Première partie de la première épreuve d'admissibilité session 2013 – Français, groupement académique 3

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Sujet

I. Question relative aux textes proposés (6 points)
Vous analyserez les expériences de lecteurs rapportées dans le corpus.
II. Questions ayant trait à la grammaire, à l'orthographe et au lexique (6 points)
II. 1. Grammaire
Dans l'extrait du texte 3 cité ci-dessous, vous relèverez les compléments circonstanciels et vous en proposerez un classement que vous justifierez.
Couché sur le tapis, j'entrepris d'arides voyages à travers Fontenelle, Aristophane, Rabelais : les phrases me résistaient à la manière des choses ; il fallait les observer, en faire le tour, feindre de m'éloigner et revenir brusquement sur elles pour les surprendre hors de leur garde : la plupart du temps, elles gardaient leur secret.
II. 2. Orthographe
Dans l'extrait du texte 3 cité ci-dessous, vous expliquerez les accords des mots soulignés.
La bibliothèque ne comprenait guère que les grands classiques de France et d'Allemagne. Il y avait des grammaires, aussi, quelques romans célèbres, les Contes choisis de Maupassant, des ouvrages d'art – un Rubens, un Van Dyck, un Dürer, un Rembrandt – que les élèves de mon grand-père lui avaient offerts à l'occasion d'un Nouvel An. […] (ces associations de syllabes étaient devenues des noms propres qui désignaient les secteurs du savoir universel […])
II. 3. Lexique
[…] je m'y jette, je tombe […]
[…] et c'est à ce moment-là qu'il faut répondre à des voix d'un autre monde […]
[…] il faut aller au milieu de ces gens petits, raisonnables, prudents […]
[…] Elle est plongée dans Rocambole ! […]
En vous appuyant sur le contexte, vous expliquerez chacune des expressions ci-dessus extraites du texte 2 en montrant ce qu'elles révèlent chez le narrateur.
Textes
Texte 1
« Ce rapport de tension rénovée entre le livre et le réel montre que si le repli lecteur(1) est bien un refuge (parfois une geôle), ce n'est décidément pas un oubli du dehors : la lecture n'engage pas l'annulation mais la redisposition des données de la perception : elle façonne une autre modalité de l'attention, un certain régime de lucidité, un certain rythme de vigilance. Le monde ne s'absente pas du champ attentionnel du lecteur, il constitue l'horizon de cette zone incandescente sur laquelle se concentre l'attention, et il y prolonge concrètement ses effets. L'aller-retour qui s'instaure entre le livre et le réel vers lequel la lecture, nécessairement, nous reconduit, transforme notre état de conscience et l'attention que nous portons aux choses. Entre le livre et le lieu « se tisse un réseau de connexions à la fois fines et distendues […] ; chaque position, chaque espacement devient comme une porte que le livre fait battre sur le monde »(2). Une porte battante, en effet, et il faut prendre la mesure de cet étagement ordinaire mais intense des sensations, des transitions et des transfusions d'un état dans un autre, de ce double mouvement par lequel le lecteur se détache du monde qui l'environne pour s'enfermer, puis s'arrache avec un effort aussi grand à ce foyer qu'il s'était constitué. »
Marielle MACÉ, Façons de lire, manières d'être, Paris, Gallimard, « nrf essais », 2011, pp. 64-65

Texte 2
