Culture générale (Paris 2004)

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Énoncé

Consignes
• Cette épreuve a pour objet d'évaluer vos capacités d'analyse et de jugement par rapport aux grandes questions sanitaires et sociales.
• Elle comporte 5 questions que vous devez traiter en 2 heures.
• Le total est noté sur 20 points.
• Chaque question est notée sur 3 points.
• 5 points sont réservés à l'orthographe, à la syntaxe et au respect des consignes pour l'ensemble de l'épreuve.
Texte 1
« Ils ont entre 20 et 30 ans, montent des « soirées Casimir », mangent des marshmallows, dansent sur les chansons des années 70, squattent chez les parents jusqu'à plus soif, claquent leur argent de poche en disques et fringues… La revue l'Expansion les a baptisés les « adulescents », ce sont des adolescents prolongés, tellement à l'aise dans le confort ouaté du nid familial qu'ils regimbent à l'idée d'être adultes et d'affronter les duretés de la vie autonome, de s'engager dans une voie qui fermera les autres. Peur d'être déçus ? Refus de souffrir ? Immaturité ?… Daniel Coum : « Il conviendrait par ailleurs de comprendre ce que les parents trouvent au prolongement de la durée de leur parentalité. Si ces parents qui font fonction d'exemples, qui sont censés guider dans l'activité sociale, sont totalement familiocentrés, s'ils ont investi à l'excès leur parentalité, ils ont le plus grand mal à s'en défaire… Les parents éprouvent souvent un sentiment ravageur, se sentant coupables de voir leur enfant partir. Il circule comme un discours social, une injonction qui pousse les parents à demeurer parents toute leur vie. C'est comme s'ils se sentaient en dette perpétuelle. Par conséquent les enfants ne se réapproprient pas cette dette et ne peuvent rendre ce qu'ils ont reçu. Les enfants sont installés dans une position où ils estiment qu'on leur doit tout et tout le temps. » »
Colette Barroux, L'école des parents, « Entre concooning et frilosité », p. 58, hors-série, septembre 2003

Question
Après avoir lu le texte, dégagez les deux idées essentielles en exposant pour chacune d'elles quatre facteurs socio-économiques expliquant ces nouveaux comportements familiaux. (Les quatre facteurs cités seront différents pour chacune des idées.)
Texte 2
« Selon les chiffres du dernier recensement, sur 2,4 millions de personnes âgées de 80 ans et plus, 1,6 million vivent seules, dont une écrasante majorité – 1,35 million – de femmes. L'Odas(1) est pourtant formel : la solidarité familiale s'exerce encore, la génération aujourd'hui concernée ayant « eu beaucoup d'enfants sur lesquels on peut s'appuyer ». Mais l'inquiétude réside à l'horizon des années 2020 et surtout 2030, avec l'arrivée à l'âge mûr des enfants du « baby-boom », génération plus nombreuse mais moins prolifique que la précédente. On comptera alors 2 millions de personnes dépendantes. « Le déséquilibre démographique sera important », s'inquiètent les auteurs du rapport. Aujourd'hui, une personne de 85 ans et plus peut éventuellement compter sur 2,5 personnes proches, âgées de 60 à 64 ans. Dans vingt-cinq ans, il y aura en moyenne davantage de personnes dépendantes que de membres de la famille sur qui s'appuyer. Jean-Louis Sanchez lance donc un cri d'alarme : « Si chaque Français ne se mobilise pas, nous courrons à la catastrophe. Plutôt que de faire appel aux financements publics, renforçons, de toute urgence, la solidarité de proximité. » »
F.L., Le Figaro, Quotidien, « Personnes âgées : le cri d'alarme de l'Odas », 27 novembre 2003, p. 10

