Culture générale (Alsace 2012-2013)

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Énoncé

Consignes
• Cette épreuve a pour objet d'évaluer vos capacités de compréhension, d'analyse, de synthèse, d'argumentation et d'écriture.
• Elle comporte 3 questions que vous devez traiter en 2 heures.
• Chaque question est notée sur 5 à 6 points.
• 2 à 5 points sont réservés à l'orthographe, à la syntaxe et à l'organisation de la réponse.
• Cette épreuve est donc notée sur 20 points, et une note inférieure à 8/20 est éliminatoire.
Texte
79 % des Français en rêvent : changer de vie !
« […] Changer de vie : qui n'y a pas songé ? C'est le souhait de 79 % des Français, révèle le sondage réalisé en exclusivité pour Le Figaro Magazine par OpinionWay. Soit 37 millions d'individus, si l'on se limite aux plus de 18 ans ! Un chiffre qui surprend. Alarmant ? Les plus pessimistes y verront l'indice d'un mal-être profond, le signe d'une inconstance troublante de l'époque, plus que jamais en quête de sens depuis la crise. Les plus optimistes y décèleront, bien au contraire, une formidable soif de liberté, un désir insatiable, quasi boulimique, de mordre la vie – sinon plusieurs vies – à pleines dents. 2,5 millions de Français ont changé de vie en trois ans Le phénomène des « bifurcations biographiques », comme disent les sociologues, a certes toujours existé. Dans les années 1970, il était même de bon ton, chez les ancêtres des bobos, d'aller élever des chèvres dans le Larzac. Mais ils faisaient figure de marginaux. […] 2,5 millions de Français auraient changé de vie au cours des trois dernières années. Des sexagénaires retournent sur les bancs de la fac ou partent vivre sur une île ; des avocats d'affaire ouvrent un restaurant ; des fonctionnaires de l'Éducation nationale montent leur auto-entreprise, comme P.G., 58 ans, qui vend des œuvres d'art sur Internet, après avoir été instituteur pendant trente-huit ans. « Il n'est pas donné à tout le monde de vivre de sa passion. Je le découvre un peu tard », regrette-t-il seulement ; des traders entrent dans les ordres, à l'instar d'Henry Quinson, hier spécialiste des options de change dans un prestigieux établissement financier, aujourd'hui moine au cœur des cités HLM de Marseille. Son livre, dans lequel il relate son aventure spirituelle, s'est déjà vendu à 44 000 exemplaires ! On voit aussi des cadres qui, comme Géraldine et Jérôme, larguent tout pour s'improviser hôteliers à l'autre bout du pays : chaque année, un millier de Français se lancent dans l'aventure des chambres d'hôtes, si bien que la France en compte aujourd'hui 70 000, contre 4 500 il y a vingt ans. […] Pour se décider à changer de vie et devenir, comme le décrit la sociologue Catherine Négroni, « acteur de sa biographie », il faut souvent un événement déclencheur, un grain de sable dans la mécanique qui, soudain, fait entrevoir l'existence sous un jour différent. Un licenciement, une rupture sentimentale, la naissance d'un enfant, la crise de la quarantaine, la fatigue, et voilà que certains se disent soudain : après tout, moi aussi, « j'aurais aimé être un ar-ti-iiiste ! » à l'image de Sam Lion (Jean-Paul Belmondo), le héros d'Itinéraire d'un enfant gâté, un chef d'entreprise qui, la cinquantaine passée, décide de tout quitter pour aller vivre en Afrique. Dans bien des cas, ce sont les contraintes financières qui se révèlent décisives. Combien de jeunes couples ont quitté la région parisienne ces dernières années, ne supportant plus de payer des loyers astronomiques et désespérant de devenir propriétaires dans la capitale : les prix, malgré le ralentissement actuel, restent supérieurs de 77 % à ce qu'ils étaient il y a cinq ans. Il n'est guère étonnant que parmi les Parisiens déclarant vouloir changer de vie, 58 % eux rêvent de vivre « ailleurs ». Pas de parachute doré pour ceux qui font le grand saut L'état d'esprit, également, est différent. L'ambition, la carrière professionnelle passent désormais souvent au second plan. Beaucoup, notamment parmi les cadres, choisissent de privilégier leur épanouissement personnel et familial à des carrières chronophages dans l'entreprise (travailler moins ou arrêter de travailler est ainsi le rêve de 17 % des Français, révèle notre sondage). Pour eux, pas de stock-options, et encore moins de parachute doré lorsqu'ils sautent dans l'inconnu ! Mais qu'importe : un jour, lassés de se donner à fond sans percevoir les fruits de leurs efforts, ils prennent leurs distances, puis le large, revendiquant le droit à une seconde vie. Une seconde chance, même : celle d'être heureux. « Onze mois de galère pour un mois de vacances, non merci », résume Flore, qui a quitté un job très confortable à Paris pour devenir artisan d'art à Londres. Dans le monde qui est le nôtre, l'individu ne supporte plus de n'être qu'un numéro. Il veut exister, se réaliser en développant ses talents. Bref : tenter d'être en phase avec lui-même. Et la crise dans tout cela ? Pour 45 % des Français (et 55 % de ceux qui déclarent vouloir « souvent » changer de vie), elle pourrait constituer une incitation majeure à passer à l'acte. Le spectre des licenciements est dans tous les esprits. « Si cela m'arrive, que ferai-je ? » Changer de vie est une solution possible, surtout passé la quarantaine, lorsqu'il devient plus délicat de se « recaser ». Il faut alors se montrer mobile, y compris dans sa tête, et accepter l'idée d'une reconversion, voire d'une transformation profonde de son quotidien. Est-ce la raison de l'incroyable engouement pour le tout nouveau statut d'auto-entrepreneur, qui a séduit 135 000 Français en trois  mois ? […] Près de huit Français sur dix, rappelons-le, ont envie de changer de vie : dans un monde en pleine mutation, qui se prépare à renaître sous un jour différent, et peut-être meilleur, c'est finalement plutôt une bonne nouvelle. Les Français n'ont peur ni de l'inconnu ni de l'aventure. »
Ghislain de Montalembert, Le Figaro.fr, 17 avril 2009