« Voici enfin le moment attendu où je peux étaler le volume sur mon lit, l'ouvrir à l'endroit où j'ai été forcée de l'abandonner… je m'y jette, je tombe… impossible de me laisser arrêter, retenir par les mots, par leur sens, leur aspect, par le déroulement des phrases, un courant invisible m'entraîne avec ceux à qui de tout mon être imparfait mais avide de perfection je suis attachée, à eux qui sont la bonté, la beauté, la grâce, la noblesse, la pureté, le courage mêmes… je dois avec eux affronter des désastres, courir d'atroces dangers, lutter au bord de précipices, recevoir dans le dos des coups de poignard, être séquestrée, maltraitée par d'affreuses mégères, menacée d'être perdue à jamais… et chaque fois, quand nous sommes tout au bout de ce que je peux endurer, quand il n'y a plus le moindre espoir, plus la légère possibilité, la plus fragile vraisemblance… cela nous arrive… un courage insensé, la noblesse, l'intelligence parviennent juste à temps à nous sauver… C'est un moment de bonheur intense… toujours très bref… bientôt les transes, les affres me reprennent… évidemment les plus valeureux, les plus beaux, les plus purs ont jusqu'ici eu la vie sauve… jusqu'à présent… mais comment ne pas craindre que cette fois… il est arrivé à des êtres à peine moins parfaits… si, tout de même, ils l'étaient moins, et ils étaient moins séduisants, j'y étais moins attachée, mais j'espérais que pour eux aussi, ils le méritaient, se produirait au dernier moment… eh bien non, ils étaient, et avec eux une part arrachée à moi même, précipités du haut des falaises, broyés, noyés, mortellement blessés… car le Mal est là, partout, toujours prêt à frapper… Il est aussi fort que le Bien, il est à tout moment sur le point de vaincre… et cette fois tout est perdu, tout ce qu'il peut y avoir sur cette terre de plus noble, de plus beau… le Mal s'est installé solidement, il n'a négligé aucune précaution, il n'a plus rien à craindre, il savoure à l'avance son triomphe, il prend son temps… et c'est à ce moment-là qu'il faut répondre à des voix d'un autre monde… « Mais on t'appelle, c'est servi, tu n'entends pas ? »… il faut aller au milieu de ces gens petits, raisonnables, prudents, rien ne leur arrive, que peut-il arriver là où ils vivent… là tout est si étriqué, mesquin, parcimonieux… alors que chez nous là-bas, on voit à chaque instant des palais, des hôtels, des meubles, des objets, des jardins, des équipages de toute beauté, comme on n'en voit jamais ici, des flots de pièces d'or, des rivières de diamants… « Qu'est-ce qu'il arrive à Natacha ? » j'entends une amie venue dîner poser tout bas cette question à mon père… mon air absent, hagard, peut-être dédaigneux a dû la frapper… et mon père lui chuchote à l'oreille… « Elle est plongée dans Rocambole ! » L'amie hoche la tête d'un air qui signifie : « Ah, je comprends… » Mais qu'est-ce qu'ils peuvent comprendre… »
Nathalie SARRAUTE, Enfance, Paris, Gallimard, « Folio », 1983, pp. 266-267

Texte 3
« Je n'ai jamais gratté la terre ni quêté des nids, je n'ai pas herborisé ni lancé des pierres aux oiseaux. Mais les livres ont été mes oiseaux et mes nids, mes bêtes domestiques, mon étable et ma campagne ; la bibliothèque, c'était le monde pris dans un miroir ; elle en avait l'épaisseur infinie, la variété, l'imprévisibilité. Je me lançai dans d'incroyables aventures : il fallait grimper sur les chaises, sur les tables, au risque de provoquer des avalanches qui m'eussent enseveli. Les ouvrages du rayon supérieur restèrent longtemps hors de ma portée ; d'autres, à peine je les avais découverts, me furent ôtés des mains : d'autres encore se cachaient : je les avais pris, j'en avais commencé la lecture, je croyais les avoir remis en place, il fallait une semaine pour les retrouver. Je fis d'horribles rencontres : j'ouvrais un album, je tombais sur des planches en couleurs, des insectes hideux grouillaient sous ma vue. Couché sur le tapis, j'entrepris d'arides voyages à travers Fontenelle, Aristophane, Rabelais : les phrases me résistaient à la manière des choses ; il fallait les observer, en faire le tour, feindre de m'éloigner et revenir brusquement sur elles pour les surprendre