qui garantissent […] la liberté de conscience et d'expression, la tolérance réciproque, l'égalité […] entre les hommes et les femmes, le refus des discriminations, l'affirmation de la capacité à juger et agir par soi-même », principes affirmés dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 et la Convention internationale des droits de l'enfant de 1989.
Conclusion
En conclusion, pédagogie et éducation sont donc des notions intimement liées et sont en fait la finalité de l'école de la République, qui le rappelle notamment par les missions confiées à ses agents : pédagogie et éducation sont deux notions qui irriguent le Référentiel des compétences professionnelles des professeurs et des personnels d'éducation. C'est pourquoi, au-delà d'être nécessaire, la collaboration est indispensable pour viser la formation des futurs citoyens hommes et femmes libres capables de vivre ensemble et défendant les valeurs de la République. C'est pourquoi chaque éducateur doit faire preuve d'une volonté et d'une capacité à faire vivre ces valeurs dans ses pratiques pédagogiques et éducatives. Car il est de toute évidence impossible de faire adhérer à ces valeurs en les imposant par une simple transmission ou un dressage ; comprendre ce que signifie « être libres et égaux en droit », faire preuve de solidarité et de fraternité, saisir le sens du respect d'autrui et du principe de laïcité nécessite de vivre ces valeurs, d'y être confronté en pratique pour les reconnaître justes et nécessaires à la vie en société.
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