Culture générale (Haute-Normandie 2005)

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Énoncé

Consignes
• Cette épreuve a pour objet d'évaluer vos capacités d'analyse et de jugement par rapport aux grandes questions sanitaires et sociales.
• Elle comporte 5 questions que vous devez traiter en 2 heures.
• Le total est noté sur 20 points.
• Chaque question est notée sur 3 points.
• 5 points sont réservés à l'orthographe, à la syntaxe et au respect des consignes pour l'ensemble de l'épreuve.
Texte 1
« La santé est un autre domaine dans lequel une conception de l'individu acteur de sa vie prend de l'importance. Le champ de la santé est en train de passer d'un modèle de la maladie à celui de la santé. La qualité de vie est de plus en plus dépendante des habitudes de vie. Le sentiment d'efficacité donne aux individus la volonté de changer leurs habitudes, influence… à changer ce qu'ils ont décidé de changer, pèse aussi sur leur capacité à reprendre le contrôle après des échecs et à conserver les bonnes habitudes prises. »
Albert Bandura, Psychologue, Sciences Humaines, n° 148, avril 2004, Extrait de « j'y arriveral : le sentiment d'efficacité personnelle ».

Pour des raisons économiques et sociales, des actions de prévention en santé publique se développent avec pour objectif l'éducation à la santé.
Pensez-vous que l'éducation à la santé peut contribuer à la diminution du nombre de malades ?
Argumentez votre réponse à partir d'exemples d'actions de prévention.
Texte 2
« Face à des adultes, des jeunes ou des enfants obèses, notre société n'est pas tendre ; il y a les railleries auxquelles ils sont confrontés, il y a surtout le « racisme » anti-gros qui se manifeste avec cruauté. Pour les adultes, cela risque de se traduire par une ségrégation à l'embauche, voire dans l'établissement des salaires qui, d'après des études sérieuses, sont généralement moins élevés lorsque le travailleur est trop gros selon nos normes. (…) L'isolement social est bien souvent le quotidien, mis à part pour ces « gros » qui sont l'image du bon vivant qui profite de la vie, et qui rit de tout, même de lui même. »
C. Maillard, «Obésité des enfants: il faut jouer sur tous les plans», Éducation santé, n° 197 p. 2-5 janvier 2005.

Question
Comment expliquez-vous l'attitude actuelle de notre société face aux personnes obèses et pensez vous qu'elle soit justifiée ?
Vous pourrez illustrer vos propos par des exemples.
Texte 3
L'essor du toucher-massage dans les soins
« Bien que l'environnement hospitalier ne soit pas toujours favorable à l'innovation et aux soins alternatifs, le toucher massage a acquis une véritable légitimité auprès du grand public. Dans les hôpitaux, il n'est pas rare que les patients eux-mêmes réclament aux soignants de pouvoir bénéficier d'un touchermassage. »
G. Gasparutto, cadre de santé, Revue soins, n° 687

Question
Que vous évoque ce toucher-massage dans les soins ?
Texte 4
Un sinistre bilan de santé
« Enquête : La multiplication de décès de sportifs et des affaires de dopages qui ont précédé la disparition de Marco Pantani, poussent aujourd'hui à s'interroger sur la cohérence et les insuffisances du suivi médical des champions, qui sont de plus en plus exposés aux pressions financières et médiatiques. …Aujourd'hui, il est difficile pour un champion de demander de l'aide, d'aller vers le soin. Cela va à rencontre de l'image du sportif sensé aller bien dans son corps et dans sa tête. L'idée que le sport ne mène dans speulement à l'épanouissement mais qu'il peut également entraîner des troubles est dur à faire accepter… …Le sportif est considéré comme une machine à performer. Il faudrait le regarder autrement, dans sa globalité d'être humain… »
Le Figaro, propos recueillis par David Reyra T, 18 février 2004.

Question
Cette image du sportif ne va-t-elle pas à l'encontre de la médiatisation qui préconise de faire du sport pour être bien dans sa tête et dans son corps ?
Texte 5
« Un ordinateur pour le prix d'un café par jour »
Cette opération largement médiatisée sur l'initiative du Ministère de l'Éducation nationale a pour but de favoriser l'utilisation de l'Internet dans la population étudiante. Depuis, le nombre de commandes d'ordinateurs par les étudiants est passé de 7 % à 40 %.
Quels objectifs poursuit cette mesure ? Quels sont les points positifs et éventuellement les points négatifs ?

