Synthèse de documents (Nice 2006)

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Énoncé

Thème : « Croire ! En qui ? en quoi ? pourquoi ? »
Vous rédigerez un note de synthèse de ces documents en respectant la consigne de produire approximativement 900 mots (+/- 10 %). Vous pouvez utiliser le décompte par page et par ligne ; il vous fera gagner du temps. (Précision de comptage : et = 1 mot ; I' = 1 mot ; épreuve = 1 mot ; tandis que = 2 mots ; c'est-à- dire = 4 mots).
Vous pouvez si vous le voulez indiquer le nombre total de mots à la fin de votre rédaction.
Ce dossier comporte quinze documents :
Document 1 :
« Les promesses de l'évangélisme », revue L'Express, dossier Benoît xvi, 28 mars 2005.
Document 2 :
« Demain, on aura grand besoin d'un pape qui nous" rappelle les fondements spirituels de notre vie», revue L'Express, 25 avril 2005.
Document 3 :
« Une puissance ludique et poétique qui fascine », revue L'Express, 25 avril 2005.
Document 4 :
« Une vague démoniaque se propage chez les ados », revue L'Express, 20 juin 2005.
Document 5 :
« Croyances, informations chiffrées », revue Marianne, dossier « La folie de l'ésotérisme » 22 avril 2005.
Document 6 :
« Le corps humain, miroir du cosmos », revue Marianne, dossier « La folie de l'ésotérisme » 22 avril 2005.
Document 7 :
« Pour les religieux, la foi ne peut se résumer à un processus chimique », revue Marianne, dossier « La folie de l'ésotérisme » 22 avril 2005.
Document 8 :
« Croire nous aide-t-il à guérir ? », revue Marianne, dossier « La folie de l'ésotérisme » 22 avril 2005.
Document 9 :
« La science à l'assaut du divin », revue Marianne, dossier « La folie de l'ésotérisme » 22 avril 2005.
Document 10 :
« 2 000 ans avant Dan Brown », revue Marianne, dossier « La folie de l'ésotérisme » 22 avril 2005 (x pages).
Document 11 :
« Pourquoi les stars y croient-elles ? », revue Marianne, dossier « La folie de l'ésotérisme » 22 avril 2005.
Document 12 :
« Ils voient des signes partout ! », revue Marianne, dossier « La folie de l'ésotérisme » 22 avril 2005.
Document 13 :
« Définition de la religion ; extrait du Dictionnaire incorrect », revue Ça m'intéresse, n°288, fevrier 2000.
Document 14 :
« Le pape, leader politique », revue Ça m'intéresse, n° 288, février 2000.
Document 15 :
« Quand le fondement est un souffle », Mgr. Rouet, colloque Religion et politique, octobre 2004.
Document 1
Les promesses de l'évangélisme
« Tu peux naître de nouveau » : issu des mouvements piétistes des xviie et xviiie siècles en Angleterre et en Allemagne, le néoprotestantisme évangélique insiste sur la notion de « réveil » et de renaissance à Dieu, par la conversion des âmes. Les fidèles s'immergent dans la lecture littérale de la Bible et considèrent le partage de leur foi comme un devoir. Le courant pentecôtiste charismatique est le plus actif. Fondé sur le récit de la Pentecôte consigné dans les Actes des Apôtres, il met l'accent sur la force de l'Esprit saint, l'émotionnel, les guérisons. En France, les évangéliques sont près de 400 000. Ils revendiquent leur liberté de culte, sans interférer dans le politique. « Plus des trois quarts d'entre eux viennent soit du catholicisme, jugé trop hiérarchique et traditionnel, soit d'autres courants protestants, qu'ils estiment trop sécularisés, soit des milieux agnostiques ou athées », souligne Sébastien Fath, chercheur au Groupe de sociologie des religions et de la laïcité. Les évangélismes tsigane et afro-antillais sont en plein essor.
« Dans leur immense majorité, les évangéliques n'ont pas de visées théocratiques, affirme Sébastien Fath, spécialiste du néoprotestantisme américain. Ils cherchent l'influence. Leur objectif est d'orienter la politique familiale en faveur de valeurs jugées "chrétiennes". » En somme, pour ces néoprotestants, d'Amérique ou d'ailleurs, la politique apparaît surtout comme un instrument au service de leur projet conservateur : moraliser les mœurs conformément aux préceptes de la Bible. Outre-Adantique, le thème des « valeurs » est d'ailleurs devenu si porteur que les démocrates ont formé un groupe de travail sur la foi » afin d'émailler leurs discours de références bibliques.
Défense de la famille et de l'éducation, exaltation de la femme dans son rôle de mère et de ménagère, lutte contre la théorie de l'évolution, qui contredit la Bible, rejet du divorce, de l'avortement, de la sodomie et de l'homosexualité… Les combats obsessionnels menés par les évangéliques au nom du salut des âmes et de l'éradication du péché sont les mêmes que ceux des islamiques - e t des intégristes catholiques, d'ailleurs. On se souvient en Egypte du macro-procès de vingt-trois homosexuels condamnés à des peines de prison en 2001 pour « mépris de l'islam ». Dans les pays musulmans, les islamistes tentent d'imposer leur vision morale du monde en utilisant les ficelles du droit. Mais sont-ils pour autant parvenus à satisfaire leurs visées théocratiques ? Question complexe. Pour le chercheur Olivier Roy, spécialiste de l'islam, la réponse est non.
