Allemagne : un système scolaire différencié

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Introduction

© PHOVOIR
En Allemagne, l'enseignement public, gratuit du primaire à l'Université, est sous la responsabilité des Länder(1), chacun organise le système éducatif et déterminent les contenus des cours et les objectifs pédagogiques. L'État fédéral joue toutefois un rôle, principalement en termes de financement et de coopération internationale, par l'intermédiaire du Ministère fédéral de l'Éducation et de la Recherche.
(1)L'Allemagne est une république fédérale composée de 16 Länder. Plus d'informations sur le site : www.tatsachen-ueber-deutschland.de

Le système scolaire

Enseignement préscolaire
Le Kindergarten(2) n'est pas obligatoire et payant. C'est le premier lieu qui accueille les enfants, à partir de 3 ans jusqu'à 6 ans. Son maître mot semble être « jeu libre » : aucune activité n'est imposée, l'enfant évolue au sein d'un espace de découverte.
Enseignement obligatoire
L'école élémentaire, la Grundschule, s'étend sur quatre années : classes 1 à 4. À la fin de la 4e classe, les enfants choisissent la filière la plus appropriée parmi celles qui leur sont proposées : la Hauptschule(3), la Realschule(4) ou le Gymnasium(5).
• La Hauptschule comprend 5 à 9 classes et propose une formation générale. Elle a pour objectif de préparer les élèves à l'apprentissage.
• La Realschule commence en classe 5 (environ 11 ans) et se poursuit jusqu'à la classe 10. Les enseignements y sont plus complets tout en restant généraux.
Les diplômés de la Hauptschule ou de la Realschule envisagent, pour la plupart, une formation professionnelle.(6).
• Le Gymnasium s'apparente au système français du collège et du lycée. Il s'agit d'une formation générale qui, selon les Länder, dure 8 ou 9 ans et qui débouche sur l'Abitur(7).
Dans certains Länder, il existe des Gesamtschule(8) où vont tous les élèves. Ces derniers sont ensuite répartis en fonction de leurs capacités. Après l'équivalent de la 3e française (14-15 ans), les élèves peuvent partir en Lehre(9) ou rester 3 ans de plus pour avoir leur Abitur.
Système scolaire en Allemagne (modèle simplifié)
Zoom
Source : Centre d'Information et de Documentation de l'Ambassade d'Allemagne (CIDAL)
(2)Jardin d'enfants.
(3)École secondaire générale.
(4)Collège d'enseignement général.
(5)Équivalent du collège et du lycée français.
(6) L'Allemagne compte près de 1,6 million d'apprentis, soit 11 % des 15-29 ans, contre environ 600 000 jeunes en alternance en France (apprentissage ou professionnalisation), soit 5 % des jeunes Français de 15-29 ans. Source : Diagnostic sur l'emploi des jeunes, Conseil d'orientation pour l'emploi (COE), février 2011. www.coe.gouv.fr
(7)Le Baccalauréat allemand s'obtient après 13 ans d'études (12 ans dans certains Länder) soit à environ 19 ans.
(8)École réunissant les trois filières scolaires : Hauptschule, Realschule et Gymnasium. Elles sont peu répandues et ont pour finalité d'éviter une orientation précoce.
(9)Apprentissage.

Les Länder

Les compétences principales dans le secteur de l'éducation appartiennent aux Länder. C'est ce qu'on appelle la « Kulturhoheit der Länder(10) ».
Tous les ministres de l'Éducation des Länder se rencontrent régulièrement pour harmoniser au maximum l'enseignement dont ils ont la responsabilité. Pour autant, il n'existe pas d'uniformisation des programmes d'enseignement, des volumes horaires et des modalités de certification en fin de cursus au niveau national. Cela démontre une volonté politique de préserver la diversité des actions éducatives, la différenciation du système éducatif au niveau du secondaire et une émulation entre les Länder. Les disparités régionales existent et le fédéralisme éducatif allemand amène à trouver différentes formes de filières dans les Länder.
(10)Souveraineté de la culture des Länder.

Inégalité des chances

L'inégalité des chances dans le système scolaire allemand existe réellement depuis les années 1970 : il n'y a pas d'égalité de traitement entre les établissements en termes de dépenses d'éducation, d'encadrement des élèves et d'uniformisation des programmes d'enseignement.
Selon une évaluation réalisée en 2009 dans toute l'Allemagne par l'Institut national pour les standards de qualité dans l'éducation (IQB)(11), le système éducatif allemand continue de reproduire les inégalités géographiques et sociales entre les élèves.
Les résultats de cette évaluation nationale, commandée à l'IQB par la Conférence permanente des ministres de l'Éducation et des Affaires culturelles des Länder (KMK(12)) afin de pouvoir mieux piloter l'amélioration du système scolaire allemand confirme :
• Le décalage existe entre les Länder du sud (Bavière et Bade-Wurtemberg), et ceux du nord comme Berlin et Brême. En compréhension écrite, il existe ainsi un écart de niveau moyen de plus d'une année entre un élève de 3e (9e classe) scolarisé à Brême, en bas du classement, et son camarade scolarisé en Bavière, le Land le mieux classé. À niveau scolaire égal, un enfant issu d'une classe aisée a 4,5 fois plus de chances d'être orienté vers le Gymnasium que son camarade issu d'une catégorie socio professionnelle moins aisée.
• la réussite scolaire dépend étroitement de l'origine sociale. Les probabilités d'entrée dans un Gymnasium pour un bon élève issu d'un milieu défavorisé sont de 62,5 %, comparées à 85,5 % pour un bon élève issu de la classe supérieure. Si l'élève montre un niveau de performance moyen, la différence s'élève à 35,3 % comparée à 65 %(13).
(11)Institut für Qualitätsentwicklung im Bildungswesen 
(12)Kultusministerkonferenz
(13)« Un seul monde, une seule école ? Les modèles scolaires à l'épreuve de la mondialisation, colloque international, mars 2009, Revue internationale d'éducation de Sèvres.