Corrigé

Texte 1
Les principales causes de décès en France sont les MCV (Maladies CardioVasculaires), les cancers et les accidents. L'éducation à la santé regroupe les actions d'information et de prévention qui permettent à la population de savoir comment être et rester en bonne santé, dans quel intérêt, et les personnes ou structures à contacter en cas de besoin.
Le patient doit être responsabilisé de façon à modifier ses habitudes et à adopter les comportements adéquats. Chaque individu doit être l'acteur de sa propre santé. Le PNNS (Plan National Nutrition Santé), à travers ses campagnes d'information qui incitent à consommer plus de fruits et légumes, de calcium, à réduire sa consommation d'alcool et de lipides, a pour objectif de faire diminuer le taux de cancers et de MCV, de faire reculer le diabète et l'obésité. Les plans de lutte contre les IST (Infections Sexuellement Transmissibles), et en particulier contre le sida, ont permis de diminuer le nombre de nouveaux cas en incitant à l'utilisation du préservatif et au dépistage (anonyme et gratuit). Dans le même ordre d'idées, la politique en matière de vaccination et les campagnes de dépistage ciblées font baisser l'incidence des infections et des cancers.
L'éducation à la santé est indispensable dans une société où l'on se préoccupe plus de son état général qu'auparavant. Elle constitue un pare-feu incontournable dans la lutte contre les idées reçues et les marchands de santé, sans aucune compétence reconnue, qui foisonnent dans certains magazines et sur Internet et promettent, par exemple, de rester mince et éternellement jeune. Mais elle peut avoir des effets imprévus et contraires à son objectif, comme en favorisant par trop l'automédication ou en poussant les individus à une hygiène trop stricte dommageable pour leur protection immunitaire. Ainsi, même dans le domaine de la santé, l'excès est nuisible.
Texte 2
L'obésité est une corpulence supérieure à 30 kg par mètre carré. Même si elles tentent de dissimuler leurs rondeurs ou s'en accommodent très bien, les personnes obèses subissent dès leur entrée à l'école et tout au long de leur vie des railleries et / ou une véritable discrimination. L'image du « bon gros » est dévalorisée et est devenue politiquement incorrecte : un symbole des publicités Nesquik des années quatre-vingt, Groquik, a été remplacé par un petit lapin mince parce qu'il donnait une mauvaise image du produit (du chocolat en poudre) !
La France compte environ 6 millions de personnes obèses, soit environ 10 % de la population. 20 % des enfants de 10 ans, 50 % des hommes de plus de 45 ans sont obèses. Leur physique étant en opposition avec les « canons de beauté » actuels, à tendance anorexique, ils sont jugés comme décalés, anachroniques, et sont de fait marginalisés dans la vie au quotidien. De plus, dans une société de plus en plus tournée vers la santé, l'hygiène de vie, la lutte contre le vieillissement et la maladie, l'obèse est perçu comme indifférent à son image, à sa santé, et certains esprits « bien pensants » le rendent entièrement responsable des conséquences de son surpoids en déplorant le surcoût que cela entraîne pour la collectivité.
En réalité, l'obésité peut être parfaitement voulue et assumée, mais elle peut aussi être causée par une combinaison de facteurs héréditaires, hormonaux, alimentaires, etc. Les mauvaises habitudes alimentaires, constatées chez la plupart des personnes obèses, peuvent être dues à une mauvaise information, à de mauvaises conditions de travail (qui forcent à sauter des repas ou à manger vite et n'importe quoi), à un trouble psychologique, aux fortes pressions médiatiques qui incitent à consommer des aliments et boissons trop gras, salés et sucrés, etc.
Certaines personnes obèses, depuis plusieurs années, ont décidé de lutter contre cette discrimination, imposée par une société basée sur le paraître au détriment de l'être, en organisant la résistance sur plusieurs fronts : en intentant des actions en justice face à la discrimination dans les transports en commun et sur le marché du travail ; en créant des lignes de prêt-à-porter, des magazines et sites internet, etc.
L'obésité pose toutefois un véritable problème de santé publique, que l'on doit tenter de résoudre grâce à une meilleure information et une prise en charge nutritionnelle, sans dévaloriser ni culpabiliser les personnes en surpoids.
Texte 3
Qui n'a jamais frotté doucement une zone douloureuse pour se soulager un peu ? Pour Joël Savatofski(1), le toucher-massage « prend forme grâce au toucher et à l'enchaînement de gestes sur tout ou partie du corps. Il permet de détendre, relaxer, remettre en forme, rassurer, communiquer ou simplement procurer du bien-être ; agréable à recevoir, il l'est également à pratiquer ». Le toucher-massage est une technique connue depuis la nuit des temps, qui est devenue une véritable pratique de soins de plus en plus utilisée en milieu hospitalier, mais qui peine encore à se faire une place au milieu d'actes plus techniques.