Document 2
« Demain, on aura grand besoin d'un pape qui nous rappelle les fondements spirituels de notre vie »
Le dialogue entre les religions est nécessaire dans un monde qui tend à s'unifier. Mais le danger est que s'instaure un dialogue superficiel. Car le relativisme qui s'est emparé aujourd'hui des esprits développe une sorte d'anarchisme moral et intellectuel qui conduit les hommes à ne plus accepter de vérité unique. Affirmer sa vérité passe désormais pour une marque d'intolérance. Or un vrai dialogue n'est pas un mouvement dans le vide. Il a un but : la recherche commune de la vérité. Un chrétien ne peut pas renoncer à sa connaissance de la vérité, révélée pour lui en Jésus-Christ, fils unique de Dieu. Si le boudhisme séduit, c'est parce qu'il apparaît comme une possibilité de toucher à l'infini, à la félicité, sans avoir d'obligations religieuses concrètes. Un autoérotisme spirituel, en quelque sorte. Quelqu'un avait justement prédit, dans les années 1950, que le défi de l'Eglise au XXe siècle serait non pas le marxisme, mais le bouddhisme. Que dites-vous à un catholique tenté de croire à la réincarnation ?
Celle-ci a un sens dans la religion hindoue, celui d'un chemin de purification. Hors de ce contexte, la réincarnation est moralement cruelle, car ces éternels retours à la vie terrestre ressemblent à un cycle infernal.
La laïcité à la française est-elle un modèle exportable des rapports entre l'État et les confessions religieuses, y compris l'islam ?
Elle s'est déjà exportée en Europe et en Amérique latine. Mais la laïcité n'est ni parfaite ni immuable. Les sociétés laïques occidentales respectent actuellement le dimanche, les fêtes, le calendrier chrétiens, et le mariage monogamique. Mais rien ne dit qu'un jour ces éléments fondamentaux de notre vie sociale ne seront pas remis en question. Par ailleurs, l'islam ne peut pas renoncer à sa volonté intrinsèque d'être un élément décisif de Tordre public. S'il s'insère pour l'instant dans la société laïque, peut-on dire que cette situation soit définitive? Enfin, je pense qu'un État absolument neutre ne peut pas sérieusement garantir la liberté et la tolérance dans une société s'il n'incarne pas lui-même des valeurs hautement morales et humaines. Pour tous ces motifs, la laïcité n'est pas un acquis définitif. Comprenez-vous que le président Chirac ait été critiqué pour avoir communié devant des caméras de télévision ?
Un homme politique ne doit pas imposer sa foi à ses concitoyens dans une société démocratique pluraliste. Mais il ne doit pas non plus devenir schizophrène. La discrétion doit enseigner aux hommes politiques un art de parler qui leur permette à la fois de respecter les structures démocratiques et pluralistes et de révéler ce qui les guide personnellement dans leur vie.
Document 3
Une puissance ludique et poétique qui fascine
Subtil jeu de miroirs entre le moi et la nature, l'ésotérisme inviterait donc à une traversée existentielle. Avec, au bout du chemin, la découverte d'« une réalité à l'intérieur de nous-mêmes », comme le glisse François Stifani, porte-parole de la Grande Loge nationale française. Une aventure au cours de laquelle l'être se transformerait lui-même, ici et maintenant. Sagesse et promesse d'un bonheur ici-bas, mise en valeur de l'individu : l'ésotérisme, tout comme le bouddhisme, satisfait le besoin de vérité et de vie intérieure, devenu si impérieux aujourd'hui. Mais c'est sans doute en raison de sa puissance ludique et poétique qu'il fascine. « Tout à l'idée que l'univers est plein de signes, l'ésotérique voit des coïncidences signifîcatives partout, tel André Breton qui croisait et recroisait Nadja sans la chercher, commente le philosophe Pierre Riflard. Il vit dans un esprit d'enchantement. »
Sevré de rêves et de mythes, trahi par le progrès qui s'est retourné contre lui, l'homme d'aujourd'hui trouve dans l'ésotérisme de quoi renouer avec sa part d'imamginaire. Comme le dit le sociologue Jean-Pierre Laurant, ce vagabondage fantasmagotique ouvre « un espace de liberté dans notre société bloquée ». Une nouvelle forme de spiritualité est-elle en train de naître ? Une spiritualité qui redonnerait toute sa place à l'individu, sans l'enfermer dans une rationalité technique et réductrice ? « Il faut se défaire de l'héritage d'un rationalisme naïf qui nous a conditionnés à faire égaler retrait de la religion et disparition de toute espèce de détours par l'invisible, note le philosophe Marcel Gauchet dans Un monde désenchanté ? (L'Atelier). Mais le quelque chose qui subsiste n'organise pas notre monde et l'action des individus. Donc, pas de naïveté symétrique consistant à prédire la faillite de notre scientisme desséchant pour cause d'horoscopes et de tables tournantes ! »
Ce « quelque chose qui subsiste » - Marcel Gauchet en convient par ailleurs - montre pourtant que les hommes ne se contentent pas de la raison raisonnable. Qu'ils croient toujours en l'existence d'un absolu qui les dépasse et sur lequel ils se leurrent, peutêtre, mais qu'ils ressentent nécessaire au plus profond d'eux-mêmes. Vouloir découvrir l'envers des choses, c'est tenter de donner corps à ce sentiment indéfinissable. Une très vieille histoire, en somme.
Document 4
Plus on est jeune et détaché des dogmes religieux, plus on croit au surnaturel, observent les sociologues. Rien d'étonnant, donc, à ce que les ados se soient piqués au jeu de l'ésotérisme bien avant leurs parents.
