Le cinéma

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La France revendique avec fierté l'invention d'un art que l'on ne tarda pas à qualifier de « septième ». Âgé d'un peu plus d'un siècle, le cinéma d'aujourd'hui n'a plus grand-chose à voir avec celui du début du xxe siècle. Les budgets « à l'américaine » et les nécessités commerciales ont largement orienté cet art vers l'industrie et l'argent. Pourtant, à l'image des premiers courts métrages de Méliès, il conserve le pouvoir de nous projeter dans un univers de fiction, de nous effrayer ou de nous émerveiller en nous donnant à voir des mondes d'une infinie variété : l'héritage de Renoir ou de Truffaut a encore de beaux jours devant lui.
1. L'ère du muet
• Rapidement, des artistes s'intéressent à cette invention révolutionnaire, synonyme de magie et de merveilleux. Dès 1902, Georges Méliès réalise un film avec des effets spéciaux qui sont autant d'innovations techniques : Voyage dans la lune.
• Dans un autre genre, le burlesque, d'autres figures se distinguent, tel Max Linder. Né et mort en France, ce cinéaste réalise une partie de ses films aux États-Unis, dont beaucoup sont des historiettes comiques au centre desquelles figure le personnage de Max. Ce type de comique inspirera grandement Charlie Chaplin.
• Entre 1909 et 1919 se forme à Paris ce que l'on pourrait appeler « l'art des Temps modernes ». En marge des courants du cinéma américain, au moment où Charlot fait un triomphe, émerge un courant d'avant-garde dont les figures les plus marquantes sont Louis Delluc et Abel Gance. Dans le même temps, Jean Epstein réalise des œuvres subtiles (Cœur fidèle, 1923). Mais la postérité retient surtout l'œuvre de René Clair, l'un de ces cinéastes qui feront la charnière avec le cinéma parlant.
2. Le cinéma français parlant
a) Avant-guerre
• On peut dire que l'ère du parlant en France s'ouvre sur des scandales, par le fait de Luis Buñuel, qui, inspiré par les préceptes surréalistes, réalise tour à tour Le Chien andalou (1928) et L'Âge d'or (1930).
Dans la mouvance de Buñuel émerge un autre « poète » du cinéma : Jean Vigo, qui donne au cinéma français deux chefs-d'œuvre, Zéro de conduite (1932) et L'Atalante (1934). Ce dernier inspirera de nombreux cinéastes comme Marcel Carné (Quai des brumes, 1938), que l'on appellera plus tard les « réalistes poétiques ». Parallèlement, le fils du peintre Auguste Renoir élabore des films qui laissent entrevoir un monde au bord de la guerre (La Règle du jeu, 1939) et recherchent la poésie à travers des adaptations d'œuvres naturalistes du xixe siècle (La Bête humaine, 1938).
• Le cinéma d'avant-guerre est également marqué, dans un autre genre, par les films d'un écrivain méridional : Marcel Pagnol, qui décrit avec un réalisme empreint de pittoresque Marseille et la Provence (César, 1936). L'essor du cinéma parlant conduit toute une génération d'acteurs à la célébrité : Gabin, Raimu (acteur fétiche de Pagnol), Arletty, Fernandel, Michel Simon, etc.
• Pendant la Seconde Guerre mondiale, tandis que réalisateurs et comédiens sont pour beaucoup partis à Hollywood poursuivre leur carrière et fuir l'occupation nazie, le cinéma français est marqué par l'impitoyable censure des Allemands. Cependant quelques joyaux émergent comme Les Enfants du paradis, de Marcel Carné (1943), ode à l'amour, au théâtre, à la vie, aux acteurs.
b) Après-guerre
• Après la guerre, Jean Cocteau enchante un public encore en mal d'évasion et de merveilleux avec La Belle et la Bête (1948). Pourtant, c'est dans la peinture réaliste de la société que Jacques Becker, « élève » de Renoir, va s'imposer avec son chef-d'œuvre, Casque d'Or (1952). Dans le même temps, Max Ophuls adapte des œuvres de Maupassant (Le Plaisir, 1951) et une nouvelle de Louise de Vilmorin (Madame de…, 1953).
