Culture générale (Alsace 2007)

-----------------------------------------------

Énoncé

Consignes
• Cette épreuve a pour objet d'évaluer vos capacités d'analyse et de jugement par rapport aux grandes questions sanitaires et sociales.
• Elle comporte 5 questions que vous devez traiter en 2 heures.
• Le total est noté sur 20 points.
• Chaque question est notée sur 3 points.
• 5 points sont réservés à l'orthographe, à la syntaxe et au respect des consignes pour l'ensemble de l'épreuve.
Texte 1
Nos enfants vivront-ils aussi vieux que nous ?
« L'espérance de vie va cesser d'augmenter. C'est en tout cas ce que prédit Claude Auberf(1), agronome, spécialiste des liens entre l'alimentation, l'environnement et la santé. L'espérance de vie augmente en France de deux mois chaque année. Les démographes disent que ça va continuer. Claude Aubert signale que depuis trois ou quatre ans des scientifiques américains disent que l'espérance de vie des Américains va baisser à cause de l'obésité ; déjà elle s'est stabilisée à 77 ans ; il y a aussi les chiffres indiscutables de la mortalité par le tabagisme ou les morts de l'amiante dans les vingt ans à venir… Sans oublier la mortalité par emphysème, bronchite chronique, diabète, maladies cardiovasculaires, respiratoires, cancers… Il ne faut pas oublier la pollution par les produits chimiques, la sédentarité, la « malbouffe » ; on ne s'en préoccupe pas beaucoup car il y a un effet retard entre la cause et la mort. Les jeunes générations cumulent ces facteurs défavorables (1950-1980). Toutefois il n'y a jamais autant eu de centenaires qu'aujourd'hui ; ces derniers bénéficient des progrès de la médecine et des conditions de vie moins dures - on vit plus longtemps malade ? Les prophètes de l'ancien temps annonçaient des malheurs pour qu'ils ne se produisent pas ; l'idée est d'alerter les gens : si on ne change pas notre mode de vie, on va dans le mur. »
Propos recueillis par S. PoirotQuest-France, septembre 2006

Question
Quelles réflexions ce texte vous suggère-t-il ? Vous argumenterez avec des exemples pertinents.
Texte 2
10 000 raveurs fatigués ont quitté Rennes
« “C'est quoi un teknival ? C'est d'abord un acte de résistance qui va au-delà de la boue, du froid et même de la musique. C'est de l'anti-Star Academy. C'est une autre culture, la nôtre !” Scotché depuis trois jours à un mur d'enceintes crachant la musique non-stop, David défend sa présence à la rave qui s'est achevée, hier, sur le terrain de la Taupinais, aux portes de Rennes. Une manifestation sous haute surveillance, sans incident majeur à déplorer. (…) Durant trois jours, près de 10 000 raveurs, moins nombreux que prévu, ont partagé leur culture techno dans un champ rapidement transformé en vaste océan de boue. (…) « Ça a quand même été un peu galère de rester trois jours dans la boue et il a fait froid », avoue Gaëlle, une raveuse venue de Lorient. Un jeune homme d'Hennebont revendique, lui, le côté « fête dehors. Ça fait partie des plaisirs d'un teknival. On se sent sale, mais on est libre. Et puis on prendra une douche demain. » Cette jeune fille et son ami ont apprécié la convivialité née du pataugeage dans la gadoue. « On se relevait les uns les autres quand on tombait dans les ornières. Ça permet de faire connaissance ! » Étrange spectacle que tous ces teuffeurs aux vêtements recouverts de boue. On croirait presque croiser les survivants d'une catastrophe. « Ce n'est pas nous qui avons choisi ce terrain, se défend Still. On fait avec. » Les habitants de la moitié ouest de Rennes ont « fait avec » eux aussi ! Cascade de réactions indignées, dès samedi matin. Selon les vents, les vibrations des basses se sont fait sentir à plusieurs kilomètres du site du teknival, jusqu'au cœeur du centreville et de plusieurs communes de l'agglomération. De quoi perturber le sommeil de milliers de personnes. Certains ont tenté de se venger : les gendarmes ont interpellé un cycliste très énervé qui jetait des clous sur la chaussée à la sortie du site. »
Airélie Lemaître et Samuel Nohra, Quest-France, 11 décembre 2006

