Culture générale (Rhône-Alpes 2004)

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Énoncé

Consignes
• Cette épreuve a pour objet d'évaluer vos capacités d'analyse et de jugement par rapport aux grandes questions sanitaires et sociales.
• Elle comporte 5 questions que vous devez traiter en 2 heures.
• Le total est noté sur 20 points.
• Chaque question est notée sur 3 points.
• 5 points sont réservés à l'orthographe, à la syntaxe et au respect des consignes pour l'ensemble de l'épreuve.
Texte 1
Alerte, la France grossit !
« Est-ce la fin du French paradox de cette exception française qui conciliait bonne chair et sveltesse ? La dernière enquête épidémiologique ObEpi sur l'obésité, menée par l'institut Roche en collaboration avec l'Inserm et la Sofres, confirme une fâcheuse tendance. La population grossit à une cadence effrayante d'environ 6 % par an. « Si ce processus persistait, le pays connaîtrait, en 2020, la situation actuelle des États-Unis, où près de 30 % de la population adulte est atteinte », explique le Pr Arnaud Basdevant, chef du service de nutrition de l'hôpital de l'Hôtel-Dieu (Paris). Actuellement, 1 Français sur 10 est obèse et 1 sur 3 présente un surpoids. La surcharge pondérale n'épargne maintenant aucune région, ni aucune profession. En 1997, le Sud-Est et l'Île-de-France étaient peu affectés. Aujourd'hui, ces zones ont un taux de progression fulgurant. De même, voilà six ans, le phénomène touchait plutôt les artisans, commerçants, ouvriers et agriculteurs. Désormais, l'évolution de la maladie est comparable dans toutes les catégories socioprofessionnelles. Ainsi, 8,3 % des personnes obèses sont des cadres supérieurs ou des professions libérales (pour 5,5 % en 1997). »
Anna Musso, L'Express, 19 juin 2003

Question
Listez les habitudes alimentaires et les modes de vie susceptibles d'entraîner une surcharge pondérale.
Texte 2
La montée du chômage
« Pourquoi le chômage progresse-t-il alors qu'il y a toujours des créations d'emplois ? La première explication est démographique : il y a plus de nouveaux arrivants sur le marché du travail, notamment les jeunes, que de départs à la retraite. Ce rapport ne devrait s'inverser qu'à partir de 2006, quand les générations du baby-boom d'après la guerre arriveront à soixante ans. Le travail des femmes est également un facteur de déséquilibre : les plus jeunes sont aussi nombreuses que les garçons à travailler, ce qui n'était pas le cas de leurs mères ou grands-mères. Lors de l'embellie des années 1988 à 1990, on avait déjà observé qu'il fallait créer 300 000 emplois par an pour commencer à faire baisser la courbe du chômage. Aujourd'hui, 200 000 suffiraient sans doute. Mais un autre phénomène vient perturber le marché du travail : la précarisation. Les emplois supprimés sont en effet principalement des contrats à durée déterminée de l'industrie, alors que les créations se font exclusivement dans le tertiaire. Or il s'agit pour l'essentiel de contrats à durée déterminée, de temps partiels ou de missions d'intérim. »
François Wenz-Dumas, Libération, 28 mars 2003

Questions
Quelles sont, selon l'auteur, les trois principales raisons de la montée du chômage ? Selon vous, quelles mesures permettraient de limiter la montée du chômage ?
Texte 3
L'euthanasie en débat
« Ici, on veut plus de vie, là, on veut accélérer la mort. Une loi ? Laquelle ? Comment le législateur pourrait-il définir le moment où le médecin doit basculer du soin au meurtre ? Il y a trop de cas singuliers, trop de situations diverses, trop d'éléments d'appréciation. La plupart des patients préfèrent une « vie indigne » à une mort, si digne soit-elle. Certains patients qui sont décidés à éviter l'épreuve du passage changent d'avis quand ils sont confrontés à la mort. […] Il demeure que la dignité s'apprécie différemment d'une personne à l'autre ; que le seuil de la douleur est plus ou moins élevé ; que la mort effraie infiniment moins nombre de patients que la souffrance. Le Pr Debré nous dit(1) : il n'appartient pas au médecin de tuer. Certes. Mais chaque patient devrait avoir le droit de disposer de son corps à sa guise. Nous connaissons les arguments en faveur de la vie : ces rescapés du suicide qui regrettent leur geste, les soins palliatifs, cette multitude de mourants qui supplient leur médecin de leur accorder un jour de plus. Mais il y a aussi ceux qui, au terme d'une vie raisonnablement remplie, préfèrent en finir, ne pas gravir toutes les marches qui conduisent à leur fin. S'ils sont trop faibles ou trop cloîtrés pour se suicider, qui va les aider à le faire ? Pas le médecin, apparemment ; pas la famille, qui sera condamnée. Pourtant, être libre, n'est-ce pas, avant tout, avoir la liberté du choix ? »
Richard Liscia, Le Quotidien du médecin, 15 janvier 2004