Une vague démoniaque se propage chez les ados
Jacky Cordonnier, historien des religions (Dérives religieuses, Chronique sociale), organise depuis des années des conférences sur les dérives sectaires dans les collèges et les lycées de l'hexagone. Qu'a-t-il découvert ? Que des flopées d'élèves jouent aux apprentis sorciers. Que des foules de gamins sont accros au spiritisme, à l'image de leurs héros des séries télévisées Charmed ou Buffy et les vampires. « Les profs sont sidérés et ils ont de quoi ! s'exclame Cordonnier. Les élèves de quatrième ou de troisième font de l'alchimie, ils torturent des animaux, vont chercher des potions et des incantations sur Internet, lancent des invocations au diable et sont persuadés que ça marche ! »
Un jeu ? Oui, mais un jeu dangereux. « Certains adolescents peuvent être instrumentalisés par des gourous et souffrir de troubles psychiatriques », prévient Jacky Cordonnier. D'autant que l'ésotérisme peut mener au satanisme, doctrine qui invite, elle aussi, à découvrir une autre vérité, en procédant au renversement systématique des valeurs morales. Portée par le rock black métal, la mode gothique et le succès d'icônes pop comme la star androgyne Marylin Manson, qui était en concert à Paris le 14 juin, la vague démoniaque se propage chez les jeunes. Les colifichets favoris de ces adeptes au look de vampire ? Croix renversées ou étoiles à cinq branches, symboles du Malin. D'après une étude du sociologue Yves Lambert, 21 % des 19-28 ans croyaient en l'enfer en 1999, pour 11 % en 1981. L'an dernier, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires a relevé vingt-trois profanations de cimetières à caractère nettement satanique, pour dixhuit en 2003. Certains de ces disciples de Satan basculent vers la mouvance néonazie et son apologie du mal, avertissent les spécialistes. Pas de quoi s'alarmer pour autant, estime le chercheur Guy Michelat. « Les jeunes se bricolent leur propre système spirituel. Du coup, chaque croyance prise séparément, détachée de la symbolique catholique et de sa cohérence, perd de sa signification, analyse le sociologue. Le diable renvoie au mal au sens très large, il devient porteur du désir qu'éprouvent les adolescents de s'opposer à la société. »
Document 5
Croyances, informations chiffrées
8/08/08
à 8 heures
du matin débuteront les jeux Olympiques de Chine à Pékin.
La République populaire a choisi ces dates et heure parce que le 8 est le chiffre portebonheur dans tout le pays.
58 % des Français pensent que l'existence de Dieu est certaine ou probable (CSA, Le Monde, La Vie, 2003).
28 000 dollars est le prix d'un croquemonsieur vendu sur Internet. Relique où certains ont vu se dessiner un visage semblable à celui de la Vierge Marie.
86 % de la population mondiale est croyante :
  • 2 milliards de chrétiens ;
  • 1,3 milliard de musulmans ;
  • 900 millions d'hindous.
1,5 million de dollars est la somme décernée au lauréat annuel de la fondation américaine Templeton. Des scientifiques y présentent leurs travaux qui pourraient induire l'existence de Dieu.
37 % des Français croient à l'analyse de la personnalité par les signes astrologiques et 23 % aux prédictions des voyants. (CSA 2003)
Il y aurait quatre à cinq sorciers par canton en France et le double en ville, soit 40 000 personnes.
Il y a actuellement 119 prêtres exorcistes en France et sur Internet, le pack de désenvoûtement complet se vend 125 euros.
Document 6
La folie de l'ésotérisme
Le corps humain, miroir du cosmos
L'ésotérisme occidental a une histoire. Histoire qui fait d'ailleurs depuis 1979 l'objet d'une chaire à la prestigieuse École pratique des hautes études. Les origines de la tradition ésotérique remontent aux mystères d'Orphée et d'Eleusis, ces grandes célébrations à la fois énigmatiques et populaires de l'Antiquité grecque. Au vie siècle avant Jésus-Christ, le mathématicien et astronome Pythagore, considéré comme le fondateur de l'ésotérisme occidental, affirme que les nombres régissent la nature. Environ deux siècles plus tard, Aristote évoque un savoir « exotérique », destiné à la foule, et un autre type de connaissance, occulte, réservé aux initiés. L'adjectif « ésotérique » n'apparaîtra que plus tard, sous la plume du Grec Lucien de Samosate, vers 166 de l'ère chrétienne. À partir du IIIe siècle avant Jésus-Christ, les néoplatoniciens, rassemblés à Alexandrie, élargissent et diffusent la doctrine ésotérique. Porphyre (234-305), puis Proclus (412-485) reprennent l'idée platonicienne d'une réalité suprasensible divisée en différents degrés, en y ajoutant, sous l'influence de leurs voisins orientaux, la pratique de l'extase, de la magie et de la méditation.
Dans ce monde qui nous déconcerte, parce qu'il va trop vite, parce qu'il se complique et parce qu'il déballe tout sur la place publique, l'ésotérisme est un formidable exutoire. « L'idée qu'il faut aller chercher au-delà de la réalité immédiate s'impose dans toutes les périodes de troubles et d'incertitudes sur les systèmes de pensée traditionnels », rappelle Jean-Pierre Laurant, chercheur au Groupe de sociologie des religions et de la laïcité.
