Espagne : le suivi et l'orientation des élèves

-----------------------------------------------

Introduction

© PHOVOIR
L'Espagne est une monarchie parlementaire organisée par la Constitution du 27 décembre 1978. Le pouvoir législatif est assuré par la chambre des députés (Cortés), le pouvoir exécutif par le président du gouvernement. Elle est divisée en 17 régions, appelées « communautés autonomes » (Comunidades autónomas) qui peuvent être comparées à des États fédérés.
Deux organismes coordonnent l'action éducative sur l'ensemble du pays :
  • La conférence sectorielle de l'éducation : organe regroupant l'État et les communautés autonomes pour maintenir une certaine cohésion entre l'action du gouvernement et celle des différentes communautés.
  • le conseil scolaire de l'État : institution collégiale qui réunit les différents secteurs intervenant dans le domaine de l'enseignement scolaire afin de discuter et de conseiller le gouvernement au sujet de son action éducative.
Langues
Selon la Constitution espagnole, le castillan est la langue officielle de l'Espagne. Ainsi, tous les citoyens espagnols doivent la connaître. Dans les communautés autonomes d'autres langues sont pratiquées : ces langues « co-officielles » sont le catalan, le galicien, le valencien et l'euskarien (langue basque). L'usage de la langue de la communauté autonome, en tant que langue d'enseignement, varie en fonction des politiques linguistiques que chaque communauté met en place.

La LOGSE : le système éducatif espagnol actuel

La loi portant réglementation générale du système éducatif (LOGSE(1)) adoptée le 4 octobre 1990 a complètement réformé le système d'enseignement mis en place en 1970(2). Sa mise en œuvre a été progressive et s'est achevée au cours de l'année scolaire 2002-2003.
Cette réforme du système éducatif trouve son origine dans les multiples transformations (sociales, techniques, économiques, politiques et culturelles) qu'a connues l'Espagne. Elles ont rendu obsolète l'ancien système éducatif. Il a fallu construire un nouveau projet, plus conforme aux exigences d'une société démocratique et plurielle, ouverte et engagée dans le processus d'intégration de l'Union Européenne. Cet engagement a placé l'Espagne dans un système de concurrence, de mobilité, et de libre circulation qui exige que les études et les diplômes s'adaptent et puissent être homologués dans le cadre de l'Union Européenne.
Concrètement la réforme a étendu l'enseignement obligatoire et gratuit jusqu'à l'âge de 16 ans, et mis en place une nouvelle politique des programmes.
Depuis la LOGSE, un certain nombre de décisions ont été prises par la Conférence de l'Éducation :
• En 2006, un ensemble d'objectifs européens et espagnols a été approuvé, en suivant le mode de fonctionnement de l'Union européenne, dans le but de fixer des objectifs éducatifs communs pour 2010.
• La Conférence de l'Éducation a fait de la lutte contre l'abandon scolaire l'un des objectifs prioritaires. La poursuite des études après l'éducation obligatoire est devenue un objectif central : cela se traduit par l'amélioration de l'accès à la formation pour les plus de 15 ans, mais aussi par la mise en place de « passerelles » entre l'éducation et l'emploi.
À ce titre, diverses actions ont été mises en place :
  • La LOE a défini un nouveau type d'offre éducative, les programmes de qualification professionnelle initiale (Programas de Cualificación Profesional Inicial, PCPI), pour les jeunes de plus de 15 ans qui n'ont pas le diplôme d'ESO et ne l'auront pas à l'âge habituel.
  • La loi sur l'économie durable (Ley de Economía Sostenible, LES) de 2010 a introduit des modifications dans la structure de l'enseignement professionnel pour faciliter l'obtention d'équivalences de ces études avec celles du baccalauréat et des niveaux universitaires.
(1)Ley de Odonaçion Général del Systemo Educativo.
(2)Outre cette loi, d'autres textes concernant le domaine de l'éducation ont été adoptés : la loi organique sur la réforme universitaire (LRU, 1983) et la loi organique sur le droit à l'éducation (LODE, 1985)

