La crise du roman au xxe siècle

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Fiche
Tests
L'extrait suivant est l'incipit de Voyage au bout de la nuit de Céline. En quoi est-il caractéristique des changements apportés au genre romanesque au xxe siècle en France ?
« Ça a débuté comme ça. Moi, j'avais jamais rien dit. Rien. C'est Arthur Ganate qui m'a fait parler. Arthur, un étudiant, un carabin lui aussi, un camarade. On se rencontre donc place Clichy. C'était après le déjeuner. Il veut me parler. Je l'écoute. « Restons pas dehors ! qu'il me dit. Rentrons ! » Je rentre avec lui. Voilà. « Cette terrasse, qu'il commence, c'est pour les œufs à la coque ! Viens par ici ! » Alors, on remarque encore qu'il n'y avait personne dans les rues, à cause de la chaleur ; pas de voiture, rien. Quand il fait très froid, non plus, il n'y a personne dans les rues ; c'est lui, même que je m'en souviens, qui m'avait dit à ce propos : « Les gens de Paris ont l'air toujours d'être occupés, mais en fait, ils se promènent du matin au soir ; la preuve, c'est que lorsqu'il ne fait pas bon à se promener, trop froid ou trop chaud, on ne les voit plus ; ils sont tous dedans à prendre des cafés crème et des bocks. C'est ainsi ! Siècle de vitesse ! qu'ils disent. Où ça ? Grands changements ! qu'ils racontent. Comment ça ? Rien n'est changé en vérité. Ils continuent à s'admirer et c'est tout. Et ça n'est pas nouveau non plus. Des mots, et encore pas beaucoup, même parmi les mots, qui sont changés ! Deux ou trois par-ci, par-là, des petits… » Bien fiers alors d'avoir fait sonner ces vérités utiles, on est demeuré là assis, ravis, à regarder les dames du café. »
Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932

Cochez la (ou les) bonne(s) réponse(s).
Il contient du vocabulaire argotique.
Il ne répond pas aux questions que se posent les lecteurs.
Il propose une syntaxe proche du langage oral.
Il s'apparente à une parodie.
Le héros n'en est pas un.
Il met en place un cadre fantastique.
Score : .. /20
Commentaire
Cet incipit est célèbre car il correspond parfaitement aux bouleversements connus par le genre romanesque au xxe siècle en France. En effet, à l'opposé du roman balzacien si décrié par les auteurs du Nouveau Roman, il ne comporte pas d'entrée en matière traditionnelle : le lecteur est plongé in medias res. À lui de comprendre qui est le narrateur, quand et où l'action prend place, et surtout de quoi il est question : ses attentes de lecture ne sont pas satisfaites.
De plus, Ferdinand Bardamu, le narrateur du roman, est tout sauf un héros traditionnel : il n'est pas à l'origine des actions qui se déroulent dans cette scène, se contente de confirmer ce que son camarade affirme. C'est cette passivité, qui n'est pas sans rappeler celle de Meursault, dans L'Étranger de Camus, qui fait de lui le prototype même de l'anti-héros moderne.
On ne peut pas considérer la présence de mots argotiques (« carabin », « bocks ») comme une marque de la modernité puisqu'on en trouve aussi dans les romans naturalistes et réalistes.
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