Culture générale (Avignon 2007)

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Énoncé

Consignes
• Cette épreuve a pour objet d'évaluer vos capacités d'analyse et de jugement par rapport aux grandes questions sanitaires et sociales.
• Elle comporte 5 questions que vous devez traiter en 2 heures.
• Le total est noté sur 20 points.
• Chaque question est notée sur 3 points.
• 5 points sont réservés à l'orthographe, à la syntaxe et au respect des consignes pour l'ensemble de l'épreuve.
Texte 1
Motard, une route à risques
« Depuis 3 ans, la sécurité routière enregistre des résultats encourageants en matière d'accidentologie. L'année 2004 (5232 personnes tuées) confirment cette tendance avec une baisse de 8,7 % du nombre d'accidents corporels et de 9,2 % du nombre de blessés graves. Mais une seule catégorie d'usagers de la route s'inscrit, à l'inverse, dans une hausse des victimes : les motards avec 0,1 % du nombre de tués, soit 814 personnes. Le risque d'être tué dans un accident est 19 fois plus élevé pour un motocycliste que pour un automobiliste. Bien qu'ils constituent moins de 1 % du trafic, les motards représentent 15,6 % des personnes tuées. Parce qu'ils n'ont pas de carrosserie pour les protéger, les motocyclistes sont plus exposés en cas d'accident de la route : 90 % des personnes tuées dans un accident impliquant une moto sont les motards eux-mêmes. Ces chiffres montrent à quel point la conduite d'une moto expose à un danger. En effet la conduite de celle-ci nécessite une concentration et une attention permanentes. »
MNH Revue, n° 150 - novembre 2005

Question
Quelles réflexions ce texte vous suggère-t-il ? Vous argumenterez avec des exemples pertinents.
Texte 2
Une société de réparation
« Réparer le corps, réparer le préjudice sont des impératifs prioritaires. Notre société est devenue une entreprise de réparation, de « rechapage » physique, moral et économique. Peut-être est-ce parce que nous ne savons plus créer, que désormais nous ne somme fascinés que par nous-mêmes, par notre image narcissique commune (…) Une société qui devient obsédée par le normal et donc la réparation à tout prix de l'anormal, qui n'est plus sensible à la richesse née de la différence, privilégie, ipso facto une conception binaire de ce qui mérite réparation et ce qui ne le mérite pas. La justice qui s'arroge désormais le droit de définir le seuil et de fixer le prix d'une vie handicapée désigne le coupable, la médecine (…) Mais comme certains ont osé demander à Météo France la réparation du préjudice créé par la tempête de décembre 1999 sous prétexte d'une information défectueuse, faut-il demander de la même manière à la médecine d'être financièrement et pénalement responsable de la naissance d'une personne  handicapée due simplement à une mauvaise information ? »
Didier Sicard, Président du Comité National Consultatif d'Éthique, Le Monde, 6 décembre 2001

Question
Expliquez par des exemples l'affirmation de l'auteur « notre société est devenue une entreprise de réparation »
Texte 3
La folie des gratuits
« En quelques mois 20 minutes et Metro ont su fidéliser un public jeune qui auparavant lisait rarement le journal. Gare Montparnasse, 8 heures. Les banlieusards se pressent devant le présentoir de 20 minutes. C'est émouvant, ces gens qui font la queue pour un journal dans une France où le taux de lecteurs de quotidiens est le plus bas d'Europe ! Au même moment, à la Défense, 15 000 exemplaires de Metro, l'autre gratuit, partent en moins d'une heure. Lancés en février et mars 2002, Metro et 20 Minutes ont bouleversés le paysage urbain : dans les métros, autobus, RER, ont voit les mêmes gens, qui naguère somnolaient, immergés dans l'actualité, ne ratant pas une rubrique. Toutes classes confondues, ils parlent de journaux « vraiment bien faits », « qui ne prennent pas la tête », « bien informés ». Après-guerre il se vendait 15 millions de quotidiens ; en 2002, 9 millions seulement. »
Le Nouvel Observateur, n° 1983 - 7 novembre 2002

