Culture générale (Pays-de-Loire, 2012-2013)

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Énoncé

Consignes
• Cette épreuve a pour objet d'évaluer vos capacités de compréhension, d'analyse, de synthèse, d'argumentation et d'écriture.
• Elle comporte 3 questions que vous devez traiter en 2 heures.
• Chaque question est notée sur 5 à 6 points.
• 2 à 5 points sont réservés à l'orthographe, à la syntaxe et à l'organisation de la réponse.
• Cette épreuve est donc notée sur 20 points, et une note inférieure à 8/20 est éliminatoire.
Texte
Dans la tête des ados numérisés
« Martine, maman de Léonard, 16 ans, n'en revient pas : « Il est censé faire ses devoirs, s'installe devant l'ordinateur et j'entends sa messagerie SMS vibrer toutes les deux minutes. Puis je m'approche de l'écran et vois dans la colonne de droite ses amis Facebook qui chattent avec lui… Comment parvient-il à se concentrer sur ses révisions d'histoire ? » Son étonnement est partagé par une majorité de parents qui observent, incrédules, les agissements numériques de leurs rejetons : purs produits de la génération Internet, ceux-ci sont en effet experts dans l'art digital de jongler instantanément entre différents plans (virtuel/réel, ici/ailleurs, moi/les autres…) et surtout différentes connexions : portable, écran, MP3, etc. Quels changements tangibles de leur vie psychique via cette « greffe » permanente de médias peut-on déjà observer ? « Concernant le multitasking, il reste évident que cette pratique ralentit la concentration en obligeant le jeune à sans cesse se débrancher puis se rebrancher sur un objet d'attention », confirme Yann Leroux, docteur en psychologie, psychologue en CMPP (centre médico-psycho-pédagogique) à Périgueux et lui-même gamer. « Les ados doivent aujourd'hui comme hier apprendre à se mettre dans un environnement de travail, et pour cela il leur faut des moments au cours desquels ils savent s'isoler. » Pour le reste, « ils maîtrisent », comme le répètent Léonard et ses copains à leurs parents. « Les adultes leur renvoient souvent une image diabolisée des outils technologiques alors que ces jeunes se sentent juste de plain-pied dans l'évolution actuelle », explique Dominique Texier, pédopsychiatre-psychanalyste, auteur d'Adolescences contemporaines (éditions Erès), qui vient de diriger le colloque «  L'enfant connecté ». « Ce qu'ils revendiquent est juste : le monde entier est actuellement soumis à une nouvelle interface entre l'homme et la machine, ajoute-t-elle. Et nous sommes tous pris dans ce monde. Il est important que les adultes ne l'oublient pas. » Hors pathologie avérée, ces jeunes savent parfaitement faire le distinguo entre réel et virtuel, et les professionnels en tiennent compte dans leur pratique clinique. Mieux, ces derniers semblent aujourd'hui relever davantage d'effets bénéfiques des nouveaux médias sur nos chères têtes blondes. « Beaucoup de jeunes qui, il y a quinze ans, auraient basculé dans la psychose trouvent, grâce à Internet, des réseaux de suppléance », affirme Dominique Texier. « Certains, mal partis, se reconstruisent devant leur écran. » Ainsi, une jeune fille obèse peut se faire passer pour une lolita et trouver quantité de petits copains virtuels, ce qui lui sera bénéfique sur le moment en haussant sa confiance en soi, et en l'aidant à se préparer à la vraie rencontre. Meilleur apport de ces nouveaux médias : les liens variables de socialisation. « Les ados peuvent fonctionner à l'opportunité », explique Yann Leroux, « organiser au tout dernier moment une sortie au cinéma entre copains, intensifier ou ralentir, voire arrêter une relation grâce aux messages qu'ils envoient, rendre public ce qui était privé… En utilisant tous ces outils, ils font donc un travail très intense de communication et de représentation de soi. » Si la possibilité de rencontre s'est donc démultipliée grâce aux outils numériques, ne s'est-elle pas aussi, d'une certaine manière, appauvrie ? N'étant pas engagés corporellement dans la plupart de leurs « chats », et de plus en plus habitués à parler à un avatar, ils risquent de ne rencontrer qu'un « autre inconsistant ». « C'est surtout dans la gestion des conflits que nous repérons cette faille », observe Dominique Texier. « Comme ils peuvent choisir leurs clans, leurs amis, ils se confrontent de moins en moins à l'altérité et ne se connectent qu'avec un autre qui est le même qu'eux. Ils prennent donc moins de risques, et cela se ressent dans leur manière d'exprimer leur agressivité, ce qu'ils font de moins en moins par la parole. » Pratique sans doute née de cette déresponsabilisation, le cyberbullying, création d'un réseau pour ostraciser celui avec qui on n'est pas d'accord, et qu'on exclut donc de sa liste d'amis… sans être engagé dans aucune parole. Cette modification radicale du lien social est sans doute l'aspect le plus prégnant des nouveaux comportements chez les jeunes, et elle affecte aussi la représentation de soi. Dès qu'ils vivent une situation et la mettent en ligne, les ados numérisés attendent un « j'aime/j'aime pas » comme réaction de la part de l'autre. Tout rapport social est traité comme une information. Ils attendent aussi un retour sur des extraits de leur journal intime, ce qui interpelle Dominique Texier : « L'individu ne se construit pas seulement dans le narcissisme », rappelle-t-elle, avant de préciser « mais il en est ainsi du monde que nous, adultes, sommes en train de fabriquer sans toujours nous en rendre compte. Et ce sont les adolescents qui viennent nous le révéler. » »
Pascale Senk, Le Figaro, 14 décembre 2011, 4 947 signes

Question 1
Reformulez en une phrase l'idée forte de chaque paragraphe, dans un écrit structuré, en limitant votre réponse à 15 lignes.
Question 2
Après avoir expliqué le phénomène du cyberbulling, vous développerez votre avis sur la place d'Internet à notre époque en formulant le principal bénéfice que vous tirez de cet outil. Vous vous appuierez sur des éléments du texte et sur vos connaissances sur le sujet. (30 lignes)
Question 3
Vous poursuivrez l'analyse de l'auteur en vous demandant quels acteurs ou moyens pourraient limiter les méfaits d'Internet.