Question
Après voir lu ce texte, expliquez la notion de déséquilibre démographique, illustrez-la avec les prévisions de l'auteur, puis énoncez trois mesures à mettre en place qui permettraient de renforcer la solidarité de proximité.
Texte 3
« Tout autant que l'éthique des études scientifiques, l'éthique de l'expertise pourraitelle être l'objet de discussions ? L'expert est-il un être mythique ? En effet, être expert n'est pas un métier car l'expert reste en activité dans sa spécialité. Il est choisi pour ses qualités de compétence mais aussi d'indépendance, de probité et même d'humilité scientifique. L'expertise se situe entre la certitude et l'incertitude dans un environnement changeant. Ainsi, l'expertise n'intervient que dans le cadre d'une question précise. Le simple fait de demander une expertise démontre qu'il existe un débat de société, souvent un conflit entre science et société. Pour éviter un point de vue partisan, l'expertise collégiale et contradictoire est préférable à l'expertise individuelle. Mais cette expertise collégiale n'est pas à l'abri de personnalités dominantes qui détournent la discussion. Qu'elle soit individuelle ou collective, l'expertise est souvent aveuglée par la crainte d'un risque immédiat, occultant ainsi un risque plus important à long terme… Du fait de sa compétence, l'expert n'est pas dépourvu d'intérêts propres, il lui est d'ailleurs demandé de déclarer publiquement ses intérêts dans le cas d'expertises administratives. Citons l'exemple de prise de position à propos des vaccins anti-rougeole en Grande-Bretagne… »
Laurent Degos, chef de service, Hôpital Saint-Louis, Directeur de l'Institut universitaire d'hématologie, La Croix Quotidien, « L'expertise scientifique n'est pas sans défaut », 18 novembre 2003

Question
Après avoir lu le texte, vous développerez, en cinq à six lignes, le rôle d'un expert et le cadre de son intervention. Vous étayerez votre propos d'un exemple issu du domaine sanitaire ou social.
Texte 4
« Les sectes ne sont pas réservées aux dépressifs et aux naïfs ! On ne tombe pas dans une secte comme dans un trou au milieu de la route. Aucun groupe sectaire ne se présente en disant : « Viens avec nous, tu vas abandonner tous tes amis et nous donner tout ton argent. » Les sectes avancent masquées. Besoin de parler de ses difficultés familiales ou de s'engager dans une noble cause, envie de mieux connaître pour savoir si on est vraiment « normal »… elles ont l'art de bien tendre la main. Elles se cachent derrière des cours de rattrapage, des conférences, des tests de personnalité, des actions humanitaires, des jobs d'étudiants… […] Toutes les astuces sont bonnes pour que la personne se sente en confiance. Les sectes utilisent à ce propos des « trucs » imparables : « Tu es le plus beau, le plus sensible, le plus intelligent. » Ça marche à tous les coups, c'est tellement agréable. Aussi les sectes jouent sur un deuxième plan : elles affaiblissent l'adepte, tant au niveau du corps que de l'esprit. Le meilleur moyen pour qu'il ne se pose pas trop de questions. Il y a un parcours obligé. On vous dit qu'il faut suivre un traitement, « on vous fait répéter des choses difficiles à vivre, vos souvenirs, la perte d'un parent… jusqu'à devenir inconscient, tant on est fatigué, jusqu'à n'être plus dans son état normal ». En manque de sommeil et de nourriture, la personne perd tout bon sens… »
Amélie Padioleau, Sciences et vie Junior, n° 170, extrait de « L'engrenage infernal des sectes », novembre 2003

Question
À partir de cet extrait et de votre réflexion, illustrez en quoi les sectes sont dangereuses pour l'individu sur le plan physique, psychologique et social, puis énoncez trois actions préventives qui pourraient être utilisées auprès d'adolescents pour les protéger.
Texte 5
« Il y a de plus en plus de clubs qui ont ouvert leurs portes aux sportifs handicapés. Il suffit donc de prendre contact avec l'un d'eux. Les personnes y rencontreront des responsables compétents, habitués à la pratique du sport concerné. Cet échange entre valides et personnes handicapées est motivant pour tous les participants. Tout cela a des répercussions positives dans la relation sociale et humaine, en plus de l'impact purement sportif. La personne handicapée est une personne à part entière. Le sport reste un excellent apport pour la santé et le bien-être physique, de plus en plus utilisé en complément d'une rééducation classique. Pratiqué d'une manière divertissante, c'est un facteur important pour permettre un équilibre psychologique et trouver une certaine assurance face aux regards des autres. Depuis de nombreuses années, en France, 40 000 personnes, à travers des associations, s'occupent de façon exclusive du sport pour les moins valides. »
Ouari Kerzazi, MNH, « Quand sport rime avec handicap », n° 142, novembre 2003

Question
Après la lecture du texte, citez et argumentez trois aspects bénéfiques du sport pour une personne handicapée et argumentez (en 5 lignes maximum) la phrase : « La personne handicapée est une personne à part entière. »
(1)Odas : observatoire de l'action sociale décentralisée.

