La famille et l'école en mutation

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La société connaît de fortes mutations au niveau de la cellule familiale : rejet de l'autorité après 1968, retour des valeurs de solidarité familiale autour de 1980, émergence des droits de l'individu au sein de l'institution familiale en 2000, etc. Ces transformations sont visibles à travers les modes de vie et les réformes juridiques. L'école est, elle aussi, confrontée à ces changements. Mais jusqu'où doit-elle aller en matière d'éducation et de socialisation ?
1. L'évolution de la famille
a) La famille, définition
• La famille peut se concevoir comme un groupe conjugal constitué des parents et de leurs enfants. Elle peut aussi se concevoir comme un groupe de personnes liées par le sang. La famille nucléaire regroupe les deux parents, mariés ou non, et leurs enfants. La famille élargie regroupe plusieurs générations.
• La famille permet la transmission d'un patrimoine génétique, culturel, matériel et social. Elle assure les fonctions de socialisation (les parents permettent à l'enfant d'acquérir les normes du groupe et de s'intégrer dans la société) et de protection (les parents doivent subvenir aux besoins des enfants).
b) Les évolutions de la famille
• En quelques décennies, la famille a beaucoup évolué. On parle même d'une « crise de la famille ». À cela plusieurs origines :
  • l'émancipation des femmes (travail, autonomie financière, sexualité), qui les a conduites à acquérir une fonction sociale et économique dans le ménage ;
  • la mobilité géographique, liée à l'urbanisation croissante et à l'industrialisation, qui a modifié les relations intergénérationnelles ;
  • la contestation des jeunes en 1968, qui a conduit au rejet du modèle familial classique et de ses valeurs (mariage, autorité du père ou rites familiaux) ;
  • la libéralisation des mœurs, qui a permis une plus grande permissivité dans l'éducation.
• Le rejet de l'institution, le déclin des croyances religieuses et parfois la complexité administrative peuvent également expliquer l'éclatement familial.
c) La famille au xxie siècle
• La famille traditionnelle ou nucléaire est le modèle dominant. En 2011, selon l'INSEE, 71 % des enfants grandissent au sein d'une famille traditionnelle. Le mariage survient généralement après une période de cohabitation et le couple travaille.
La famille monoparentale est deux fois plus nombreuse qu'il y a trente ans et 18 % des enfants y grandissent. Dans 86 % des cas, c'est la mère qui élève seule ses enfants. La fréquence des divorces est à l'origine de cette nouvelle forme de vie familiale. Une image qui devient moins dévalorisée mais qui peut créer des problèmes financiers ou d'éducation (perte de l'autorité, montée de la délinquance).
La famille recomposée fait moins figure d'exception qu'il y a  vingt ans. En 2011, près de 1,5 million d'enfants mineurs vivent dans une famille recomposée, soit 11 % des enfants de moins de 18 ans.
La vie familiale se vit souvent par séquences (cohabitation, mariage, divorce, monoparentalité, remariage).
• Les jeunes quittent de plus en plus tard le domicile parental en raison de la longueur des études, des emplois précaires, des coûts locatifs élevés et de la pénurie de logements locatifs.
• La vie en solitaire est de plus en plus courante avec la prolongation des études, les difficultés d'insertion professionnelle, la précarité et la multiplication des divorces.
• Les couples vivant en union libre sont également de plus en plus nombreux, notamment avec l'essor du pacte civil de solidarité (PACS).
2. Les réformes de la politique familiale
a) La famille au regard du droit
• Du point de vue juridique, la famille est fondée sur les notions de mariage et de filiation. Le mariage est un acte juridique qui représente soixante articles du Code civil. Ils engagent les conjoints (vie quotidienne, protection de leur descendance, patrimoine) en fixant leurs droits et devoirs.
• On parlait, il y encore quelques années, de filiation légitime lorsque l'enfant était né de parents mariés et de filiation naturelle lorsque l'enfant était né de parents non mariés. Ces deux termes, hérités du Code civil de Napoléon (1804), ont disparu du droit civil avec l'ordonnance du 4 juillet 2005.
• Actuellement, le beau-parent n'a aucun droit légal sur un enfant qui n'est pas le sien. Néanmoins, un projet de loi est en cours dans le cadre de la réforme de la famille, dont un article « assouplit les conditions dans lesquelles peut être garanti le droit de l'enfant d'entretenir des relations personnelles avec un ancien conjoint, partenaire ou concubin du parent, avec qui l'enfant a vécu », en envisageant de créer ainsi un nouveau statut juridique.
b) L'autorité parentale
• La loi du 4 juin 1970 remplace la toute-puissance paternelle par l'autorité parentale, qui est désormais partagée par les deux parents. Cependant, en cas de divorce, le père reste maître des décisions, même si la garde de l'enfant est donnée à la mère. Par ailleurs, cette loi ignore les familles naturelles (dont les parents ne sont pas mariés) et divorcées.
• La loi du 22 juillet 1987 veut remédier à ce dysfonctionnement en créant le principe de la coparentalité. En cas de divorce, l'autorité parentale est exercée en commun ou par l'un des deux parents seulement, en fonction de l'intérêt de l'enfant. Au sein d'une famille naturelle, les parents peuvent également exercer conjointement l'autorité parentale.
• La loi du 8 janvier 1993 facilite l'exercice conjoint de l'autorité parentale. Elle confère à l'enfant, quelle que soit sa filiation (légitime ou naturelle), le droit d'être élevé par ses deux parents. Ainsi, en cas de divorce, l'exercice en commun de l'autorité parentale devient la règle.