Question
Comprenez-vous les réactions d'opposition que fait naître le teknivai chez certains ? Que voyez-vous de positif et de négatif dans ce phénomène ?
Texte 3
Profs « désemparés »
« M. Pedrot, professeur : « Elèves comme profs, nous sommes désemparés devant ce qui arrive. La plupart des casseurs sont déscolarisés. Ils font n'importe quoi. Une élève m'a dit qu'ils avaient brûlé un conteneur de collecte de vêtements pour la Croix-Rouge. Mais savez-vous que cette année, en Seine-Saint-Denis, des classes ont été fermées, faute de postes, et que 200 redoublants n'ont pu être scolarisés ? En début d'année, je demande aux élèves s'ils ont une chambre pour travailler, un dictionnaire à la maison. Je découvre qu'ils font leurs devoirs dans un couloir, qu'ils sont dix dans un F4… » N. Killmann, médiateur scolaire : « La situation s'est aggravée depuis trois, quatre ans. Nous avons affaire de plus en plus à des familles monoparentales en sous-éducation, ou à des Africains qui n'ont pas les clés de notre culture, ou encore à des familles françaises débordées. » « Les parents n'ont pas de travail et restent cloîtrés dans leurs cités. Les problèmes sociaux qu'ils ont à subir se retrouvent à l'école. Nous avons du mal à faire comprendre aux jeunes qu'il vaut mieux aller au collège que traîner dans la rue. Récemment, une élève de quatrième à qui nous demandions de cesser d'embêter ses camarades est entrée dans une furie terrible ; nous avons dû nous mettre à cinq adultes pour la maîtriser. » « Nous ne nous sentons pas en sécurité ; il peut y avoir une violence psychologique qui s'installe de manière insidieuse, avec la tension accumulée. Il ne faut jamais relâcher. »
J. Cordelier, M.-S. Shgerri, Le Point, 10 novembre 2006.

Question
Le monde éducatif se sent « impuissant » depuis quelques années face au développement de cette violence. Comment pourrait-on améliorer la situation à l'avenir ?
Justifiez votre réponse à l'aide d'exemples concrets.
Texte 4
Enfance : les députés traquent la maltraitance
« Les progrès de la société n'y font rien : le nombre des enfants maltraités ne faiblit pas. Selon les chiffres officiels, environ 20 000 nouveaux cas de violences sont dénombrés en moyenne chaque année. Certains d'une extrême gravité, ce qui conduit au retrait de la cellule familiale. Aujourd'hui, un peu plus de 250 000 enfants vivent sous la protection l'Aide sociale à l'enfance (ASE), qui dépend des départements. Le gouvernement s'est saisi du dossier en élaborant une loi qui veut améliorer les dispositions déjà existantes en développant la prévention et en facilitant le signalement de tout fait délictueux. Il suit en cela les revendications des associations et les conclusions d'un rapport parlementaire intitulé « l'enfant d'abord », publié il y ajuste un an. Pour le ministre délégué à la Famille, le texte s'attaque à « une réalité que nous pouvons ignorer : la souffrance de dizaine de milliers d'enfants, victimes de négligences, d'indifférence, de manque d'affection, victimes de violences morales et psychiques, d'humiliation, de brimades ». Philippe Bas a lancé un appel aux parents « car c'est à eux que revient la responsabilité de faire grandir leurs enfants, de les protéger et de veiller à leur bien-être ». Sur un tel sujet, le gouvernement veut aller plus vite. Le texte devrait être à nouveau discuté en février au Sénat, où il a été voté lors d'une première lecture en juin dernier. »
M. Marin, Quest-France, 11 janvier 2007.

Question
Le nombre d'enfants maltraités ne faiblit pas et pourtant le nombre de signalements de cas suspects n'a jamais été aussi faible : pourquoi est-ce si difficile, à votre avis, de signaler qu'un enfant semble être la victime de mauvais traitements ?
Texte 5
Destination bistouri
« Implants mammaires et rhinoplastie au Maghreb. Lifting en Afrique du Sud. Dentition irréprochable en Hongrie. Greffons capillaires à l'Ile Maurice. Mais aussi… un nouveau rein en Iran, des ovocytes en Espagne et un ventre porteur aux États-Unis ou en Belgique : la santé se mondialise. Et les Français n'hésitent plus à prendre l'avion pour se faire soigner, opérer, greffer, inséminer ou liposucer sous des cieux plus cléments. Dans l'univers de la médecine mondialisée, à chacun ses raisons et son pays de prédilection. L'argument le plus connu de ces patients globetrotters consiste à alléger la facture des soins peu - ou pas - remboursés par la Sécurité sociale. Destination favorite : la Tunisie qui, grâce à ses 8 500 médecins aux diplômes reconnus en Europe et à sa chirurgie esthétique à prix cassés, attire plusieurs centaines de Français par an. Parmi eux, Carole, comptable de 28 ans. Pour 3 300 euros, soit le coût en France d'une lipoaspiration de la culotte de cheval, elle s'est offert une poitrine bonnet C, un corps délesté de toute cellulite et une semaine dans un hôtel quatre étoiles. Autre pays tendance : l'Afrique du Sud et ses forfaits lifting-safari pour 3 500 euros. »
Linda BENDALI, Terra Economica, n° 289 du 9 au 22 novembre 2006

