Culture générale (Bourgogne 2012-2013)

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Énoncé

Consignes
• Cette épreuve a pour objet d'évaluer vos capacités de compréhension, d'analyse, de synthèse, d'argumentation et d'écriture.
• Elle comporte 3 questions que vous devez traiter en 2 heures.
• Chaque question est notée sur 5 à 6 points.
• 2 à 5 points sont réservés à l'orthographe, à la syntaxe et à l'organisation de la réponse.
• Cette épreuve est donc notée sur 20 points, et une note inférieure à 8/20 est éliminatoire.
Texte
Je veux manger sain et bon
« « On est foutu, on mange trop… » Comme dans la chanson d'Alain Souchon, le refrain s'est imposé dans l'actualité. Repas déstructurés, avalés sur le pouce ou vautré sur le canapé… pas très digeste. En France, sur 65 millions d'habitants, il y a aujourd'hui 6,5 millions de personnes adultes obèses, soit 3 millions de plus qu'il y a dix ans. Le nombre de personnes en surpoids dépasse les 20 millions. L'obésité est plus fréquente dans le Nord (20,5 %), alors que l'Ouest est moins touché, et notamment la Bretagne (12,2 %). Ce phénomène concerne tous les pays développés. Le programme national nutrition santé s'est fixé comme ambition de remettre l'alimentation au cœur des politiques publiques en plaçant autour de la table médecins, nutritionnistes, consommateurs et industriels. L'Ouest, qui est l'une des premières régions agroalimentaires européennes, multiplie les initiatives. La recette gagnante : concilier alimentation, plaisir et santé. Sa chance, bénéficier d'un réseau d'enseignement supérieur : Agrocampus Ouest à Rennes, l'ESA (École supérieure d'agronomie) à Angers, Oniris autour de l'alimentation et des soins vétérinaires à Nantes. Avec en prime un pôle de compétitivité consacré à ces questions pour l'Ouest (Valorial) et un autre consacré au bien-manger (Cluster West) à Nantes. […] C'est la petite ville de Vitré qui, avec 226 autres communes, participe au programme Epod (Ensemble prévenons l'obésité des enfants). Les actions (salad'bars en libre-service, menus variés et riches en fruits et légumes dans les cantines, etc.) portent leurs fruits. Cinq ans après le lancement de ce programme, la prévalence de l'obésité a chuté de 9 % dans les villes concernées. Permettant surtout de toucher les populations les plus fragiles. […] Bien se nourrir commence dans les champs. Valorex, une société bretonne, a eu l'idée de travailler sur une alimentation à base de graines de lin, de plantes oléagineuses (colza, tournesol) et protéagineuses (lupins, pois, féveroles). Une alimentation plus équilibrée pour les animaux c'est, à l'arrivée, une viande plus riche en bons acides gras. Cette démarche a débouché sur une marque « Bleu blanc cœur » qui fédère plusieurs dizaines d'agriculteurs et d'entreprises de l'agroalimentaire. […] « La France fait partie des excellents élèves de l'Europe », se félicite Jean-Marc Lefranc, de Triskalia. Le temps où les antibiotiques étaient systématiquement incorporés à l'alimentation et à l'eau de boisson pour traiter les maladies à titre préventif et pour doper la croissance des volailles standard est révolu. La réglementation l'interdit. Pour des volailles en bonne santé, les éleveurs investissent dans de nouveaux équipements de chauffage et de ventilation. La qualité de l'air dans les bâtiments s'est améliorée : la litière moins humide émet moins de gaz carbonique et d'ammoniac. Cela génère moins de maladies respiratoires et un moindre besoin d'antibiotiques. Selon la Direction générale de l'alimentation, la quantité totale d'antibiotiques utilisée dans les 15 000 élevages français est passée de 389 tonnes en 2005 à 234 tonnes en 2008. « Nous n'envisageons pas le poulet comme une source de protéines, mais comme un animal qui doit disposer d'un espace de vie proche de son espace naturel », déclare Yves de La Fouchardière, directeur des Fermiers de Loué. Ce mode d'élevage extensif a les faveurs des défenseurs des animaux. Le poulet bio Douce France arbore fièrement les lauriers décernés par l'association Compassion in World fanning ! […] Comment retrouver le plaisir de manger des fruits et des légumes ? C'est le travail réalisé par plusieurs pôles dans l'Ouest : Végépolys à Angers pour les fruits, Vegenov et le Caté dans le Finistère pour les légumes… en lien avec les chercheurs, ceux de l'Inra (Institut national de la recherche agronomique). Au fait, pourquoi certaines tomates sont sans saveur au cœur de l'hiver ? Parce qu'elles sont cultivées sous serre et ne bénéficient pas du soleil. « On a, un moment, mis l'accent sur des variétés qui se conservaient longtemps mais avaient moins de saveur. Aujourd'hui, on diversifie l'offre. On revient aussi à des variétés anciennes », explique Michel Leroux, au Caté, la station expérimentale légumière à Saint-Pol-de-Léon (Finistère). Il faut en permanence faire des compromis : des fruits plus sucrés et riches en vitamine C s'obtiennent au prix d'un rendement inférieur. « L'inscription de la gastronomie française au patrimoine mondial de l'Unesco est tout sauf anecdotique [selon Jean-Pierre Poulain, spécialiste des questions alimentaires et auteur de Sociologie de l'obésité]. À l'heure de la mondialisation, c'est une façon de dire que l'alimentation est un fait de culture qui place ainsi la France à l'avant-garde. » »
Patrice Moyon, Je veux manger sain et bon, Ouest-France, dossier n° 2, décembre 2010