• La loi du 4 mars 2002 consacre le principe de coparentalité et met l'accent sur l'intérêt de l'enfant. Les parents d'enfants nés après le 1er janvier 2005 peuvent donner le nom du père, le nom de la mère ou leurs deux noms accolés. Cette loi autorise la résidence alternée en cas de séparation. Elle instaure le congé de paternité (onze jours) qui s'ajoute aux trois jours du congé de naissance.
c) Le divorce
• Depuis 1975, la loi a rendu le divorce plus accessible.
La loi du 8 janvier 1993 prévoit l'audition des enfants en justice pour qu'ils puissent défendre leurs intérêts (seuls ou accompagnés d'une personne de leur choix ou d'un avocat).
• La loi du 26 mai 2004 modifie les règles afin de simplifier les procédures de divorce : le divorce par consentement mutuel ou pour altération définitive du lien conjugal est prononcé plus rapidement, le juge peut constater sur demande des faits graves (violences physiques ou morales) imputées à un époux à l'encontre de son conjoint…
3. L'évolution de l'éducation
a) Le rôle de l'école
• L'école à deux missions : l'éducation, qui aide l'enfant à devenir citoyen, et l'instruction, qui lui permet d'acquérir des savoirs.
• Elle doit prendre en compte l'environnement de l'élève, l'aider à construire sa personnalité sociale, lui donner les moyens d'adopter un comportement responsable en matière de santé et le préparer à l'exercice de sa citoyenneté.
b) L'école du xxiesiècle
• Ce sont les lois Jules Ferry de 1881-1882 qui ont rendu l'école publique laïque, gratuite et obligatoire. Les évolutions majeures du système éducatif ont toujours été marquées par de grands textes législatifs qui sont des étapes décisives pour les orientations de l'école de la République, d'où leur titre de lois d'orientation.
• L'école du xxe siècle a privilégié la scolarisation massive des jeunes, l'école du xxie siècle doit relever le défi de la qualité face à la déscolarisation et à l'illettrisme. Trop d'élèves quittent le système scolaire sans qualification et la maîtrise de compétences aussi fondamentales que la lecture, l'écriture ou le calcul sont bien souvent imparfaites.
• La loi d'orientation et de programme pour l'avenir de l'école du 23 avril 2005 met en œuvre des priorités pour élever le niveau de formation des jeunes Français :
  • faire réussir tous les élèves ;
  • redresser la situation de l'enseignement des langues ;
  • mieux garantir l'égalité des chances ;
  • favoriser l'insertion professionnelle des jeunes et l'emploi.
La loi engage la modernisation de l'Éducation nationale selon trois axes : mieux faire respecter les valeurs de la République, mieux organiser les établissements et les enseignements, mieux gérer le système éducatif.
c) L'illettrisme
• L'illettrisme concerne les personnes qui ont été scolarisées mais qui ne maîtrisent pas suffisamment la lecture et l'écriture pour faire face aux exigences minimales requises dans la vie professionnelle, sociale, culturelle ou personnelle. En France en 2011, 7 % de la population est illettrée (contre 9 % en 2004), soit 2,5 millions de personnes en métropole.
• L'illettrisme et l'échec scolaire sont directement liés à l'environnement de l'enfant : excès de télévision, absence de soutien des parents, absentéisme scolaire, mauvaise maîtrise de la langue française, milieu défavorisé…
Ce phénomène peut aussi être lié à une école « inadaptée » : méthodes d'apprentissage de la lecture, manque de moyens de l'institution scolaire, absence de mixité sociale, effectifs trop élevés, programmes inadaptés au rythme de l'enfant…
d) Les moyens mis en œuvre pour une éducation de qualité
• Afin de lutter contre l'illettrisme, une Agence nationale de lutte contre l'illettrisme (ANLCI) a été créée en octobre 2000. Les centres ressources illettrisme (CRI) jouent également un rôle majeur dans chaque région.
• Pour lutter contre l'exclusion, des mesures en faveur des jeunes des milieux défavorisés ont été mises en place afin de rétablir l'égalité des chances (zones d'éducation prioritaire, équipes de réussite éducative, bourses au mérite).
• Pour lutter contre l'absentéisme, le contrôle de l'assiduité scolaire a été renforcé, un contrat de responsabilité parentale pouvant être proposé aux familles. La loi du 28 septembre 2010 permettait la suspension du versement des allocations familiales aux parents en cas d'absentéisme de l'enfant. Cette loi a été abrogée le 1er février 2013.
• Pour lutter contre les conduites à risque, des comités d'éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC) ont été créés en 1998 dans les établissements scolaires. Ils ont pour objectifs de rendre l'élève acteur et responsable de sa santé, de venir en aide aux élèves manifestant des signes de mal-être, de renforcer les liens avec les familles et d'apporter un appui aux acteurs de lutte contre l'exclusion.
La politique familiale refonde l'organisation de la société au croisement de l'intérêt individuel et collectif. Cette politique vise plusieurs objectifs comme le renouvellement des générations, la compensation des charges familiales, la réduction des inégalités et la lutte contre la pauvreté.
La famille est un cadre protecteur pour les personnes, mais qui peut atteindre ses limites en raison des évolutions de la société. Le rôle éducatif de l'école est ainsi de plus en plus mis en évidence.
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