hors de leur garde : la plupart du temps, elles gardaient leur secret. J'étais La Pérouse, Magellan, Vasco de Gama ; je découvrais des indigènes étranges : « Héautontimorouménos » dans une traduction de Térence en alexandrins, « idiosyncrasie » dans un ouvrage de littérature comparée. Apocope, Chiasme, Parangon, cent autres Cafres impénétrables et distants surgissaient au détour d'une page et leur seule apparition disloquait tout le paragraphe. Ces mots durs et noirs, je n'en ai connu le sens que dix ou quinze ans plus tard et, même aujourd'hui, ils gardent leur opacité : c'est l'humus de ma mémoire. La bibliothèque ne comprenait guère que les grands classiques de France et d'Allemagne. Il y avait des grammaires, aussi, quelques romans célèbres, les Contes choisis de Maupassant, des ouvrages d'art – un Rubens, un Van Dyck, un Dürer, un Rembrandt – que les élèves de mon grand-père lui avaient offerts à l'occasion d'un Nouvel An. Maigre univers. Mais le Grand Larousse me tenait lieu de tout : j'en prenais un tome au hasard, derrière le bureau, sur l'avant-dernier rayon, A-Bello, Bello-Ch ou Ci-D, Mele-Po ou Pr-Z (ces associations de syllabes étaient devenues des noms propres qui désignaient les secteurs du savoir universel : il y avait la région Ci-D, la région Pr-Z, avec leur faune et leur flore, leurs villes, leurs grands hommes et leurs batailles) ; je le déposais péniblement sur le sous-main de mon grand-père, je l'ouvrais, j'y dénichais les vrais oiseaux, j'y faisais la chasse aux vrais papillons posés sur de vraies fleurs. Hommes et bêtes étaient là, en personne : les gravures, c'étaient leurs corps, le texte, c'était leur âme, leur essence singulière ; hors les murs, on rencontrait de vagues ébauches qui s'approchaient plus ou moins des archétypes sans atteindre à leur perfection : au Jardin d'Acclimatation, les singes étaient moins singes, au Jardin du Luxembourg, les hommes étaient moins hommes. Platonicien par état, j'allais du savoir à son objet ; je trouvais à l'idée plus de réalité qu'à la chose, parce qu'elle se donnait à moi d'abord et parce qu'elle se donnait comme une chose. C'est dans les livres que j'ai rencontré l'univers : assimilé, classé, étiqueté, pensé, redoutable encore ; et j'ai confondu le désordre de mes expériences livresques avec le cours hasardeux des événements réels. De là vint cet idéalisme dont j'ai mis trente ans à me défaire. »
Jean-Paul SARTRE, Les Mots, Paris, Gallimard, « Folio », 1964, pp. 42-44

(1)« repli lecteur » : formulation de l'auteur
(2)Jean-Christophe Bailly, « La tâche du lecteur », pp. 74-79

Corrigé

I. Question relative aux textes proposés (6 points)
Proposition de corrigé
Il s'agit ici, à partir d'un ensemble constitué de trois textes, d'analyser « les expériences de lecteurs rapportées dans le corpus ».
Rapporter une expérience de lecteur implique de considérer la lecture comme un acte, mais aussi comme un rapport aux mots, ainsi qu'au réel et à la fiction. Deux écrivains, Jean-Paul Sartre dans Les Mots (1964), et Nathalie Sarraute dans Enfance (1983), témoignent, à travers le récit autobiographique, du rapport qu'ils ont ou qu'ils ont eu avec les livres, tandis que Marielle Macé, dans Façons de lire, manières d'être (2011), tente de saisir et d'identifier la place du lecteur dans le champ qui s'étend du réel à la fiction. L'analyse des expériences de lecteurs qui sont rapportées dans le corpus met en évidence que Marielle Macé, Nathalie Sarraute et Jean-Paul Sartre considèrent la lecture comme un acte, non pas strictement de retrait, mais aussi d'attention et de perception. Les textes révèlent également un rapport varié au réel et à la fiction, placé au cœur d'une expérience intime et personnelle.