Question
Donnez, en les expliquant, trois arguments en faveur de l'euthanasie et trois arguments contre.
Texte 4
Le goût du risque
« II y a ceux qui ont choisi d'en faire profession. Pompiers, reporters de guerre, pilotes de course, cascadeurs : avec l'apprentissage de ces métiers « à risques » est venue l'habitude d'apprivoiser la mort, de la défier pour servir la cause. Et puis il y a les autres. Tous ceux qui prennent des risques gratuits, ou apparemment tels. À l'heure où l'on contracte à tout-va des « assurances tous risques », où nos sociétés s'interrogent sur le « principe de précaution » – médical, alimentaire, technologique –, ils sont de plus en plus nombreux à goûter les joies du rafting, du saut à l'élastique ou en parachute, de l'escalade et des expériences de « survie » en tout genre. Au point d'intéresser psychologues et sociologues, curieux de comprendre ce paradoxe. « Pour bien comprendre la signification sociale et anthropologique des prises de risques, de ce goût nouveau pour l'aventure qui se diffuse à l'ensemble de la population, il faut procéder à une réflexion plus large sur les sociétés occidentales, et notamment sur les formes contemporaines de l'individualisme », estime-t-il. Dans notre époque en manque de repères transcendants – ceux de la religion, par exemple – chacun se retrouve plus ou moins condamné, comme disait Sartre, à « créer ses propres valeurs ». Or, quoi de plus susceptible de nourrir le goût de vivre que de défier la mort, maître ultime de l'existence ? »
Catherine Vincent, Le Monde, 23 avril 2003

Question
Quelles raisons peuvent expliquer cette attirance pour le danger, ce « goût du risque », qui provoque parfois la mort ?
Texte 5
L'exigence laïque du respect mutuel
« Sans transiger avec la laïcité de l'école publique et la nécessité de la préserver de toute manifestation ostentatoire d'appartenance religieuse, il est toutefois possible de faciliter l'accueil des jeunes de toutes origines par quelques mesures simples, et à fort coefficient symbolique. Dans les cantines, par exemple, la généralisation du choix entre deux plats pour les repas servis résoudrait de façon discrète la question des interdits alimentaires. L'attribution d'une autorisation d'absence exceptionnelle, chaque année, pour motif religieux, pourrait être envisagée. […] On invoque aussi le prétendu silence des programmes scolaires en matière de connaissance des faits religieux et mythologiques. Pourtant, les programmes d'histoire, de lettres, d'histoire de l'art et de philosophie permettent d'aborder ces questions. […] La connaissance objective requiert aussi bien l'approche des faits historiques que celle des doctrines. Ce qui doit valoir, c'est la distance propre à la déontologie laïque, faite à la fois de refus du prosélytisme et de respect de la diversité des convictions, religieuses ou non. »
Yamina Benguigui et Henri Pena-Ruiz, Le Monde diplomatique, janvier 2002

Question
En quoi un enseignement à l'école laïque sur les religions et les cultures, à l'instar des « mesures simples » préconisées par les auteurs, pourrait faciliter l'intégration des jeunes immigrés ?
(1)Nous t'avons tant aimé. L'euthanasie, l'impossible loi, par le Pr Bernard Debré, Éditions du Cherche Midi.

