Les enseignements bilingues

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Introduction

Aujourd'hui, plus de 50 % des habitants de la planète sont bilingues et ceci ne devrait cesser d'augmenter. Le fait d'être bilingue peut avoir diverses origines : caractéristiques familiales, migration ou encore habitation près d'une zone frontalière ou un pays qui regroupe plusieurs langues. Le bilinguisme implique une nécessaire adaptation de l'école à l'évolution de la société. La mondialisation des échanges et l'économie de marché, entre autres, ont des conséquences déjà présentes : de plus en plus de techniciens, informaticiens, artisans ou biologistes, manient parfaitement plusieurs langues.
Les sections européennes ou de langues orientales proposent une ouverture internationale, un renforcement linguistique au collège et l'enseignement d'une discipline non linguistique (DNL) en langue étrangère au lycée.
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Le bilinguisme

On parle de bilinguisme scolaire lorsque deux langues sont utilisées à l'école comme vecteurs de l'instruction, ou que l'on enseigne les disciplines scolaires dans les deux langues. Le bilinguisme scolaire ne correspond donc pas au fait d'apprendre plusieurs langues à l'école mais plutôt d'étudier différentes disciplines, comme l'histoire ou la biologie, dans deux langues.
En plaçant un enfant très jeune dans un univers bilingue, on lui donne davantage de possibilités pour comprendre le mécanisme d'une langue. Ne parler qu'une seule langue, n'amène pas à réfléchir au processus d'apprentissage de cette langue. En revanche, pratiquer deux langues depuis l'enfance sensibilise de manière instinctive à l'apprentissage des mécanismes de la langue, ce qui permet d'apprendre plus facilement d'autres langues.
L'enjeu réside donc dans la capacité à former des élèves qui pourront partir travailler dans un pays étranger et comprendre les astuces d'une langue, les non-dits qui surviendront dans la conversation.
Textes officiels
  • La recommandation 1982/1988 sur le multilinguisme européen était le suivant : « toutes les catégories de la population disposent des moyens d'acquérir la connaissance d'une langue d'un autre État membre ».
  • La recommandation 1990/1995 avait, elle, pour objet de développer l'éducation bilingue et l'enseignement d'une ou plusieurs matières dans une langue non maternelle.
  • La proclamation de l'« Année européenne des langues 2001 » est une initiative du Conseil de l'Europe rejointe par l'Union européenne. Elle rappelle dans ce contexte sa Recommandation 1383 (1998) sur la diversification linguistique et ses rapports sur les langues minoritaires.
  • La recommandation n° R (98) 6 encourage les États membres à promouvoir le plurilinguisme à grande échelle.
Le Conseil de l'Europe a effectué des recommandations au sujet des langues :
  • en incitant tous les Européens à acquérir un certain niveau de compétence communicative dans plusieurs langues ;
  • en diversifiant les langues proposées et en fixant des objectifs adaptés à chaque langue ;
  • en soutenant des programmes ayant une approche flexible (tels que des cours modulaires et des cours visant à développer des compétences partielles), et ce à tous les niveaux d'enseignement, et en leur accordant une reconnaissance par le biais de systèmes de qualification nationaux, notamment des examens officiels ;
  • en encourageant l'utilisation de langues étrangères dans des disciplines non linguistiques, comme l'histoire, la géographie ou les mathématiques, et en créant des conditions favorables à un tel enseignement ;
  • en soutenant le recours aux technologies de l'information et de la communication pour la diffusion de supports didactiques conçus pour toutes les langues nationales ou régionales d'Europe ;
  • en encourageant les liens et les échanges avec des institutions et des personnes impliquées à tous les niveaux d'éducation à l'étranger, afin d'offrir à tous la possibilité de profiter d'une expérience authentique de la langue et de la culture des autres ;
  • en facilitant l'apprentissage tout au long de la vie en fournissant des moyens appropriés.

Les sections européennes ou de langues orientales

Les sections européennes ou de langues orientales scolarisent plus de 200 000 élèves en France. Elles proposent une ouverture internationale, un renforcement linguistique au collège et l'enseignement d'une discipline non linguistique en langue étrangère au lycée.
Les sections européennes ou de langues orientales ont été créées en 1992 dans les collèges, les lycées généraux et technologiques, puis étendues en 2001 aux lycées professionnels. Ces sections ont pour objectif de favoriser l'ouverture européenne et internationale des établissements scolaires français du second degré et l'apprentissage des langues.
Elles proposent à des élèves motivés par l'apprentissage des langues vivantes, un enseignement fondé sur les axes suivants :
  • l'apprentissage renforcé d'une langue vivante étrangère au collège ;
  • l'enseignement d'une matière en langue étrangère : économie-gestion, Éducation Physique et Sportive, histoire et géographie, hôtellerie-restauration, mathématiques, sciences physiques ou chimiques, les Sciences de la Vie et de la Terre. C'est ce que l'on appelle « discipline non linguistique » ;
  • la connaissance approfondie de la culture du pays de la section.
Les effectifs de sections européennes ou de langues orientales sont en constante augmentation. La loi d'orientation pour l'avenir de l'école (avril 2005), prévoit dans son rapport annexé une augmentation de 20 %, pour 2010, du nombre de sections européennes au collège et au lycée.

