Culture générale (PACA 2004)

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Énoncé

Consignes
• Cette épreuve a pour objet d'évaluer vos capacités d'analyse et de jugement par rapport aux grandes questions sanitaires et sociales.
• Elle comporte 5 questions que vous devez traiter en 2 heures.
• Le total est noté sur 20 points.
• Chaque question est notée sur 3 points.
• 5 points sont réservés à l'orthographe, à la syntaxe et au respect des consignes pour l'ensemble de l'épreuve.
Texte 1
« Un marginal est une personne qui ne respecte pas certaines normes couramment admises, sans pour autant être un délinquant. La marginalité peut correspondre à un choix positif. C'est le cas de personnes qui, essentiellement dans les années 70, ont choisi un « retour » à la terre ou la vie en commnauté. Les gens du voyage qui refusent de se sédentariser sont, encore aujourd'hui, considérés comme en marge de la société. La marginalité peut également être la résultante de choix négatifs. En période de chômage de masse, les individus le moins adaptés à la compétition se retirent ou sont repoussés du jeu social par il leur est trop difficile d'en respecter les normes. Les clochards, vagabonds ainsi que certains alcooliques ou toxicomances sont dans ce cas. Dans la mesure où elle suscite une réaction négative de la part des autres membres de la société, la marginalité est une des formes prises par la déviance. En principe, cette réaction est simplement sociale, les marginaux étant tenus à l'écart des autres. Quand la sanction devient juridique, les marginaux entrent dans la catégorie des délinquants. »
G. Renouard, Sciences Economiques et Sociales, 1 res E.S., © Bréal, 2001.

Question
Argumentez la pensée de l'auteur.
Texte 2
L'enfant tyran
« 3 à 4 % des parents sont ràgulièrement victimes de violence de la part de leur enfant, surtout au moment de l'adolescence. Toutefois, cette violence ne débute généralement pas sans préavis. Elle surgit habituellement au terme d'une escalade progressive et traduit des distorsions dans les relations familiales caractérisées par des interactions violentes de toute nature tant entre conjoints que sur les enfants. Les symptômes associés sont fréquents : troubles du comportement, retard scolaire allant jusqu'à la déscolarisation, conduites délinquantes, etc. Il faut cependant conduites délinquantes, etc. Il faut cependant signaler que, dans quelques cas, la violence semble réellement commencer avec l'adolescence dans des familles en apparence préservées de toute autre difficulté. On y retrouve toutefois un climar de tension familiale majeure et souvent des discordances éducatives entre les deux parents. La prise en charge théapeutique s'impose et la prévention est la meilleur des traitements grâce à une intervention dès la petite enfance. »
Professur Daniel Marcelli : « Enfants tyrans et violentes », Extraits du Bulletin de l'Académie nationale de médecine, séance du 4 juin 2002.

Question
En s'appuyant notamment sur le texte, argumentez ce qui, selon vous, conduit l'enfant à être tyran.
Texte 3
« Les artistes entrent en force à l'hôpital. Pour le plus grand bénéfice du patient et des soignants. Les conventions « culture à l'hopital » donnent un cadre à ces initiatives qui devraient se multiplier, Riche, passionnante comme la vie, la culture se décline sur tous les tons. Une image vient immédiatement à l'esprit quand on évoque la culture à l'hôpital : c'est celle du clown qui distrait les enfants en les faisant rire pour qu'ils oublient un instant leur maladie. Auparavant exceptionnelle, cette incursion de l'art dans le monde de la santé se multiplie, s'institutinnalise et se professionnalise. Partant du constant que l'hospitalisation crée une rupture dans la vie quotidienne du patient, les établissements de soins, les artistes et les professionnels de la culture ont noué des partenariats ponctuels. À l'origine, ils avaient pour cadre les services de psychiatrie, de géraitrie et de pédiatrie. Ils se sont diversifiés au fil des années. »
« Culture à l'hôpital un nouveau droit de cité »MNH Revue, n° 138, novembre 2002.