Le narrateur des Mots raconte l'impression que produisait, sur lui, la bibliothèque familiale, qu'il compare volontiers à des terres d'aventure et de conquête. Les métaphores de la forêt et de la montagne confortent la manière dont il décrit la façon qu'il avait d'appréhender ce lieu dédié aux livres. Quant aux livres eux-mêmes, ceux-ci, loin d'être considérés comme les représentations dématérialisées d'un espace feutré, concrétisent aussi des lieux de résistance, jusqu'à contenir par endroits des mots « durs et noirs ». Pour Jean-Paul Sartre, la posture du lecteur est à peu près l'inverse de celle du repli et de l'enfermement qu'évoque Marielle Macé à propos de la lecture. Selon elle, cette dernière fournit, en effet, les possibilités d'« un refuge », d'un domaine confiné qui permet de s'extraire du « réel ». Quant à la narratrice d'Enfance, qui, dans son récit, insiste sur l'attractivité et la puissance d'absorption des œuvres littéraires, son point de vue témoigne d'un « attachement » variable aux personnages, à une intrigue dans laquelle se manifestent les « voix d'un autre monde ».
L'« expérience livresque », comme la désigne ainsi Jean-Paul Sartre, offre, le temps d'une découverte, un espace protégé du monde, ce qui ne signifie pas pour autant l'annulation du réel. Marielle Macé prévient, dans ces termes, que la lecture ne bouleverse qu'en apparence l'ordre des priorités : elle ne détache pas le lecteur du réel, mais l'y reconduit selon sa propre démarche. Dans Enfance, il apparaît comme pour Marielle Macé que la lecture n'est pas la négation du monde mais en permet la remodélisation : selon Natacha, la narratrice, lire n'est pas se détacher du monde mais revient à y « plonger », d'autant que la lecture donne du réel une vision amplifiée, en exacerbe les tensions, le « Bien », le « Mal » et les péripéties. Par ailleurs pour le narrateur des Mots, les livres, dont les glossaires et les lexiques, sont un reflet du monde : pluriels, parfois opaques et constitués d'obstacles et de réalités dangereuses et obscures. Ainsi, ce que le lecteur trouve dans une bibliothèque n'est pas tant le réel que le « vrai », c'est-à-dire l'essence des choses.
Paradoxalement, la lecture, en même temps qu'elle fournit un refuge pour le lecteur, transforme ceux qui la pratiquent. La narratrice d'Enfance raconte comment, plus jeune, elle ne parvenait qu'avec beaucoup de difficultés à s'extraire d'un livre : une réadaptation à l'univers qui l'environnait et qui lui paraissait comparativement méprisable lui devenait donc nécessaire. La lecture, pour Nathalie Sarraute, modifiait sa perception et son rapport au monde. Il en est de même pour Marielle Macé, selon laquelle la lecture agit en profondeur, et opère dans l'entendement du lecteur une véritable modification de son « état de conscience ». Le moment de la réception apparaît donc comme un lieu d'expérience en tension entre le « repli » dont parle Marielle Macé, un temps où, pour reprendre Nathalie Sarraute, le lecteur se laisse « retenir par les mots et leur sens », et une ouverture à d'autres univers. Cette ouverture devient l'occasion d'une autre « attention » d'après M. Macé, d'une communion avec un « nous » collectif partagé entre l'imaginaire et le retour au réel pour N. Sarraute, voire d'un « idéalisme » dont Jean-Paul Sartre a mis du temps, d'après lui, à se défaire. Lire apparaît plus spécifiquement, chez cet auteur, comme une aventure paradoxale qui permet d'approcher et de vivre la réalité au plus près de ce qu'elle est vraiment.
Les auteurs s'entendent à montrer qu'il existe un rapport de continuité entre les livres et la vie. De ce fait, aucune négation ne saurait être attachée à l'acte de lire, y compris pour ce qui est de la prétendue passivité du lecteur. Ce corpus de textes, en posant la délicate question de la réception des œuvres, en montre, notamment, l'étonnante diversité.