Corrigé

Texte 1
L'obésité, autrefois traitée à la légère, voire encouragée (le « bon vivant » est toujours représenté avec un embonpoint), est devenue une véritable épidémie, et donc un problème de santé publique à part entière. Cette surcharge pondérale, préjudiciable à la santé, touche toutes les catégories socioprofessionnelles. Elle résulte donc d'une modification globale : d'une part de notre mode de vie, d'autre part de nos habitudes alimentaires.
Nous dépensons aujourd'hui moins d'énergie que nous n'en stockons. En effet, nous sommes davantage sédentaires : nous utilisons le scooter, la voiture, le métro, plutôt que la marche ou le vélo. De plus, nous restons plus longtemps assis devant un écran, au détriment de la pratique d'une activité sportive.
Nous sommes aussi plus pressés : la durée moyenne d'un repas est passée de 45 minutes au début du xxe siècle à 20 minutes environ de nos jours, ce qui est néfaste à une utilisation correcte des nutriments. Nos repas sont de plus en plus souvent constitués de plats cuisinés, trop gras, salés, sucrés, et pas assez variés. Pauvres en fibres ou en glucides à assimilation lente, ils provoquent l'apparition des fringales responsables du grignotage. Enfin, l'eau est souvent remplacée par une boisson sucrée.
L'épidémie d'obésité étant liée à notre mode de vie sédentaire et déstructuré, il suffirait de revenir à des notions de bon sens pour l'enrayer : manger moins et mieux, plus lentement et sur trois repas à heures fixes, préférer l'eau aux autres boissons, pratiquer une activité physique modérée et régulière. Gageons que tous les efforts en matière d'éducation et d'information de la population, dès le plus jeune âge, ainsi qu'une sensibilisation des industries agroalimentaires sur les bonnes pratiques nutritionnelles, feront diminuer le nombre de personnes obèses en France.
Texte 2
Le taux de chômage est de nouveau en augmentation depuis 2002, malgré un nombre important d'emplois créés dans le même temps. François Wenz-Dumas donne trois explications possibles à ce phénomène, qui montrent que plusieurs mesures ciblées pourraient faire diminuer le nombre de chômeurs.
Selon l'auteur, le marché du travail est saturé par deux catégories de salariés : ceux issus du baby-boom d'après-guerre, qui ne partiront à la retraite que vers 2006, et les femmes, plus nombreuses à travailler que dans les tranches d'âge antérieures. De plus, les nouveaux emplois créés actuellement sont souvent précaires : ils induisent un chômage caché mais chronique.
Pour remédier à la montée du chômage et à la précarisation, plusieurs solutions sont envisageables :
  • un meilleur partage du temps de travail entre les actifs ;
  • une valorisation de l'expérience professionnelle des seniors par le biais d'emplois de formateurs ou tuteurs de leurs remplaçants ;
  • une incitation financière attractive à une cessation temporaire d'activité pour les personnes qui désirent s'occuper de leurs proches (enfants, personnes âgées, etc.) ;
  • une interdiction, pour les entreprises qui dégagent un bénéfice de leur activité, de délocaliser ;
  • un encadrement très strict du travail temporaire pour éviter que certains enchaînent les contrats à durée déterminée sur le même poste.
Le chômage n'est pas une fatalité si tous les partenaires politiques et sociaux se mettent à travailler sérieusement sur le sujet, en mettant de côté la volonté de profit à tout prix, et en conservant les acquis sociaux. Une utopie ?
Texte 3
En septembre 2003, Vincent Humbert, tétraplégique, obtenait du Dr Chaussoy, et avec l'accord de sa mère, l'euthanasie qu'il avait réclamée. Cette affaire a relancé durablement le débat qui oppose les partenaires du droit de mourir dans la dignité et leurs contradicteurs. Chaque partie présente des arguments solides et défendables.
Les partisans de l'euthanasie ont une position claire :
  • chacun doit avoir la liberté de choisir entre la fin de vie dans la souffrance, la déchéance, parfois l'humiliation, et la mort ;
  • l'euthanasie est considérée comme la seule vraie réponse à l'acharnement thérapeutique ;
  • un patient maintenu en vie contre son gré mobilise une infrastructure, un personnel et un matériel coûteux qui pourraient s'avérer utiles pour un autre.
Pour les opposants à l'euthanasie, cette pratique amène de véritables problèmes d'ordre déontologiques :
  • un médecin doit utiliser ses compétences pour donner et maintenir la vie, et non pour l'ôter ;
  • comment être sûr qu'une personne désirant mourir est psychologiquement apte à mesurer les conséquences de ses paroles, et ne va pas les regretter au moment de l'acte ? ;
  • enfin, on peut imaginer que dans certains cas, l'euthanasie soit un prétexte pour se débarrasser d'une personne « gênante » (un héritier, par exemple) ou différente (eugénisme).
Le débat sur l'euthanasie reste ouvert. Seule une législation claire et consensuelle, légalisant cette pratique par un encadrament strict, permettra d'éviter une nouvelle forme d'assassinat, tout en limitant l'acharnement thérapeutique. Ainsi pourra-t-on donner au patient en souffrance une réelle liberté de choix de sa fin de vie.