L'organisation de la scolarité

L'éducation est obligatoire de 6 à 16 ans et se divise en deux niveaux : l'enseignement primaire et l'enseignement secondaire. Pour autant, les enfants peuvent être scolarisés avant l'âge de 6 ans.
L'enseignement préscolaire : Escuelas de educacion infantil
Il couvre les six premières années de l'enfance dans le cadre d'une organisation en deux étapes de 3 ans chacune. Cet enseignement est gratuit. Même non obligatoire, la fréquentation des établissements préscolaires reste relativement élevée(3).
L'enseignement primaire : Educaciòn Primaria
Il dure six ans et est réparti en trois cycles de deux ans correspondant aux âges de 6 à 8 ans, de 8 à 10 ans, et de 10 à 12 ans. Son objectif principal est de donner aux élèves une éducation de base : acquisition des moyens d'expression orale, de la maîtrise de la lecture, de l'écriture, du calcul ainsi que des capacités minimales pour pouvoir s'adapter à son environnement. Cet enseignement est obligatoire. Un maître pour chaque classe dispense l'enseignement de l'ensemble des matières, excepté la musique, l'éducation physique et les langues étrangères qui sont enseignées par des intervenants extérieurs (professeur d'école de musique, par exemple).
L'enseignement secondaire : El Instituto
À l'âge de 12 ans les enfants accèdent à l'école d'enseignement secondaire.
L'ESO
Les quatre premières années, appelées : Educaciòn Secondaria Obligatoria (ESO), constitue une étape obligatoire et gratuite. Les quatre années d'études sont réparties en deux cycles, le premier de 12 à 14 ans (ESO1), le second de 14 à 16 ans (ESO2). L'enseignement est obligatoire jusqu'à l'âge de 16 ans avec pour objectif de mettre le système éducatif au même niveau que ceux des autres pays de l'Union Européenne.
Les élèves obtiennent un « certificat ». Pour la plupart de ceux qui choisissent de rester à l'école, ils suivront ensuite deux années d'études qui les amèneront au Bachillerato.
Le Bachillerato est la dernière étape de l'enseignement secondaire et il n'est pas obligatoire. Les quatre filières principales sont : arts, sciences naturelles et sciences de la santé, sciences humaines et sciences sociales, technologie(4), permettent une préparation spécialisée des élèves. Ceux-ci peuvent, à l'intérieur de ces cursus, choisir différent itinéraires. Ce niveau scolaire donne accès aux études supérieures.
Les programmes de garantie sociale
Ils représentent une solution pour les élèves âgés de 16 à 2 ans qui n'ont pas atteint les objectifs de l'ESO, n'ont pas obtenu de diplôme académique ou de titre professionnel. Ils offrent un parcours individualisé de formation d'une durée de six mois à deux ans afin de les préparer à la vie active. Ces programmes de formation sont destinés à améliorer les connaissances générales des jeunes pour qu'ils acquièrent les capacités requises pour l'exercice des métiers ou la réalisation des travaux déterminés. L'objectif principal est l'insertion professionnelle ou la réinsertion scolaire des jeunes. Certains modules sont compatibles avec un contrat de travail.
(3)Source : Rapport de l'OCDE, « Système éducatif européen », 2009.
(4)Plus d'informations : « Baccalauréat, A-levels, Abitur, Bachillerato certifications de fin d'études secondaires en Europe »,www.programkontoret.se/ (PDF)

Le système éducatif espagnol : un haut degré de décentralisation

L'État garantit l'égalité des citoyens face à l'éducation, définit la structure des cursus scolaires et pose les grands principes et les grandes orientations de l'enseignement. Les communautés autonomes participent activement à ce service public : elles jouent un rôle primordial, en appliquant les lois nationales et en déclinant la politique éducative sur leur territoire.
Le Ministère de l'Éducation et des Sciences dispose du pouvoir de légiférer et d'imposer une réglementation commune à toute l'Espagne. Mais les communautés peuvent également légiférer pour compléter les textes nationaux, et se chargent de la gestion fonctionnelle du système éducatif de leur région. Le financement du système revient aux communautés, qui perçoivent une enveloppe financière de la part de l'État. Ainsi, les régions assument 85 % des dépenses publiques en matière éducative.
L'ossature des programmes est définie par le Ministère. Les services de l'éducation des exécutifs régionaux adaptent ce schéma général aux spécificités locales. Cette pratique prend tout son sens dans les communautés dotées d'une langue propre. De la même manière, 99 % du personnel contribuant au fonctionnement du service public de l'éducation (enseignants et non enseignants) dépend des communautés autonomes.
Le calendrier scolaire officiel n'est pas mis en place par l'État, mais par chaque communauté autonome, selon les normes minimales. Le même calendrier doit être en vigueur pour toutes les villes, villages et zones relevant de la même communauté autonome. En outre, l'organisation de l'année scolaire varie selon le niveau. Pour les écoles maternelles, l'année scolaire débute la première semaine de septembre et se termine la dernière semaine de juillet, avec une semaine de vacances à Noël et à Pâques. Pour l'enseignement primaire, les vacances sont fixées de juin à septembre.
La spécificité majeure du système éducatif espagnol réside en sa forte décentralisation, conséquence directe de l'organisation administrative du pays.