Document 7
Pour les religieux, la foi ne peut se résumer à un processus chimique
Chercheur au National Cancer Institute, Dean Hammer a eu l'idée de détailler les résultats d'un test de personnalité rempli par 1 000 fumeurs dans le cadre d'une étude sur la dépendance au tabac. Une partie de ce questionnaire avait été conçue pour mesurer trois traits de caractère liés à la spiritualité : l'oubli de soi-même (la capacité à se fondre complètement dans une expérience spirituelle), l'identification transpersonnelle (l'aptitude à se sentir en résonance avec son environnement) et le mysticisme (la facilité à accepter la réalité de phénomènes qui ne peuvent être prouvés). À partir de ces éléments, Dean Hammer, détournant l'objectif premier du test, a comparé le patrimoine génétique des sujets aux tendances religieuses les plus marquées avec celui des personnes les moins spirituelles. Ayant fait porter son étude sur neuf gènes connus pour jouer un rôle prépondérant dans la production de monoamines (qui régulent l'humeur et de nom-breux aspects du comportement), le biologiste a découvert sur l'un d'eux (le VMTA2 transporteur vésiculaire des monoamines) une variation que l'on retrouve seulement chez les sujets les plus « spirituels ».
En d'autres termes, tout homme porteur de cet agencement particulier serait chimiquement prédisposé à « croire ». Selon le scientifique, « Jésus, Mahomet et Bouddha, qui ont en commun d'avoir vécu des expériences spirituelles et des altérations de la conscience, étaient sans doute porteurs de cette variation génétique. » Tant pis pour l'âme de l'homme, qui se voit rabaissée au rang d'une simple caractéristique physique ! À une autre époque, le blasphème aurait mené au bûcher. Aujourd'hui, la « découverte » fait la une du très sérieux magazine américain Time (29/11/04).
Document 8
Croire nous aide-t-il à guérir ?
Le placebo est une substance neutre administrée à un patient persuadé de prendre un vrai médicament. Des études ont par exemple montré que le risque de rechute s'avère moins important chez les schizophrènes sous placebo que chez ceux ne recevant aucun traitement ; ou encore que les patients ayant survécu à un infarctus et prenant régulièrement leur placebo présentent un taux de mortalité deux fois moindre que ceux qui ne le prennent pas régulièrement.
Toucher du bois ou jeter un coup d'œil à l'horoscope, juste « au cas où », procure un réconfort express à faible coût. Comme le résume Gérard Bronner, « seule une faible minorité de la population est vraiment superstitieuse. Pour la majorité, ces croyances relèvent du slogan du loto : c'est facile, c'est pas cher, et ça peut rapporter gros ». Parmi les plus convaincus figurent de nombreux sportifs de haut niveau, comme le footballeur Basile Boli, qui a porté le même slip kangourou lors de chaque match pendant dix ans, ou Zinedine Zidane, qui porte un tee-shirt à l'envers sous son maillot. Selon Jean-Cyrille Lecoq, psychologue du sport et préparateur mental, ces manies présentent un caractère narcissique : elles sont là pour protéger l'ego en cas d'échec. « Elles permettent de ne pas s'attribuer la faute. Cela peut être utile pour pouvoir relever la tête et continuer. »
De la même façon, attribuer ses malheurs à un miroir brisé, une table dressée pour treize ou un envoûtement, permet d'éviter d'en analyser les causes objectives ou, du moins, aide à les oublier. Les grigris sont un genre de remède pour nous aider à digérer les frustrations et les coups durs.
Document 9
La science à l'assaut du divin
POUR LES SCIENTIFIQUES, COMPRENDRE LE « PHÉNOMÈNE RELIGIEUX » RESTE UN GRAAL. BIOLOGIE, NEUROSCIENCES OU ANTHROPOLOGIE, LES THÉORIES FOISONNENT.
En observant les flux sanguins dans le cerveau de moines bouddhistes en méditation, les neuroscientifiques américains Newberg et d'Aquili ont montré un ralentissement de l'activité dans l'aire pariétale supérieure, qui permet notamment de s'orienter dans l'espace et de distinguer la frontière entre soi et le monde. La disparition de ces repères s'apparenterait à des expériences mystiques.
Travaillant avec des Tibétains, le Français Antoine Lutz, chercheur à l'université de Madison, dans le Wisconsin, interprète leurs électroencéphalogrammes pour isoler une signature électrique de l'état méditatif, en l'occurrence une activité anormalement élevée d'oscillations gamma, qui interviennent dans les processus d'attention, d'apprentissage…
L'anthropologue Pascal Boyer affirme pour sa part que l'université des thèmes religieux est déterminée par des systèmes orientaux préexistants destinés à favoriser la coopération et la collecte d'informations. Plus une religion correspond à ces systèmes, plus elle a de chances de se répandre, par le bouche-à-oreille, comme une épidémie mentale ». (L'homme créa les dieux, 2001).
Au Canada, le neuropsychologue Michael Persinger affirme, expérimentation à l'appui, qu'il existe une relation entre les phénomènes électriques anormaux dans le cerveau et les expériences mystiques. La conversion de saint Paul s'expliquerait ainsi par une crise d'épilepsie. Des charlatans en profitent pour vendre (225 \$ pièce) des casques électromagnétiques censés garantir une expérience divine.