Texte 4
Le risque a la cote : sports extrêmes, parcours aventure, jeux de guerre grandeur nature ou autres paint-ball… De plus en plus d'individus jeunes ou moins jeunes recherchent des sensations fortes. Au péril parfois de leur propre vie. Leurs motivations sont souvent d'ordre psychologique, sociologique, et même physiologique.
15 % des adolescents adoptent régulièrement des conduites à risque. Un adolescent qui se sent immortel et tout-puissant est en constante contradiction avec le monde qui l'entoure, de plus en plus aseptisé, sécurisé, réglementé. Comment tester sa puissance, se positionner par rapport à l'autre, avoir l'illusion de maîtriser son destin ? En se confrontant avec l'adversaire suprême, celui qui au final le vaincra, mais à qui il essaiera de résister le plus longtemps possible : la mort.
Arrivé à l'âge adulte, un individu devra à nouveau s'évaluer et être évalué, au travers du regard des autres, de ses proches, de ses collègues de travail et supérieurs hiérarchiques. Les cadres supérieurs des grandes entreprises l'ont bien saisi, puisqu'ils sont de plus en plus nombreux à organiser pour leurs subordonnés des stages qui proposent des activités sportives extrêmes où la compétitivité est exacerbée. Être bon ne suffit pas, il faut être le meilleur pour être remarqué.
Le goût du risque devient encore plus dangereux lorsqu'il pousse à des conduites répétitives, voire compulsives ou même addictives. Qu'est-ce qui pousse des individus à se retrouver à la limite de leurs possibilités ? Le flot d'adrénaline qui diffuse dans leur sang et qui procure une sensation euphorique, parfaitement décrite par nombre de sportifs de haut niveau. Cette hormone devient vite indispensable à certains individus, ce qui provoque des conduites à la limite de la toxicomanie, et des symptômes proches de ceux du sevrage quand l'activité à risque doit être interrompue (blessure, contre-indication médicale).
Le goût du risque permet de construire la personnalité de certains individus alors qu'il engendre des comportements destructeurs, et c'est là tout le paradoxe. Car un individu fragile psychologiquement et adepte des sensations fortes pourra facilement se retourner contre l'autre : des jeux stupides au collège qui font des victimes chaque année (jeu du foulard, de la tomate, de la cannette) jusqu'à la délinquance et à l'autodestruction. Un prix bien cher à payer…
Texte 5
Faire de l'école républicaine un espace de tolérance religieuse était une des idées centrales de la réforme scolaire voulue par Jules Ferry en 1882. L'objectif, en interdisant le prosélytisme, était la tolérance et le respect de toutes les croyances hors de la sphère publique. Un peu moins d'un siècle plus tard, l'importante immigration de personnes de confession musulmane relançait la confrontation d'un Islam par trop politisé avec les lois laïques françaises. Comment, dès lors, concilier la pratique religieuse et la laïcité ? En permettant aux individus de mieux se connaître, à travers un enseignement commun de leurs histoires et cultures, et par la tolérance et le respect des différences.
Malgré une brève étude des civilisations introduite dans les programmes scolaires d'histoire-géographie dans les années soixante-dix, l'enseignement du fait culturel et religieux est demeuré très marginal. Au nom de la tolérance et de l'ouverture, mais aussi dans l'idée d'accélérer l'intégration des populations issues de l'immigration, certains souhaitent rajouter dans les programmes scolaires un enseignement du « fait religieux », en particulier musulman, afin de ne pas stigmatiser les populations étrangères en leur faisant ressentir trop durement la différence entre eux et les français dits « de souche ». Les références judéo-chrétiennes fourmillant en effet dans notre culture, il est aujourd'hui essentiel de rééquilibrer la balance en mettant en valeur la culture et la religion musulmanes (la deuxième religion de France).
Cela pose le problème de la formation des enseignants eux-mêmes, très souvent insuffisante, et qui rend difficile l'exercice dans la plus stricte neutralité. En effet, avec des professeurs parfaitement formés à l'enseignement de la diversité des cultures et religions, l'intégration des jeunes issus de l'immigration pourrait être facilitée : pratiqué à travers le prisme de l'histoire et de la littérature, il permettrait d'enseigner du même coup la tolérance et le respect de la diversité.
L'enseignement sur les religions et cultures dans le respect de la laïcité, et sans volonté de hiérarchisation, est indispensable pour que tous se sentent égaux et respectés. De plus, il est à même d'éclairer un individu né en France et tiraillé entre les repères religieux et culturels de ses ancêtres, issus d'un pays qui lui est étranger, et les repères et lois laïques de la république. Éclairage qui peut lui éviter d'avoir à choisir entre le rejet total de ses origines ou le repli dans le communautarisme.
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