Suède : regards sur le système scolaire

-----------------------------------------------

Introduction

© ben photos / Fotolia.com
La Suède est un pays très décentralisé qui a donné aux municipalités et aux comtés(1) un rôle essentiel dans la mise en œuvre de la politique éducative. Les 290 communes suédoises ont la responsabilité de l'organisation des activités scolaires (dans le respect des objectifs fixés par le Parlement Riksdag et le gouvernement Regeringen).

Le système scolaire suédois est porteur de l'idéal égalitaire caractéristique de l'ensemble de la société suédoise. La loi(2) qui régit l'école indique que « tous les enfants et jeunes adultes indépendamment du genre, de l'origine et de la situation sociale, doivent avoir un accès égal à l'éducation au sein du système éducatif national. »
Depuis le 1er octobre 2008, trois agences publiques s'occupent de l'enseignement :
  • l'Inspection nationale des Établissements scolaires (Skolinspektionen) supervise les écoles de l'ensemble du pays et évalue leur qualité par des inspections régulières.
  • la Direction nationale de l'Enseignement scolaire (Skolverket) assure l'information et la diffusion des connaissances en matière d'éducation.
  • l'Agence nationale pour l'Enseignement spécial (Specialpedagogiska skolmyndigheten) assure aux enfants, adolescents, et adultes handicapés les mêmes possibilités de développement et d'éducation qu'aux autres.
(1)La Suède est divisée en 21 comtés (län en suédois). Les comtés regroupent environ 290 communes.
(2)La loi régissant l'École : Skollagen, 1985.

Le système éducatif actuel

La loi scolaire suédoise de 1985 impose que toutes les écoles inculquent aux élèves l'égalité, les valeurs démocratiques, le respect de l'intégrité de la personne et de l'environnement commun, la lutte contre le harcèlement scolaire et le racisme. Elle préconise le travail en équipe et l'autoformation pour réaliser l'objectif primordial : acquérir des connaissances et savoir s'en servir.
En pratique, l'école est gratuite pour tous, des efforts sont mis en œuvre pour que l'enseignement soit qualitativement équivalent sur tout le territoire. Ainsi, par exemple, les programmes et la notation sont uniformes. Les programmes de l'enseignement obligatoire primaire et secondaire ont une valeur nationale.
Outre l'école « ordinaire », l'enseignement obligatoire accueille les enfants handicapés mentaux, les enfants sourds, malentendants, atteints de troubles graves du langage ou de déficiences de la vue associées à d'autres handicaps dans des écoles spéciales (särskola).
• Entre 1 et 6 ans, Förskolan
L'enfant est pris en charge par les centres d'éducation préscolaires dont la dernière année est une année de transition vers l'enseignement obligatoire. Cette étape est facultative, mais chaque commune se doit d'offrir la possibilité aux parents d'y placer leurs enfants. Förskolan est régi par la loi sur l'école (1985) qui précise que ce moment de la scolarité a pour but d'instruire et de socialiser les enfants par le jeu.
• Entre 7 et 16 ans : Grundskolan
L'enseignement obligatoire est constitué des neuf années d'études à l'école de base dite grundskolan qui comprend l'école élémentaire et secondaire.
Les programmes nationaux précisent le nombre minimum d'heures à consacrer à chacune des matières enseignées : suédois, anglais, mathématiques, sciences physiques et naturelles, éducation civique, étude des religions, arts et travaux manuels, éducation physique et éducation à la santé. Il est à noter qu'élèves, enseignants et parents se réunissent régulièrement lors d'entretiens approfondis pour évaluer les progrès réalisés par les enfants dans leurs parcours.
Pour évaluer les acquis des élèves, le système de notation comprend quatre paliers d'évaluation :
  • Mycket Väl Godkant, MVG, très bien,
  • Väl Godkänt, VG, bien,
  • Godkant, G, passable,
  • Icke Godkant, IG, insuffisant.
Pour entrer au lycée, la note passable est exigée en suédois, mathématiques et anglais.
• Entre 16 et 20 ans  : le lycée Gymnasieskolan
Tous les élèves ayant achevé leurs 9 ou 10 années d'enseignement obligatoire ont le droit d'entrer au lycée. Il est facultatif et gratuit, le cycle dure trois ans. Les élèves ont le choix entre 17 filières : arts, enfance et loisirs, énergie, artisanat, industrie, médias, sciences humaines, etc. qui proposent une formation générale permettant l'accès aux études supérieures. Enfin des programmes individuels, destinés à préparer les élèves ayant pris du retard à rejoindre un programme national, sont également proposés.