Question
Quels peuvent être les différents apports de ces initiatives sur la qualité de l'hospitalisation ? Argumentez votre réponse.
Texte 4
Mauvais endroit pour une rencontre
« Gêne, timidité, silence, gestes maladroits : ce matin vous partagez l'ascenseur avec votre patron. Dans une société, la distance entre deux personnes (la proxémie) est codifiée. Un Anglais met ainsi 1,20 m entre lui et son interlocuteur. Pour les Italiens, et les Latins en général, cette distance est plutôt de 50 cm. Problème : dans un ascenseur, la distance est inférieure à 40 cm. Ce confinement crée une situation trop intime pour permettre l'aisance. D'où une gestuelle particulière : vous vous grattez le nez, vous regardez vos pieds ou vous fouillez dans votre sac. Seuel consolation : votre patron a l'air aussi mal à l'aise que vous… »
Philippe Nassif, interview of Jean-Pierre Jardel parue dansFemme actuelle, n° 903, janvier 2002.

Question
Pensez-vous que la pensée de l'auteur, à savoir « la proxémie », est un concept qui a sa place dans l'exercice de la profession d'infirmier(ère) ?
Texte 5
Inégalités : de quoi parle-t-on ?
« C'est indéniable, la lutre contre les inégalités est devenue l'un des leitmotive des démocraties modernes. Dans les médias, le discours politiques, les publications des économistes et des sociologues, les débats citoyens ou les conversations de tous les jours, l'inégalité est un thème récurrent, un thème qui scandalise et qui hérisse, comme si nos sociétés postmodernes étaient devenues allergiques à tout ce qui pourrait suggérer que nous ne vivons pas dans un monde juste… Pourtrant, à l'échelle de la moyenne durée, un siècle ou même un demi-siècle, en France comme dans beaucoup de pays industrialisés, les inégalités ont beaucoup diminué. Certaines d'entre elles tout au moins, qui se mesurent par exemple à l'écart des revenus entre les plus riches et les plus pauvres ; ou encore, par l'élévation générale des niveaux de vie, le progrès des conditions matérielles. Par exemple, en 1968, un cadre gagnait 4 fois plus qu'un ouvrier ; en 1984, cet écart se réduisait à 2,7 ; il est aujourd'hui de 2,5. Mais alors, les inégalités sociales actuelles ne seraient-elles simplement que résiduelles ? »
Martin Fournier, Sciences humaines, n° 136, mars 2003

Question
Après avoir dégagé l'idée principale de ce texte, quelles sont pour vous les inégalités sociales actuelles ?