Recommandations
• Cette partie de l'épreuve consistait ici soit dans une analyse, soit dans une synthèse, même si l'intitulé sous-entend davantage le premier type d'exercice, ce qui permettait clairement de donner un point de vue légèrement critique sur les prises de position des auteurs ou encore sur leur manière d'envisager la question. L'analyse permet de citer davantage les textes de manière directe, et donc d'inclure dans votre production des passages guillemetés et des extraits. Ces reprises, rappelons-le, sont possibles dès lors que vous sentez que les auteurs recourent à des formules spécifiques et qui n'appartiennent qu'à eux (comme ici le « repli lecteur » imaginé par Marielle Macé). Les singularités des points de vue se justifient pleinement, ici, dans la mesure où Nathalie Sarraute et Jean-Paul Sartre livrent leurs impressions sur un rapport à la lecture, au réel et à la fiction. Outre un rapport à, il convenait d'insister sur une ouverture sur le monde, en partant, précisément, d'« expériences » de lecteurs, que Marielle Macé reformule à partir de ce qu'elle appelle les « modalités de l'attention ».
• Rappelons que, même s'il s'agit d'une analyse, il convient de minuter, comme pour la synthèse, votre pratique de l'épreuve : tant (de minutes) pour la compréhension-surlignage (ou autre), tant pour les brouillons (au moins pour l'introduction et les débuts de paragraphe : à ne jamais bâcler !), tant pour l'écriture (des phrases assez courtes en général et qui s'enchaînent correctement), et tant pour la relecture.
• Le reste renvoie bien entendu à la rédaction elle-même. À ce titre, toutes les indications sont données sur le site SIAC du Ministère (www.guide-concours-professeurs-des-ecoles.education.gouv.fr).
• Les commentaires exprimés par les correcteurs dans les jurys de concours sont sans appel : les documents sont-ils bien compris ? L'orthographe et la construction des phrases sont-elles correctes ? L'ensemble est-il organisé ? Ce qui est repris répond-il à la question posée (la problématique) ? Pour le reste, la synthèse et l'analyse restent néanmoins des épreuves très proches l'une de l'autre.
II. Questions ayant trait à la grammaire, à l'orthographe et au lexique (6 points)
II. 1. Grammaire
Pour cette question, il est demandé, à partir d'un extrait (repris) du texte 3 (celui de Jean-Paul Sartre), de procéder à un « classement », par ailleurs « justifié », des compléments circonstanciels.
Cette dernière dénomination renvoyant à une fonction grammaticale, autant classer les éléments relevés par leur nature (groupes nominaux, adverbes, groupes verbaux, etc.). Le problème des compléments circonstanciels est qu'ils renvoient, comme leur nom l'indique, à des « circonstances » co[n]textuelles sur lesquelles des désaccords existent jusque parmi les grammairiens. Ainsi parle-t-on de manière, de temps, de concession, de lieu, mais aussi de beaucoup d'autres. Il s'agit toutefois du CRPE : toute réponse cohérente et qui répond à la commande est retenue : libre aux candidats de passer soit par la sémantique des circonstants (temps, manière, etc.), soit par leur morphosyntaxe, un dernier choix qui nous semble plus judicieux ici, dans la mesure où l'extrait de texte valorise la diversité des formes et des « natures » grammaticales des compléments circonstanciels.
1. Adverbe
« brusquement », adverbe complément circonstanciel de manière du verbe « revenir ».
2. Groupes (pro)nominaux
« sur le tapis », groupe nominal prépositionnel, complément circonstanciel du participe passé « couché », et exprimant le lieu (le participe passé conserve la possibilité de régir des compléments, même en emploi d'épithète ici).
« à travers Fontenelle, Aristophane, Rabelais », groupe nominal prépositionnel complément circonstanciel de lieu (figuré) du verbe « entreprendre ».
« à la manière des choses », groupe nominal prépositionnel, complément circonstanciel de manière (éventuellement de comparaison) du verbe « résister ».
« sur elles », groupe pronominal prépositionnel, complément circonstanciel de lieu du verbe « revenir ».
« hors de leur garde », groupe nominal prépositionnel complément circonstanciel de lieu du verbe « surprendre ».