Le dispositif EMILE

EMILE(1) est un dispositif pédagogique qui prévoit l'enseignement de tout ou partie d'une discipline en langue vivante étrangère. Celle-ci est nommée « discipline non linguistique(2) » Cette organisation pédagogique a véritablement commencé à se diffuser en Europe dans les années 1990. L'objectif est de permettre aux élèves d'acquérir des compétences linguistiques proches de celles dont disposent les natifs de l'autre langue apprise.
C'est une approche méthodologique innovante qui dépasse l'enseignement des langues : la langue et la matière non linguistique sont toutes les deux des objets d'apprentissage, sans que l'une le soit plus que l'autre. La réalisation de ce double objectif requiert une approche particulière de l'enseignement : l'apprentissage ne se fait pas seulement dans une langue étrangère, il implique une approche intégrée de l'enseignement. Il s'agit ici de ce que l'on appelle en didactique « une situation de communication authentique ».
Dans la grande majorité des pays proposant un enseignement EMILE, les langues cibles sont à la fois des langues étrangères et des langues régionales et/ou minoritaires, voire une seconde langue d'État. L'anglais, le français et l'allemand sont les langues étrangères les plus souvent enseignées. Les statistiques nationales disponibles indiquent cependant que ce type d'enseignement concerne entre 3 % et 30 % des élèves.
Dans l'enseignement secondaire, une douzaine de pays privilégient les matières scientifiques et/ou les sciences sociales pour l'enseignement EMILE. Pour la moitié d'entre eux, le choix est élargi aux matières artistiques et à l'éducation sportive.
Depuis février 2005, une certification complémentaire peut être accordée aux enseignants de disciplines non linguistiques pour enseigner leur discipline dans une langue autre que le français, dans le cadre des sections européennes ou de langues orientales (SELO)(3).
Dans le même temps, la loi d'orientation du 23 avril 2005 affirme la volonté ministérielle d'augmenter de manière significative le nombre de ces sections et de promouvoir leur développement dans les filières technologiques et professionnelles. À terme, tous les lycées devraient avoir une ou plusieurs sections européennes.
Cette évolution est en parfaite cohérence avec la généralisation de l'apprentissage des langues à l'école primaire. Après quelques années d'apprentissage d'une langue, il apparaît indispensable que les élèves aient la possibilité d'utiliser leurs acquis linguistiques pour accéder à de nouveaux savoirs.
Les sections européennes ou de langues orientales répondent à des objectifs éducatifs et professionnels qui correspondent aux attentes de la société : pratique des échanges internationaux et apprentissage de la mobilité, mise en œuvre de projets conjoints et travail en équipe, formation interculturelle et éducation du futur citoyen européen, préparation d'un projet professionnel…
Dans une section européenne ou de langues orientales, les modalités d'apprentissage répondent à des objectifs pédagogiques et didactiques spécifiques : les différents savoirs disciplinaires ne sont plus présentés uniquement sous l'angle des programmes nationaux : ils sont à la fois mis en perspective et décloisonnés.
La formation à l'enseignement en sections européennes ou de langues orientales est un enjeu majeur pour la formation des enseignants dans les universités. La certification complémentaire valorise les formations initiales et permet aux enseignants titulaires de valider des parcours de formation continue et d'autoformation. Elle garantit également la qualité de l'enseignement dans ces sections en évaluant officiellement les compétences des enseignants.
(1)Acronyme pour « Enseignement d'une matière par l'intégration d'une langue étrangère ».
(2)Ou le plus souvent « DNL ».
(3)Bulletin officiel du 12 février 2004