• En marge de cette veine réaliste s'épanouit le talent d'un grand cinéaste « intellectuel », qui construit une œuvre exigeante et rigoureuse : Robert Bresson. Son film le plus célèbre, Journal d'un curé de campagne (1950), est adapté du roman de Bernanos.
• En marge également, mais dans une veine comique et décalée, Jacques Tati invente un personnage burlesque et attachant, sorte de Charlot moderne : M. Hulot (Les Vacances de M. Hulot, 1952).
c) La Nouvelle Vague
• Le cinéma français rattrape ainsi son retard et résiste tant bien que mal aux productions américaines, grâce au soutien affirmé de l'État : en 1946 est créé le Centre national cinématographique (CNC), et une véritable « culture du cinéma » s'édifie, avec l'apparition de revues spécialisées. Ces dernières favoriseront « la politique des auteurs », attribuant un véritable statut d'artiste à l'auteur d'un film. Cette politique accompagnera un mouvement qui marquera l'histoire du cinéma français : la Nouvelle Vague.
• La Nouvelle Vague se caractérise par la volonté de filmer en extérieur, à l'heure où la technique permet des tournages plus légers, afin d'être au plus près de « la vraie vie » et de fuir l'artifice. Cette liberté est revendiquée également à travers la façon de jouer des acteurs, plus naturelle, plus « indécise ». L'intrigue, enfin, des films de la Nouvelle Vague est également plus lâche, comme « volée » à la vie de tous les jours. Les films les plus représentatifs de ce courant sont Les Quatre Cents coups (1959) de Truffaut et À bout de souffle (1960) de Godard.
3. Après la Nouvelle Vague
• À partir de là se développe une décennie de cinéma d'une grande liberté, que Mai 68 va altérer : les cinéastes semblent être évalués à la mesure de leur engagement politique plus que pour leur talent artistique. Des œuvres « politiques » comme L'Aveu ou Z de Costa-Gavras font référence, entre divertissement et réflexion critique, comme Élise ou la Vraie Vie (1970), de Michel Drach. Mais entre ce courant et l'essoufflement de la Nouvelle Vague, subsiste un cinéma de qualité qui raconte des histoires « anecdotiques » émaillées de héros ordinaires, mais marquantes : Tavernier, avec Le Juge et l'assassin (1976) ou Claude Sautet (Vincent, François, Paul et les autres, 1975).
• Parallèlement se développe, dans des productions de qualité inégale, un système qui met en avant les vedettes plus que le film : le « star système ». Belmondo, Delon, Bardot, assurent avec leur seul nom le succès d'un film. Le cinéma entre de plain-pied dans l'ère industrielle et commerciale.
• Dans les années 1980, le cinéma connaît une certaine défaveur du public, en raison de la part grandissante de la télévision dans les foyers. La décennie est cependant marquée par de grands succès du cinéma français comme Diva de Beineix (1981) ou Le Grand Bleu de Besson (1988).
• Dans les années 1990, un groupe de cinéastes et d'acteurs s'esquisse. Le film fondateur de cette nouvelle tendance est La Sentinelle de Desplechin (1992). Avec Pascale Ferran, ils incarnent un cinéma qui, sans se détourner de la réalité sociale, impose leur sensibilité, reprenant à son compte l'héritage « romantique » de la Nouvelle Vague.
Cependant l'influence du cinéma américain continue de s'accroître. Libérés de leurs complexes nationaux, des réalisateurs n'hésitent pas à faire jeu égal avec les superproductions d'Outre-Altantique en construisant des fictions efficaces avec des moyens colossaux (Le Cinquième Élément, Besson ; Les Rivières pourpres, Kassowitz).
• Le talent de certains réalisateurs comme Jeunet s'exporte : on lui commande le quatrième opus d'Alien, qui sera une réussite. Plus tard, Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain (du même Jeunet) connaît un succès sans précédent en France et à l'étranger. Aujourd'hui, ce cinéma-là, à la fois populaire et de qualité, permet à des productions plus confidentielles et exigeantes de voir le jour.
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