Question 1
Présentez le sujet et dégagez les idées principales du texte.
Votre réponse doit être rédigée en 20 lignes maximum.
Question 2
Commentez la phrase en gras dans le texte et donnez votre avis argumenté.
Question 3
Le nouveau statut d'auto-entrepreneur a séduit 135 000 Français en trois mois.
Que pensez-vous de cet engouement ?

Corrigé

Question 1
Près de huit Français sur dix rêvent de changer de vie, soit plusieurs dizaines de millions d'adultes. Signe d'une quête d'identité, en cette période économiquement déprimante, ou d'une volonté de mieux contrôler son destin ? Toujours est-il que le fameux « retour aux sources » prôné dans les années 1970 a cette fois pris une ampleur qui en fait un véritable phénomène de société.
L'envie de changer de vie touche toutes les catégories socio-professionnelles, elle est souvent provoquée par l'entrée dans une période difficile de la vie, psychologiquement (crise de la quarantaine, difficulté sentimentale), physiquement (difficulté à supporter la cadence de travail) ou économiquement (licenciement, difficulté financière liée par exemple à un loyer trop élevé).
Même si l'aspect financier provoque bien souvent le « grand saut », l'objectif principal n'est pas le profit ou une amélioration de son plan de carrière, mais bien au contraire de retrouver du temps à consacrer à son bien-être et à celui de ses proches. Faire d'un loisir une activité professionnelle (artisanat d'art), retrouver le contact avec la clientèle (ouvrir une chambre d'hôtes), gérer ses horaires de travail (devenir auto-entrepreneur) deviennent les maîtres mots de ces nouvelles vies. On peut y voir une capacité des Français à rebondir en cette période de crise.
Question 2
L'engouement des Français qui veulent changer de vie pour l'ouverture de chambres d'hôtes est très révélateur. Le choix d'une activité en rapport avec le tourisme est judicieux dans le pays le plus visité au monde. Mais il reflète surtout cette volonté d'accueillir, de renouer le contact avec des personnes de milieux et d'horizons différents. On imagine le contraste avec, par exemple, un emploi de bureau routinier et rendu stressant par des cadences et des objectifs irréalistes, rendu impersonnel voire inhumain par le confinement dans un box ou sur un plateau face à des collègues avec lesquels on ne parle jamais.
Toutefois, cet engouement pourrait créer plus de désillusions que d'espoirs. Plus il y a de chambres d'hôtes en France, plus la concurrence est rude, et plus la rentabilité de ce projet d'un avenir meilleur devient hypothétique. Pour être rentable, une chambre d'hôtes doit certes être propre et accueillante, mais elle doit aussi être facile d'accès, proche de lieux touristiques, dans une zone dont le climat permet un accueil sur plusieurs mois, voire sur l'année, etc. Beaucoup de projets ont malheureusement déjà été montés sans tenir compte de ces paramètres, et le rêve d'une vie meilleure s'est transformé en cauchemar. Un changement de vie radical doit donc se monter sur le long terme, et non se décider sur un coup de tête.
Question 3
Des milliers de Français pourraient devenir auto-entrepreneurs, c'est-à-dire exercer une activité indépendante, dans les années à venir, si leur installation reste aisée et avantageuse fiscalement. En effet, les cadences de travail, la pression de la hiérarchie, le temps perdu dans les transports sont à la limite du supportable pour beaucoup. Être auto-entrepreneur pourrait gommer tout ou partie de ces freins majeurs à l'épanouissement personnel.
Non seulement l'auto-entrepreneur peut calquer ses horaires sur les horaires scolaires par exemple, et ainsi limiter voire éviter les frais de cantine et de garderie, mais il peut également gérer ses périodes de travail et de loisirs. Si son activité est rentable, il profitera intégralement de ses bénéfices.
Toutefois, les auto-entrepreneurs sont mal considérés par les artisans et entreprises du même secteur d'activité, qui les considèrent souvent comme exerçant une concurrence déloyale. De même, certains auto-entrepreneurs peuvent être exploités par des entreprises qui les utilisent comme des vacataires, ce qui ne peut leur assurer un travail pérenne. Ces inconvénients sont à considérer par les candidats à l'auto-entreprise.
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