Question
« La folie des gratuits », : énoncez les raisons qui expliquent ce phénomène.
Texte 4
Le travail des femmes
« Assiste-t-on à la disparition de la femme au foyer ? Femme au foyer : un modèle qui disparaît, titrait un article il y a 10 ans. Aujourd'hui, « la norme est devenue celle du travail, non de la femme au foyer », déclare Françoise Milewski (rédactrice en chef de la revue de l'OFCE). Plus de la moitié des femmes nées entre 1911 et 1935 quittaient leur emploi pour se consacrer à leur famille. Aujourd'hui, la maternité n'empêche plus les femmes de travailler. Le taux d'activité des mères de deux enfants est passé de 26 % en 1962 à 76 % en 2002. Les femmes ne « concilient » pas, elles « cumulent, sous tension », activité professionnelle et charges  familiales. « Quand j'arrête ici, j'ai un autre boulot chez moi. » Pour la sociologue Michèle Ferrand, cette double journée « n'est pas l'addition de deux types d'activités dans deux lieux différents, c'est l'intrication de deux charges de travail simultanées ». »
(Féminin, masculin, La Découverte, 2004)Evelyne Jardin, Sciences Humaines, n° 164 - 7 novembre 2002

Question
Quelles conséquences pensez-vous que le travail des femmes puisse avoir sur la santé, sur la famille, sur la société ?
Texte 5
La stigmatisation peut mener à la marginalisation, voire à l'exclusion sociale
« Les marginaux ne disposent ni de revenus liés ou dérivés d'un emploi régulier, ni d'allocation d'assistance. Il s'agit donc de personnes ne bénéficiant plus ou n'ayant jamais bénéficié d'indemnités de chômage, sans pour autant faire l'objet d'une intervention sociale régulière de type assistanciel. Les marginaux sont discrédités par les échecs qui ont jalonné leur existence. Stigmatisés dans leur entourage et confrontés à cette « différence honteuse » dont parle E. Goffman, ces individus « en marge » doivent endurer quotidiennement l'épreuve de la réprobation sociale. La phase ultime du déclassement est la stigmatisation, car, aux yeux d'autrui, l'individu « en marge » devient très vite un incapable, un fainéant. Cet attribut, véhiculé par l'opinion, entraîne un discrédit très fort qui ne laisse pratiquement aucune perspective de progrès. L'alcoolisme est sans doute au centre de ce processus. Le cercle infernal ravage, en priorité, les faibles, les plus diminués : ils boivent parce qu'ils ne peuvent pas s'en sortir, et ils ne peuvent pas s'en sortir parce qu'ils boivent. »
S. Paugam, La disqualification sociale, essai sur la nouvelle pauvreté, coll. sociologies, PUF 1991

Question
Commentez ce texte en 15 lignes maximum.