Le prix Nobel de médecine Christian de Duve a, lui, trouvé le mot de la fin : « L'homme a vu son nombre de neurones plus que tripler en deux millions d'années. Imaginez qu'on double encore ce nombre : cela créerait un instrument de compréhension capable de percevoir et de concevoir des choses que nous sommes incapables d'appréhender. Je pense que cette évolution va aboutir à des individus, des cerveaux qui vont approcher de plus près ce que j'appelle l'"ultime réalité". »
Document 10
2 000 ans avant Dan Brown
L'auteur de Da Vinci Code est l'héritier d'une longue lignée. Dès l'Antiquité, ce genre de romans à clef - on ne disait pas encore « ésotérique » - ont fasciné le public. Le best-seller du IIe siècle après Jésus-Christ, les Métamorphoses ou L'Âne d'or, d'Apulée, fourmille de métaphores qui suggèrent plusieurs niveaux d'interprétation à partir d'une banale intrigue érotico-amoureuse. Au Moyen Âge, Chrétien de Troyes (1180), puis Wolfram von Eschenbach (entre 1200 et 1210) enrichissent le genre en narrant les aventures des chevaliers de la Table ronde en quête du Graal. Allégorie amoureuse et parcours initiatique, le Roman de la Rose, entamé par Guillaume de Lorris et terminé par Jean de Meung (de 1230 à 1285), invite, lui aussi, à une poétique traversée des apparences. Au xviiie siècle, Goethe reprend le flambeau à la fin de sa vie en rédigeant, de 1825 à 1832, une seconde version de son Foust (1773). Entre-temps, le poète a rencontré des adeptes de la Rose-Croix, découvert l'alchimie et l'occultisme, puis rejoint la franc-maçonnerie en 1780. Plus près de nous, dans les années 1960, les ouvrages de Gérard de Sècle, Les Templiers sont parmi nous, notamment, sont devenus une référence chez les férus d'ésotérisme grand public. Intellectuel et distancié, l'Italien Umberto Eco s'est, lui aussi, piqué au jeu des clairs-obscurs ésotériques dans Le Nom de la rose et Le Pendule de Foucault. Mais c'est au Brésilien Paulo Coelho que l'on doit le plus beau coup de maître, avec L'Alchimiste : 60 millions d'exemplaires vendus. Encore un qui a trouvé la formule.
Document 11
Pourquoi les stars y croient-elles ?
Madonna : la kabbale sans effort
Depuis sa conversion voici trois ans, la star ne rate pas une occasion de faire du prosélytisme. Demi Moore, Donna Karan, les Beckham, Mick Jagger se sont déjà laissé convaincre. L'objectif de ce culte new âge conçu par un ex-agent d'assurances : une « réinvention de soi », débarrassée de toute « énergie négative ». Tout cela n'a pas grand chose à voir avec la vraie kabbale telle que la définit la tradition juive. Cette mystique très ancienne implique une démarche intellectuelle exigeante, qui s'appuie sur l'idée que l'Écriture sainte recèle des sens cachés : Moïse Cordovero, un de ses maîtres du xvie siècle, proposait jusqu'à douze niveaux de lecture de la Torah. Selon les kabbalistes, leur étude, en démontrant qu'il ne faut pas s'arrêter à l'interprétation littérale des textes, est un chemin vers la tolérance et la bienveillance envers l'autre.
Richard Gere : transes indiennes pour le disciple du dalaï-lama
Après la découverte du bouddhisme dans les années 70, Richard Gère est devenu l'un de ses principaux porte-parole en Occident. L'acteur médite, quotidiennement, entre 45 min et 2 h : « Le but ultime, explique-t-il, est d'être heureux. Ce n'est pas une action, c'est un processus. » La star ne mène pas pour autant une vie d'ascète : il fait la fête et boit de l'alcool, mais il part régulièrement pour des retraites en Inde et suit l'enseignement du dalaïlama.
Cat Stevens : Yusuf Islam, le musulman chantant
Converti à l'islam en 1977, le chanteur folk avait renié sa carrière musicale. L'auteur de My Lady d'Arbanville a pourtant ressorti sa guitare le 9 décembre dernier pour un concert : « J'ai trouvé des preuves dans la vie du prophète, qui montrent qu'il autorisait la musique et l'encourageait même parfois. »
Mel Gibson : le héros de L'Arme fatale devient soldat du Christf
Difficile d'imaginer « Mad Max » en religieux. Pourtant, l'Australien Mel Gibson est un fervent catholique, et son dernier film, le très controversé la Passion du Christ, se voulait un acte de foi. « Le Saint-Esprit œuvrait à travers moi pendant ce tournage, a-t-il déclaré. Moi, je me contentais de gérer le trafic. » L'acteur assiste chaque matin à une messe en latin : il refuse les changements introduits par le concile de Vatican II, dans les années 60, notamment la messe en langues vernaculaires. L'église dont il a financé la construction, à Malibu, n'est affiliée à aucun diocèse.
Tom Cruise : un avocat pour la scientologie
L'acteur est depuis plus de quinze ans un adepte de l'église de Scientologie. Comme John Travolta et Lisa Marie Presley, la fille d'Elvis, il fréquente les « Celebrity Centers », réservés aux adeptes vedettes. Le héros de Top Gun et de Mission impossible affirme que « la Scientologie est un corps de connaissances qui fournit des outils. En les appliquant à ma vie, ils m'ont aidé à m'épanouir en tant qu'artiste ». Fondé en 1954 par Ron Hubbard, un écrivain de science-fiction, le groupe revendique aujourd'hui neuf millions d'adeptes dans le monde. À ceux-ci, il promet le « clair », un état d'édification spirituelle, ainsi que des « solutions simples et à portée de tous ». La condition : suivre une méthode, la dianétique, ainsi que des cours, livres et formations, tous payants. En France, la Scientologie est stigmatisée dans le rapport parlementaire anti-secte de 1996.