L'académie de Strasbourg, un exemple de mise en œuvre

Dès l'école maternelle, l'académie de Strasbourg propose un enseignement bilingue (appelé également enseignement intensif sous forme paritaire) des langues française et allemande. L'objectif est de permettre à des enfants d'accéder à des compétences linguistiques sinon égales, du moins comparables dans les deux langues. La langue n'est plus un objet en soi, mais un instrument d'accès aux connaissances et à la communication.
L'enseignement intensif sous forme paritaire a été mis en place dans l'académie de Strasbourg en 1991(4) et associe le français, langue nationale, à l'allemand, langue régionale et langue des pays voisins. L'allemand, langue de référence et langue écrite des dialectes parlés en Alsace, est considérée comme une des langues régionales de France. La création de ces classes bilingues est liée à une demande suffisante de parents, à l'accord de la municipalité et à l'avis du conseil d'école.
Les principes de cet enseignement sont les suivants(5) :
  • Précocité : possibilité d'accueil des enfants en cursus bilingue dès la petite section de l'école maternelle. L'inscription dans ces classes se fait à la demande des parents. Il n'y a ni concours ni examen d'entrée.
  • Continuité : importance de l'engagement des parents pour un cursus continu et complet, de la maternelle au lycée.
  • Parité des langues dans l'horaire : 13 heures d'enseignement en français, 13 heures d'enseignement en allemand. Les mathématiques, les sciences et la technologie, la géographie, la moitié de l'EPS (Éducation Physique et Sportive), de la musique et des arts plastiques sont enseignés en allemand.
  • Un maître, une langue : le site bilingue est basé sur le principe de répartition des enseignements en français et en allemand entre deux enseignants, l'un étant la personne-référence pour le français, l'autre pour l'allemand.
Les objectifs disciplinaires restent ceux définis par les Instructions officielles et le fonctionnement s'organise par section ou par classe, la décision est prise en conseil des maîtres. Enfin, en fonction des conditions locales de fonctionnement, la période d'alternance minimale des enseignements en français et en allemand est fondée sur la demi-journée ou la journée entière.
L'enseignement bilingue est assuré par :
  • des instituteurs et/ou professeurs des écoles volontaires dont les compétences linguistiques ont été validées par une commission de recrutement,
  • des professeurs des écoles ayant suivi la formation bilingue spécifique à l'IUFM,
  • des instituteurs allemands en échange national ou de proximité,
  • des contractuels payés par le fonds de concours régional.
Les élèves qui ont bénéficié de l'enseignement bilingue paritaire à l'école primaire peuvent poursuivre dans cette voie au collège. Ce dispositif concernait 2 235 élèves en 2006/ 2007 dans 38 collèges. Les élèves issus de l'enseignement bilingue paritaire peuvent également bénéficier de l'enseignement « bilangue » en commençant l'apprentissage de l'anglais dès l'entrée en 6e.
(4)circulaire rectorale du 20 septembre 1991.
(5)Source : académie de Strasbourg.

L'Association pour le développement de l'enseignement bi/plurilingue

L'Association pour le développement de l'enseignement bi/plurilingue (ADEB)(6) a naturellement pour vocation de promouvoir l'enseignement bilingue (mais aussi plurilingue) dans les systèmes éducatifs. Elle le fait dans l'esprit de la loi de 1901 : disponibilité, militantisme, bénévolat de ses membres, au service d'une perspective commune qui est « d'améliorer les compétences linguistiques et cognitives des élèves tout en développant les ouvertures culturelles ».
Les membres de l'Association peuvent intervenir dans des actions d'information, d'animation, et surtout de formation concernant l'enseignement bilingue, sous des formes variées : colloques, séminaires, tables rondes, stages de formation d'enseignants, mais aussi interventions dans les établissements scolaires à partir de projets clairement identifiés, préparés en relation avec les enseignants concernés, et approuvés par les autorités administratives. Enfin il peut s'agir d'aides à la construction d'outils didactiques, à la recherche de la documentation francophone, bibliographie, etc.
Exemples d'interventions proposées par l'ADEB
Thèmes disciplinaires
Enseigner/apprendre de l'histoire, des mathématiques, de la biologie, de la musique, de la géographie, de la physique, de la chimie… en deux langues.
Recherche et fabrication d'outils didactiques bilingues dans les disciplines enseignées en deux langues.
Thèmes transversaux
Lire / écrire en deux langues :
  • lectures croisées « comparatives » de textes traitant de mêmes sujets en deux langues ;
  • recherche et analyse de textes bilingues ; écriture de journaux scolaires bilingues ;
  • écriture de contes, histoires, BD, poésies bilingues ; écriture de fiches, prospectus, dépliants publicitaires… touristiques… en deux langues ;
  • théâtre, jeux dramatiques, marionnettes, jeux de rôles en deux langues.
Fabrication de jeux éducatifs bilingues
  • Faire de la psychomotricité, de l'éducation physique en deux langues.
  • Faire vivre une correspondance scolaire bilingue.
  • Préparer des rencontres, voyages.
Aménagement de lieux bilingues
  • Dans la classe, et dans l'établissement : des coins « écoute », des coins lecture, des médiathèques bilingues.
(6)ADEB, rue de la Huchette, 75005 Paris, www.adeb.asso.fr.