Corrigé

Question 1
Les enfants et adolescents sont capables de mener simultanément plusieurs activités, comme faire leurs devoirs et communiquer avec leurs amis via Internet ou leur téléphone portable. Cette pratique perturbe leur concentration et les empêche de s'isoler pour travailler. Dénoncé par les adultes, le multitasking est parfaitement assumé et maîtrisé par cette génération de jeunes hyperconnectés. Le contact avec les autres sur les réseaux sociaux, de manière plus ou moins anonyme, permet aux jeunes en difficulté d'améliorer leur image et leur confiance en eux. La socialisation via Internet permet de tout faire vite : organiser une rencontre, démarrer ou arrêter une relation, mais tout cela reste en partie superficiel. Refus de la différence, rejet de la moindre source de conflit et cyberbullying montrent la fragilité du lien social virtuel, qui peut être construit ou détruit d'un simple clic. Les adolescents n'hésitent pas à poster leurs sentiments et réactions, attendent et sont sensibles aux retours des membres de leur groupe ; une nouvelle façon de se construire, sous le regard critique de l'autre.
Question 2
Le terme cyberbullying signifie littéralement « brutaliser, torturer par le biais d'Internet ». On peut le traduire par « cyberharcèlement ». La CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés) précise que « cela regroupe tout ce qui est insulte, menace, diffamation, usurpation d'identité, création de faux profil sur la Toile pour vous porter un tort ». « Le cyberharceleur », sous couvert de l'anonymat procuré par Internet, va créer un sujet ou un groupe de discussion sur un réseau social afin que la personne visée puisse être la cible de toutes les railleries et insultes, et cela sur une longue durée. Si certains adultes comme des professeurs peuvent être la cible du cyberbullying, les adolescents en sont les principales victimes. Le suicide en 2010 de la jeune Phoebe Prince, harcelée pendant de longs mois sur la Toile et dans son lycée, en est un exemple emblématique. La même année, la CNIL lançait une campagne de prévention sur ce phénomène. En 2011, le téléfilm « Cyberbully » (Le Mur de l'humiliation) a été diffusé sur la chaîne américaine ABC Family il a été le second téléfilm le plus regardé de toute la saison 2010-2011 aux États-Unis.
Internet présente pourtant de réels atouts : c'est en premier lieu une formidable source d'information. En réduisant les notions d'espace et de temps, il permet d'autre part de communiquer d'un bout à l'autre du monde avec un grand nombre de personnes et d'organiser rapidement une réunion entre amis ou avec des inconnus : les flashmobs en sont un amusant exemple. Internet permet également de rompre l'isolement d'adolescents confrontés à des problèmes d'identité, et même de se forger une identité virtuelle plus rassurante. Ce que beaucoup de jeunes oublient, c'est que l'anonymat d'Internet est loin d'être absolu : toutes les communications transitant par des serveurs, elles peuvent en général être tracées et récupérées. Sur la Toile aussi, il faut savoir distinguer liberté d'expression et diffamation, amis virtuels et internautes aux objectifs plus troubles. Une fois devenus adultes, certains payent cher la débauche d'informations et de photographies d'ordre privé qu'ils ont laissé dans leur jeunesse sur le Net, en particulier face à un recruteur bien renseigné…
Question 3
Pour limiter les méfaits d'Internet, il faut agir simultanément en amont, sur le surf lui-même, et en aval. En amont, il est indispensable d'intensifier les efforts en matière de prévention dès le plus jeune âge ; tout d'abord, en informant les enfants et adolescents des dangers de la Toile : mauvaises rencontres, diffusion ou récupération à leur insu d'informations à caractère privé, virus et autres logiciels indésirables récupérés sur l'ordinateur et diffusés à tous ses contacts, etc. D'autre part, en rappelant que, malgré le flou juridique dû à la spécificité d'Internet, l'internaute a aussi le devoir de respecter l'autre, sa vie privée et ses opinions, tout comme dans le monde réel.
Pour éviter les mauvaises surprises à leurs rejetons (telle cette maman dont le fils de 9 ans a été traumatisé par la vue d'images pédopornographiques, à cause d'une erreur de frappe sur un moteur de recherche, il y a une dizaine d'années), de plus en plus de parents ont décidé que le surf sur Internet à la maison devait exclusivement se dérouler dans une pièce commune (en général le salon ou la salle à manger) et ont installé ou activé un logiciel de contrôle parental, ou des logiciels dédiés aux plus jeunes qui envoient les enfants uniquement sur les sites qui appartiennent à une liste prédéterminée.
À l'école, au collège et au lycée, les ordinateurs mis à disposition sont connectés à un réseau dont l'accès Internet est bridé par un système de liste noire. Les élèves doivent signer une charte des droits et devoirs des utilisateurs d'Internet et, pour éviter de mauvaises manipulations dues à une méconnaissance de l'utilisation de l'outil, les compétences informatiques des collégiens sont évaluées à travers un livret de compétences.
En aval, la recrudescence de sites qui diffusent des contenus interdits (à caractère raciste, révisionniste, pédopornographique, etc.) oblige les autorités à renforcer la cyber-surveillance et impose de clarifier et de renforcer l'arsenal juridique et coercitif, qui devrait permettre également d'endiguer, entre autres, le cyberbullying.
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