« la plupart du temps », groupe nominal complément circonstanciel de temps (et/ou de manière) du verbe « garder ».
3. Groupe verbal
« pour les surprendre hors de leur garde », groupe verbal prépositionnel complément circonstanciel de but du verbe « revenir ».
Recommandations
Comme pour tous les exercices relevant de ce que le CRPE appelle la « grammaire » (en fait, la [morpho-]syntaxe), un classement justifié correspond, dans les faits, à une analyse : celle-ci s'appuie sur la nature et la fonction des mots ou des groupes de mots. Dans cette partie de l'épreuve, la question part de la fonction grammaticale, aussi convient-il de classer les éléments de réponse par rapport aux catégories représentées. Le CRPE n'insiste pas sur la nomenclature grammaticale, mais il exige un classement ordonné qui prenne appui sur ces connaissances de base.
II. 2. Orthographe
Cette question demande d'« expliquer » les « accords » des termes soulignés. Cela implique, d'une part, d'indiquer la nature exacte des mots eux-mêmes (d'après leur « catégorie grammaticale », celle des « classes de mots »), et ensuite de repérer les marques d'accord (ou de non accord) tout en les justifiant à l'appui d'éléments du contexte et/ou de régularités observées en orthographe grammaticale.
Les mots soulignés de l'extrait représentent ainsi diverses catégories : on y compte un adjectif qualificatif, des participes passés, un verbe conjugué et un nom commun.
1. Adjectif qualificatif
« grands », adjectif qualificatif, est épithète liée et antéposée du nom « classiques » au sein d'un groupe nominal dans lequel il s'accorde avec lui, ici au masculin pluriel.
2. Participes passés
Les participes passés s'accordent suivant certains principes (les « règles » d'accord). Pour rappel, le participe passé apparaissant dans une forme verbale composée avec l'auxiliaire « être » s'accorde avec son sujet, et avec l'auxiliaire « avoir », avec le complément d'objet si celui-ci intervient avant.
Dans l'extrait :
  • « choisis » s'accorde, en tant qu'épithète liée et postposée de « Contes », avec ce mot, au masculin pluriel.
  • « offerts », en dépit de l'auxiliaire « avoir » de la forme composée « avaient offerts », s'accorde avec le complément d'objet direct « que », pronom relatif qui reprend le groupe nominal masculin pluriel « des ouvrages d'art […] », et qui est placé avant le participe.
  • « devenues » s'accorde, accompagné de l'auxiliaire « être » dans une forme composée du verbe (« étaient devenues » : plus-que-parfait) avec le sujet féminin pluriel « ces associations de syllabes ».
3. Nom commun
« syllabes », nom commun féminin, au pluriel : cette mention de « syllabes » est assez déroutante, car ce mot ne s'accorde pas (avec) : c'est lui qui spécifie l'accord ! Quoi qu'il en soit, autant indiquer ici que la marque du pluriel se justifie par le collectif « ces associations », dont « de syllabes » est complément (du nom, donc).
4. Verbe
« désignaient », verbe conjugué à l'imparfait de l'indicatif, et donc à une forme personnelle et temporelle, s'accorde avec son sujet, en l'occurrence ici le pronom « qui », lequel reprend l'antécédent « des noms propres », masculin pluriel.
Recommandations
Pour les recommandations générales, voir ci-dessus.
Ce type de question est intéressante et, pour les candidats, elle n'exige pas des connaissances orthographiques particulièrement fines, mais une certaine capacité à relever des éléments du contexte (et notamment dans les chaînes d'accord) afin de justifier leur réponse. Nous sommes ici à la conjonction entre l'orthographe lexicale (adjectifs, noms, verbes fléchis et participes) et l'orthographe grammaticale (les accords).
II. 3. Lexique
La question posée dans cette rubrique porte clairement sur la signification contextuelle d'expressions (reprises du corpus, texte 2). Il s'agit en outre d'insister sur « ce qu'elles révèlent chez le narrateur ».