Question 1
Présentez le sujet et formulez les idées principales du texte.
Question 2
Déterminez la problématique du texte et commentez le passage en gras : « Il faut en permanence faire des compromis : des fruits plus sucrés et riches en vitamine C s'obtiennent au prix d'un rendement inférieur. »
Question 3
À la lecture de ce texte, expliquez dans quelle mesure nous assistons à une dérive des pratiques alimentaires aujourd'hui, ainsi que les problèmes qu'elle peut générer.

Corrigé

Question 1
La gastronomie française est désormais inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco, ce qui met en avant notre envie presque culturelle de bien manger.
Et pourtant, les chiffres sont alarmants : l'obésité, qui touche désormais un Français adulte sur dix, est en nette augmentation depuis dix ans. L'obésité est inégalement répartie dans nos régions : très fréquente dans le Nord, elle est moins présente dans l'Ouest, en particulier en Bretagne, sans doute grâce à de nombreuses initiatives régionales et locales, et à de solides infrastructures dédiées au « bien-manger ».
On peut citer pêle-mêle des améliorations au niveau :
  • des menus de cantine pour les enfants de 227 communes bretonnes, ce qui a fait chuter l'obésité, en particulier dans les populations fragiles ;
  • de la qualité nutritionnelle de la viande grâce à une modification de l'alimentation des animaux ;
  • des conditions de vie des volailles conjointe à l'interdiction de l'usage systématique, en préventif, des antibiotiques.
La lutte contre l'obésité passe par le retour au plaisir de manger, par exemple par le retour de légumes plus savoureux.
Question 2
Même si, selon Molière, « il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger », le plaisir associé à la consommation d'une nourriture variée et équilibrée reste un gage essentiel de la lutte contre l'obésité.
Depuis des décennies, l'augmentation de la population mondiale et la demande d'une nourriture abondante tout au long de l'année et à moindre coût ont favorisé l'agriculture intensive. Conséquence : la sélection de variétés plus résistantes et à fort rendement, la culture sous serre et hors sol. À vouloir tout faire pousser trop vite et hors saison, on favorise la commercialisation de fruits et légumes qui ont perdu certaines de leurs qualités gustatives et nutritionnelles.
Le retour à une agriculture raisonnée force à accepter que les rendements inférieurs fassent monter les prix de revient, ce qui a évidemment une répercussion sur le budget du consommateur. Beaucoup se disent prêts à payer un prix plus élevé pour avoir une nourriture de meilleure qualité, mais nombreux sont aussi ceux qui n'en ont pas les moyens.
Question 3
Sous le terme de « malbouffe » se cachent en fait deux facteurs différents mais complémentaires : une alimentation de mauvaise qualité, peu variée et déséquilibrée ; un mode de consommation inadapté.
Les spécialistes s'accordent pour indiquer qu'un repas « à la française » (entrée, plat, fromage, dessert) devrait être consommé en 45 minutes au minimum, idéalement en plus d'une heure. Les enfants à la cantine, les salariés qui ne rentrent pas chez eux à midi avalent souvent leur repas en quelques minutes à un quart d'heure, sans laisser le temps à l'organisme d'envoyer le signal de satiété.
Et de retour à la maison ? Manger devant la télévision, Internet ou une console de jeu est devenu plus qu'une tendance : une routine qui a une influence néfaste à long terme sur la santé.
En bref, beaucoup mangent mal et trop vite.
Les fruits et légumes issus de l'agriculture intensive ont perdu une partie de leur saveur et de leurs qualités nutritionnelles. Les plats industriels sont souvent sur la sellette car ils sont trop gras, trop salés, trop sucrés, avec des substances additionnelles plus ou moins néfastes, ils sont parfois même trompeurs sur leur composition. Même nos baguettes et autres viennoiseries bien françaises peuvent être bourrées d'additifs : plus de 40 d'entre eux sont autorisés dans la fabrication d'un croissant ! Mais voilà, tous ces produits sont bien moins chers que ceux issus de l'agriculture raisonnée ou fabriqués de manière artisanale : le facteur économique est primordial dans la recherche d'une alimentation de qualité.
Et la santé dans tout cela ? Manger trop vite ou conjointement à une autre activité perturbe la digestion et augmente le stockage de graisses, et donc l'obésité, tout comme la consommation de produits trop gras ou trop sucrés. Les produits trop salés favorisent l'apparition de l'hypertension artérielle. Obésité et hypertension favorisent l'apparition de maladies cardio-vasculaires. Quant aux additifs alimentaires, aux pesticides et autres substances retrouvées dans les fruits et légumes, ils sont accusés d'être des perturbateurs endocriniens, de rendre les enfants hyperactifs, d'être cancérigènes, de favoriser les dégénérescences du système nerveux, etc.
L'agriculture et l'élevage intensifs posent aussi des problèmes environnementaux de toute nature : appauvrissement des sols, déforestation, surconsommation d'eau, pollution des lacs et rivières, destruction d'écosystèmes, etc.
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