Discussion, orthographe (Tours 2006)

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Énoncé

Texte
« Le zapping - pitonnage en québécois… c'est d'abord, qui ne l'a constaté ? le don d'ubiquité. Il suffit d'appuyer avec son pouce sur des boutons pour passer d'un western à une émission politique en direct de Matignon, d'un match de rugby en Nouvelle-Zélande à un clip de rock, à un téléfilm qui se déroule en Provence ou à un jeu dans un studio des Buttes-Chaumont. On est partout en même temps ou presque, on fonce d'un lieu à un autre, on saute d'une histoire à une autre, on rompt un discours pour en attraper un autre, on se soustrait brutalement à une logique, à une cohérence, pour, avec tout autant de violence, s'insérer dans une autre logique, dans une autre cohérence, que nous abandonnerons peut-être dans l'instant, ne serait-ce que parce que nous ne les comprenons pas, pour voler vers d'autres images supposées attractives, que nous choisirons de regarder ou de rejeter sur des réflexes, des humeurs, des pulsions. Vieux rêve de l'homme, la conquête de l'ubiquité repose dans un petit boîtier à portée de la main. Les enfants s'en servent sans retenue. Il leur paraît tout à fait naturel d'être des ubiquistes. Malheureusement, à vouloir être partout le zappeur n'est plus nulle part. Pour lui plus de spectacle en continu, mais une succession de fragments. Il ne regarde plus, il sonde. Il ne s'installe plus, il saute. À la durée, il préfère le va-et-vient ; à la fidélité, le vagabondage ; à la connaissance, les flashes. Ne voulant rien rater, il est de toutes les histoires et de tous les discours, niais sans y entrer vraiment, de sorte qu'il manque l'essentiel. Le papillon ne passe pas pour un esprit sûr et profond. L'omni- présence du zappeur se paie d'une culture endettée, parcellaire, au hasard du pouce. Le monde ne se révèle plus à lui qu'en pointillés. Il fabrique chaque soir des puzzles dont il ne pourra jamais ordonner les pièces. Plus il appuie fréquemment sur la miraculeuse télécommande, plus il aspire à être le voyeur de toutes les réalités, et plus il décroche de la réalité. Or il est impossible que les habitudes contractées devant la télévision ne se retrouvent pas ailleurs. Comment lire placidement un journal quand on a dans l'œil l'impatience de l'ubiquiste ? Comment lire un livre dans sa longue continuité quand on est un zappeur invétéré ? Je suis convaincu qu'une des raisons pour lesquelles les jeunes lisent de moins en moins, c'est l'inaptitude de l'écrit à se prêter aux pratiques du zapping (…). Comment aussi ne pas être exaspéré par les choses ordinaires de la vie, par leur lenteur, leur uniformité, leur répétition, quand la télécommande nous permet, plusieurs heures par jour, de changer à tout instant, d'effacer, de fuir, de revenir, de repartir, d'être ailleurs dès lors que cela ne nous plaît plus d'être ici ? Comment, inconsciemment bien sûr, ne pas demander à l'existence de nous offrir de nombreuses aventures concomitantes au milieu desquelles nous pourrions zapper ? Un certain malaise naît de notre impuissance à nous multiplier, à nous transporter, alors que la télévision réalise ce genre d'exploit avec une facilité dérisoire. »
D'après un texte de Bernard Pivot.