Corrigé

Texte 1
Vivre dans notre société impose d'en accepter les règles. Mais certains citoyens choisissent de ne pas les respecter et se mettent alors d'eux-mêmes en marge. Cette situation reste assez exceptionnelle, car dans une grande majorité des cas, la marginalité est imposée et donc subie.
La marginalité peut être un choix de vie, dicté par le refus d'évoluer dans une société à laquelle on n'a pas l'impression d'appartenir : les communautés hippies se sont développées dans les années soixante par refus de la guerre du Vietnam ; la communauté Amish a choisi un mode de vie rude, dont les valeurs ne correspondent plus à celles de la société contemporaine. Contrairement aux autres communautés, celle des gens du voyage se heurte régulièrement aux populations sédentaires, car elle désire vivre dans notre société, mais avec ses propres règles. Dans un autre ordre d'idées, les grands délinquants choisissent la marginalité pour échapper à la justice.
La mise en marge de la société, lorsqu'elle est subie, engendre son lot d'humiliation, de souffrance et une déchéance qui se surajoutent aux évènements dramatiques à l'origine de la situation : chômage, divorce, surendettement, handicap, toxicomanie, le plus souvent un mélange de plusieurs de ces facteurs. Les travailleurs clandestins, les immigrés sans papiers, sont poussés à la marginalité par crainte des représailles judiciaires, et d'une reconduite à la frontière.
Dans tous les cas, le rejet, malgré les efforts des services sociaux et des associations concernées, ne fait qu'enfoncer un peu plus le marginal dans sa situation et l'éloigner d'une issue possible.
Les marginaux qui ont choisi leur mode de vie peuvent être ignorés mais ne sont en général pas rejetés par la population ; ce n'est pas le cas de ceux qui la subissent, et qui sont en plus méprisés, voire insultés et maltraités. Peut-être par déni de voir le résultat d'accidents de la vie qui, finalement, pourraient arriver à tous ?
Texte 2
L'enfant est un adulte en devenir, qui a, certes, sa propre personnalité, mais qui doit aussi se construire, en prenant des repères dans son environnement familial. Or, si le nombre d'enfants tyrans est en constante augmentation, on peut penser qu'une carence ou une distorsion dans leur éducation, mais aussi une prédisposition ou un trouble psychologique, les empêchent de se reposer sur un modèle adéquat.
L'enfant tyran est un enfant verbalement et/ ou physiquement violent. Pourquoi a-t-il besoin de s'exprimer à travers un rapport de force ?
  • Car la violence fait partie des repères familiaux : un enfant confronté à des comportements brutaux entre membres de sa famille, hyper réprimé ou lui-même battu, va automatiquement considérer la violence comme un rapport social « normal » ;
  • Car l'enfant est en situation de carence affective : la violence devient alors le seul moyen de se faire remarquer, et la punition la seule marque d'» affection » qu'il peut espérer recevoir en retour ;
  • Car l'enfant est en situation de carence éducative : si les règles de vie au sein de la famille sont absentes ou incohérentes, la violence de l'enfant sera alors un moyen d'exprimer sa frustration et son incompréhension ;
  • Car l'enfant est placé au centre de la famille, il est adulé, gâté, consulté pour chaque décision : il ne supportera alors aucune contradiction, et exprimera par la violence sa désapprobation.
  • Car l'enfant a un trouble psychologique : il est alors incapable d'extérioriser ses émotions autrement que par des paroles et actes violents.
La plupart des facteurs à l'origine des enfants tyrans relèvent de la responsabilité des parents en matière d'éducation. Une information claire des futurs parents sur les principes d'une éducation équilibrée pourrait en faire diminuer le nombre. Mais la tendance actuelle, qui place l'enfant en position dominante au sein de la famille et dénigre toute forme de punition, laisse présager une augmentation du nombre d'enfants tyrans dans les prochaines générations.
Texte 3
L'entrée à l'hôpital est une source de stress et impose une modification du rythme de vie, basé sur les soins et les visites ; c'est une vie médicalisée, technicisée, déshumanisée, malgré les efforts des personnels soignants. L'entrée des arts et de la culture dans un service de soins peut permettre au patient de mieux supporter son hospitalisation.
Les activités artistiques et culturelles permettent au malade d'oublier pendant un moment ses problèmes de santé et les tracas qui en découlent, de garder ou de retrouver un bon moral, nécessaire à sa guérison. Il peut ainsi renouer le contact avec le monde extérieur, prendre le temps au besoin de discuter avec les artistes, de s'exprimer sur d'autres sujets que les soins et la souffrance.
Les activités artistiques, en général, invitent le patient à stimuler son esprit et sa créativité, ce qui est gratifiant et ne peut qu'améliorer son état psychologique.
