Le bilan de la Révolution française

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La Révolution française dure dix ans et marque profondément l'histoire de la France : elle signe la fin de la monarchie absolue, d'une société d'ordres, des privilèges de la noblesse. Quel bilan dresser de la Révolution française ?
1. De nouveaux droits
a) La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen
• Inspirée par les exemples anglais et américain, ainsi que par les idées des philosophes des Lumières, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen adoptée en août 1789 est l'un des textes fondamentaux de notre patrimoine (la Constitution de la Ve République s'y réfère encore). Elle affirme des principes tels que la liberté, l'égalité, le droit de propriété et a inspiré la Déclaration adoptée en 1948 par l'Organisation des Nations unies.
• Écrit dans l'urgence de l'été 1789, ce texte présente certaines lacunes : il est complété par la Déclaration de 1793 qui va jusqu'à présenter les secours publics et l'instruction comme une dette sacrée de l'État envers les citoyens. Le peuple se voit doté d'un devoir d'insurrection. Enfin, cette Déclaration affirme l'égalité de tous devant la loi et la présomption d'innocence dont bénéficie tout citoyen avant d'avoir été jugé.
b) Le projet social de la Première République
• En l'an II, durant la Terreur, les Montagnards tentent de mettre en place une véritable révolution sociale. Si la lutte contre les ennemis de la Révolution aggrave la misère du peuple (départ des hommes en âge d'être soldats, problèmes posés par les invalides ou les veuves), la guerre contribue à l'adoption de lois sociales dites de « bienfaisance nationale ».
• Ces lois assurent aux pauvres l'assistance de la nation. Les décrets de ventôse (1793) octroient aux indigents des terres confisquées aux « ennemis de la Patrie ». Les filles-mères bénéficient d'aides financières. Les vieillards touchent une pension et sont accueillis dans des hospices. Les hôpitaux publics sont réformés et l'État envoie des médecins dans les campagnes françaises. Enfin, les chômeurs sont accueillis dans des ateliers nationaux qui concourent à l'effort de guerre.
• Mais cette législation complexe et coûteuse n'est pas véritablement mise en place : la jeune République est malmenée de toutes parts. Bien des initiatives sont abandonnées après la chute de Robespierre. L'Empire pérennisera cependant certains de ces principes d'assistance.
• Les Français sont désormais égaux devant l'impôt. De même, les enfants sont égaux en matière d'héritage, qu'ils soient aînés ou puînés (du fait de l'abolition du principe de primogéniture).
2. Une conception moderne de la France
a) Instruire les citoyens
• Pour qu'elle puisse exercer son droit de vote à bon escient, la population française doit s'instruire.
• L'éducation est par conséquent au centre de nombre des projets ébauchés durant la Révolution. Le Peletier de Saint-Fargeau propose des maisons d'éducation communes et des internats gratuits et obligatoires pour les enfants de 5 à 12 ans. Une fois de plus, le manque d'argent freine l'entreprise. Malgré tout, les premiers instituteurs apparaissent, l'école est déclarée obligatoire de 6 à 8 ans. Certaines grandes écoles, comme l'École polytechnique, sont créées.
• Les mesures en faveur de l'instruction ne se limitent pas au domaine scolaire. L'art ne doit plus être réservé à l'élite fortunée : le palais du Louvre devient un musée national accessible à tous, des musées départementaux sont créés. Grâce à l'abbé Grégoire, les premières mesures de protection du patrimoine sont prises : les destructions de châteaux et les détériorations d'édifices religieux sont stoppées.
• Enfin, la presse se développe : elle permet aux Français de suivre les travaux des assemblées. Certains journaux comme L'Ami du peuple de Marat ou Le Père Duchesne d'Hébert sont partisans des réformes. Dans d'autres tels que L'Ami du roi, les idées aristocratiques sont défendues. Quelques-uns sont parfois lus en public.
b) Rationaliser l'organisation du pays
• La France connaît une réorganisation administrative radicale. Pour faciliter la gestion du pays, les circonscriptions royales, complexes et inefficaces, sont remplacées par 83 départements subdivisés en districts, cantons et communes. Des fonctionnaires élus sont placés à la tête des différentes circonscriptions.
• Le système métrique et décimal est adopté en 1795 : le litre, le gramme, le mètre et le franc remplacent la pinte, la livre, l'aune et la livre tournois. Cette adoption marque une rupture fondamentale avec le système utilisé sous l'Ancien Régime (où les mesures diffèrent selon les provinces et se caractérisent par une extrême complexité).
• À partir de 1792, l'état civil n'est plus tenu par les autorités religieuses mais par les municipalités : on enregistre désormais les dates de naissance et non plus les dates de baptême. Mais bien souvent, c'est encore le curé du village, seul à savoir écrire, qui est chargé de cette tâche.
3. Les ombres de la révolution
a) Une œuvre inachevée
• Selon la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, tous les hommes naissent libres et égaux en droits. Mais si les protestants obtiennent le statut de citoyen dès 1789, il n'en est pas de même des juifs qui n'obtiennent les droits civiques que deux ans plus tard.
• Le problème de l'esclavage se pose également. Brissot fonde la Société des amis des Noirs dès 1788. En 1794, les Noirs sont officiellement émancipés dans les colonies françaises. Cette décision demeure symbolique dans la mesure où elle n'est pas appliquée dans les îles sucrières. L'esclavage est d'ailleurs rétabli par Napoléon Ier en 1802.
• Enfin, les femmes sont les grandes absentes des réformes révolutionnaires. Elles prennent une part active à la Révolution : ce sont elles qui ramènent la famille royale à Paris en octobre 1789 ; mais il n'est jamais question de leur octroyer les mêmes droits politiques qu'aux hommes. La plupart des organisations révolutionnaires leur sont fermées. La trentaine de clubs qu'elles fondent à travers la France sont interdits dès octobre 1793.
b) La violence révolutionnaire
• La Révolution est entachée par les dérives de la Terreur, parmi lesquelles l'exécution sommaire (c'est-à-dire sans autre forme de procès) de nombreux royalistes, prêtres et Girondins, exécutions massives permises par la loi des suspects adoptée par la Convention en septembre 1793.
• La question religieuse est l'une des plus délicates à se poser aux révolutionnaires. La confiscation des biens du clergé leur permet de répondre à la crise financière. La Constitution civile du clergé fait des hommes d'Église des salariés de l'État, ce que refusent le pape et une partie du clergé. Ce schisme religieux marque profondément les campagnes françaises. Les affrontements sont violents, les « réfractaires » risquent la guillotine. Les régions opposées à cette Constitution civile du clergé restent pour plusieurs générations favorables aux forces politiques conservatrices.
• La guerre civile qui touche l'Ouest de la France (et notamment la Vendée) à partir de 1793 est elle aussi le théâtre de violences extraordinaires. Les représailles aux massacres de patriotes sont sans pitié.
• La Révolution prétend faire la guerre aux châteaux mais instaurer la paix dans les chaumières. Cependant, les guerres révolutionnaires deviennent très rapidement de simples guerres de conquête. Il n'est plus question de libérer les peuples voisins du joug de leur souverain, mais bien de les soumettre à la domination française.
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