Du feng-shui au new âge, élans mystiques chez les « people »
Le chanteur Prince, connu pour ses tenues déjantées et ses hits sexy comme Kiss ou Cream, a rejoint les Témoins de Jéhovah en 2000, Un an plus tard, il a sorti l'album Rainbow Children, aux paroles très religieuses.
En 1999, la chanteuse irlandaise Sinead O'Connor qui avait fait scandale sept ans plus tôt en déchirant une photo du pape en direct à la télévision américaine, devient mère Bernadette. Elle sera ordonnée prêtre à Lourdes par un évêque schismatique.
Cette année, les stars britanniques raffolent des chaussures de la gamme feng-shui du créateur Jimmy Choo. Des cristaux incrustés dans les talons promettent bienêtre et « énergies positives » pour 240 livres la paire (environ 350 €)… Quantu à l'homme d'affaires américain Donald Trump il a décidé de faire construire son nouveau projet immobilier à New York selon les principes de cette sagesse chinoise.
Cherfe Blair, la femme du Premier ministre britannique, s'est retrouvée au cœur d'une controverse en 2002 à cause de ses pratiques new age : elle porte en effet un « pendentif magique » de quartz, censé procurer un « cocon d'énergie », consulte une médium et un radiesthésiste spécialisé dans les « pierres sacrées néolithiques ».
Document 12
Ils voient des signes partout
Magie des signes et des symboles, croyances en une puissance supérieure… Même battues en brèche par le savoir scientifique, les superstitions (du latin superstare : « se tenir au-dessus ») restent vivaces. En juin 2003, 36 % des Français se disaient convaincus que certains actes avaient automatiquement des conséquences, bonnes ou mauvaises (enquête d'Opinion Wave). Mieux : 29,3 % des bac +3 avouaient souscrire à ces peurs et petites manies. Selon un récent sondage mené outre-Manche, plus d'un tiers des Britanniques refusèrent de déménager un vendredi 13 et 47 % d'entre eux d'acquérir une maison « hantée » (sic).
À l'image de la société, les superstitions se sont individualisées. « Les gens se créent leurs propres rites, que ce soit à travers un vêtement ou un objet fétiche, souligne Christophe Lefébure, historien du patrimoine (La France des croyances et des superstitions, Flammarion). Ils ont de moins en moins confiance en eux et ne savent plus à quel saint se vouer. Moins rigide que la religion, la superstition permet de choisir sa conduite. »
Cette soif d'espoir et de merveilleux a des retombées commerciales. Chez Truffaut, célèbre enseigne de jardinerie, 12 500 clients font l'acquisition, chaque année, d'un trèfle à quatre feuilles. De la poupée mexicaine Macho, censée assurer la fidélité du conjoint, aux escapidarios, petites images pieuses à porter en pendentif, en passant par le ruban brésilien Bonfim, l'irrationnel bobo est à la mode. Même Leonardo DiCaprio porte ce bonheur-là autour du poignet. C'est dire.
Document 13
Religion
A priori, système de croyance et d'explication « créationniste » du monde et de l'univers. Mais, au-delà, structure d'unification culturelle d'une population donnée. On pourrait, en effet, se poser des questions naïves : pourquoi Dieu, si Dieu il y a ou fut, a-t-il toléré un tel antagonisme dans la façon de lui rendre grâce et les conséquences aussi monstrueuses de cet antagonisme ?
Autrement dit, comment Dieu a-t-il pu s'accepter lui-même comme centre d'un culte dont la diversité conflictuelle est devenue un instrument de destruction massive de l'humanité invitée à le lui rendre ?
Pourquoi n'a-t-on jamais assisté à la fusion ou à l'osmose de deux ou plusieurs religions se réclamant à la fois du même Dieu et de la même Genèse ? Pourquoi, apparemment, dans ce domaine, ne recherchet-on ni synergie ni économie d'échelle ?
Pourquoi, au contraire, plus les religions s'abreuvent à la même source, et plus elles se scindent et se parcellisent, au point d'apparaître parfois moins unificatrices que ne l'était, en son temps, le paganisme gréco-romain ?
Comment des prétentions à la vérité peuvent-elles à ce point s'exclure, quand elles sont fondamentalement prétentions à la même vérité ?
Pourquoi les religions, au lieu d'être proportionnellement réparties (ce qui serait normal), expriment-elles les croyances, de façon souvent monolithique, de blocs entiers de populations ?
Et, surtout, pourquoi les avancées de la science, qui ruinent, un par un, la plupart des dogmes religieux, n'ont-elles aucune incidence sur le rayonnement de ces mêmes religions ?
La réponse appelle, sans doute, une redéfinition du concept même de religion. « Système de croyance », avons-nous dit, mais, au-delà, et surtout, système identitaire d'appartenance. La religion fonctionne, en somme, comme « substitut à » et expression synthétique d'une ethnie, d'une nationalité et d'une culture.
La croyance plurielle voudrait, en effet, que sa répartition soit également plurielle : or les religions épousent, pour l'essentiel, les frontières de territoires et de populations, jusqu'à prendre des formes de religion-nation (Angleterre, Tibet, Japon, Inde), de religion-peuple (les chiites), de religion-communauté (les sunnites) ou de religion-civilisation (le christianisme, l'orthodoxie ou le bouddhisme).
En définitive, la religion définit beaucoup moins ce que je crois que ce que je suis. Appartenance avant d'être croyance. C'est pourquoi sa façon de rendre grâce la caractérise plus parfaitement que la grâce qu'elle rend. La liturgie, le rituel, facteurs de différenciation, l'emportent sur le contenu de la foi, qui serait, sans cela, facteur d'unification. Toute religion fait passer son existence - et la différence qui fonde et que fonde cette existence particulière - avant son essence. Sinon, en quoi importerait-il qu'un semblable message soit déversé du haut d'un clocher ou d'un minaret ?