L'apprentissage : la spécificité du système allemand

Après avoir terminé la Hauptschule, la Realschule ou le Gymnasium, de nombreux de jeunes allemands décident d'apprendre un métier.
La caractéristique de l'apprentissage en Allemagne est le système en alternance (le « système dualiste »), il y a deux « responsables » de l'éducation :
  • les écoles professionnelles publiques pour la théorie,
  • les écoles professionnelles à temps partiel, Berufsschule pour la théorie.
Le contrat avec l'entreprise stipule que l'élève dispose d'assez de temps pour fréquenter l'école (un ou deux jours par semaine). En général, un apprentissage dure trois ans et l'apprenti reçoit une rémunération qui est augmenté chaque année. À l'issue de cette période, l'élève passe un examen devant une institution publique (ce sont souvent les chambres de commerce et d'industrie) et ensuite obtient un certificat.
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Outre ce système, il existe d'autres types d'établissements :
  • La Berufsfachschule est une école d'enseignement professionnel. Sa fréquentation pendant un ou deux ans permet d'acquérir une formation professionnelle de base.
  • La Fachoberschule est un lycée d'enseignement technique pour les élèves diplômés de la Realschule et donne accès à une Fachhochschule(14) après deux ans d'études.
(14)ou « Université de sciences appliquées » se rapproche de l'Institut universitaire technologique (IUT).

Réformes en cours : « une même école pour tous »

Compte tenu des résultats des études internationales, un certain nombre de réformes sont toujours en cours pour faire évoluer le modèle allemand vers un système plus égalitaire. Elles se traduisent par l'amélioration de la maîtrise de la langue allemande pour les enfants issus de l'immigration (une priorité dès le pré-élémentaire), mais aussi par une meilleure articulation entre l'école maternelle et l'école élémentaire.
Selon l'IQB(15), 18 % des élèves de 3e  ont des origines étrangères, cette proportion atteint près de 30 % dans les grandes villes comme Berlin, Brême ou Hambourg.
« Les Länder financent la rémunération des enseignants, les communes la construction et les services. Face à l'émigration des plus qualifiés vers des régions plus dynamiques et les désavantages qui en résultent au niveau local, (…), le système sélectif allemand des filières, outre sa forte empreinte sur les disparités sociales et l'égalité des chances pourrait renforcer aussi les disparités sociales régionales.(16) » Il semble qu'en Allemagne on réussisse moins bien qu'ailleurs à réduire les inégalités sociales par l'éducation.
Un exemple à Berlin : une même école pour tous
Une décision votée par les députés le 14 janvier 2010 instaure une autre école, une sorte de catalyseur qui réunit la Realschule, l'Hauptschule et la Gesamtschule : la Sekundarschule. Officieusement, la Sekundarschule permettrait de supprimer l'Hauptschule, vue et souvent vécue comme une voie de garage.
Le but est d'offrir un enseignement commun à tous ceux qui ne peuvent suivre leur éducation au Gymnasium tout en gardant un large éventail de diplômes à préparer.
La Sekundarschule permet de passer tous les examens proposés dans le cadre du système en cours. Ainsi, un élève pourra passer le brevet de formation professionnel, ou le diplôme moyen ou l'Abitur.
Dans le cas où l'école n'a pas les infrastructures prévues pour l'ensemble de ces examens, elle travaillera en coopération avec les centres d'examens voisins. Les classes n'excèderont pas 25 élèves, soit quatre de moins que dans les Realschule et Gesamtschule berlinoises.
L'Abitur sera préparé en trois ans au lieu de deux à partir de la 10e classe. Les élèves de la Sekundarschule resteront à l'école jusqu'à 16h et pourront participer à des activités proposées gratuitement et organisées par des éducateurs et assistants sociaux.
Cette mesure tend à favoriser l'intégration sociale, élément manquant en Hauptschule par exemple. La Sekundarschule sera, de fait, un type d'école très différent de ce à quoi les Hauptschüler sont habitués, mais se rapprochera beaucoup de l'actuelle Gesamtschule. Cependant, la nouvelle école sera davantage tournée vers l'orientation professionnelle et proposera d'ailleurs un système de classe en alternance dès la 9e classe comme en Hauptschule. Ainsi, pour les deux dernières années, ceux qui ont le plus de mal à suivre les cours pourront passer trois jours par semaine dans une entreprise qu'il aura trouvée avec l'aide de l'institution.
Pour une vue d'ensemble du système éducatif allemand :
Dossier réalisé par Frédérique Thomas, professeur agrégée, docteur en STAPS,
Université Blaise-Pascal, Clermont-Ferrand II, novembre 2009, mise à jour novembre 2011.
(15)Institut für Qualitätsentwicklung im Bildungswesen 
(16)« Un seul monde, une seule école ? Les modèles scolaires à l'épreuve de la mondialisation, colloque international, mars 2009, Revue internationale d'éducation de Sèvres.
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