Question
Bernard Pivot évoque une « culture émiettée, parcellaire… » engendrée par le zapping télévisuel.
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Épreuve d'orthographe
Trouvez les cinq fautes.
La marche dans la forêt d'Amboise
« La marche, l'hiver, dans la forêt d'Amboise était un rite familial qui se renouvelait plusieurs fois par semaine. Avec mon père, le rythme était militaire et il affrontait les vents contraires, sous un ciel gris brumeux, d'un pas énergique. La découpure de la forêt se dessinait en rameaux fins et menus comme une arborisation dans une agate. Au loin, des fumées bleuâtres flottaient entre les fûts noircis des arbres au bout des allées et dans les trouées des clairières. Sur les grandes allées, sur les racines des arbres, entre i'ébouriffement des broussailles et des herbes sèches poudrées à blanc par la neige, nous, les trois aînés, nous tentions de tenir le rythme en respirant les brumes, les vapeurs et les pluies sous le pâle rayon qui caressait les plaques de mousse et le velours des écorces. Nous attrapions leurs paroles en enfonçant nos bottes dans la neige en un crissement doux. Cette marche sylvestre dans les empreintes du père nous faisait reprendre le souffle des ancêtres de la Gaule chevelue. Ce peuple possédait une éloquence qui lui était propre. Au temps de César, l'aristocratie gauloise habitait au fond des bois, par plaisir autant que par souci de sécurité. Les forêts étaient les temples des divinités et les habitants des campagnes consacraient jadis un bel arbre à un dieu suivant le rituel des druides. Dans le silence de la marche rythmée par le seul bruit de la respiration, nous retrouvions les bois sacrés et cette atmosphère religieuse qui règne sous les grands arbres, comme elle émane de ces statues de la Renaissance resplendissantes d'or et d'ivoire. Lorsque c'était ma mère qui conduisait la marche, l'atmosphère était différente. L'imaginaire menait le bal. La cadence était moins rapide et il fallait lever les yeux au ciel. Pour elle tout instant était un conte de fées et elle se dirigeait vers les étangs en nous racontant des histoires de son enfance, elle qui avait été élevée au milieu des bois. Elle seule pouvait savoir que dans le coassement des corbeaux qui passaient au-dessus de nous il y avait vingt-huit intonations différentes. Elle savait interpréter les messages de la forêt ; un taillis qui frissonne, une branche qui se rompt. Elle seule pouvait nous désigner le chemin pale du ciel entre le faite des arbres. Ma mère chantait en marchant et disait des poèmes comme elle aurait murmuré des prières. Nous la suivions fascinés, passionnés, affamés de nouvelles histoires. »
Gonzague Saint Bris , L'Enfant de Vinci,

Corrigé

Discussion à partir d'un texte
Pendant près de quinze ans, Bernard Pivot a reçu sur le plateau d'Apostrophes nombre d'écrivains avec qui il cultivait l'art de la conversation. Cette émission de télévision constituait pour beaucoup de spectateurs une ouverture sur le savoir, sur la vie intellectuelle. Véritable institution, elle avait en effet une bonne audience et permettait la médiatisation de certains auteurs. La télévision devenait alors un vecteur culturel incontournable pour la société. Mais aujourd'hui, le zapping télévisuel n'engendre-t-il pas ce que Bernard Pivot appelle « une culture émiettée, parcellaire » ? Non seulement le zapping ne favorise pas une construction culturelle solide mais il modifie aussi plus généralement notre manière d'être au monde.
La télévision exerce en effet une influence certaine sur nos modes de vie. En moyenne, un téléspectateur passe 3h30 par jour devant son écran et, comme le souligne Pierre Bourdieu dans son texte Sur la télévision (1996), « la télévision a une sorte de monopole de fait sur la formation des cerveaux d'une partie très importante de la population. » Mais aujourd'hui, avec la multiplication des chaînes et l'avènement du zapping, la pratique télévisuelle a bien changé. Le sociologue canadien T. Mac Luhan affirmait : « Le médium, c'est le message. » Or, si le médium se transforme, le message change également, et par conséquent, la formation du spectateur. Autrefois formidable fenêtre culturelle qui favorisait la rencontre avec l'artiste, la télévision ne permet plus, à cause du zapping, qu'une approche fragmentaire où tout se mêle : information, fiction, art, sport, variétés… et le spectateur « manque l'essentiel », regrette Bernard Pivot.
Mais la pratique du zapping ne se limite pas aux émissions télévisuelles, et, ce faisant, modifie en profondeur nos façons de penser et d'agir, en atteignant toutes les sphères de la société. Même le domaine professionnel, par exemple, n'est pas épargné. Aujourd'hui, la capacité d'adaptation aux nouvelles situations est un critère de recrutement essentiel, indispensable, compte-tenu des variations des objectifs de travail. Beaucoup de cadres constatent et déplorent la fragmentation de leur activité : ils passent de tâche en tâche, abandonnent un projet en cours pour un autre plus urgent. Le temps de travail morcelé engendre stress, frustration et absence de vision à long terme. On est dans une immédiateté perpétuelle qui empêche l'analyse, la réflexion.
Le zapping s'avère donc destructeur pour la culture, pour la pensée. Mais il instaure également la domination du visuel. Apostrophes était une émission où l'on parlait. Maintenant, l'heure n'est plus au discours mais à la prééminence de l'image, de l'action, du spectaculaire qui suscitent une émotion brute.
Épreuve d'orthographe
Erreurs concernant des oublis de l'accent circonflexe :
Ligne 4 : bleuâtres
Ligne 5 : fûts
Ligne 24 : pâle
Ligne 25 : faîte
Erreur due à la proximité phonétique :
Ligne 22 : le croassement des corbeaux (le coassement des grenouilles).
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