Une religion, en définitive, ce n'est pas, d'abord, ce qui définit mon rapport à Dieu (la preuve en est que beaucoup s'en réclament qui n'ont aucun rapport à Dieu), c'est, avant tout, ma deuxième patrie et ma première civilisation.
À quoi on ajoutera ce constat : 98 % des adeptes d'une religion le sont par naissance et en fonction d'une filiation. D'où il ressort que la religion est aussi un phénomène génétique.
Document 14
LE PAPE RECUEILLERAIT TOUS LES SUFFRAGES S'IL SE TRANSFORMAIT EN LEADER SOCIAL-DÉMOCRATE BRANCHÉ.
[…] un alignement de l'Église sur ses propres fondamentaux (qu'elle devienne en somme libérale-libertaire) et, en échange, elle accepte de jeter Panathème sur toutes critiques philosophiques du judaïsme, de l'islam, du bouddhisme, de l'hindouisme : ou du christianisme. Nouvelle version du compromis historique. Que le pape épouse l'idéologie Cohn-Bendit, et Cohn-Bendit, qui s'est déjà rallié à l'autorisation du voile : islamique à l'école, ira à la messe. L'idée, implicite, est qu'une sorte de fusion générale, d'unification de toutes les cléricatures, d'alliance entre toutes les vulgates, autour des thématiques de l'idéologie dominante, permettra d'imposer définitivement ce que deviendrait réellement, alors, une « pensée unique ». Au risque que la laïcité soit jetée par-dessus bord, mais que l'Église y perde son âme.
On nous permettra de choisir la démarche inverse : reconnaître à l'Église sa spécificité, voire même parfois dans cette spécificité une nécessité, lui reconnaître le droit absolu de ne pas penser comme nous, de penser éventuellement contre nous, mais revendiquer le droit parallèle et complémentaire à la critique philosophique des religions, de toutes les religions.
Si l'Église cesse d'être l'Église, elle risque d'en mourir. Mais si on reconstruit autour d'elle le mur protecteur du blasphème, elle en mourra également, comme elle a failli en mourir dans le passé. Il faut réhabiliter Voltaire pour redonner toute sa grandeur et sa place à saint Vincent de Paul.
QUE VEUT-ON ? UN PAPE QUI NORMALISERAIT LE DIVORCE, JUSTIFIERAIT L'HOMOSEXUALITÉ, BANALISERAIT L'AVORTEMENT?
C'est-à-dire qui se transformait en leader social-démocrate branché. Un de plus. Mais dont le libéralisme « relativiste » pourrait, du même coup, s'appliquer également au domaine économique et social. Tony Blair à la place de Jean Paul II ?
Et, d'ailleurs, allons plus loin : pour devenir vraiment moderne, le pape ne devrait-il pas renoncer à croire en Dieu ?
Le combat est juste qui consiste à refouler les Églises hors de la sphère politique publique. Dans ce domaine, pas de compromis possible ! Mais, dès lors que le principe de laïcité est admis, sans aucune restriction, pourquoi faudrait-il que l'Église renonce à toutes ses différences, se laïcise elle aussi, et qu'on lui intime en quelque sorte l'ordre de penser en tout point, en toute matière, exactement comme nous, alors même que le progrès a consisté à ne plus être obligé de penser comme elle.
Document 15
« Quand le fondement est un souffle »
« L'ESSENCE DE L'HOMME EST UN FONDEMENT Pour saint Paul, si attaché à la métaphore de la construction, le fondement constitueune réalité paradoxale. En effet, aux Corinthiens, il explique qu'il « a posé le fondement, tel un bon architecte » (1 Co 3, 10). Mais il précise aussitôt : « De fondement, nul n'en peut poser d'autre que celui qui s'y trouve, à savoir Jésus-Christ » (v. 11). L'apôtre avance donc le paradoxe d'un fondement à creuser et à établir, alors qu'il se trouve déjà en place de manière inexorable. Plus loin que cette singularité, les deux affirmations envisagent à la fois l'acte de poser un fondement - en clair que la vie politique exige des bases et des principes de fonctionnement -, et la reconnaissance que ce fondement précède l'engagement : ceci traduit une évidence, que toute décision suppose des prémisses. Davantage encore, ce paradoxe suggère que le fondement posé est d'une autre nature que les conséquences qu'il entraîne ou les décisions qu'il favorise. En ce cas, la politique est précédée par des bases qui lui échappent et qui ne relèvent pas de son activité. Autrement dit, le fondement de la politique n'est pas la politique. L'approche de Dieu révélée dans le Christ décrit un Dieu qui se retire et qui part. C'est comme personne ressuscitée que Jésus est placé en fondation, non comme principe idéologique. Le recul voulu par Dieu, en conformité avec ce qu'il est, crée l'espace où peut naître le politique et la maîtrise humaine de l'histoire. Cette rupture instaure un rapport différencié où Dieu est reconnu dans la liberté qu'il laisse. Le fondement devient ainsi l'Esprit « dont nul ne sait ni d'où il vient ni où il va » (Jn 3,8) : un souffle fondamental qui n'est pas un fondement représentable. »
Mgr Albert Rouet, archevêque de Poitiers, 7 octobre 2004, colloque interrdigieux « Religion et politiques »

Corrigé

Synthèse : Croire en qui ? En quoi ? Pourquoi ?