Question
Expliquez les raisons qui poussent les français à prendre l'avion pour la santé. Qu'en pensez-vous ?
(1)1 Extrait du livre Espérance de vie, fin des illusions

Corrigé

Texte 1
L'espérance de vie hommes/ femmes est passée en un siècle de 43/ 47 à 76/ 83 ans. Cette évolution, due, dans un premier temps, essentiellement à la baisse de la mortalité infantile, est surtout provoquée depuis trente ans par la baisse de la mortalité des seniors. Les démographes pensent que l'espérance de vie va continuer à augmenter, mais des voix s'élèvent pour dire le contraire.
Les grossesses sont de mieux en mieux encadrées grâce à un suivi médical régulier ; de plus, les congés périnataux permettent aux futures et jeunes mères d'aborder plus sereinement la maternité ; enfin, de nombreux progrès en médecine prénatale laissent augurer que la mortalité infantile devrait continuer de diminuer.
Les nombreuses campagnes de vaccination, dépistage, prévention (en matière de santé, de sécurité routière, de sécurité sur le lieu de travail), et la réduction des inégalités face aux soins (apparition de la CMU), permettent à la population française d'être plutôt en bonne santé. Cela est particulièrement visible chez nos seniors : des études ont montré qu'une personne de 80 ans a le même état de santé général qu'une personne de 60 ans d'il y a vingt ans.
Néanmoins, la France a la plus mauvaise mortalité prématurée (des moins de 65 ans) d'Europe, surtout, pour le moment, chez les hommes. Depuis quarante ans, les femmes se sont mises à consommer en masse plus de tabac, de drogues et d'alcool. Leur espérance de vie progresse déjà moins vite que celle des hommes, leur surmortalité prématurée devrait augmenter dans les prochaines années. Si l'on rajoute à cela les changements d'habitude de vie (sédentarité, « malbouffe », stress au travail), la pollution, la diminution drastique des dépenses de santé et donc de la qualité des soins par manque de personnel, un mauvais remboursement des actes médicaux et des médicaments, on peut craindre la fin d'un âge d'or en matière d'augmentation de l'espérance de vie en France.
Les prévisions alarmistes de certains, en opposition avec l'avis des démographes sur l'évolution de l'espérance de vie, pourraient engendrer une réelle prise de conscience et faire évoluer favorablement la situation actuelle. Il faut noter néanmoins que de gros progrès ont été faits en matière de sécurité et de santé depuis plusieurs dizaines d'années : amélioration des équipements de sécurité sur les véhicules, de la répression des conduites dangereuses, de la prise en charge des maladies chroniques et des toxicomanies, des traitements préventifs et curatifs en général, etc.
Texte 2
Les « rave parties » et autres « teknivals » sont des rassemblements de plusieurs dizaines de milliers de personnes, qui dansent pendant plusieurs jours au son de musiques techno, sur un terrain réquisitionné pour l'occasion. Cette tendance suscite de nombreuses polémiques.
Depuis le début du mouvement, la population française est en grande majorité violemment opposée à ce genre de rassemblement. En effet, à chaque fois ou presque, un terrain privé est occupé sans l'autorisation de son propriétaire, et rendu saccagé et rempli d'ordures, les dégâts s'élevant parfois à plusieurs centaines de milliers d'euros (pâture inexploitable et à nettoyer, hangars tagués et vidés, etc.) Les habitants des environs voient d'un mauvais œil la circulation presque en toute impunité de cannabis, ecstasy et autres drogues dures, dont les consommations sont actuellement en augmentation chez les jeunes en France. N'oublions pas, bien sûr, les nuisances sonores 24 h sur 24, pendant plusieurs jours, qui poussent parfois certains à des actes qui les mènent au tribunal. En bref, la population s'oppose à ce qu'elle ne comprend pas, à l'impunité de certains face à des actes interdits pour les autres.
Les rave parties présentent plusieurs inconvénients majeurs en matière de santé individuelle : la circulation quasi-libre d'alcool et de drogues incite les jeunes à les essayer, seuls ou en cocktails plus ou moins dangereux, ce qui peut mettre leur vie en danger ; le fait de danser pendant une période prolongée, en état de transe, peut mener à l'épuisement physique ; le volume sonore bien trop élevé peut dégrader de manière irrémédiable les capacités auditives ; les conditions sanitaires déplorables peuvent augmenter le risque d'infections en tout genre.