Corrigé

Texte 1
Une personne sur six tuées dans un accident de la route est un motard, alors que les motos représentent moins de 1 % du trafic. La conduite d'une moto reste ancrée à une philosophie née dans les années soixante, soixante-dix, basée sur l'amour de la liberté et des sensations fortes. Elle est pourtant plus technique et plus risquée que la conduite automobile, et demande donc plus de précautions, de concentration et d'attention.
Un motard, pour assurer sa propre protection, doit avoir une tenue adaptée aux spécificités de la conduite à moto : casque homologué et de moins de cinq ans, gants, blouson avec protection dorsale, pantalon en cuir ou jean pour éviter les brûlures en cas de chute, chaussures sans lacet, sur-chaussures ou bottes. Il doit également vérifier l'état de son véhicule, en particulier la pression de ses pneus : la perte d'adhérence et de contrôle est plus fréquente avec deux roues qu'avec quatre.
Le conducteur doit également assurer la protection de son passager, en refusant de l'emmener sans casque et tenue homologués, en le faisant asseoir à l'arrière sur le siège prévu à cet effet, et en conduisant souplement, de manière à ce qu'il ne risque pas de lâcher prise et de tomber.
La conduite à moto impose des précautions particulières, pour la sécurité du motard et des autres usagers de la route : il faut être particulièrement vigilant en passant sur des bandes blanches (passages pour piétons par exemple), des agrafes de pont, des zones en travaux (quand du gravier ou du sable sont répandus sur la chaussée), etc. Et comme pour les autres conducteurs, il ne faut pas rouler sous l'emprise d'une substance qui diminue la vigilance (comme certains médicaments ou le cannabis), ou en écoutant de la musique grâce à un lecteur MP3.
Le motard, pour adopter une attitude citoyenne, doit respecter le code de la route et oublier les revendications anachroniques (ne plus imposer de limitation de vitesse ou de puissance, etc.) Il doit penser à la sécurité des autres autant qu'à la sienne. Mais les pouvoirs publics doivent également assumer leurs responsabilités pour que les accidents de moto diminuent sensiblement : améliorer l'état des routes, assurer leur entretien régulièrement, modifier les structures dangereuses pour les motards comme les glissières de sécurité, les bandes blanches ou les agrafes de pont, etc.
Texte 2
Notre société est obsédée par la recherche de la perfection, le formatage, la réglementation, la sécurité. Les progrès techniques et scientifiques nous font trop souvent miroiter un « zéro défaut » qui, statistiquement, n'existe pas. La moindre imperfection, le moindre imprévu créent une frustration qui ne peut désormais être acceptée qu'en demandant réparation.
Beaucoup de nos concitoyens cherchent à ressembler à des modèles autrefois vus comme inaccessibles. Le bond de la chirurgie esthétique en est la preuve : cette technique, autrefois à visée uniquement réparatrice, donne lieu aujourd'hui à des demandes trop souvent irréalistes, ce qui engendre un nombre croissant de procédures en justice. Le domaine médical en général est lourdement touché par cette tendance à intenter des procès, pour des raisons parfois stupéfiantes : un enfant handicapé assigne ses parents en justice pour l'avoir laissé naître, un gynécologue est accusé de s'être trompé en indiquant le sexe d'un enfant lors d'une échographie. Le principe de la réparation à tout prix dans ce domaine où règne une certaine incertitude a eu deux conséquences majeures : l'explosion des assurances des gynécologues, et la désaffection totale de cette spécialité médicale.
En termes d'aléas aux conséquences imprévisibles, la météorologie est un exemple particulièrement sensible : personne n'est responsable des sécheresses, des inondations, du réchauffement climatique. Pourtant, même si ses prévisions sont toujours données avec un certain degré d'incertitude, Météo France reçoit toujours des plaintes lorsque ses ingénieurs se sont trompés, les journalistes qui présentent le bulletin météo subissent des pressions, voire des menaces de mort, lorsque leurs prévisions ne sont pas conformes aux espérances !
Dans la vie de tous les jours, beaucoup n'admettent plus le moindre écart avec leurs attentes, ne supportent plus l'imprévisible, le petit grain de sable qui empêche d'atteindre la perfection. Pour gérer leur frustration, il leur faut à tout prix trouver un coupable et le sanctionner. Cela est naturel dans tous les cas où un acte relève de l'illégalité, et/ ou engendre un préjudice financier ou moral avéré. Mais les raisons évoquées pour obtenir réparation confinent de plus en plus au ridicule ; cette tendance procédurière alourdit la charge de travail des magistrats et montre les limites de notre système. Le système d'action de masse pourrait régler en partie le problème, mais ses dérives, déjà visibles aux États-Unis, ne laissent guère de place à l'optimisme.
Texte 3
L'apparition des premiers quotidiens gratuits a suscité des réactions pour le moins contrastées. La presse payante, y voyant une concurrence déloyale, les a rejetés d'une manière parfois violente : on a ainsi vu à plusieurs reprises les distributeurs de cette presse se faire molester, arracher les journaux des mains. En revanche, les gratuits ont été accueillis de manière enthousiaste par les banlieusards, qui ont très rapidement adhéré à ce principe.
Les jeunes générations se désintéressent de la lecture ; la presse écrite quotidienne leur semble trop longue à lire, les journaux sont trop encombrants dans les transports en commun ; de plus, les abonnements à l'année coûtent cher. Ceux qui s'intéressent à l'actualité leur préfèrent de plus en plus les journaux télévisés.