Le suivi et l'orientation des élèves en Espagne

L'élève est accompagné tout au long de sa scolarité à travers un dossier informatique. Celui-ci rassemble toutes les données le concernant : résultats scolaires, données familiales, etc.
À l'école primaire, l'équipe d'orientation et d'appui (EOA) composée de psychologues ou de pédagogues spécialisées intervient de manière cyclique dans l'année et peut être complétée par un maître d'audition et de langage et un maître pédagogique thérapeutique (MPT). Dans les zones défavorisées, s'y ajoutent des travailleurs sociaux.
Au collège (ESO), il existe un département d'orientation (DO), auquel s'ajoutent des professeurs de « domaines » (ambitos) recouvrant plusieurs disciplines (par exemple, le domaine scientifique pour les mathématiques, la physique, la biologie, la chimie).
Le DO exerce une action d'appui aux enseignants, d'information des familles, et d'observation des élèves en vue de leur proposer une orientation. Il réunit les professeurs principaux (los  tutores), reçoit les élèves, leur fait passer des tests non notés, établit des diagnostics, organise des réunions avec le chef d'études et les tuteurs. Il conseille ou déconseille certaines filières. L'orientation est en elle-même de la compétence du conseil des professeurs. Le DO n'émet donc qu'un conseil sur l'orientation auprès du conseil des professeurs et de l'inspection.
Le « chargé de l'orientation » communique les informations du dossier au « chef d'études » et les professeurs sont également informés oralement de ce qui peut leur être utile. Pour autant, ils n'ont pas accès au dossier complet de l'élève. En effet, la personne chargée de cette mission prend généralement soin de ne pas divulguer l'ensemble des informations, afin de ne pas prendre le risque que l'élève soit perçu d'une façon préconçue par les équipes enseignantes.
En principe, en Espagne, le tuteur (sorte de professeur principal) garde une classe deux années de suite pour travailler dans la durée. C'est ainsi qu'un véritable suivi de l'élève est opéré(5) par des liaisons régulières entre les divers degrés d'enseignement : une coordination mensuelle est mise en place entre école et collège, essentiellement dans le but de prévenir l'échec scolaire et le redoublement au collège. Elle permet de cibler les élèves que les enseignants du secondaire doivent plus particulièrement accompagner.
En établissant ainsi une information a priori des enseignants sur les difficultés particulières des élèves, le système scolaire permet ainsi aux professeurs d'anticiper les modalités de suivi et d'adaptation pédagogique nécessaires.
(5)Cour des comptes, « L'éducation nationale face à l'objectif de la réussite de tous les élèves », mai 2010

Le système éducatif espagnol et l'échec scolaire

Malgré ce système d'orientation assez précis, l'Espagne présente l'un des taux d'échec scolaire les plus élevés d'Europe. Ainsi, un jeune de 16 ans sur trois quitte le système scolaire sans diplôme. Avant 2008, les jeunes qui sortaient du système scolaire trouvaient des emplois. En 2011, ils n'ont ni qualification professionnelle, ni travail. Ceux qui avaient continué leurs études et obtenu un diplôme à l'université, acceptaient un travail peu rémunéré, mais voulaient évoluer. Avec la crise, ils sont également sans emploi.
Finalement, le système éducatif espagnol se montre impuissant face à l'échec scolaire : un tiers des jeunes Espagnols (le double de la moyenne des pays d'Europe(6)) manque de compétences de toutes sortes comme dans les langues étrangères, et les nouvelles technologies. « Avec un taux de chômage de 45 %, les jeunes Espagnols sont frustrés et, à juste titre, se sentent abandonnés par le système.(7) »
Dossier réalisé par Frédérique Thomas, professeur agrégée, docteur en STAPS,
Université Blaise-Pascal, Clermont-Ferrand II, janvier 2010, mise à jour janvier 2012.
(6)« Espagne : croissance, crise et indignation », www.journaldunet.com
(7)« Espagne : croissance, crise et indignation », www.journaldunet.com
------------------------------------------------------------
copyright © 2006-2018, rue des écoles