Conscients de tous ces risques et de la gêne de la population, les pouvoirs publics ont décidé depuis plusieurs années d'encadrer plus strictement ce phénomène : les rassemblements doivent être signalés à la préfecture, qui peut alors choisir un terrain moins sujet à polémique, quand cela est possible (une ancienne base militaire, par exemple). Sur place lors de la manifestation, les autorités font des contrôles pour limiter la circulation de drogue ; un encadrement sanitaire permet de faire de la prévention, et des actes de premiers secours. Enfin, le terrain réquisitionné doit être remis en état.
Les « teuffeurs » jouissent pendant deux ou trois jours d'un espace de liberté dont rêve tout adolescent ou jeune adulte, mais avec un sentiment d'impunité qui ne correspond pas aux valeurs de notre société. Ils ont simplement oublié que l'égalité, c'est aussi se rappeler que sa liberté s'arrête où commence celle des autres.
Texte 3
Plus d'un élève sur cinq se sent en insécurité à l'école en France. Les violences sont surtout signalées au collège, on en recense plusieurs dizaines de milliers chaque année. Du simple refus de travailler ou d'obéir au professeur, on est passé en quelques années aux incivilités et insultes, aux dégradations et harcèlements, puis à l'agression physique. Les victimes sont les élèves mais aussi tous les personnels de la cité scolaire, à commencer par les professeurs.
Dès son entrée à l'école, l'enfant se trouve confronté à des règles : respect des horaires, des camarades de classe, des consignes du professeur, etc. Ces contraintes semblent parfois insupportables à des enfants qui n'ont pas ou peu de règles à observer à la maison, ce qui les amène à réagir violemment. Il est indispensable de responsabiliser les parents qui, trop nombreux, confient l'éducation de leurs enfants au personnel de la cité éducative, tout en refusant ou en n'appuyant pas les sanctions à leur égard quand ils n'obéissent pas aux règles. Comment demander aux enfants de respecter leurs professeurs quand leurs propres parents bafouent l'autorité de ces derniers ?
La violence entre aussi à l'école parce qu'elle est omniprésente. Dans certains quartiers, à la télévision et dans certains jeux vidéo, elle est vue, employée et/ ou subie au quotidien par nombre d'enfants qui finissent par la considérer comme normale. Il faut donc, d'une part, sécuriser les abords des établissements scolaires, mais aussi améliorer les actions de prévention, en coordination avec les parents et les forces de l'ordre.
La réduction drastique du budget de l'Éducation nationale entraîne la disparition progressive mais inexorable des actions en faveur des publics défavorisés : classes à petits effectifs, heures d'étude après la classe, suivi individuels des élèves en grande difficulté. L'échec scolaire et la déscolarisation sont pourtant une source de violence, il faudrait engager plus de moyens humains et financiers pour agir à ce niveau.
La violence à l'école a souvent pour origine le refus de l'élève turbulent d'être mis face à ses responsabilités : en ne respectant pas le règlement intérieur, il s'expose à des punitions ou sanctions clairement définies et acceptées. Or, l' » arsenal répressif » est devenu, au fil des années, une véritable usine à gaz, si bien qu'un élève peut bafouer les règles et pousser le système jusqu'à ses limites pendant de longs mois avant d'être sérieusement inquiété. Il est grand temps de revenir à des lois simples et appliquées de la même manière pour tous.
La violence à l'école est un reflet de notre société, dans laquelle des familles sans emploi sont marginalisées, dans laquelle l'éducation tend à s'affranchir des sanctions, et l'enfant à être laissé libre de ses choix, dans laquelle l'intérêt financier passe avant l'égalité des chances. Notre société est de plus en plus brutale ; quand même les politiques donnent le mauvais exemple, comment espérer que la violence ne franchisse pas les portes de l'école ?
Texte 4
On nomme maltraitance de l'enfant toute violence à caractère physique, sexuel, ou psychologique, mais aussi toute négligence qui peut avoir des conséquences graves sur son développement. La maltraitance est caractérisée par son caractère constant, et n'est justifiée par aucune cause provenant de l'enfant. On estime à plus de 250 000 le nombre d'enfants en danger en France, dont environ 20 000 sont maltraités. Or, le nombre de signalements de maltraitance reste très en dessous de ce chiffre.