Corrigé

Texte 1
Selon Philippe Sollers : « La maladie de l'adolescence est de ne pas savoir ce que l'on veut et de le vouloir cependant à tout prix ». De fait, 66 % des 20-25 ans vivent encore chez leurs parents, et parmi eux, huit millions d'« adulescents », pas vraiment adultes, plus vraiment ados, qui s'enferment dans un comportement régressif et cultivent leur différence. Un certain nombre de facteurs socio-économiques sont à l'origine de l'apparition des adulescents, en rapport avec leurs angoisses ou celles de leurs parents.
L'adulescent est touché par le syndrome de Dorian Gray : il imagine le vieillissement comme une déchéance, un échec, il essaie de repousser l'inévitable et se ment à lui-même autant qu'aux autres. La durée moyenne des études augmente, l'étudiant logé chez ses parents s'habitue à jouir d'une certaine liberté tout en étant affranchi des contraintes matérielles. On comprend dès lors qu'il ait du mal à quitter le cocon familial : que lui propose-t-on à la fin de ses études ? Un stage non rémunéré, un premier emploi qui ne l'est guère plus, ou même le stress du chômage et l'incertitude face à l'avenir. Rien de gratifiant pour un jeune élevé dans une société dans laquelle il est placé au centre de tout, et a l'impression qu'on lui doit tout.
Souvent, les parents des adulescents ne sont pas totalement étrangers à la situation : ils ont surinvesti le lien avec leur enfant et rechignent à le laisser « couper le cordon ». Ils culpabilisent à l'idée de le laisser partir dans une situation économique difficile, avant d'être sûrs qu'il aura une situation personnelle et professionnelle stable. Avec la baisse générale du pouvoir d'achat, beaucoup ne peuvent plus se porter caution pour que leur enfant puisse trouver un logement ou se voir accorder un prêt bancaire. L'espérance de vie augmente, les adultes et seniors sont plutôt en bonne santé, ils ont eux-mêmes tendance à se comporter comme des jeunes, parfois même comme des « copains » de leurs propres enfants : il n'y a plus de conflit entre les générations, comment dans ces conditions s'affirmer en tant que jeune adulte ?
Le passage d'une jeunesse dorée, où l'on est choyé et au centre du foyer, vers un monde adulte incertain et où l'on doit s'affirmer et accepter d'être évalué, rebute de plus en plus d'adolescents, qui se sont fédérés et ont créé une véritable tendance : l'adulescence. Le refus de vieillir apparaît même exacerbé chez les kamaï, ces adolescentes qui s'habillent comme des petites filles à l'image des héroïnes de mangas, mais sont maquillées comme des femmes, parfois de façon extrême.
Texte 2
Beaucoup de seniors vivant seuls en France sont aidés par leurs proches. Ils seront bientôt trop nombreux pour cela. S'il existe des solutions pour faire face à cet inquiétant état de fait, beaucoup restent encore à inventer.
Deux indicateurs permettent d'expliquer ce déséquilibre démographique : le taux de fécondité est plus bas qu'avant, tandis que l'espérance de vie est en constante augmentation. Conséquence : les Français en situation de dépendance seront dans vingt-cinq ans plus nombreux, et auront de moins en moins de proches susceptibles de s'occuper d'eux.
Face à cette situation, il faudrait favoriser des solutions de proximité :
  • organiser des « visites » aux personnes dépendantes par des voisins volontaires, des personnes-relais, pour vérifier leur bon état de santé ;
  • inciter les municipalités à développer un service d'aide à la personne à domicile ;
  • démocratiser l'accès à des moyens mécaniques d'assistance dans les tâches quotidiennes, en les fournissant ou en les finançant en partie.
Si l'auteur insiste sur la nécessité de la solidarité de proximité, l'État doit prendre ses responsabilités, et assurer un véritable service public à travers un renforcement du suivi médical et social pour les personnes dépendantes.
Texte 3
L'avis d'un expert est souvent sollicité dans les domaines scientifique et technique, médical ou judiciaire. Choisi par ses pairs pour sa compétence et son expérience, ses conclusions sont souvent lourdes de conséquences. Il doit donc agir dans un cadre strictement réglementé.
Quand un expert intervient, c'est que plusieurs parties en présence ne peuvent se mettre d'accord ; un expert psychiatre, par exemple, sera sollicité pour définir si M. X, soupçonné d'avoir commis un délit, est responsable de ses actes, ou si son cas nécessite des soins psychiatriques.