Les textes, les chiffres et les écrits de référence

Des textes
Les sections européennes ou de langues orientales ont été créées en 1992 dans les collèges, les lycées généraux et technologiques, puis étendues en 2001 aux lycées professionnels. Ces sections ont pour objectif de favoriser l'ouverture européenne et internationale des établissements scolaires français du second degré.
Deux dates :
  • Mise en place des sections européennes ou de langues orientales au collège et au lycée : circulaire n° 92-234 du 19 août 1992 rectifiée, BOEN n° 33 du 3 septembre 1992.
  • Mise en place des sections européennes ou de langues orientales dans les lycées professionnels : note de service n° 2001-151 du 27 juillet 2001, BOEN n° 31 du 30 août 2001.
Les sections européennes ou de langues orientales proposent à des élèves motivés par l'apprentissage des langues vivantes un enseignement fondé sur les axes suivants :
  • l'apprentissage renforcé d'une langue vivante étrangère au collège,
  • l'enseignement en langue étrangère d'une discipline non linguistique,
  • la connaissance approfondie de la culture du pays de la section.
Les langues concernées sont les suivantes :
Sections européennes : allemand, anglais, espagnol, italien, néerlandais, portugais, russe.
Sections de langues orientales : arabe, japonais, chinois.
Des chiffres
À la rentrée 2007, 208 786 élèves étaient inscrits dans 4 566 sections européennes ou de langues orientales dans des collèges ou des lycées d'enseignement général, technologique, professionnel, publics et privés sous contrat d'association.
29,6 % des collèges, 39,7 % des lycées d'enseignement général et technologique et 10,2 % des lycées professionnels possèdent des sections européennes ou de langues orientales(7).
Les Chiffres clés de l'enseignement des langues à l'école en Europe(8) :
Cette deuxième édition des « Chiffres clés » donne une description détaillée de l'enseignement des langues dans les établissements scolaires de 31 pays.
Ce document aborde différents aspects allant de l'apprentissage précoce des langues à la formation des enseignants de langues étrangères de l'enseignement primaire et secondaire général, en passant par la diversité des langues apprises, le temps d'enseignement aux différents niveaux éducatifs, la proportion des apprenants en langue à chaque niveau d'éducation et l'enseignement d'une matière intégré à une langue étrangère (EMILE).
Au cours des trois dernières décennies, a été constaté une progression de l'apprentissage précoce obligatoire d'une langue étrangère. Dans la quasi totalité des pays européens, l'apprentissage obligatoire d'une langue étrangère débute à l'école primaire.
Cependant, le temps consacré à l'enseignement des langues étrangères à l'école primaire reste limité (généralement moins de 10 % de la durée totale du programme d'enseignement) et varie considérablement d'un pays à l'autre. Le temps passé à l'apprentissage des langues est, en règle générale, plus élevé dans le premier cycle du secondaire qu'en primaire.
Dans treize pays européens, la première langue étrangère enseignée est obligatoirement l'anglais. Les élèves et leurs parents tendent à opter pour l'anglais, qui est aujourd'hui la langue la plus enseignée dans les écoles primaires. 90 % des élèves européens apprennent l'anglais au cours de leur scolarité obligatoire. Lorsqu'une deuxième langue étrangère est enseignée, il s'agit majoritairement du français ou de l'allemand.
Un rapport
L'enseignement d'une matière, intégré à une langue étrangère à l'école en Europe, Eurydice, le réseau d'information sur l'éducation en Europe, 2006. Lire le rapport
Un site
Le site d'accompagnement pour les sections européennes ou de langues orientales : www.emilangues.education.fr
(7)Source : Direction générale de l'Enseignement scolaire, 20 mai 2008.
(8)Le rapport est disponible en ligne : eacea.ec.europa.eu.

Conclusion

À l'échelle de l'Europe, un nombre croissant d'établissements, proposent des enseignements de type EMILE, démarche pédagogique à l'efficacité reconnue. Cet apprentissage permet aux élèves d'améliorer naturellement leurs compétences dans une langue vivante étrangère en concentrant l'essentiel de leurs efforts dans la discipline qu'ils apprennent.
L'enseignement d'une matière intégré à une langue étrangère requiert des compétences multiples, compétences qui sont largement celles qui sont attendues des futurs citoyens européens.
Dossier réalisé par Frédérique Thomas, professeur agrégée, docteur en STAPS,
Université Blaise-Pascal, Clermont-Ferrand II.
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