Le contact de peau à peau est un moyen de communication, de relaxation, de réconfort et de soin ; il est essentiel à l'épanouissement d'un individu. Le toucher-massage doit néanmoins être choisi et accepté par le patient : le mouvement des mains, l'enchaînement des gestes, doivent être expliqués et perçus comme faisant partie intégrante de l'acte de soin.
Les bénéfices de cette technique pour le malade sont très variés : rétablissement de la communication avec l'extérieur (le personnel soignant, les proches), amélioration du lien mère-enfant, amélioration de la fin de vie (en complément des soins palliatifs plus classiques), etc.
Les bienfaits du toucher-massage sont reconnus par nombre de patients et d'acteurs de soins infirmiers qui ont recours à cette pratique. Pour que cette technique soit généralisée et reconnue comme un acte de soins à part entière, la SFAP (Société Française d'Accompagnement et de soins Palliatifs) a créé un groupe de travail en 2004, qui a rendu son rapport en décembre 2007, dans le but d'amener à un consensus sur la pratique et l'utilité du toucher-massage. À suivre…
Texte 4
La pratique d'un sport s'inscrit parfaitement dans la tendance actuelle à se préoccuper de sa santé physique et psychologique, pour lutter contre les maladies et le vieillissement. À ce titre, le sportif de haut niveau devrait être un exemple à suivre. Or, dans le sport professionnel, le business est roi : l'athlète est un produit financier, dans lequel la fédération et les sponsors investissent, et qui doit rapporter un maximum d'argent en retour. D'où les nombreuses dérives, tricheries et dopages qui entachent le sport de haut niveau.
Et l'image du sport dans tout cela ? Si certaines fédérations sportives ont déjà commencé à « faire le ménage » dans leurs troupes, le grand public a de plus en plus la conviction que le sportif professionnel doit se doper pour être le meilleur. La « peoplisation » des sportifs, au travers des publicités, défilés de mode, soirées chics auxquels ils participent, et des articles dont ils sont l'objet dans la presse à sensation, donne aussi l'idée que le sport peut n'être qu'un moyen d'arriver à la gloire et à l'argent facile, comme les Loft Story et autres Star Academy. On est loin de l'esprit de Pierre de Coubertin…
Néanmoins, beaucoup d'amateurs de sport savent faire la part des choses, ils continuent à se passionner pour une course cycliste ou une compétition d'athlétisme, bien qu'un nombre important de champions de ces vingt dernières années aient été convaincus de dopage et déclassés. Les nombreuses campagnes de santé publique qui prônent les effets bénéfiques du sport permettent de bien distinguer le sport de masse, sans autre enjeu que le bien-être ou le dépassement de soi, et le sport de haut niveau. Même si de nombreuses fédérations font encore la politique de l'autruche, les sportifs et équipes convaincus de tricheries sont lourdement sanctionnés, ce qui démontre bien que ces pratiques ne peuvent constituer une norme et être tolérées.
Pour revaloriser l'image du sport en général, et du sport de haut niveau en particulier, il faut mettre toutes les fédérations sportives devant leurs responsabilités, et lever définitivement le tabou sur le dopage. Il est nécessaire également, au niveau international, de faire une réforme en profondeur du sport professionnel afin de contrôler les flux financiers qui circulent, et revenir à des taux de rémunération des sportifs plus raisonnables. Enfin, il faut remettre à zéro tous les records de ces vingt ou trente dernières années pour que le sport « propre » puisse nous donner de nouveaux et véritables champions.
Texte 5
En 2004, l'État, par le biais du ministère de l'Éducation nationale, en partenariat avec des constructeurs d'ordinateurs et des établissements bancaires, a lancé une opération qui proposait à tous les étudiants des machines à prix réduit, dont l'acquisition pouvait se faire grâce à des taux de crédit préférentiels : « un ordinateur pour le prix d'un café par jour ».
Ces ordinateurs « lowcost » ont l'ambition de donner à tous les élèves le même droit à l'information et les mêmes conditions de travail, indépendamment de leurs conditions financières. Posséder un ordinateur permet en effet d'avoir accès aux nouvelles techniques de l'information et de la communication (NTIC) et plus précisément de démocratiser l'accès à Internet. Cette mesure présente néanmoins deux inconvénients majeurs à long terme : d'une part, elle incite les étudiants les moins fortunés à avoir recours à un crédit à la consommation, c'est-à-dire à vivre au-dessus de leurs moyens. D'autre part, les ordinateurs achetés grâce à cette mesure en 2004 seront devenus complètement obsolètes lorsque le crédit sera terminé, et un étudiant en fin de licence, s'il veut poursuivre ses études en master, devra en acheter un autre. Avec un nouveau crédit ?
Cette mesure a eu le mérite de proposer l'accès à l'information au plus grand nombre, grâce à un crédit à la consommation à un taux avantageux. Mais avec le harcèlement médiatique dont nous faisons tous l'objet de la part des organismes de crédit, c'est mettre le pied dans un engrenage qui risque d'entraîner les plus fragiles dans la spirale du surendettement (en accumulant ou enchaînant les crédits).
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