Les conclusions de l'expert sont donc toujours un élément déterminant dans la résolution d'une affaire épineuse. Elles peuvent à elles seules induire la décision finale, à savoir, dans l'exemple donné plus haut, la mise en examen de M. X ou son internement dans un service de soins psychiatriques. Pour cette raison, l'expert devra étudier scrupuleusement le dossier afin de répondre strictement à la question posée, avec un maximum de détachement et d'objectivité.
Le malheureux exemple de l'affaire d'Outreau, dans laquelle des innocents ont été condamnés pour pédophilie après les conclusions d'un expert psychiatre, stigmatise la principale faille de ce système, qui permet à une seule personne d'influencer les décisions d'un groupe. Pour cette raison, il faut généraliser les expertises contradictoires, non exemptes d'imperfections, mais qui, au moins, diminuent le risque d'erreurs de jugement.
Texte 4
Face aux accidents de la vie, beaucoup d'individus préfèrent s'en remettre aux autres plutôt qu'à eux-mêmes. Profitant de ces situations de faiblesse, les sectes agissent en détruisant leurs victimes physiquement, psychologiquement, et en les isolant socialement. Il existe toutefois des solutions préventives pour contrer l'action des sectes.
Pour qu'elle soit perméable au conditionnement, la victime doit être affaiblie à tous les niveaux :
  • la privation de nourriture, voire d'eau, dégrade très rapidement l'état physique de l'adepte ;
  • la répétition inlassable de phrases sans intérêt, le rappel incessant des problèmes auxquels l'adepte a du mal à faire face, le détruisent psychologiquement ;
  • l'adepte est très vite extirpé de son milieu familial, social et professionnel : il n'est donc plus susceptible d'être raisonné par ses proches.
Comment limiter au maximum ce fléau ?
  • en informant les jeunes dès le collège de la stratégie de recrutement des sectes, du public visé et de la façon dont elles conditionnent leurs adeptes ;
  • en améliorant les structures mises en place en milieu scolaire et dans les quartiers, ainsi qu'au niveau national par le biais de standards téléphoniques ouverts 24 h sur 24, pour prendre en charge les adolescents et adultes en détresse ;
  • en augmentant la vigilance, et surtout la répression envers les communautés sectaires.
Pour protéger la population contre les sectes qui représentent, pour certaines, des lobbies particulièrement puissants, il faudrait un véritable programme de lutte à l'échelle internationale, et une vigilance accrue pour éviter que leurs adeptes au sein de la société civile ou du monde politique influencent jusqu'aux décisions des États.
Texte 5
La loi du 11 février 2005 prône l'égalité des droits et des chances pour les personnes handicapées. Elle a pour but de favoriser leur insertion dans notre société, par exemple à travers la pratique du sport qui présente d'ailleurs bien d'autres atouts.
Que la pratique d'un sport en club soit individuelle ou collective, elle permet de côtoyer des coéquipiers, un entraîneur, des adversaires, parfois un kinésithérapeute ou un médecin ; en bref, un sportif n'est jamais seul. La performance est certes un critère de différenciation entre les sportifs, mais c'est un critère sur lequel la personne handicapée peut agir, en progressant grâce à ses efforts. Le sport est donc un véritable moteur d'intégration sociale.
Pour trouver véritablement sa place dans la société, il faut que la personne handicapée soit prête à assumer sa différence afin de se sentir à l'aise dans sa tête et dans son corps. La pratique du sport permet une amélioration de sa condition physique, par des entraînements réguliers, et de son état psychologique, grâce aux résultats et progrès qui mettent en valeur ses capacités.
Tout comme une personne valide, une personne handicapée a des capacités à faire valoir, des qualités enrichissantes pour les autres, des expériences à partager. Elle a droit comme tous à l'éducation, au logement, à l'emploi et à une vie sociale.
Si de réels efforts ont été fournis au niveau scolaire, sportif et en matière de logement, l'accès pour les personnes handicapées à l'emploi, aux transports en commun et aux locaux reste nettement insuffisant. Cette situation constitue un frein puissant à leur insertion sociale. Il suffirait pourtant d'une réelle volonté politique pour que les choses évoluent rapidement dans le bon sens.
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