Le signalement d'une maltraitance sur enfant est une obligation légale, ne pas s'y soumettre constitue un délit, mais peu de gens le savent. D'autre part, malgré les campagnes de prévention à ce sujet, les modalités du signalement sont elles aussi méconnues.
Si l'on soupçonne une maltraitance, encore faut-il être sûr de ne pas se méprendre avant de procéder au signalement : l'enfant peut être turbulent, bagarreur, casse-cou ou atteint d'une maladie qui le fragilise (maladie des os de verre, par exemple). Des précédents malheureux ont montré que même les professionnels de la santé et les services sociaux peuvent se tromper en la matière. Pour avoir la certitude qu'un enfant est maltraité, on doit obligatoirement s'immiscer dans la vie privée de la famille, aller au-delà de l'opinion de l'entourage, souvent en plein déni, et même du témoignage de l'enfant, contraint à ne pas parler. Et se fier davantage aux marques physiques ou psychologiques du délit plus qu'à des preuves directes, car la maltraitance s'exerce rarement au grand jour.
Même dans ces conditions, peu de cas de maltraitance manifeste sont signalés par les particuliers, car ils craignent d'être considérés comme des fauteurs de troubles dans leur quartier, et surtout de subir des représailles.
De nombreuses mesures de prévention sont mises en place pour éviter la maltraitance : soutien à la parentalité, sensibilisation des enfants et dépistage dans les écoles, numéro d'appel gratuit pour faciliter les appels à l'aide et les signalements (le 119). La population doit adopter un comportement plus citoyen en n'hésitant pas à signaler une maltraitance évidente, mais elle doit savoir clairement de quelle façon procéder, et avoir l'assurance d'être protégée par les pouvoirs publics.
Texte 5
La santé se mondialise : des patients parcourent maintenant sans hésiter notre planète pour des soins dentaires, esthétiques, voire pour des actes chirurgicaux lourds. Si les motivations de base de ces « touristes de la santé » ne font aucun doute, ceux-ci ne sont certainement pas conscients des conséquences individuelles et collectives de la généralisation de cette pratique.
À l'origine du tourisme de la santé, le mauvais remboursement et a fortiori le coût exorbitant de certains actes de soins ; cela n'est malheureusement pas près de changer. Dans certains pays comme le Royaume-Uni, les délais d'attente, même pour un acte de soin banal, se chiffrent en mois voire en années, sans parler de ceux d'une transplantation d'organe. Certains pays devenus leaders en matière de tourisme de la santé l'ont bien compris : leurs médecins et personnels ont des diplômes reconnus au niveau international, ils proposent des conditions de soin et de convalescence très attractives, et une totale discrétion.
Mais la santé à moindre coût présente tout de même des risques individuels majeurs : les législations en matière de précautions préopératoires et de suivi péri et postopératoire sont très différentes d'un pays à l'autre ; quel recours peut-on espérer en cas d'effets indésirables, d'infection nosocomiale, de résultat non conforme aux attentes ?
Le risque est également collectif : ne verrons-nous pas dans un proche avenir une nouvelle forme de compétition entre nations à propos du coût des soins, au détriment de leur qualité ? N'ouvre-t-on pas la porte à une généralisation du trafic d'organes et de tissus, pour satisfaire la demande ? Qu'en est-il de la politique de bioéthique mise en place avec grand-peine par un nombre croissant de pays pour que les progrès fulgurants des techniques médicales soient soigneusement encadrés ?
Les pouvoirs publics doivent faire des efforts en matière de prévention auprès du grand public pour les informer des dangers et conséquences du tourisme de la santé : manque de précautions avant et après l'acte de soin, manque de suivi et de recours juridique du fait des différences de législations entre les pays. Les nations doivent aussi légiférer rapidement pour que les lois de bioéthique s'appliquent à leurs ressortissants même en dehors de leur territoire. Il faut également revoir la politique sanitaire en améliorant la prise en charge des soins pour éviter la fuite des patients vers des « eldorados de la santé ».
------------------------------------------------------------
copyright © 2006-2017, rue des écoles