La société actuelle impose que tout aille vite, il faut donc pouvoir disposer d'une information résumée, que l'on peut décrypter rapidement. Les gratuits, comme 20 minutes et Metro, représentent la version écrite de la radio France Infos, ou du journal télévisé Le 6 minutes de la chaîne M6, qui remportent un vif succès (les chaînes d'information en continu de la TNT comme BFM TV ou I-télévision se sont engouffrées dans le même créneau). Pour les banlieusards, les gratuits sont faciles à transporter et peuvent être lus pendant leur trajet dans les transports en commun, deux atouts non négligeables.
Avec l'essor des NTIC (Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication), les internautes ont l'habitude d'obtenir une foule d'informations à la demande, et la plupart du temps pour le seul coût de l'accès à Internet. Cette « culture du gratuit » les porte tout naturellement vers des quotidiens qui offrent les mêmes avantages.
La presse payante, on peut le comprendre, a réagi très vivement à la sortie des quotidiens gratuits, car elle avait tout à perdre à laisser ce phénomène perdurer. Elle a évolué depuis plus intelligemment que l'industrie du disque. En effet, au lieu de vouloir interdire et sanctionner ce que la population réclame, et qui constitue, qu'on le veuille ou non, une forme de progrès, elle s'est adaptée : de grands quotidiens nationaux éditent maintenant leurs propres gratuits. Le journal « papier » semble toutefois appelé à disparaître à plus ou moins brève échéance, progressivement remplacé par sa version numérique sur Internet, et, pour les utilisateurs nomades, par la version « e-book » transférable sur un ordinateur portable ou un lecteur multimédia.
Texte 4
Le modèle familial d'antan, dans lequel l'homme assurait l'apport financier au foyer tandis que la femme s'occupait des tâches ménagères et des enfants, est révolu. Par besoin d'indépendance et d'autonomie financière, et de plus en plus souvent par obligation, les trois quarts des mères de moins de trois enfants travaillent. Néanmoins, même si leur répartition semble plus équitable dans le couple qu'auparavant, 80 % des tâches ménagères incombent encore aux femmes, ce qui a des répercussions au niveau individuel, familial et collectif.
De retour à la maison, une seconde journée de travail commence : devoirs et toilette des enfants, tâches ménagères, occupent les femmes parfois jusqu'à 21 ou 22 h tous les soirs. Il paraît difficile dans ces conditions de décompresser, d'évacuer le stress de la journée, en un mot : de se reposer. Il en résulte une fatigue, des troubles du sommeil qui peuvent avoir des répercussions sur la santé générale et le travail du lendemain. Le week-end est souvent consacré à toutes les tâches qui n'ont pu être effectuées pendant la semaine. Une femme qui travaille a forcément moins de temps à consacrer à sa famille, en particulier aux sorties et activités communes. Cela conduit à un rééquilibrage naturel des rôles des deux parents, le père devant en effet assumer plus de responsabilités vis-à-vis de ses enfants.
L'arrivée en masse des femmes sur le marché du travail depuis les années soixante, soixante-dix (les filles sont même plus nombreuses à travailler que les garçons de leur âge dans les plus jeunes générations) a tout d'abord été difficile à absorber. Auparavant, elles cessaient leur activité pour s'occuper de leurs enfants, provoquant un « turn-over » qui profitait aux nouveaux demandeurs d'emploi. De nos jours, elles ne s'arrêtent de travailler que le temps de leur congé maternité, car ce qui constituait un salaire de complément est maintenant un revenu indispensable à la stabilité financière du foyer. Les femmes occupent 85 % des postes à temps partiels, elles sont nombreuses à accepter un contrat à durée déterminée, à cumuler plusieurs emplois. Les entreprises ont profité de cet état de fait en développant de manière excessive les emplois précaires.
La féminisation du marché du travail a entraîné des modifications majeures dans la structure familiale, maintenant plus équilibrée et équitable, et dans notre société. Les femmes occupent de plus en plus des postes autrefois dévolus aux hommes, dans des milieux qui restent encore toutefois très misogynes (armée, police, politique, direction des grandes entreprises, etc.) À terme, tout le fonctionnement de notre société en est profondément bouleversé.
Texte 5
La marginalité se définit par le fait de vivre à l'écart de la société et de ses règles. Si elle est parfois volontaire (comme pour les communautés hippies ou Amish), elle est, la plupart du temps, le résultat d'une succession d'évènements malheureux, de drames et d'échecs personnels. Le marginal entre alors dans une spirale dont il lui est bien difficile de sortir.
La perte d'un emploi, la disparition d'un proche, le démantèlement de la structure familiale (divorce), une maladie ou un accident peuvent plonger un individu dans la marginalité. Un trouble psychologique, ou le fait de se trouver en situation illégale (toxicomane, immigré sans papiers) sont aussi des facteurs d'isolement. Sans argent ou mal payé, un marginal ne peut prétendre à louer un logement permanent, il devient alors un « sans domicile fixe », ce qui l'empêche de trouver un travail légal. Et donc de pouvoir payer un loyer…
La marginalité est souvent causée par un échec personnel, qui provoque une dégradation de l'image de soi et l'apparition d'un sentiment de honte. Le rejet par l'entourage puis par la société vont conforter le marginal dans sa dévalorisation. Peu à peu, l'idée qu'il ne peut et ne mérite pas de s'en sortir va s'imposer à son esprit. Face à une situation qui paraît effectivement sans issue, beaucoup sombrent dans l'alcoolisme, car l'alcool anesthésie le corps et l'esprit (« boire pour oublier »).
Le SAMU social et de nombreuses associations recherchent activement chaque nuit, dans les grandes villes principalement, les marginaux sans domicile fixe pour leur proposer de la nourriture et une place en foyer. Malheureusement, nous vivons dans une société de plus en plus dure avec les démunis, dans un contexte où le marché du travail est de plus en plus précaire et incertain, et où la répression pousse à la clandestinité.
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