1. […] je m'y jette, je tombe […] : la narratrice utilise ici un langage figuré pour rendre compte de la manière dont elle entre dans la lecture. La métaphore choisie établit une relation d'équivalence entre des termes dont les traits sémantiques normalement s'excluent : le comparant désigne une action dynamique, concrète, impliquant le corps, tandis que le comparé renvoie à une action mentale, supposant une posture statique.
2. […] et c'est à ce moment-là qu'il faut répondre à des voix d'un autre monde […] : la lectrice vit « un moment intense » : celui où elle est dans l'univers de la fiction, celui d'un « nous » inclusif qui l'incorpore dans le récit avec d'autres personnes. Ces « voix d'un autre monde » sont celle d'une « amie venue dîner », et celle de « [s]on père », comme en témoignent les propos rapportés au discours direct à la fin de l'avant-dernier paragraphe de l'extrait.
3. […] il faut aller au milieu de ces gens petits, raisonnables, prudents […] : les « gens petits, raisonnables, prudents » sont ceux que nous avons pré-cités (en 2), autrement dit les gens du réel. C'est avant tout l'expression « il faut aller » qui frappe : en dehors de sa modalité déontique (il s'agit d'un devoir de rester « dans le monde »), cette périphrase insiste sur l'antagonisme avec le « là-bas » de la lecture. La narratrice, en effet, explique qu'elle se laisse « entraîner » vers un ailleurs, éventuellement « tout au bout de ce qu['elle] peu[t] endurer ».
4. […] elle est plongée dans Rocambole ! […] : ce discours direct rapporte ce que dit le père de la narratrice à cette « amie venue dîner », laquelle ne s'explique pas la distance de l'enfant, et notamment son inattention. En fait, son « attention », pour reprendre Marielle Macé, est ailleurs, ici en l'occurrence dans Rocambole (du nom du roman de Ponson du Terrail, que les candidats au CRPE connaîtront peut-être…). Le contraste est donc saisissant entre un dedans et un dehors continuellement en tension.
Recommandations
• Pour le traitement des questions dites « de lexique », plusieurs notions sont incontournables.
D'une part, concernant la formation des mots, rappelons qu'il n'en est que deux possibles en français : soit par dérivation, soit par composition. La langue dérive un mot d'un autre généralement par affixation : dans ce cas, à un lexème, elle ajoute un affixe (en début de mot, un préfixe ; en fin de mot un suffixe – et plus rarement, en milieu de mot, un infixe). Par exemple, le lexème cri peut recevoir un suffixe verbal (crier), et le verbe lui-même peut recevoir un préfixe (décrier), voire un infixe (criailler). Quand la dérivation d'un mot à un autre ne modifie pas leur catégorie grammaticale (crier > décrier), on appelle cela la dérivation propre. Dans le cas contraire (cri > crier), la dérivation est dite impropre (les autres possibilités ne sont pas abordées par le CRPE).
La composition, elle, renvoie au fait qu'une unité lexicale est formée de plusieurs mots : ainsi portemanteau, autoroute, poil à gratter, vis-à-vis sont tous des composés. Il suffit juste dans ce cas d'indiquer quels sont les lexèmes utilisés pour former l'unité.
• Il est fréquent, enfin, que le CRPE demande que la signification du mot soit donnée. Pour comprendre cette question, il faut se rappeler que le mot lui-même peut avoir plusieurs acceptions, autrement dit plusieurs sens possibles (que donne généralement le dictionnaire). Aucune épreuve du CRPE ne vous demandera de donner toutes les acceptions possibles d'un mot. En revanche, le concours peut exiger de vous que vous explicitiez ce qu'on appelle la signification d'un mot en contexte, c'est-à-dire le sens qu'il prend dans le cadre de la phrase où il est employé. Pour traiter cette question, il convient donc de s'appuyer sur les mots qui entourent celui qui est cité, et éventuellement sur d'autres indications plus larges (comme le genre du texte, et pourquoi pas la situation d'énonciation). Une fois que vous apportez la preuve, textuelle, phrastique, de la signification choisie, vous disposez de tous les points.
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