Les activités corporelles, musicales, aident le patient à se réapproprier un corps dont il perd en partie le contrôle, tant il est soumis aux soins et aux examens, immobilisé par une perfusion, un plâtre, abîmé par des escarres, etc.
L'hôpital n'est pas un centre de vacances, il est normal que ses activités soient centrées sur le soin du patient. Néanmoins, pour que celui-ci vive au mieux son hospitalisation, qu'il reste un individu à part entière, il doit pouvoir garder le contact avec l'extérieur, jouir d'une certaine autonomie. Les activités artistiques et culturelles, ainsi que les nouvelles techniques de communication semblent tout à fait appropriées, car elles permettent au patient de retrouver un équilibre psychologique nécessaire à sa guérison, et devraient être généralisées à tous les services de soins.
Texte 4
Chaque individu a besoin d'un espace vital, d'une « sphère intime » autour de lui, à l'intérieur de laquelle il ne tolère que ses proches. La distance minimale tolérée, ou « proxémie », entre deux personnes, varie selon l'individu et sa culture. Une » intrusion » dans cet espace intime va entraîner une gêne, un sentiment de violation très perturbateur pour certains individus. Dans l'exercice de sa profession, l'infirmier(e) peut-il (elle) prendre en compte cette notion ?
Tout le monde connaît la notion de proxémie et l'applique au quotidien : qui s'assied volontairement à côté de quelqu'un dans un transport en commun, si une place sans voisin ni vis-à-vis est libre ? Qui n'a jamais été gêné par la proximité d'un interlocuteur ?
L'infirmier(e) doit pourvoir donner des soins au patient tout en prenant en compte ses propres codes :
  • Pour respecter son individualité, dans un lieu déshumanisé par la priorité donnée aux soins ;
  • Pour ne pas réduire encore l'espace déjà étroit délimité par la chambre, le lit ;
  • Pour ne pas imposer une promiscuité qui pourrait le mettre mal à l'aise au moment des soins.
Dans l'exercice de sa profession, l'infirmier(e) doit toucher, voire manipuler le patient, sans que celui-ci puisse s'y opposer. Celui-ci se voit alors obligé de faire des concessions et d'accepter une intrusion dans son espace vital. Il est donc primordial que l'infirmier(e), par des paroles et des gestes appropriés, mette en place avec le patient un climat de confiance qui rendra les périodes de soins plus supportables.
Texte 5
La déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 a posé l'égalité entre les hommes. Ce principe fondateur a permis de lutter contre les inégalités sociales et de les faire diminuer, sans toutefois jamais les faire disparaître. Notre société moderne en a, de plus, fait apparaître de nouvelles.
Depuis un siècle, les inégalités semblent avoir reculé grâce aux acquis sociaux : congés payés, SMIC, Sécurité sociale, assurance chômage, allocation aux personnes handicapées ou en perte d'autonomie, RMI, etc. Y a-t-il une baisse globale des inégalités ?
La réponse est clairement : non. Car les acquis sociaux, obtenus au prix de nombreuses luttes, sont sans cesse attaqués : remise en cause des 35 h hebdomadaires, contrats de travail précaires et/ ou à temps partiel, heures supplémentaires imposées et trop souvent non payées, déremboursement des médicaments, consultations et actes hospitaliers, etc. Ces mesures pénalisent systématiquement les personnes aux revenus les plus faibles, qui ne profitent même pas des baisses d'impôts car ils ne sont pas imposables. En revanche, le paquet fiscal avantage les foyers aux plus forts revenus. De plus en plus, la classe moyenne se fond dans la catégorie des faibles revenus, ce qui accroît de manière sensible le fossé entre les plus riches et les plus pauvres. Par conséquent, les inégalités vis-à-vis du travail (coût des transports), de la justice, de la scolarité, de la santé (coût des soins et d'une alimentation équilibrée) ne peuvent qu'augmenter en cette période de baisse du pouvoir d'achat.
Notre société, férue de technologies récentes, a également produit des inégalités en créant de nouveaux besoins, toujours plus coûteux, et dont le matériel doit être régulièrement renouvelé : téléphonie mobile, écrans plats, décodeurs TNT, ordinateurs et modems, etc. Les plus pauvres ne peuvent pas suivre, et sont automatiquement marginalisés dès l'entrée à l'école primaire.
Les inégalités sociales ont considérablement reculé au xxe siècle en France grâce aux lois du Front populaire et à l'action des gouvernements d'après-guerre issus de la Résistance. Mais avec la mondialisation, depuis les années quatre-vingt-dix, les écarts tendent à nouveau à se creuser, avec une ampleur telle qu'on ne l'avait plus connue depuis le xixe siècle ; pour preuve, les récentes émeutes contre la faim.
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