Les différents types d'écoles

Il existe en Suède trois types de régimes gouvernant l'école : elle peut être publique, autonome ou privée.
• Les écoles publiques
Elles reposent sur le financement des communes. Les municipalités sont responsables de la mise en œuvre des activités éducatives au sein du système scolaire. L'offre des différentes formations et des programmes est ainsi déterminée en fonction des besoins locaux et dépend des choix des élèves. Les municipalités reçoivent pour l'éducation une subvention générale de l'État, qui complète les recettes fiscales de la commune en réduisant les disparités entre les communes. Les communes répartissent ensuite les crédits entre les écoles dont elles ont la responsabilité.
• Les écoles autonomes
Elles ne sont organisées ni par la commune, ni par l'État mais par une personne physique ou morale. Ces établissements doivent être validés par la Direction nationale de l'enseignement scolaire selon les mêmes lois nationales que les établissements publics. Depuis 1992, ces écoles sont financées par des ressources publiques. Elles sont depuis en augmentation. En 2012, 20 % des lycéens fréquentent un établissement autonome : 10 % d'entre eux(3) ont une orientation confessionnelle et 6 % suivent la méthode Steiner-Waldorf(4).
• Les écoles privées
La Suède, pourtant réputée selon certains comme étant un modèle de social-démocratie et d'État-Providence, fait partie des pays favorables au financement du privé. En effet, l'État Suédois depuis les années 90 a grandement favorisé la création de ce type d'établissement.
« Souvent axées sur un thème spécifique (religion, arts, musique ou sport), les écoles privées sont autorisées à s'établir en Suède pour autant qu'elles répondent aux critères éducatifs nationaux. Elles sont financées par l'État et doivent en échange s'abstenir de demander des droits de scolarité. Elles sont autorisées à recevoir des donations privées.(5) »
La Suède offre un financement variant entre 85 et 100 % pour les écoles privées afin que ses fonds bénéficient aux élèves. Cependant, en contrepartie, depuis que l'État offre un tel financement aux écoles, celles-ci ne peuvent plus exiger de frais de scolarité à leurs étudiants. Les administrateurs sont d'avis que la concurrence créée entre les écoles privées et publiques est bénéfique. Le fait de financer complètement certaines écoles privées donne la chance à tous les étudiants de pouvoir choisir eux-même leur école, qu'elle soit privée ou publique.
  • 1991-1992 : Moins d'1 % des élèves de l'école de base (6-15 ans) et 1,5 % des lycéens fréquentent un établissement privé. On compte quelque 90 établissements privés en Suède.
  • 2002-2003 : La Suède a environ 450 écoles de base privées et plus de 200 lycées privés.
  • 2006-2007 : 8 % des élèves fréquentent une école de base privée, et 15 % des lycéens vont dans un lycée privé.
  • 2007 : La Suède compte environ 900 écoles privées (élèves de 6 à 19 ans). La moitié des communes suédoises n'ont aucune école privée, et la majeure partie des établissements privés se trouvent à Stockholm et Göteborg.
Il existe trois profils d'écoles privées :
  • Les établissements indépendants qui n'imposent pas de frais de scolarité. Même si la plupart des écoles indépendantes sont concentrées dans les grandes villes comme Stockholm, Göteborg ou Malmö, leur impact sur l'ensemble du système éducatif a été très important. La Suède fourmille aujourd'hui d'établissements de tailles et de confessions différentes, offrant des programmes et des méthodes très variés. La gratuité a notamment contribué à l'essor, dans des quartiers défavorisés, d'écoles expérimentales, telles que Montessori et Steiner, jadis apanage des familles aisées. Le pays compte désormais 994 écoles indépendantes, gérées par 550 opérateurs différents, qui vont de l'association de quartier au groupe coté en Bourse(6). En 2011, ces écoles indépendantes comptent environ 10 % des élèves en école élémentaire et 22 % des élèves de l'enseignement supérieur(7).
  • les écoles religieuses
  • les écoles liées à une entreprise : le développement de ce type d'établissements inquiète certains responsables politiques dans la mesure où l'école est dépendante du marché avec un impact direct sur la définition des matières mises à l'étude pour les élèves.
Dossier réalisé par Frédérique Thomas, professeur agrégée, docteur en STAPS,
Université Blaise-Pascal, Clermont-Ferrand II, mai 2010, mise à jour avril 2012.
(4)Plus d'infos : www.steiner-waldorf.org
(5)Source : www.sweden.se
(6)« En Suède, l'école est vraiment sans tabou » Yves-Michel Riols, envoyé spécial en Suède, lexpansion.lexpress.fr, 2008
(7)Futuribles, mai 2011

Pour aller plus loin

Futuribles international, 2011, « l'enseignement et la formation à l'horizon 2015, la Suède », Anna Geist
Ce document fait partie d'une étude de Futuribles International sur les défis auxquels seront confrontés les systèmes d'enseignement et de formation en France à l'horizon de 15 ans et sur les pistes innovantes qui pourraient être suivies dès aujourd'hui pour les relever. Cette étude a notamment donné lieu à la réalisation d'une monographie portant sur l'organisation et le fonctionnement du système éducatif suédois, ainsi que sur les enjeux auxquels il est confronté.
Téléchargez le document : www.futuribles.com
------------------------------------------------------------
copyright © 2006-2018, rue des écoles