« 58 % des Français pensent que l'existence de Dieu est probable. » Ce pourcentage important, ou les révélations régulières d'une presse avide des faits et gestes de célébrités pratiquantes, nous interrogent sur l'influence de phénomènes religieux qui ne se limitent évidemment pas aux trois religions du Livre. Qu'en est-il aujourd'hui des croyances ? Il faut bien remarquer, à côté des religions traditionnelles, un foisonnement de groupes plus ou moins structurés en quête de spiritualité. D'ailleurs, cette attirance pour des pratiques d'ordre religieux suscite l'intérêt de chercheurs curieux de découvrir les mécanismes physiques ou psychologiques qui fondent la foi. Pourtant, les croyants affirment répondre à des motivations toutes personnelles.
Le désir de croire s'incarne en de nombreuses religions, sectes mais aussi superstitions. Croire, pour certains, c'est avoir foi en un dieu et intégrer une communauté religieuse. Ainsi, le néo-protestantisme évangélique est en plein essor et compte de nombreux adeptes (dont des catholiques mécontents et même d'anciens athées). L'islam se développe également. Religion sans dieu pour certains, philosophie pour d'autres, le bouddhisme séduit beaucoup. Parallèlement à ces religions reconnues, quelques sectes inquiétantes, comme les témoins de Jéhovah ou la scientologie, prospèrent. Quant à l'ésotérisme, le spiritisme ou l'occultisme, ils fascinent toujours et de nombreuses assemblées se revendiquent de leurs pratiques.
La multiplication des communautés pourrait suggérer une hétérogénéité de leurs caractéristiques. Pourtant, force est de constater, parfois, un attachement à des valeurs communes et des similitudes doctrinales pas toujours bien acceptées. En dépit d'une opposition marquée, les islamiques, les évangéliques et les intégristes catholiques partagent en effet quelques convictions morales fortes. Mais en dehors de ces exemples, certaines pratiques sont parfaitement incompatibles. Comment concilier des cérémonies volontairement scandaleuses et la stricte morale ? Car enfin, la croyance peut revêtir bien des aspects : nécessité, et volonté de partager sa foi, pratiques occultes de jeunes gens attirés par le satanisme, mais aussi superstitions et petits rituels accomplis sans trop réfléchir pour apaiser les tensions du quotidien. Certaines personnes croient en Dieu, en son fils Jésus-Christ et les préceptes de la Bible régissent leur vie. D'autres personnes désirent découvrir une vérité grâce à la lecture et au décryptage de signes cachés qui s'inscrivent dans des traditions ésotériques très anciennes : quête du Graal, franc-maçonnerie, Rose-Croix, Templiers, Kabbale. Toutes ces congrégations ont inspiré de fort nombreux livres. Il faut convenir également que cette pléthore des formes de spiritualité correspond aussi à des degrés d'engagement très différents.
Mais enfin, quelles raisons peuvent provoquer ce besoin de croire ? La superstition, la croyance, la propension mystique touchent tout type d'individus, stars du foot, du spectacle, comme anonymes. Mais ce phénomène intrigue depuis longtemps les chercheurs et constitue le sujet de nombreuses observations scientifiques et psychologiques. Ainsi, certains traits de caractère semblent prédisposer à la spiritualité, et des recherches génétiques ont établi l'existence d'un gène spécifique aux croyants. D'autres études en physiologie tentent de prouver que l'accès à la foi est déterminé par la structure même du cerveau. Pour les psychologues, les superstitions et rituels permettent de supporter les frustrations et les tensions du quotidien. De la même manière, les pratiques sataniques chez les adolescents marquent un vif désir de s'opposer à la morale et à la société.
Bien que le progrès et les avancées scientifiques réfutent les anciens dogmes religieux, ils ne menacent pourtant pas le développement des religions, pas plus que la vision relativiste du monde, qui ne privilégie aucune vérité. D'ailleurs, certains scientifiques veulent prouver l'existence de Dieu. Comme les croyances qui prennent de multiples formes, les quêtes spirituelles obéissent à des motivations diverses, qu'elles soient collectives ou individuelles. Aujourd'hui, la conquête du pouvoir n'est généralement plus la motivation principale des communautés. Les églises évangéliques, par exemple, cherchent plutôt à lutter contre ce qu'elles appellent péchés (sodomie, homosexualité, avortement…) et à promouvoir de strictes valeurs morales et chrétiennes. Ainsi, le plus souvent, les communautés acceptent l'état laïc tant qu'il ne touche pas à des aspects essentiels de leur dogme (fêtes et jours fériés par exemple). En revanche, d'après un spécialiste, la question mérite d'être posée pour les islamistes qui semblent bien vouloir peser sur les décisions des gouvernements afin de les orienter selon leurs vues. Mais pour beaucoup, la spiritualité est avant tout la conséquence d'une recherche personnelle, la croyance sert de guide pour choisir une ligne de vie, elle est envisagée encore comme un chemin pour accéder à une vérité cachée qu'il faut découvrir. Elle répond aussi à un espoir de sagesse, à une quête du bonheur, ou encore à un désir de transformation de soi, et pour quelques-uns, la foi marque une nouvelle naissance. Enfin, les adeptes de pratiques ésotériques ou les bouddhistes recherchent leur « vérité intérieure ».
Les croyances aujourd'hui prolifèrent, et de nombreuses religions, cultes ou pratiques spirituelles en témoignent. De plus, ce qui peut sembler le plus curieux, le développement des sciences n'entrave en rien ce désir de religion. Et, pour chacun, de trouver une pratique religieuse adaptée à ses besoins.
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